Dionysos et sa résurrection

Une des plus énigmatique figures grecques est le dieu Dionysos. C’est un dieu de la vigne mort et ressuscité tout comme Osiris, Jésus, Quetzalcoatl et encore beaucoup d’autres divinités. Il a pour origine Thrace situé dans la partie la plus au nord de la Grèce ou Phrygie, ancien pays situé dans la partie occidentale de l’Anatolie (approximativement le territoire de la Turquie actuelle). Il s’agit d’une divinité très archaïque. On a découvert le nom Dionysos dans des inscriptions mycéniennes. Mycènes est une cité très ancienne située au sud-ouest de la Grèce, qui doit sa célébrité à ses découvertes archéologiques. L’hypothèse de la propagation de cette figure d’origine phrygienne en Grèce s’explique facilement par les colonisations en provenance de l’Anatolie occidentale.

Carte de la Phrygie

Localisation de la Phrygie et de l'origine de Zagreus. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Carte_Phrygie.png

L’étude de Dionysos nous as permis de constater que ses appellations son variées et correspondent notamment à Zagreus (Zagréos) du Mont Ida et à Zeus Crétagénès du mont Dicté en Crète. Nous retrouvons aussi Sabazios une divinité originaire de Phrygie et de Thrace, Bacchos (Bacchus) le dieu grec du vin, Iakkos (Iacchos) fils de Zeus et de Jupiter. On peut considérer que Dionysos a progressivement intégré divers nouveaux aspects au cours du temps. Cette particularité est très fréquemment rencontrée dans le domaine des mythes et des religions.

La figure la plus ancienne de Dionysos est Zagreus qui a pour origine la Crète ou probablement la mer Egée. On considère qu’il est le fils de Zeus et de Perséphone, déesse des enfers. Pour échapper à la jalousie d’Héra, Zagreus se change successivement en chèvre, en lion, en cheval, en serpent, en tigre et en taureau. Il s’agit de quasi tous les attributs dont on a parlé dans l’article intitulé : «  Enki est ses nombreux noms dans les mythes et les religions ».  Un autre Dionysos est Zabazios. On le considérait comme fils de Cronos et de Cybèle. Il était le dieu de l’orge qui donna aux hommes une sorte de bière. Une autre divinité associée à Dionysos est Bacchos, le dieu du vin. Cette divinité est l’image la plus récente du dieu Dionysos.

Un des grandes caractéristiques de Dionysos est la résurrection. Sous la forme du taureau, Zagreus va être mangé par les Titans. Apollon va enterrer ses restes. Son cœur va être confié par Athéna à Zeus qui va l’avaler et ainsi donner naissance à Dionysos. Zagreus est lui aussi un mangeur de chair crue. Ce cannibalisme est lié aux sacrifices humains. Pour Zagreus on réalisait un sacrifice annuel en Crète d’un jeune enfant qu’on remplaçait par Minos le roi-Taureau. Dans ce rite, cet enfant dansait en imitant la chèvre, le cheval, le serpent et le veau. On le sacrifiait ensuite et on mangeait sa chair sans la faire cuire. Le culte du taureau mort et ressuscité est à lier au dieu Apis, une figure du dieu Osiris. Le sacrifice humain est également une action réalisée à l’encontre de rois dans plusieurs anciens rites du monde. Ce sacrifice avait lieu lorsque le roi ne pouvait plus assumer certains pouvoirs. Citons comme exemple l’histoire de Lycurgue, roi de Lydie (ancien pays situé à l’ouest de la Turquie actuelle), qui fut déchiqueté sur le mont Pangée par des chevaux sauvages sur ordre de Dionysos. Les Lydiens lui avaient demandé d’arrêter la sécheresse. La réalisation des sacrifices est une pratique mondiale et est en rapport évident avec la renaissance et la croissance de la végétation. La résurrection de Dionysos est liée à la renaissance de la vie et de la nature notamment par le rythme des saisons.

Minos, roi des enfers grecs

Minos, le taureau roi de Crètes et des enfers dans une peinture de Michelangelo. Source : http://inklikemunchies.files.wordpress.com/2010/09/michelangelo-minos2.jpg.

La symbolique la plus utilisée pour représenter la mort et la renaissance de Dionysos tourne autour de la végétation. On l’associe très souvent à la vigne (et au vin) mais également au figuier, au myrte, au lierre, à la grenade et au pin. Dans la légende grecque Sémélé est la mère de Dionysos et elle meurt brulée par les flammes (ses autres noms sont notamment Thyoné, Sémélô la déesse phrygienne de la Terre, et Diôné l’épouse de Zeus à Dodone). Le fœtus de Sémélé ne meurt pas car un lierre s’était venu s’intercaler entre lui et le feu céleste. Zeus le récupéra et le plaça dans sa cuisse. Ainsi Dionysos est 2 fois né. Les Titans sous les ordres d’Héra vont le découper en morceaux. Du sang surgit un arbre le grenadier. Rhéa sa grand-mère va reconstituer son corps tout comme Isis l’a fait avec Osiris. Dionysos est également qualifié d’Iakkhos dont l’équivalent latin est Liber. Ce nom signifie écorce d’arbre en latin et également un nom botanique utilisé pour désigner la partie interne et vivante de l’écorce de l’arbre. Dionysos est associé à la vigne et au lierre, des plantes qui ont besoin d’un support pour se former. Le lierre qui est la plante favorite de Dionysos s’enlace contre l’arbre de la même manière que le serpent s’enroule autour du bâton d’Asclépios (dieu grec de la médecine). Dionysos est souvent appelé le « Couronné de lierre ». Les autres dieux consacrés au lierre sont : Perkunas, dieu de la foudre lituanien et Donar dieu du tonnerre germain fils de Jord, la Terre. On peut considérer que c’est le contact de la foudre et de la terre qui a donné le lierre.

