Articles from octobre 2010



La mythologie hourrite

La mythologie hourrite est encore peu connue car nous n’avons pas encore trouvé les vestiges de la capitale hourrite. Ce peuple s’est installé dans le Sud de l’Anatolie (un autre nom est l’Asie mineure correspondant approximativement au Territoire de la Turquie actuelle). Un très grand nombre de leurs mythes furent repris par les Hittites (peuple qui s’est également développé en Anatolie). Comme nous n’avons pas retrouvé de textes religieux hourrites, la majorité des mythes proviennent des versions mésopotamiennes ou hittites. L’étude des textes anciens vont dans le sens d’un mélange à la fois des mythes hittites, hourrites et mésopotamiens. L’ensemble des textes de la mythologie hourrite sont repris sous l’appellation suivante « Le cycle de Kumarbi ». Ce recueil de textes est composé de 5 grands récits : le chant de Kumarbi, le chant de l’argent personnifié, le chant de Lamma, le chant d’Hedammu et le chant d’Ullikummi.

Localisation de la civilisation hourrite

Localisation de la civilisation hourrite. Source : http://antikforever.com/Cartes/carte_hourrites.gif

Nous pouvons tenter de résumer les textes de la mythologie hourrite en une histoire continue qui est malheureusement incomplète car des fragments de textes sont détruits. Au commencement le dieu Alalu est sur le trône divin. Anu (le dieu du ciel) se tient devant lui. Après neuf années, Anu détrône Alalu qui s’enfuit vers les terres sombres, dans le monde souterrain. Neuf ans plus tard, le dieu Anu ne supporte plus l’éclat du dieu Kumarbi, qui lui est dévoué. Anu s’enfuit comme un oiseau dans le ciel, mais Kumarbi l’en empêche. Il acquière la virilité d’Anu en l’empoignant par les pieds et en lui mordant les testicules. Anu le met en garde car il possède désormais un lourd fardeau, celui d’être imprégné des trois grands dieux suivants Teshub (le dieu de l’orage), Aranzah (le dieu fleuve Tigre) et du grand dieu Tashmishu. Kumarbi veut dévorer Teshub mais celui-ci se change en pierre de basalte et Kumarbi se blesse la bouche et les dents. Fou de colère, il se rend à Nippur. A l’issue d’une bataille (partie du récit manquante) Teshub devient le roi des dieux. Il a été aidé par le dieu du fleuve Tigre et le dieu Tashimushu enfantés par Anu et la Terre.

La suite du récit se retrouve en grande partie dans le chant d’Ullikummi. Kamurbi veut récupérer la royauté divine. Il songe à créer un rival pour contrer Teshub. A cette fin il répand sa semence sur un large rocher qui donne naissance à un monstre de pierre nommé Ullikummi. Celui-ci est chargé de briser Teshub et Tashimushu. Les déesses Irshirra sont chargées de transporter Ullikummi sur les genoux d’Enlil et ensuite sur l’épaule droite d’Upelluri (un analogue hourrite du géant grec Atlas). Le dieu-Soleil découvre le Monstre et informe Teshub, qui part aussitôt l’observer en compagnie d’autres divinités. Ištar tente de séduire Ullikummi mais en vain. Kumarbi fait réunir les dieux lors d’une assemblée car il est inquiet, mais il est déjà trop tard car le géant a atteint une telle taille qu’il est devenu invincible. On le qualifie alors de diorite de neuf mille lieues qui fait trembler la terre et le ciel. Teshub l’affronte mais il échoue. Ullikummi se charge d’abattre le dieu de l’orage mais également l’humanité toute entière (déluge). Ea se voit le défenseur de l’humanité lors de l’assemblée des dieux. Il emprunte aux dieux de la création le couteau qui a permis de séparer les Cieux de la Terre. Il parvient à séparer Ullikummi de l’épaule du géant Upelluri ce qui permet de réduire considérablement sa puissance. La fin de ce récit est indéchiffrable.

Teshub, Hepatu et Sharruma

Fresque à Hattusa du dieu Teshub, de la déesse Hepatu et de leur fils Sharruma. Source : http://www.travelblog.org/Photos/5557033

Ces récits sont très étranges et présentent d’étonnantes analogies avec d’autres mythes. Citons par exemple un mythe analogue en Phyrgie à la naissance d’Ullikummi : Papas (Zeus) fertilise une pierre nommée Agdos et celui-ci engendre un monstre hermaphrodite appelé Agditis. Mais le dieu le châtre en le faisant devenir Cybèle. On voit ici l’histoire d’une lutte entre 2 dieux primordiaux et on reconnaît l’intervention d’un être céleste Ullikummi qui causera le déluge. Sa taille est colossale, l’endroit de sa croissance est le ciel. Ea intervient de manière très symbolique en utilisant le couteau qui a permis de séparer le ciel de la terre (geste faisant référence à la stabilisation du parcours d’un astre dans le ciel). Il existe de nombreux mythes dans le monde qui attestent de la naissance d’astre/dieu colérique qui causera destruction et déluge. Zeus est également le père de cet astre car il l’a engendré. Le mythe de la création d’Athéna a exactement la même signification que celui de la naissance d’Ullikummi. En effet, Zeus avale la déesse qui porte Athéna. Par la suite Zeus souffle d’un terrible mal de crâne qui se fend et donne naissance à Athéna armée et prête au combat. Un autre mythe également grec nous parle d’Héraclès qui sauve Hésioné, la fille de Laomédon. Héraclès s’attaque au serpent des mers envoyés par Poséidon et se retrouve dans son estomac pendant 3 jours, au bout desquels il réussit à en sortir en découpant le monstre de l’intérieur. Il s’agit en fin de compte d’une renaissance attestée dans d’autres croyances telle que la Bible. Jésus dit en Matthieu 12:40 : « De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la Terre durant 3 jours et 3 nuits ». Un autre récit grec nous parle de la naissance de Dionysos. Sa mère Sémélé est morte d’un coup de foudre. Zeus extrait l’enfant des entrailles de Sémélé et le place dans sa cuisse avant qu’il ne naisse une 2ème fois (d’où l’expression « né de la cuisse de Jupiter »). Dionysos aura une course folle et il parcourra le monde et enseignera l’agriculture à l’humanité.

