Articles from décembre 2010



Le lion, un symbole de Vénus

Le lion est un animal connu pour sa force et sa puissance ; il est aussi susceptible, belliqueux, voire sanguinaire. Pour ses caractéristiques, le lion fut un symbole de prédilection pour représenter Vénus, planète qui a boulversé la face du monde il y a des millénaires. L’importance du lion dans les mythologies est très ancienne : en sumérien on le désignait par « Urmah », Ur-mah signifiant chien puissant. La naissance de Vénus est très souvent représentée sur les murs des temples ou des tombes égyptiennes par 2 lions qui se font face. La naissance d’Horus le vengeur est symbolisée par un soleil (Vénus) émergeant des collines primordiales et entre 2 lions.

Naissance d'Horus

Double lion égyptien, symbole de l'Etoile du matin et de l'Etoile du soir (Vénus). Cette figure représente la naissance d'Horus.. Localisé au Louvre. Source : http://egypte.web361.fr/index.php?lettre=a&entree=ay-ay-ai-eje.

Une des plus belles métaphores utilisée pour symboliser l’apparition de Vénus dans le ciel nous parle d’un lion Ashtar (dieu phénicien) responsable de la mort d’une antilope symbolisant l’humidité de la nuit. Cette attaque est suivie de la chute d’Ashtar dans les enfers par les 2 serviteurs du taureau Él (très souvent représentés dans les sceaux phéniciens par des griffons). Ce lion mort renaît le soir lorsqu’il tue le Taureau Él et porte le nom d’Ashtart (parèdre d’Ashtar).  Ce mythe symbolise donc l’apparition de Vénus dans le ciel au moment de l’aurore. Elle perd son éclat lors de l’apparition du Soleil (Shapash). Elle renaît le soir lorsque le soleil atteint l’horizon. La tablette III AB, C de Ras Shamra (célèbre cité syrienne appellée Ugarit) nous synthétise la chute d’Ashtar tué par les serviteurs de Él, à l’aurore :

15. [Voici que va paraître] Shapash (déesse du soleil Špš), le flambeau des dieux. Elle s’élève la voix et [crie] (à Ashtar) : ‘Ecoute bien !
16. Il se vengera, le Taureau Él, ton père, à la face du Prince-Mer (le dieu Yam), à la face du Juge-Fleuve (autre nom de Yam).
17-18a. Il ne t’écoutera pas le Taureau Él, ton père : certes, il arrachera le support de ton siège ; certes, il renversera [le trône] de ta royauté ; certes, il brisera le sceptre de ta juridiction’.
Ashtar sait sans doute que l’arrêté de Él est, comme on le lui dit, sans appel, et il s’y soummet immédiatement. Il n’oppose aucune résistance.
18b. Et Ashtar répond :
19. ‘Il m’a saisi, le Taureau Él, mon père. Moi [je n’ai pas] de maison pour moi [comme] les (autres) dieux, de parvis [comme les (autres fils de
20. Qa]desh (Ashérat). En lion, je descendrai dans ma tombe (npš). Les étoiles-Kṯrm disparaissent dans la mai[son du Prince]-
21. Mer, dans le temple du Juge-Fleuve. Il se venge le Taureau Él, son père à la face du Prince-Mer,
22. à la face du Juge-Fleuve.’ Tu n’auras pas de pouvoir pour la royauté, ni de femme pour toi comme les (autres) dieux,
23. ni de servante comme les (autres) fils de Qadesh (Asherat). Et le Prince-Mer [(te) regardera], et le Juge-Fleuve [(t’) observera], et il dira :’Ashtar…’ »

(Traduction provenant de DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands).

Ce texte a sa correspondance exacte dans la Bible en Isaïe 14:12. Le terme utilisé pour qualifier l’Etoile du matin est Heylel en hébreux. Ce porteur de lumière est appelé Lucifer en latin (« Lux » ou « Luci » signifie lumière et « fer » porteur) et Phosphoros en grec.

