La mythologie hourrite

La mythologie hourrite est encore peu connue car nous n’avons pas encore trouvé les vestiges de la capitale hourrite. Ce peuple s’est installé dans le Sud de l’Anatolie (un autre nom est l’Asie mineure correspondant approximativement au Territoire de la Turquie actuelle). Un très grand nombre de leurs mythes furent repris par les Hittites (peuple qui s’est également développé en Anatolie). Comme nous n’avons pas retrouvé de textes religieux hourrites, la majorité des mythes proviennent des versions mésopotamiennes ou hittites. L’étude des textes anciens vont dans le sens d’un mélange à la fois des mythes hittites, hourrites et mésopotamiens. L’ensemble des textes de la mythologie hourrite sont repris sous l’appellation suivante « Le cycle de Kumarbi ». Ce recueil de textes est composé de 5 grands récits : le chant de Kumarbi, le chant de l’argent personnifié, le chant de Lamma, le chant d’Hedammu et le chant d’Ullikummi.

Localisation de la civilisation hourrite

Localisation de la civilisation hourrite. Source : http://antikforever.com/Cartes/carte_hourrites.gif

Nous pouvons tenter de résumer les textes de la mythologie hourrite en une histoire continue qui est malheureusement incomplète car des fragments de textes sont détruits. Au commencement le dieu Alalu est sur le trône divin. Anu (le dieu du ciel) se tient devant lui. Après neuf années, Anu détrône Alalu qui s’enfuit vers les terres sombres, dans le monde souterrain. Neuf ans plus tard, le dieu Anu ne supporte plus l’éclat du dieu Kumarbi, qui lui est dévoué. Anu s’enfuit comme un oiseau dans le ciel, mais Kumarbi l’en empêche. Il acquière la virilité d’Anu en l’empoignant par les pieds et en lui mordant les testicules. Anu le met en garde car il possède désormais un lourd fardeau, celui d’être imprégné des trois grands dieux suivants Teshub (le dieu de l’orage), Aranzah (le dieu fleuve Tigre) et du grand dieu Tashmishu. Kumarbi veut dévorer Teshub mais celui-ci se change en pierre de basalte et Kumarbi se blesse la bouche et les dents. Fou de colère, il se rend à Nippur. A l’issue d’une bataille (partie du récit manquante) Teshub devient le roi des dieux. Il a été aidé par le dieu du fleuve Tigre et le dieu Tashimushu enfantés par Anu et la Terre.

La suite du récit se retrouve en grande partie dans le chant d’Ullikummi. Kamurbi veut récupérer la royauté divine. Il songe à créer un rival pour contrer Teshub. A cette fin il répand sa semence sur un large rocher qui donne naissance à un monstre de pierre nommé Ullikummi. Celui-ci est chargé de briser Teshub et Tashimushu. Les déesses Irshirra sont chargées de transporter Ullikummi sur les genoux d’Enlil et ensuite sur l’épaule droite d’Upelluri (un analogue hourrite du géant grec Atlas). Le dieu-Soleil découvre le Monstre et informe Teshub, qui part aussitôt l’observer en compagnie d’autres divinités. Ištar tente de séduire Ullikummi mais en vain. Kumarbi fait réunir les dieux lors d’une assemblée car il est inquiet, mais il est déjà trop tard car le géant a atteint une telle taille qu’il est devenu invincible. On le qualifie alors de diorite de neuf mille lieues qui fait trembler la terre et le ciel. Teshub l’affronte mais il échoue. Ullikummi se charge d’abattre le dieu de l’orage mais également l’humanité toute entière (déluge). Ea se voit le défenseur de l’humanité lors de l’assemblée des dieux. Il emprunte aux dieux de la création le couteau qui a permis de séparer les Cieux de la Terre. Il parvient à séparer Ullikummi de l’épaule du géant Upelluri ce qui permet de réduire considérablement sa puissance. La fin de ce récit est indéchiffrable.

Teshub, Hepatu et Sharruma

Fresque à Hattusa du dieu Teshub, de la déesse Hepatu et de leur fils Sharruma. Source : http://www.travelblog.org/Photos/5557033

Ces récits sont très étranges et présentent d’étonnantes analogies avec d’autres mythes. Citons par exemple un mythe analogue en Phyrgie à la naissance d’Ullikummi : Papas (Zeus) fertilise une pierre nommée Agdos et celui-ci engendre un monstre hermaphrodite appelé Agditis. Mais le dieu le châtre en le faisant devenir Cybèle. On voit ici l’histoire d’une lutte entre 2 dieux primordiaux et on reconnaît l’intervention d’un être céleste Ullikummi qui causera le déluge. Sa taille est colossale, l’endroit de sa croissance est le ciel. Ea intervient de manière très symbolique en utilisant le couteau qui a permis de séparer le ciel de la terre (geste faisant référence à la stabilisation du parcours d’un astre dans le ciel). Il existe de nombreux mythes dans le monde qui attestent de la naissance d’astre/dieu colérique qui causera destruction et déluge. Zeus est également le père de cet astre car il l’a engendré. Le mythe de la création d’Athéna a exactement la même signification que celui de la naissance d’Ullikummi. En effet, Zeus avale la déesse qui porte Athéna. Par la suite Zeus souffle d’un terrible mal de crâne qui se fend et donne naissance à Athéna armée et prête au combat. Un autre mythe également grec nous parle d’Héraclès qui sauve Hésioné, la fille de Laomédon. Héraclès s’attaque au serpent des mers envoyés par Poséidon et se retrouve dans son estomac pendant 3 jours, au bout desquels il réussit à en sortir en découpant le monstre de l’intérieur. Il s’agit en fin de compte d’une renaissance attestée dans d’autres croyances telle que la Bible. Jésus dit en Matthieu 12:40 : « De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la Terre durant 3 jours et 3 nuits ». Un autre récit grec nous parle de la naissance de Dionysos. Sa mère Sémélé est morte d’un coup de foudre. Zeus extrait l’enfant des entrailles de Sémélé et le place dans sa cuisse avant qu’il ne naisse une 2ème fois (d’où l’expression « né de la cuisse de Jupiter »). Dionysos aura une course folle et il parcourra le monde et enseignera l’agriculture à l’humanité.

Cette symbolique de l’expulsion d’un corps ou d’une tête est très clairement synonyme de la création d’un être dément, colérique qui parcourt le monde et qui provoque le déluge. Ce mythe est universel. De nombreux dieux présentent l’aspect d’un astre solaire (exemple l’oeil d’Horus) dément, colérique causant de nombreuses destructions et mort sur Terre. Ce thème mérite une très grande attention car il est à la base d’un fait mondialement attesté par les mythologies et pouvant expliquer l’origine du déluge et notamment la destruction de certaines grandes civilisations anciennes. Cet astre perturbateur est Vénus, l’étoile du matin mais également l’étoile du soir. Je ne le prouverais pas dans cet article mais probablement dans une recherche beaucoup plus approfondie. Je terminerai sur ce fait : Vénus est une planète très particulière. C’est le seul astre qui tourne dans un sens inverse à toutes les autres planètes du système solaire. De plus, la durée du jour est plus longue que son année (243 jours terrestres de rotation contre 224 jours terrestres  pour la période de révolution).

Sources principales :

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- LAROCHE E., 1963. Le dieu anatolien Sarrumma. Syria. Volume 40. Numéro 40-3-4. pp. 277-302.

Laisser un commentaire