Cette symbolique de l’expulsion d’un corps ou d’une tête est très clairement synonyme de la création d’un être dément, colérique qui parcourt le monde et qui provoque le déluge. Ce mythe est universel. De nombreux dieux présentent l’aspect d’un astre solaire (exemple l’oeil d’Horus) dément, colérique causant de nombreuses destructions et mort sur Terre. Ce thème mérite une très grande attention car il est à la base d’un fait mondialement attesté par les mythologies et pouvant expliquer l’origine du déluge et notamment la destruction de certaines grandes civilisations anciennes. Cet astre perturbateur est Vénus, l’étoile du matin mais également l’étoile du soir. Je ne le prouverais pas dans cet article mais probablement dans une recherche beaucoup plus approfondie. Je terminerai sur ce fait : Vénus est une planète très particulière. C’est le seul astre qui tourne dans un sens inverse à toutes les autres planètes du système solaire. De plus, la durée du jour est plus longue que son année (243 jours terrestres de rotation contre 224 jours terrestres  pour la période de révolution).

Sources principales :

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- LAROCHE E., 1963. Le dieu anatolien Sarrumma. Syria. Volume 40. Numéro 40-3-4. pp. 277-302.

Les Géants dans les mythes et les religions

Fresque exposée sur la Grand Place de Louvain-La-Neuve en Belgique.

Une race de Géants légendaires a longtemps été une source d’inspiration pour bon nombre de mythes à travers le monde. Le terme géant vient du grec « Gigas » ou « Gigantes » au pluriel. Ce mot est formé des 2 termes gê et de gaô, ce qui signifie « fils de la Terre (Gaia, déesse grecque) ». Ainsi les géants font référence en mythologie à des êtres nés d’une déesse de la Terre et l’éthymologie du mot géant est à lier au caractère divin de cet être.

Le texte qui relate le mieux leur existence se trouve dans le Livre d’Enoch. Ce livre fait partie des célèbres manuscrits de la mer Morte écrits en araméen découverts à Qumrân en 1976. Ce récit a été considéré comme apocryphe (adjectif qui caractérise un texte qui n’est pas authentique) selon les institutions ecclésiastiques, probablement car il contenait des révélations dérangeantes pour l’Eglise. Bien que ce texte soit délibérément écarté de la Bible, il existe quand-même plusieurs références dans l’ancien Testament à des êtres de grandes tailles (ex la Genèse 6:4, les Nombres 13:33, le Deutéronome 3:3 à 11. Esaïe 14 :9,…).  D’autres récits bien connus nous parlent de géants des glaces vivant à Jötunheim et opposés aux dieux nordiques, des Titans qui affrontèrent les dieux de l’Olympe et encore bien d’autres.

Le Livre I d’Enoch appelé « Le livre de la chute des anges et de l’essomption d’Hénoch  (chapitres 6 à 36) » nous parle très précisément d’anges, d’enfants célestes qui tombèrent amoureux de femmes humaines. Celles-ci enfantèrent les Nephelim, des géants qu’il fut très difficile de rassasier. Le Seigneur (Dieu correspondand à Yavhé) considère ces êtres comme très néfastes. Parallèlement à l’existence de ces demi-dieux, Azazel est jugé coupable d’avoir transmis à l’homme des connaissances divines qui le corrompirent. Le Seigneur demande à l’ange Gabriel d’exterminer ces Nephelim et à Michaël d’annoncer le châtiment des criminels qui se sont unis à des femmes humaines. Pour purifier la Terre de la tyrannie, de l’injustice et du crime, le déluge doit s’abattre sur Terre. Le Seigneur prévoit le retour d’une période prospère où tous les hommes devront l’adorer et lui rendre les honneurs qui lui sont dus. Cette image d’un dieu tyrannique et se considérant comme le seul dieu se rencontre notamment dans la figure de Yavhé de l’ancien Testament ou d’Akhénaton qui se considère comme un dieu vivant qui soit le seul qu’on peut idolâtrer.


En Genèse 6, on retrouve un récit similaire où les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes les convenaient et ils les prirent pour femmes. Ils étaient appelés les Néphilim. De leurs unions avec les femmes humaines sont nés « des héros de jadis de grande renommée ». Ce récit est suivi de peu par la décision de Yavhé d’éradiquer de la surface de la Terre les hommes à l’exception de Noé qui « marchait avec Dieu ».

Un autre récit des manuscrits de la mer Morte appelé «  Le Livre des Géants » nous parle de géants. Ce récit corroboré par d’autres textes similaires (notamment perses) complète l’idée d’un jugement divin envers ces géants. Hahya et Ohya (fils de Šemhazaï, chef des géants veilleurs) ont des visions en rapport avec le déluge, la destruction d’un jardin planté d’arbres (excepté un arbre composé de 3 branches) dont s’occupent plusieurs veilleurs, et le jugement écrit du souverain des cieux. Le géant Mahawaï est le messager qui est chargé de transmettre ces songes à Enoch, le scribe du discernement pour qu’il se charge d’en trouver les significations.