12. « Comment es-tu tombé du ciel,
Étoile du matin (traduction du mot hébreux Heylel), fils de l’aurore ?
As-tu été jeté à terre,
Vainqueur des nations ?
13. Toi qui avais dit dans ton cœur :
‘J’escaladerai les cieux,
au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône,
je siégerai sur la montagne de l’Assemblée,
aux confins du spetentrion.
14. Je monterai au sommet des nuages,
je m’égalerai au Très-Haut.’
15. Mais tu as été précipité au shéol,
dans les profondeurs de l’abîme. »

16. « Est-ce bien toi qui faisait trembler la Terre,
qui ébranlait les Royaumes?
17. Il a réduit le monde en désert,
rasé les villes,
il ne renvoyait pas chez eux les prisonniers.
18. Tous les rois des nations, tous, reposent avec honneur,
chacun chez soi.
19. Toi, on t’a jeté hors de ton sépulcre,
comme un rameau dégoûtant,
au milieu des gens massacrés,
transpercés par l’épée,
jetés sur les pierres de la fosse,
comme une charogne foulée aux pieds. »
20. Tu ne leur seras pas uni dans la tombe,
car tu as ruiné ton pays,
fait périr ton peuple.
Plus jamais on ne prononcera le nom
de la race des méchants.
21. Préparez le massacre de ses fils
pour la faute de leur père.
Qu’ils ne se lèvent plus pour conquérir la terre
Et couvrir de villes la face du monde. »

Tout comme Heylel, Ashtar est soummis à un jugement qui lui fait perdre son sépulcre et l’oblige à descendre en temps que lion dans sans tombe (le Shéol pour Heylel). Le texte d’Isaïe nous permet de constater que ce lion a ruiné son pays, a fait périr son peuple. Ses enfants doivent également rester dans le monde du dessous comme les étoiles-Kṯrm d’Asthar.

Ce terme de « porteur de lumière » est équivalent à celui du dieu phénicien Resheph qu’on qualifie de « portier du soleil » (LIPINSKI E., 1995).  Son nom se retrouve sous différentes formes dans les textes et noms qui accompagnent sa représentation : en phénicien Ršp, en cunéiforme Ra-sa-ap ou Ra-ša-ap, ou Ršp en égyptien. Avec le syllabaire suméro-akkadien nous pouvons traduire Rasaap phonétiquement par RÁ-SÁ-AB : « le père qui guide et qui brille » ou  RÁ-ŠA-AB : « le père brillant qui assèche ». Il est représenté habituellement dans la posture d’un pharaon frappant ses ennemis, le pied gauche en avant, le bras droit brandissant une arme. Resheph est un dieu redoutable et belliqueux, caractère du lion sur lequel on peut parfois le retrouver. Son parèdre peut parfois être représentée dans la même attitude combattante. L’attribut de Resheph est également l’arc comme l’indique une référence de la cité syrienne Ugarit : « Resheph l’archer ». Dans la Bible (Dt, 32:23-24). ce dieu est un génie destructeur au service de Yavhé.

« J’accumulerai sur eux les fléaux,
J’épuiserai contre eux mes flèches.
Une fois consummés par la famine
Et attaqués par Resheph
c’est Qatéb venimeux et la dent des bêtes
que j’enverrai contre eux
avec le venin des reptiles de la terre ».

En Palestine, Resheph est vénéré à Apollonia – Arsūf (nom en arabe), ce qui laisse suggérer que ce dieu est lié à l’Apollon grec. A Chypre, le dieu Resheph dieu-archer a fusionné avec lui. Un des surnoms d’Apollon est Phoebus. Tout comme Heylel il fut banni de la montagne des dieux appelée Olympe dans la mythologie grecque. Il avait comploté contre Zeus.