Le symbole d'Asclépios est son bâton entouré d'un serpent

Statue d'Asclépios, le dieu de la médecine grecque. Source : http://www.greceantique.net/images-articles/asclepios.jpg

Dans la mythologie grecque, on raconte que Dionysos révélera les propriétés enivrantes de la vigne à Icarios, qui l’accueillit chaleureusement sur son île. Celui-ci transmet ses connaissances à des bergers qui se crurent ensorcelés et a pour conséquence qu’Icarios est massacré sous les yeux de sa chienne Maéra et enterré sous un pin (arbre consacré à Dionysos). Erigoné, la mère d’Icarios se pendit à un pin après avoir découvert son cadavre et le chien d’Icarios se jeta dans un puit. (Ariane fut également pendue, sous un platane et par Artémis). Les assassins d’Icarios furent recherchés à la demande d’Erigoné, retrouvés et aussitôt pendus. D’après moi, cette histoire est un récit analogue à la mort d’Osiris. Nous retrouvons notamment une image de la déesse Ninanna qui meurt et descend aux enfers et du chien gardien des enfers grec Cerbère ou Anubis le chien à l’avant de la barque solaire d’Osiris. Icarios est très proche du célèbre Icare. L’histoire de ce personnage est également imprégnée d’une descente aux enfers. En effet, Icare et son père Dédale sont prisonniers d’un labyrinthe de Minos (un royaume souterrain analogue au royaume des morts du taureau Osiris). Dédale fabriqua des ailes à Icare avec des plumes et de la cire, mais il lui recommanda également de ne pas trop s’approcher du soleil. Celui-ci fait fondre la cire et Icare tombe dans la mer victime de sa folie des grandeurs et de son orgueil. Il s’agit probablement d’une métaphore pour expliquer la mort d’un être céleste disparaissant à l’horizon et qui s’enfonce finalement vers les enfers.

Pourquoi associe-t-on la vigne à Dionysos ? Le vin est une boisson dont la quantité de sucre dépend fortement du soleil. Le vin relibère ainsi l’ardeur solaire captée durant l’été et symbolisée par le taureau solaire. On considère le vin comme le sang des morts car il correspond à la sève, au sang de la vigne qui est en repos en hiver. Le vin est la sève de la vigne qui continue à vivre et à fermenter à l’abri de la lumière dans des tonneaux, image de Dionysos qui meurt et descend dans l’obscurité des enfers. Quand le vin a fermenté, il peut être libéré au printemps et cela correspond à la naissance de Dionysos. Le retour de la vie au printemps est symbolisé également par le pollen. La propagation de celui-ci a pour réputation d’être la plus spectaculaire pour la vigne et le pin, qui sont justement les attributs de Dionysos.

Dionysos et son père adoptif Silène

Dionysos avec son père adoptif Silène à côté d'une vigne. Localisation au Musée du Vatican. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Silenus_Braccio_ Nuovo_Inv2292.jpg

Pour compléter cette description à propos de Dionysos, nous pouvons remarquer que cette divinité est proche des déesses. Lorsqu’il est encore enfant, il est coupé de sa mère. Son éducation est donnée par les Hyades sur un montagne boisée (le mon Dicté pour Zeus Crétagénès) ou par les Courètes (Corybantes) et les Hyades sur le mont Ida ou l’Hélicon pour Dionysos-Zagreus. Dionysos est également très efféminé. En effet, Zeus ordonne à Hermès de confier Dionysos à sa tante Ino (tante maternelle) et de l’élever comme une fille. On peut expliquer cette particularité par le fait que Dionysos est un dieu fort proche des anciennes croyances païennes qui considèrent le féminin comme sacré. Dionysos signifie fils de Nysa, nom d’un mont mystérieux mais également d’une nymphe qui reçut l’enfant d’Hermès et qui le nourrit de miel, nourriture divine. Ne faut-il pas voir dans la figure d’Hermès l’ange Gabriel (Thot pour les Egyptiens) qui permet à Marie d’enfanter Jésus ? Le mythe de Dionysos et l’importance du vin est liée à ce qu’on peut connaître dans la figure de Jésus mort et ressuscité dans une grotte. Le corps de Zagreus va être démembré tout comme celui d’Osiris avant d’être reformé et d’ainsi renaître et permettre le renouveau de la nature. Le symbole de la résurrection est incontestablement lié à l’arbre et au renouveau de la végétation au printemps ; cette symbolique s’est répandue ainsi dans toutes les mythologies du monde.

Sources bibliographiques

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

- FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

- LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain, Belgique.

Un commentaire

  1. LapinosNo Gravatar dit :

    L’érudit François Bacon Verulam décèle dans la fable de Dionysos un sens éminemment moral. La résurrection de Dionysos symbolise à ses yeux la renaissance du désir et de la passion, y compris lorsqu’on la croit étouffée ou éteinte, par la vieillesse par exemple. Il ajoute que si Dionysos s’éprend d’Ariane, délaissée par Thésée, c’est pour la raison que la passion et le désir s’enflamment souvent pour des objets délaissés par le commun des hommes.
    Il faut ajouter que Bacon, s’étant lui-même placé sous les auspices d’Athéna, issue du chef de Zeus, rend hommage à la sagesse grecque classique d’avoir signifié par la fable de Dionysos les dangers de la passion et de la religion, dont D. est aussi la divinité tutélaire. Quand, à l’opposé de F. Bacon, F. Nitche souhaiterait une religion païenne plus festive, contre le christianisme, niant qu’il peut y avoir au sein de la nature détériorée depuis la chute une « vie heureuse ».

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