Dans les textes anciens de Ras Shamra (Ugarit), les Rephaim sont un groupe d’êtres au service de Baal et le chef s’appelle Rapha-Baal, terme qu’il faut rapprocher de Raphaël l’un des 7 anges qui se tient près du Seigneur (Ra’af est d’ailleurs un des noms égyptiens d’Horus). Les Rephaïm sont lié à la résurrection d’Aqhat, fils de Dan’el (le dieu du ciel An mésopotamien). Le poème d’Aqhat nous apprend qu’Aqhat a été tué à l’instigation d’Anat lors d’une chasse de la déesse et lors d’un vol d’oiseaux (les oiseaux accompagnent très souvent la résurrection d’Osiris en Horus). Autour de la mort d’Aqhat, les Rephaïm participent à un banquet rituel qui dure 7 jours. Ce texte nous parle de la guérison du dieu Aqhat. Chez les anciens Sémites, la guérison possède un sens beaucoup plus large que celui que nous lui donnons actuellement. Il s’agit d’un dieu qui revient lui-même de la mort à la vie et qui par sa résurrection redonne vie à toute la nature.

La mort d’un dieu et son séjour dans les enfers en compagnie d’êtres divins de grande taille se rencontre également en Isaïe 14:9. On parle de rois de nations qui ont été précipités avec l’étoile du matin, fils de l’aurore dans le Séhol (les profondeurs de l’abîme). Cette étoile du matin est Horus. Ce royaume souterrain fait référence aux enfers. Pour plus d’informations concernant ce royaume, voir l’article « Enki et ses nombreux autres noms dans le monde ».

Après le déluge et la sentence divine, le nombre de géants a fortement diminué et il reste quelques survivants. Dans les Nombres 3:25, Moïse envoie des hommes dans le Pays de Canaan (sous l’ordre de Yavhé). Les hommes reviennent apeurés car ils ont découvert dans cette région un peuple puissant qui vit dans des villes fortifiées, très grandes. Selon eux, ce pays est « un pays qui dévore ses habitants. Toux ceux qu’ils ont vus sont des hommes de grande taille. Ils ont vu aussi des géants (les fils d’Anaq, descendance des Géants). Ils leurs donnaient l’impression d’être des sauterelles.

Dans le Deutéronome 3:3 à 11, on apprend qu’Og est le roi de Bashân et dernier survivant des Rephaim. Son cerceuil est long de 9 coudées (soit environ 4 mètres de longueur). Les Rephaim se retrouvent une douzaine de fois dans l’ancien Testament et ils font référence notamment à une ancienne population de Palestine qui n’a laissé que peu de traces dans la tradition israélite.

De nombreux autres récits mythologiques attestent de l’existence de géants qui furent condamnés par une entité suprême. Ces géants sont étroitement liés à un être solaire, un ange (Horus, Raphaël,…). Ces êtres auraient vécu dans des endroits reculés et bien protégés à l’abri des regards notamment dans les montagnes, forêts,… Afin de détruire l’humanité corrompue par le bouc émissaire Azazel ou le serpent biblique, Yavhé anéantira les hommes et les géants par le déluge. Les mythes nous parlent d’une époque antédiluvienne où les géants étaient encore nombreux, mais également d’une époque plus récente où subsistent encore quelques géants que les dieux combattront et vaincront avec le temps…

Enki et ses nombreux noms dans les mythes et religions

Un peu partout sur Terre, un dieu était aux centres des croyances anciennes. On le retrouve dans quasi tous les mythes et religions du monde. Ce dieu est polyculturel, il présente un certain nombre d’aspects universels et des caractéristiques particulières qui le distingue très clairement d’autres divinités. Ses noms sont aussi nombreux que les facettes d’un diamant. Il a considérablement influencé nos croyances actuelles. Toutes les divinités qui l’ont côtoyé sur des panthéons divins vont dans le sens d’un être unique. Nous appellerons ce dieu Sa’am (signifiant « beau de visage » avec le syllabaire suméro-akkadien). Cet être porte notamment les noms suivants : Enki, Dumuzi, Tammuz, Osiris, Sokar, Ptah, Amon, Khnum, Min, Taténen, Apis, Pan, Nommo, Odin, Aurvandil, Chronos,  Prométhée, Hadès, Azazel. Il existe encore toute une multitude de dieux non considérées dans cet article, tellement le sujet est vaste…

Pour tous ces noms, il existe de grands signes distinctifs communs. Certains sont moins évidents que d’autres et sont parfois très spécifiques mais uniques. Au premier abord, on a l’impression de rencontrer des êtres bien distincts. Il existe en effet une grande variété de différences mais un ensemble de caractéristiques communes très spécifiques, qui combinées entre elles ne laissent pas de doute sur la filiation entre tous ces personnages. L’être universel dont nous allons entrevoir le rôle comporte les particularités suivantes :

1) Une association à la mort :

- dieu des enfers

- vivant dans un royaume souterrain

- être qui meurt et qui ressuscite dans la plupart des cas

2) Créateur/Père divin

- créateur des hommes, de la faune et de la flore

3) D’une grande Sagesse

4) Un ensemble de fonctions associées

- l’agriculture et la nature

- la fertilité

- l’eau de manière générale, ou un cours d’eau

- la médecine

- être de lumière

- l’art, l’artisanat

- créateur de l’écriture

- un être maîtrisant le feu, la métallurgie et qui transmet ses connaissances à l’homme

5) Des traits physiques ou des caractères associés

- barbu

- beau de visage

- les cornes de bélier ou de bouc

- le taureau sacré

- une couleur de peau verte ou bleue

- le serpent

- assis ou couché

6) Une association avec des entités particulières

- un ou plusieurs grand(s) rival(aux)