Marduk nous livre de précieuses informations sur le premier grand passage de Vénus, celui qui a provoqué le grand Déluge. Dans l’Enûma Eliŝ, l’Epopée babylonienne de la Création on dit que Marduk est l’enfant soleil d’Enki. C’est un dieu vengeur (tablette 3 ligne 10) tout comme Horus. Il est responsable du Déluge : il déchaîne les vents (tablette IV, ligne 96-99), qui s’engoufrent dans la bouche de Tiamat. Celle-ci éclate sous l’effet d’une flèche envoyée par Marduk. Il utilise les morceaux du corps de Tiamat pour façonner le monde. Dans le poème d’Erra, nous apprenons qu’Erra va enflammer la colère de Marduk, l’éloigner de sa demeure et détruire les hommes. Marduk va provoquer le Déluge mais également déstabiliser les étoiles. Son apparence va être altérée et il restaurera son image par le feu. En l’absence de Marduk (qui a perdu son éclat), Erra est chargé de combattre Enlil et Anu. Une autre version concernant Marduk est conservée dans le poème d’Erra. Le dieu du Soleil Erra invoque le retour de Vénus, ce qui permet à Erra de devenir le roi des dieux :

«Lorsque Marduk eut entendu les propos d’Erra, ils lui semblèrent délicieux. Il (Marduk) quitta sa demeure impénétrable et il alla vers celle des Anunnaki. Lorsqu’il (toujours Marduk) fut entré et qu’il se tint [face à eux], Šamaš (le soleil) obscurcit ses rayons en le voyant. Sîn (la lune) fixait ailleurs […] Les mauvais vents se soulevèrent, transformant le jour en ténèbres et [bousculant] l’ensemble de la Terre et le tumulte des peuples […] Alors les Igigi (Nungal), terrorisés, s’en furent dans les hauteurs et les Anunnaki se précipitèrent au fond de l’abîme ».

Traduction d’un passage du poème d’Erra par Don Moore.

Dans l’article : « la symbolique du chien et du loup dans les mythologies », j’ai parlé du loup Fenrir, un autre animal sanguinaire qui qualifie cet astre destructeur. Tout comme Marduk, il obsurcit les rayons du soleil. Tout comme les dieux dont j’ai parlé plus haut, le loup Fenrir s’enfonce profondémment dans la terre, où il va être enchaîné. Dans cet épisode Fenrir est attaché à un grand rocher. Au Ragnarök, le loup Fenrir attaque le monde des hommes et des dieux. Le passage ci-dessous confirme clairement que Fenrir est un astre perturbateur :

(Völuspá 40-41)
A l’est habite la vieille
Dans la forêt du fer,
Et là elle met au monde
Les enfants de Fenrir.
Parmi eux tous,
L’un deviendra,
Sous la forme d’un monstre,
De l’astre le destructeur.

Il se rassasiera du sang.
Des hommes à la mort voués.
Il rougira de sang pourpre
La demeure des dieux.
Noirs deviendront les rayons du soleil
Tout au long des étés suivants,
Et terribles seront les tempêtes.
En savez-vous davantage, vraiment ?

(Source : DILLMANN F-X., 1991)

Dans la continuité de cette description, le dieu hittite Hahhima (présent dans « le Mythe de la Disparition du soleil ») est un monstre destructeur de vie sur la terre et au ciel. Son apparition a lieu lorsque le soleil se réfugie au fond de la mer (parallèle évident avec Ashtart, l’étoile du soir qui apparaît quand le soleil se couche). Cette période est caractérisée par l’absence de souverrain des dieux. Vénus est tenu responsable d’une période de grand gel qui immobilise les dieux. Le dieu de l’Orage essaie de lutter contre Hahhima mais en vain. Deux combats héroïques les opposeront. Le dieu de l’Orage appelle le dieu du Soleil qui est introuvable. Seul le retour du Soleil à la place du Gel pourra entraîner la disparition de Hahhima et permettre à la vie de renaître à nouveau.