- un fils solaire et/ou lunaire

- un parèdre principal voire plusieurs entités féminines sacrées

- le chien/loup issu d’un monde souterrain

- 7 sages

7) De grands symboles

- la croix

- un sceptre de pouvoir

- un arbre/pilier

- une barque ou un char solaire

- le soleil

Les dieux égyptiens Ptah, Amon, Khnum, Min sont très souvent assimilés comme étant une seule divinité. Ils sont tous créateur du monde et des hommes. Ils sont des êtres de lumière. Tous ont un trait divin très spécifique : les cornes de bélier/bouc (voir image ci-dessous). Le dieu grec Pan présente aussi cette caractéristique dans sa représentation. Le sukhurmashu est l’attribut d’Enki/Éa combinant à la fois la chèvre et le poisson, devenant par la suite le signe zodiacal du capricorne. Les cornes de bélier/bouc est une particularité peu commune pour signaler le caractère divin d’un être céleste. Par conséquent, cette caractéristique semble être un critère efficace pour considérer un lien entre ces divinités.

Symbolique du bélier divin

1) Ptah, 2) Amon, 3) Khnum, 4) Pan

Sources :

http://alain.guilleux.free.fr/deir_el_medineh/deir_el_medineh_tombe_pashedou.php

http://www.cbx41.com/article-dieu-a-tete-de-belier-amon-re-louvre–38768127.html

http://eu.wikipedia.org/wiki/Fitxategi:SFEC_EGYPT_ESNA_2006-013.JPG

http://www.louvrebible.org/index.php/louvrebible/default/visiteguidee?id_menu=VISGR1&&id_oeuvre=28

Dans le monde, il existe une autre grande caractéristique unique qui se rencontre notamment chez les dieux suivants : Enki (dieu sumérien), Éa (dieu assyro-babylonien), Dumuzi (dieu sumérien), Tammuz (dieu akkadien), Osiris (dieu égyptien), Sokar (dieu égyptien), Hadès (dieu grec), Pluton (dieu romain), Odin (dieu nordique), Aurvandil (dieu nordique), Izanagi (dieu nippon), Yama (dieu indien). En effet, toutes ces divinités ont un rapport évident avec les enfers ou du moins le royaume des morts. Ce royaume souterrain est l’Abzu pour Enki, l’Hadès dans la version grecque, la Duat pour Osiris ou  le Yomi pour Izanagi. Le chien/loup gardien des enfers est Cerbère dans la mythologie grecque. Dans les croyances nordique ou indienne, on retrouve 2 chiens/loups. Pour Enki, certains textes le concernant nous parle d’un « loup dévorant qui écumait comme l’eau à l’avant de son bateau ». En Egypte, Anubis est le chien qui accompagne les dieux dans l’autre monde et qui se trouve à l’avant de la barque solaire. Un mythe aux multiples variantes raconte l’histoire d’une divinité, liée à certains dieux cités ci-dessus, qui descend aux enfers. Il s’agit d’Isthar (akkadienne), d’Inanna (sumérienne), de Perspéphone (grecque), d’Izanami (nipponne), de Yami (indienne),… Toutes ces déesses meurent aux enfers. Une autre constatation intéressante concerne la représentation du diable avec ses cornes, qui découle directement d’autres divinités telles qu’Apis, le taureau égyptien sacrifié qui ressuscite, de Yama le dieu indien des morts, ou de Pan, dieu grec à cornes de bouc. (Voir la représentation ci-dessous). Ces quelques éléments permettent de comprendre que la version chrétienne bien connue de l’enfer n’est pas neuve et n’est finalement qu’un concept emprunté à des croyances beaucoup plus anciennes.

Une symbolique particulière mérite un peu d’attention : l’arbre de vie. On retrouve cet arbre dans la 12ème tablette de l’Epopée de Gilgamesh appelée généralement « Enki aux pays des morts » ou « Inanna et l’arbre Huluppu ». Dans ce texte, l’arbre Huluppu est finalement l’arbre sacré d’Enki, qui est déraciné par Inanna pour être replanté à Uruk. Cet arbre mourant va finalement revivre à Uruk et il se voit infesté par divers animaux. Cet arbre en plus d’être associé à Enki, représente également le pouvoir que Ninanna aura à Uruk. La symbolique de l’arbre est très importante et elle est très souvent associée au féminin. Justement au centre de l’arbre Huluppu, on retrouve la déesse Lílitu. Le corps d’Osiris est souvent entouré de 4 arbres de vie (les 4 grandes déesses sacrées Serkit, Nephtys, Hathor et Neith). Pluton possède également son arbre sacré le Cyprès. Ptah est parfois représenté par deux piliers/arbre appelé Djed. L’un est tenu dans sa main et symbolise son pouvoir, l’autre est situé derrière lui et il le symbolise lui-même. Cet arbre est également un symbole évident de la nature et son étude approfondie permettrait de révéler de très nombreuses nouvelles analogies entre dieux au premier abord distincts.

Les origines du diable

1) Apis, 2) Pan, 3) Yama

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pan_satyre_della_Valle.jpg

http://www.mongolianculture.com/Yama.html

Un animal sacré et très ancien se retrouve associé pour pas mal de dieux étudiés ici. Combiné à l’ensemble des autres caractéristiques communes que l’on peut découvrir, cet animal met en avant le caractère reptilien divin. En effet, nous pouvons remarquer que le serpent est un attribut pour beaucoup de divinités citées plus haut. De nombreux dieux égyptiens présentent une coiffe surmontée d’un serpent (voir l’exemple ci-dessous d’Apis).  Amon est considéré dans les textes égyptiens comme le serpent qui féconde l’œuf primordial. Azazel le bouc émissaire de la Bible qui apporte le métal aux hommes est considéré dans un texte apocryphe (l’Apocalypse d’Abraham) comme un serpent ailé. Ce personnage est étonnamment proche de la version que l’on a du serpent biblique qui a corrompu Adam et Eve. Dans les tablettes de Kharsağ découvertes à Nippur en Irak au 19ème siècle, Enki est qualifié de « splendide serpent aux yeux brillants ». Enki est le seigneur de l’entendement ce qui est conforme à la vision que l’on a du serpent biblique en Genèse 3.1 : « Le serpent est le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits ». On raconte dans la mythologie nordique qu’Odin va se changer en serpent pour atteindre une caverne où était gardé un nectar sacré. En Grèce le célèbre héro Héraclès veut rencontrer aux enfers Déjanine qui est courtisée par un dieu fleuve Achéloos (une divinité qui peut se transformer en taureau et en serpent). Le serpent est un symbole utilisé pour présenter la filiation divine des dieux. Dans le papyrus Heruben, on voit le corps d’Osiris qui est déposé sur l’abysse primordial figuré par le serpent Apophis. Ce serpent primordial est le serpent Leviathan de la Bible. Chez les Mayas et également chez les Egyptiens le serpent est le siège sur lequel repose divers personnages divins. En plus de considérer Sa’am comme un serpent, on peut constater que la naissance de son fils utilise également ce symbole. Le Nommo des Dogons du Mali est un dieu qui va cracher un serpent dans une coupe-bouclier. Cette naissance est équivalente au mythe de la naissance de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, qui naît de l’ouverture de la gueule du serpent igné. Amon va ouvrir l’arbre sacré et libérer le roi vieillissant qui se transforme en serpent ou en faucon. Le symbole du serpent est universel et il n’est pas seulement synonyme d’une peur ancestrale ; en effet, bons nombres de dieux bienfaisants présentent cet attribut.

La symbolique du serpent

1) Apis, 2) Khnum, 3) Faucon solaire, 4) Osiris

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://www.flickr.com/photos/dalbera/2081847590/

http://www.spiritweb.us/egypt/egyptian-gods.html

http://www.fauser.edu/fau/egitto/EgittoWebImages/papiro.jpg

Nous pouvons dresser le portrait d’un dieu créateur du monde et des hommes. Il semble avoir 2 parèdres principaux : une déesse-mère qui enfantera un être solaire (Horus notamment) et une autre plus axée sur un mélange entre l’amour et la guerre telle que l’on peut la retrouver sous les traits de l’Ishtar babylonienne. Dans certains mythes, il présente des caractéristiques bienfaisantes mais certains semblent avoir dévié vers un rôle beaucoup plus négatif. Ce dieu aura créé les hommes mais il leurs aura également transmis des connaissances non voulues par d’autres dieux (notamment son principal rival Seth, Zeus, Fenrir, etc… qui sera responsable de sa mort), tels que le feu et la maitrise des métaux. Pour préserver le souvenir de cet être céleste décédé, de nombreux textes de par le monde ont conservé une trame sacrée unique qui peut dans certains cas avoir complètement dévié au profit de ses principaux adversaires. Comme vous avez pu le constater cet article est loin d’être exhaustif sur ce dieu universel. De nombreux autres noms et particularités n’ont pas été abordés ici et ils feront probablement l’objet d’articles ultérieurement.

Les pyramides du monde

Un sujet qui illustre à merveille le lien entre les civilisations du monde est la répartition des pyramides dans le monde. Un peu partout sur Terre, nous retrouvons de grandes constructions, pour la plupart érigées en pierre et en briques (petit éventail visible dans le diaporama ci-dessus). Ces monuments à caractère divin sont des vestiges de civilisations souvent très anciennes et ils sont malheureusement fréquemment en piteux état. Les détériorations sont souvent une conséquence du temps, mais elles nous renseignent également sur le fait qu’un très grand nombre de constructions monumentales sont des vestiges de civilisations éteintes, et souvent pour d’étranges raisons.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de définir les termes habituellement employés pour décrire les pyramides et les nombreuses variantes que l’ont peut rencontrer. Le mot pyramide semble provenir du mot « pyramis » qui est un gâteau grec en forme de pyramide à base de miel et de farine. Néanmoins cette origine est loin de faire l’unanimité. Ce terme est habituellement utilisé aujourd’hui pour caractériser un monument constitué de faces triangulaires. L’utilisation du terme pyramide est dans l’esprit collectif toujours associé à l’Egypte. Ce pays nous as permis de mieux comprendre et d’étudier les pratiques d’anciennes civilisations qui ont construit ces monuments, mais le sujet reste néanmoins pourtant toujours empreint de mystères.

De part le monde, nous retrouvons des monuments distincts de la plupart des pyramides égyptiennes, car ils présentent à leurs sommets un temple, on les associe à un nombre de degrés (c’est-à-dire des pyramides composées d’un certain nombre de plateaux de taille décroissante), la base n’est pas un carré mais rectangulaire ou trapézoïdale. De plus, les rôles de ces édifices ne sont pas forcément toujours identiques. En Mésopotamie, le terme utilisé est « ziggourat ». Il dérive du terme akkadien ziqqurratu(m) provenant de zaqāru signifiant élever. Le terme sumérien est Unir. Il signifie U6-NIR = « le regard élevé ou qui culmine ». Ces ziggourats présentent de nombreuses caractéristiques communes avec les pyramides mayas à degrés surmontées d’un temple à leurs sommets. Ajoutons à celà d’autres structures apparentées : le mausolée défini simplement comme « un monument funéraire de grande dimension, à l’architecture somptueuse », la mastaba qui est un terme utilisé pour caractériser « des grands massifs rectangulaires », et aussi le tumulus qui est une colline artificielle à caractère divin. Il existe finalement tant de variantes qu’il serait peu aisé de répertorier toutes les différences (voyez toutes les variantes dynastiques que l’ont peut retrouver en Egypte). Par facilité, nous pouvons garder le terme de pyramide pour désigner tous les édifices composés  de facettes triangulaires ou trapézoïdales. Il est beaucoup plus intéressant de s’attacher aux similitudes entre tous les édifices pyramidaux du monde. Le principal point commun entre toutes ces constructions est leur caractère divin, chose que l’ont peut facilement accepter de part toutes les représentations de dieux que l’ont peut y retrouver ou dans les structures archéologiques avoisinantes. Il est fort probable que toutes ces monuments soient finalement des images qu’ont eues les civilisations anciennes de la Butte Primordiale des Dieux (qui sera ultérieurement étudiée dans d’autres articles).