Un autre dieu hittite appelé Illuyanka est également le réprésentant des forces obscures de la nature. Le mythe d’Illuyanka nous présente 2 versions différentes pour expliquer le retour du dieu de l’Orage au pouvoir. Illuyanka est un serpent qui a vaincu le dieu de l’Orage. Il vit sous terre. En sortant des entrailles de la terre, il menace l’ordre établi par le dieu de l’Orage. Ce mythe tend à relativiser le rôle négatif de cet astre pertubateur. En effet le dieu de l’Orage est présenté comme un adversaire impitoyable, et rusé ; à l’opposé Illuyanka est est généreux à l’image du monde sauvage. Dans la première version du mythe, on apprend que le dieu de l’Orage (via le dieu de la tempête) obtient de l’aide de la fille d’Illuyanka Inara, celle-ci a reçu l’aide d’un mortel (Hupasya) par la séduction. Hupasya capture le serpent avec une corde et le dieu de l’Orage le tue. Dans la deuxième version, le dieu de l’orage agit seul. Il retrouvera ses yeux et son cœur grâce au mariage de son fils qui vivait dans la belle famille. Le dieu de l’orage combat une 2ème fois Illuyanka sur la rive de la mer. Le fils du dieu de l’orage s’est rangé du côté du serpent et demande à son père de l’épargner, mais en vain.

« Quand il fut à nouveau valide dans son corps comme auparavant, il alla de nouveau dans la mer pour livrer bataille. Quand il lui livra bataille, et quand il fut sur le point de vaincre le Serpent, le fils du dieu de l’Orage était avec le serpent et appela son père dans le ciel :

« Inclus-moi avec eux ; n’aie pas pitié de moi » aussi le dieu de l’Orage les tua (tous les deux) le serpent et son propre fils. Et ceci le dieu de l’Orage […]. »

(Deuxième version du mythe de Illuyanka, source : DILLMANN F-X., 1991).

La mort de l’astre destructeur est confirmée dans le mythe de Labbu, dont une tablette endommagée de la bibliothèque d’Aššurbanipal donne de précieuses informations. Dans ce mythe, Enlil charge un autre dieu de tuer Labbu. Celui-ci est un monstre dont l’apparence est celle d’un lion et d’un serpent qui est envoyé par le dieu Enlil pour détruire l’humanité. Il vit dans l’eau. Il est le fils de Tiamat et la « progéniture du Fleuve ». Il a pour but de détruire la Terre et l’humanité. Labbu a une queue qui balaye le tiers des étoiles. Ce monstre doit être tué par Tišpak. Celui-ci est chargé de sauver la terre et prendre les rennes du pouvoir. Lorsque Labbu est tué, il est dit que : « Et pendant trois ans, trois mois et un jour […] coula le sang du Labbu.

« Sa longueur était de cinquante milles,
Et de un mille son [épaisseur ( ?)] ;
Sa gueule mesurait six coudées,
[Et sa langue ( ?)], douze coudées.
Sur douze coudées (s’étendait)
Le périmètre de ses oreilles.
A soixante coudées de distance,
Il [attrapait ( ?)] les oiseaux [de sa langue ( ?)].
S’il se mouvait sous neuf coudées d’eau […],
Il pouvait élever sa queue [jusque…]. »

(Mythe de Labbu, source : DILLMANN F-X., 1991).