Concernant les constructions des pyramides, les hypothèses sont très nombreuses et elles sont loin de faire l’unanimité. Les récits de l’historien grec Hérodote ont fortement influencé nos manières d’appréhender le sujet, notamment sur l’utilisation de rampes de construction. De plus, nous avons longtemps cru que les pyramides ont été construites par des esclaves, mais rien n’a jamais prouvé que ce soit bien le cas. Les chercheurs ont très fréquemment étudié les pyramides par leurs structures extérieures, mais l’intérieur est beaucoup moins connu. Ils sont partis d’un procédé de fabrication pour tenter d’expliquer ces prouesses architecturales. Mais les bâtisseurs égyptiens n’avaient pas la même méthodologie. Ils voyaient davantage le rôle religieux, funéraire ou politique de l’édifice avant même la construction. Ce rôle religieux devrait être étudié bien avant de tenter de comprendre comment on a pu construire de tels monuments ;  l’étude des points communs entre toutes ces constructions et les divinités qui y sont associées permettrait sûrement d’y voir beaucoup plus clair…

Enoch dit :
De là je parvins dans un autre lieu, et je vis une montagne de feu brûlant nuit et jour. Dès que j’en fus approché, j’aperçus sept brillantes montagnes, dont l’une était distincte de l’autre. Les pierres dont elles étaient formées étaient belles et étincelantes ; elles brillent et rayonnent à la vue, et leur surface est polie. Il y en avait trois à l’orient, et d’autant plus inébranlables, qu’elles étaient l’une et l’autre ; et il y en avait trois au midi, également inébranlables. Il y avait aussi de profondes vallées mais qui étaient séparées les unes des autres. Au milieu s’élevait la septième montagne. Et toutes ces montagnes apparaissaient au loin comme des trônes majestueux, et elles étaient couronnées d’arbres odoriférants.
(Extrait du Libre d’Enoch, Livre I).

Ebla, ville antique de Syrie

Tell-Mardikh (Ebla) est la meilleure source de renseignements pour étudier la civilisation ancienne de la Syrie du nord. Cette ville a permis de réveler la preuve de l’unité de la civilisation à l’ouest de la Mésopotamie, que l’on peut appeler « civilisation amorrhéenne ». Les découvertes les plus étonnantes en Syrie ont également eu lieu à Tell Hariri (l’ancienne Mari) dans la partie la plus orientale de la Syrie  et à Ras Shamra (Ugarit) sur la côté méditérannéenne.

Les fouilles archélologiques de la cité d’Ebla ont été spectaculaires. On y a découvert des constructions d’un haut niveau architectural, une bibliothèque composée de plus  de 17000 tablettes d’argiles dans « le Palais royal G » (voir ci-dessous). Les tablettes sont une source colossale d’informations qui permet de donner un autre regard sur la partie occidentale du Proche Orient. Dans le palais royal, on a découvert une extraordinaire quantité de lapis-lazuli bruts provenant du lointain Badakhshan en Afghanistan, preuve de relations avec des contrées lointaines. Le palais royal, les tombes royales et l’enceinte fortifiée sont tant d’éléments qui attestent de la puissance de cette cité.

Palais royal d'Ebla

Palais royal G d'Ebla. Sources : http://www.homsonline.com/EN/Citeis/slides/Ebla_RealPalace.htm.

Concernant la composition des tablettes des archives d’Ebla, la grosse majorité des écrits est un ensemble d’enregistrements d’opérations administratives (mouvements d’entrées et de sortie de denrées et de biens, inventaire des magasins). Environ 4 % sont des textes relatifs à l’apprentissage et à l’exercice de l’écriture. On y retrouve notamment d’étonnantes tablettes qui sont des répertoires dans lesquels on dresse du vocabulaire sumérien à côté du vocabulaire éblaïte. Une centaine de lettres sont des lettres de caractères administratifs tels que des décrets, des sentences, des accords économiques entre les états. Le nombre de textes mythologiques et magiques est malheureusement très réduit (quelques dizaines).

A Ebla, le système d’écriture cunéiforme fut importé de Mésopotamie et il fut codifié par des scribes qui ont sélectionné une série de graphèmes capables de transcrire leur langue sémitique. Des lettres et des accords diplomatiques retrouvés dans les archives royales d’Ebla prouvent que ce système fut transmis à d’autres centres syriens occidentaux. L’étude de la phonétique éblaïte montre que cette langue a fortement conservé la structure d’un système commun auquel se réfèrent toutes les langues de la famille sémitique.