Au terme de cette investigation initiée à partir du lion, nous redécouvrons encore ici le drame cosmique qui s’est conservé dans bons nombres de mythes à travers le monde. Un astre pertubateur, dont la naissance est causée par le dieu Enlil, est chargé de détruire l’humanité. Sa taille et sa lumière sont responsables de la montée des eaux, en d’autres mots du Déluge. Après cet épisode qui boulversa la surface de la Terre, la vie a repris son cours. Le monde n’est pour autant pas sain et sauf : Vénus réapparaît à proximité de la terre et cause de nouveaux dégâts. La terre est plongée dans l’obscurité et des tempêtes se déchaînent pendant plusieurs étés successifs. Les hommes et les dieux sont immobilisés. Lors du 2ème passage, un serpent a combattu le dieu de l’Orage et l’a mutilé. Il semble être sanctionné par le dieu Él qui le fait précipiter dans les profondeurs du Shéol.  Le dieu du Soleil est chargé d’assurer le règne sur le monde en l’absence du dieu de l’Orage. Ce règne n’est pas éternel et un nouveau passage de Vénus perturbe à nouveau la vie. A son retour, le Soleil disparaît sous l’horizon et le monde est sans souverrain. Le dieu de l’Orage retrouvera sa place du roi du monde après avoir vaincu le lion-serpent lors d’un dernier grand combat cosmique…

Remarque : pour plus d’information concernant ce drame cosmique, vous pouvez vous réferer à l’article « le mythe de Nahusha ». Il donne de précieux détails concernant le résumé de cette conclusion. Les noms sont différents, mais vous verrez très vite que ce mythe est intimement lié à cette histoire.

Naissance de Nergal

Sceau cylindre sumérien représentant Nergal sortant de la butte primodiale. Il est entouré par Ishtar et par Enki, des symboles représentant l'Etoile du matin apportant la chaleur et l'Etoile du soir apportant l'humidité. Source : http://economiedistributive.free.fr/IMG/jpg/1031_sumer.jpg.

Sources bibliographiques

-  AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni. 320 p.

-  BEYER D., 2001. Emar IV. Les sceaux. Missions archéologique de Meskéné-Emar. Recherche d’Astata. Orbis Biblicus et Orientalis, 20. Series Archaeologica. Editions universitaires, Fribourg, suisse. 490 p.

-  BOISSELIER J., 1993. La sagesse du Bouddha. Gallimard. 191 p.

-  CASSIN E., 1981. Le roi et le lion. Revue de l’histoire des religions. Volume 198. Numéro 198-4. pp. 355-401.

-  CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem.

-  DILLMANN F-X., 1991. L’Edda, récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson. Gallimard, Paris. Pp. 41-42.

-  DU MESNIL DU BUISSON R., 1973. Nouvelles études sur les dieux et les mythes de Canaan. E. J. Brill, Leiden, Nederlands

-  DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands.

-  FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

-  KUNTZMANN R., 1983. Le symbolisme des jumeaux au Proche-Orient ancien. Naissance, fonction et évolution d’un symbole.Beauchesne, Paris.

-  LAROCHE E., 1963. Le dieu anatolien Sarrumma. Syria. Volume 40. Numéro 40-3-4. pp. 277-302.

-  LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain. 536 p.

-  MAZOYER M., 2003. Télépinu, le dieu au marécage : essai sur les mythes fondateurs du royaume hittite. KUBABA, Paris.

-  MAZOYER M. & PEREZ REY G.,2007. Monstres et monstruosités dans le monde ancien. KUBABA, Paris. 302 p.

-  VIEYRA M., 1946. Une stèle hittite de Malatya. Comptes-rendus des scéances de l’année… Académie des inscriptions et belles-lettres. Volume 90, Numéro 1. pp. 130-135.

-  WALTER P., 1999. Le devin maudit. Merlin, Lailoken, Suibhne. Texte et étude. Ellug, Grenoble. 252 p.

-  WILKINS W. J., 2006. Mythologie hindoue, védique et pouranique. L’Harmattan. 398 p.

Le mythe de Nahusha

Le mythe hindou de Nahusha nous fournit de précieuses informations sur la période qui a suivi la mort du Créateur de l’humanité. Ce mythe nous raconte comment Nahusha devient le nouveau roi des dieux en prenant la place du dieu Indra rendu responsable de la mort du dieu Vŗtra (Vritra). L’histoire de Nahusha comprend des similitudes intéressantes avec le roi grec Salmonée, avec le roi grec Ixion, avec le dieu égyptien Râ, et encore beaucoup d’autres personnages. Les facettes de ce dieu que l’on trouve dans de très nombreuses mythologies à travers le monde feront l’objet d’un article ultérieurement, tant ses visages sont variés et complexes à décrire dans un seul article. Le mythe de Nahusha est raconté plus d’une fois dans le Mahâbhârata (considéré comme le plus long poème du monde).