Dans les tablettes d’argile d’Ebla, on répertorie une centaine de divinités. La plupart des informations proviennent de textes d’offrandes sacrificielles ou à but rituel et de documents administratifs ou judiciaires. Tout comme les grandes religions de Mésopotamie, la religion d’Ebla se présente généralement comme un polythéisme structuré. Dans les textes qui montrent l’intervention directe, actuelle ou mythique des divinités, on a des documents dans lesquels on demande ou on loue les dieux pour surveiller activement les accords établis. On retrouve notamment l’intervention du dieu Utu (dieu solaire) et d’Ada (plus tard Haddu/Hadad). La figure principale du panthéon éblaïte est Dagan (un dieu agricole). La liste est longue et bons nombre de noms peuvent être des épithètes d’autres dieux. On retrouve dans ces tablettes la présence d’Enlil, Tiamat, Enki, Ninki, des divinités primordiales dans la mythologie sumérienne. En comparant la liste de divinités de la ville d’Ebla avec Ugarit, on atteste de l’importance des divinités suivantes : El, Baal, Ada, Dagan, Ashtar et Ashtart, Malik et Ilam. Toutes les divinités citées ici sont des divinités d’une importance capitale dans la compréhension des mythes de cette région du monde et il feront l’objet d’ articles ultérieurement.

Tablettes d'Ebla, tablettes cunéiformes

Tablettes d'Ebla découvertes dans la partie administrative du palais royal G. Source : Histoire et archéologie : Ebla la retrouvée.

A Ebla, il est fort probable qu’un puissant royaume s’est développé et qu’une forte influence mésopotamienne s’est excercée sur lui.  Le développement d’Ebla doit être probablement la conséquence d’un essor économique important suite à son rôle dans la circulation des biens dans le monde oriental. Celà est profitable à la Mésopotamie qui eut un grand besoin en bois et en métaux (ceux-ci en provenance d’Anatolie). Ebla fut une cité riche en denrées et en biens. Elle fut le centre d’un monopole sur le bois, le cuivre et l’argent mais également une source importante pour la production de laine et de lin. Cette région était agricole. On cultivait des céréales dans la plaine centrale, la vigne et l’olivier dans les collines de l’ouest. Les vastes pâturages saisonniers des steppes nourrissaient d’immenses troupes de bobins. Tous ces biens sont attestés dans les tablettes de la bibliothèque du palais royal d’Ebla. Il se peut que le monopole d’Ebla sur un grand nombre de biens ait eu pour conséquence sa destruction. Des textes attribuent notamment cette cité à Sargon d’Akkad ou alors à son petit fils Naram-Sin qui s’est autoproclamé vainqueur d’Armanu et d’Ebla, et « roi des 4 Régions de la Terre ».

Les relations qu’entretenaient Ebla avec les régions aux alentours sont notamment confirmées par un ensemble de textes d’origines variées. On mentionne Ebla dans les textes d’Alalakh (ville syrienne au nord-ouest d’Ebla), attestant explicitement un mariage dynastique entre la famille royale d’Alalakh et celle d’Ebla. Ebla entretenait aussi des relations avec Mari et avec d’autres cités. On a notamment retrouvé une lettre de compliments et de recommandations d’Enna-Dagan, le roi de Mari, adressée au roi d’Ebla. D’autres textes mettent en évidence des grandes quantités d’or et d’argent échangées entre ces deux cités. Un autre texte signale un traité entre Ebla et la ville d’Assur (attesté comme étant Abarsal, une région qui doit se situer près de l’Euphrate entre Mari et Ebla). Le rôle commercial d’Ebla est également confirmé dans les archives d’Ebla par des échanges avec des cités relativement éloignées pour des produits tels que les céréales, huiles et vins.

Ebla, Ugarit et Mari

Carte de la Syrie et localisation des cités antiques Ebla, Ugarit et Mari. Sources : Google Maps.

Pour ce qui est de relations avec les égyptiens, les découvertes d’objets égyptiens sont très nombreuses à Ebla : armes, bijoux, vases,… Les découvertes de hiéroglyphes égyptiens sur des objets des fouilles d’Ebla ont fait sensation.  Certains vases portent parfois des cartouches avec les noms des pharaons égyptiens Khéfren et Pepi 1er. Notez que des textes du Moyen-Empire égyptien nous apprennent que l’Egypte recevait des pierres de la Syrie.

Concernant l’art d’Ebla, il est particulier car bien qu’il ait eu des influences clairement mésopotamiennes, il présente également des caractéristiques uniques. En effet, on a retrouvé bon nombres d’objets constitués d’un ensemble variés de matériaux tels que l’or, le lapis-lazuli, l’argent, la pierre (stéatite, calcaire), le bois. Ce mélange entre divers matériaux fut une technique appréciée en Mésopotamie mais cet art n’a pas persisté.

En conclusion, l’étude archéologique d’Ebla  et des sites archéologiques est d’une grande importance pour aboutir à une meilleure compréhension de l’histoire de l’humanité. Les échanges d’Ebla avec les régions voisines telle que l’Egypte, l’Anatolie, la Mésopotamie, l’Afghanistan, et tant d’autres sont tant de raisons qui attestent des relations complexes et variées dans cette région. Contrairement aux idées reçues sur le retard de la civilisation amorrhéenne par rapport à la Mésopotamie, les fouilles archéologiques d’Ebla ont permis de mettre en évidence les connaissances avancées de cette région du monde.

Les langues du monde ont toutes une seule origine : le sumérien et l’akkadien


Notre histoire est commune mais également l’origine de nos langues. En Mésopotamie, la région située entre le Tigre et l’Euphrate a été le centre du développement de nos civilisations. C’est dans cette région qu’on voit apparaître l’écriture la plus vieille du monde, à savoir l’écriture cunéiforme (nom dérivé du latin cuneus qui signifie « coins », voir ci-dessous). Cette écriture est la retranscription de 2 langues très anciennes : le sumérien et l’akkadien. Elle a évolué au départ de pictogrammes (dessins) et a finalement abouti à une structure qui peut faire penser à des clous.

Tablette du Louvre AO3760

Tablette du Louvre AO3760, source : wikipedia

La caractéristique principale de l’écriture cunéiforme est d’être composée d’un ensemble de syllabes (environ 30000). Cet ensemble comprend des particules akkadiennes et sumériennes qu’on peut regrouper dans le « syllabaire suméro-akkadien ». En associant entre elles ces syllabes on forme de nouveaux mots. Voici quelques exemples : Enki (dieu mésopotamien créateur des humains) : EN + KI = « Seigneur de la Terre », Enlil : (dieu principal de Sumer) : EN + LIL = « Seigneur du souffle », Elohim (un des noms de dieu dans l’ancien Testament de la Bible) : EL-U-HIM = « Les puissants élevés qui ont mélangé l’argile ». Dans ce dernier exemple, on voit que le O est remplacé par un U, en effet le O n’existe pas encore à l’époque et on peut considérer qu’il dérive du u.

Contrairement aux apparences, l’écriture cunéiforme n’est pas complexe dans sa construction mais uniquement par le très grand nombre de syllabes et d’écritures spécifiques à chaque syllabe. En effet il existe un très grand nombre de particules qui se prononcent de la même manière mais qui ont des significations différentes. Comme je vous l’ai dit dit plus haut, les langues de bases ont été le sumérien et l’akkadien (les plus vieilles langues de l’humanité). Toutes les langues originaires du Moyen-Orient (les langues sémitiques, cf le schéma ci-dessous) dérivent d’elles. Elles furent retranscrites en écriture cunéiforme ou dans des alphabets qui dérivent de cette écriture. Les langues sémitiques sont toutes apparentées entre elles.

langues sémitiques, origine des langues du monde

De nombreux peuples ou cités du Moyent-Orient vont utiliser l’écriture cunéiforme : les Hittites vont l’adopter pour leur langue (ayant habité la Turquie actuelle), les Urartéens également (Asie mineure orientale et sud du Caucase). Ugarit est une cité en actuelle Syrie. Les archéologues vont y retrouver de très nombreuses tablettes en terre cuite écrites en cunéiforme. On rencontre cette écriture également chez les Elamites, chez les anciens Perses et finalement dans tout le Moyen-orient…

Un des derniers peuples à avoir utilisé l’écriture cunéiforme fut les Perses.  Cette écriture va tomber dans l’oubli avec le développement de l’alphabet et de la langue araméenne, langue administrative de l’Empire perse. Le peuple à l’origine de cette langue (les Araméens) s’est installé en Phénitie (Syrie actuelle) après l’effondrement des Hittites. Bien qu’ils n’ont jamais eu d’Empire unifié, leur langue va être une référence pour l’Empire perse. Elle deviendra la langue officielle des Juifs. Ceux-ci vont d’ailleurs parler hébreux mais écrire en araméen. Par la suite, cette écriture va être supplantée par le grec (conquête d’Alexandre le Grand) et par l’Arabe (au 7ème siècle par les conquêtes arabes).

Manuscrits de la mer Morte

Fragment d'un des Manuscrits de la mer Morte écrit en araméen et découvert en Cisjordanie près du site de Qurman entre 1946 et 1956. Source http://www.larousse.fr/encyclopédie

Une très grande partie des écritures a été adaptée à partir de l’écriture phénitienne, elle-même dérivée de l’alphabet ougaritique et de l’alphabet proto-sinaïtique (découverte dans la région du Sinaï). L’alphabet phénicien est l’ancêtre de quasi tous les systèmes alphabétiques du monde. Il est à l’origine du l’alphabet grec tout comme l’alphabet araméen. La majorité des lettres grecques transcrivaient approximativement les mêmes sons que les lettres phéniciennes. Cet alphabet grec est le premier a avoir inventé les voyelles et il se répandra grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand. L’alphabet latin est adapté de l’alphabet étrusque qui dérive lui-même de l’alphabet grec.

Les langues et écritures égyptienne, maya, chinoise (et encore beaucoup d’autres) donnent l’impression d’être complètement différentes par rapport aux autres langues du monde, pourtant elles présentent la même grande caractéristique que le sumérien et l’akkadien : chaque mot est composé d’une association de syllabes entre elles. Les écritures associées à ces langues présentent ce grand principe et elles vont innover par les très nombreux pictogrammes qui seront inventés et qui permettront à ces langues de devenir une référence pour leur civilisation. En ce qui concerne l’égyptien, de nombreux mots hébreux rencontrés dans la Bible en sont directement dérivés. Ceci n’est finalement pas étonnant quand on sait que les hébreux étaient à la base des Egyptiens. En étudiant l’origine des langues du monde, on ne peut pas nier que toutes les langues proviennent d’une seule région du monde : le Moyen-Orient.

Les croyances du monde sont liées entre elles et elles se sont propagées dans le monde d’une manière étroitement liée avec le développement des langues et des écritures. La Moyen-Orient a vu naître l’akkadien et le sumérien et également les tous premiers alphabets du monde. La connaissance du syllabaire suméro-akkadien et des écritures anciennes a tout son intérêt dans la traduction des plus vieux mythes fondateurs du monde. Une très grande partie des plus anciennes langues du monde peuvent être décomposées à l’aide de ce syllabaire. Il permet de retrouver toute une série de sens cachés à des mots et des noms propres. Les scribes de la Bible ont été de grands stratèges pour l’élaboration de nouveaux prénoms à partir notamment de personnages originaires d’Egypte. L’étude de la construction des langues et de leur évolution peut nous donner de riches informations quant à notre histoire commune…