Le mythe de Nahusha débute par la mort au crépuscule du Créateur Vŗtra, qui est transpercé, démembré, écrasé par le roi des dieux Indra, divinité du tonnerre et de l’éclair tel le Zeus grec. Touché par les remords, Indra s’enfuit sous les eaux et reste introuvable. Le monde est touché par la sécheresse et 3 grands mondes n’on plus aucun souverrain pour les diriger. Les ŗshis souhaitent que le lumineux et glorieux Nahusha devienne le nouveau Indra. Il refuse dans un premier temps, et change d’avis par la suite. Brahmâ lui donne dès lors un pouvoir très puissant : celui de priver de tout pouvoir celui qui pose les yeux sur lui. Il abandonne très vite ses valeurs justes et vertueuses pour s’adonner aux plaisirs, à la chasse, aux dés et aux femmes.

Un jour, Nahusha aperçoit Çaci, la belle épouse d’Indra et il désire en faire sa femme pour jouïr de tous les droits (tout comme Ixion tentera de séduire dans la mythologie grecque la reine des dieux Héra, femme de Zeus).  Cet évènement sera sa plus grande erreur. Çaci trouve refuge dans la demeure de Bŗhaspati, le guide spirtituel des devas, qui rassure la déesse et qui lui promet qu’on retrouvera son époux Indra. Les dieux du ciel tentent de calmer la colère de Nahusha. Ils lui expliquent qu’il ne faut pas suivre l’exemple d’Indra qui a eu de très nombreuses épouses. Malgré tout Nahusha ordonne qu’on lui livre Indranî (autre nom de Çaci). L’hôte qui l’a accueillie refuse de la livrer. Indranî demande un délai pour qu’elle puisse retrouver son époux. Elle part à sa recherche et le voit en Himayala. Elle lui explique toute l’histoire depuis sa disparition et lui demande d’assumer sa place de souverrain des dieux : « lève-toi et chasse ton rival, montre ta force, ô destructeur des fils de Diti et de Danu, obtiens ta puissance et sois souverrain des dieux ».

Indra considère Nahusha fort dangereux depuis que les ŗshis lui ont accordé une grande puisssance. Indra décide donc d’un stratagème. Indranî accepte de devenir l’épouse de Nahusha à la condition qu’il se montre à ses yeux avec un équipage plus pompeux que ses prédécesseurs : « ce sont des chevaux ou des éléphants qui portent Indra ; il faut que tu te procures un équipage, que ne possèdent ni Vishnu, ni Rudra, ni les démons, ni les Géants. Que les saints ŗshis ensemble portent ta litière, voilà ce que je désire de toi ». Nahusha accepte en reconnaissant sa lumière capable d’ôter la lumière sur celui sur qui il pose les regards. Il ordonne aux ascètes de le porter sur le lit divin.

L’arrogance de Nahusha lui monte à la tête. Il se trompe sur une hymne védique en rapport avec le sacrifice. Par peur d’être corrigé, il frappe d’un coup de pied Agastya le Sage (celui-ci est appelé dans les textes l’étoile Canopus). Cette arogance est comparable à celle qu’a Salmonée, roi grec. Celui-ci se fait adorer à l’égal d’un dieu. Il remplace les autels de Zeus par les siens. Il voulait s’égaler à Zeus. L’arrogance de Nahusha et le mauvais traitement envers Agastya est déplorée par Bhŗgu, un dieu dont on dit qu’il est caché dans les tresses d’Agastya afin de ne pas croiser le regard de Nahusha. Bhŗgu condamne dès lors Nahusha à vivre sous la forme d’un grand serpent couché à terre pendant 10000 années. Ce n’est qu’après cette période qu’il pourra regagner le ciel. Indra peut reprendre sa place dans le ciel à condition que le meurtre de Vŗtra soit puni. Il se voit obligé de vénérer Vishnu (autre nom de Vŗtra) : « Qu’Indra accomplisse le sacrifice du cheval, en me prenant pour divinité, après il retrouvera son rang ». Indra peut dès lors retrouver sa place de roi des dieux.

La sentence de Nahusha n’est pas éternelle. Agastya lui annonce qu’il regagnera le ciel avec la participation de sa descendance. Nahusha est déjà roi mais n’a pas encore atteint la suprême dignité de souverrain. Son retour au ciel sera confirmé par la venue de Cyavana, fils de Bhŗgu. Il s’agit d’une étoile qui a fait vœu de vivre dans l’eau pendant 12 années. On dit d’elle qu’elle a une barbe et des tresses de couleur rouge-brun. Cyavana est reconnu comme une personnification de la planète Vénus tout comme Bhrgu son père. Des pêcheurs le trouvent dans ses filets dans un fleuve. Cyavana demande aux pêcheurs de subir le même sort que les poissons avec qui il a vécu pendant ces 12 années. Les pêcheurs le reconnaissant comme un être supérieur. Ils ne peuvent tuer les poissons sans le tuer. Ne sachant pas comment résoudre ce dilemme, ils demandent l’aide de Nahusha. Cyavana propose qu’on l’achète pour une somme à la hauteur de sa valeur. Nahusha accepte de le racheter mais il a beau augmenter son prix (allant jusqu’à offir son royaume entier), celui-ci n’est jamais au goût des attentes de Cyavana. Seule la vache Go l’équivaut et elle est donc offerte par Nahusha comme rançon. Les pêcheurs ne veulent pas accepter cette rançon mais ils la donnent à Cyavana. Touché par ce geste, Cyavana emmène au ciel les pêcheurs et les poissons et Nahusha obtient en récompense de son don la promesse qu’il retrouva sa place au ciel.

Nahusha rencontre un jour le vaillant Bhîmasena. Celui-ci est un terrible chasseur qui parcourt les bois et tue un grand nombre de lions et d’éléphants. Nahusha l’enveloppe de ses anneaux de serpent et lui ôte la force et la connaissance. Il explique à son descendant Bhîma que quiconque l’approche, tombe immédiatement sous son pouvoir. Yudhishţhira s’inquiète de l’absence de son jeune frère Bhîma. Comme il avait appris qu’il était parti de bonne heure à la chasse il part à sa recherche. Il retrouve son frère Bhîma en suivant les traces des bêtes féroces qu’il a tuées ou mises en fuite. Pour éviter la mise à mort de son frère, Yudhishţhira tente de le délivrer par la douceur. Nahusha accepte de libérer son frère s’il peut répondre à plusieurs questions. Yudhishţhira y répond correctement, si bien qu’il permet la libération de son frère mais également Nahusha lui-même. Il perdit sa forme animale pour revêtir sa forme divine et il monte, comme annoncé, au ciel.

Il semble que ce mythe se soit calqué sur le déroulement du jour et de l’apparition du soleil, de l’étoile du matin et de l’étoile du soir. En effet, le récit de cette histoire semble s’organiser suivant le schéma suivant :

1) Crépuscule

Mort de Vŗtra tué par Indra. Celui-ci s’enfuit. C’est une période sans souverrain.

2) Nuit

Nahusha devient le roi des dieux. Il est soulevé dans le ciel par les étoiles ŗshis.

3) Aube

Bhŗgu met fin au règne de Nahusha. Celui-ci est transformé en serpent. C’est une période sans souverrain. Indra devra accomplir le sacrifice du cheval pour remonter sur son trône.

4) Jour

Indra retourne sur son trône et remprend sa place de roi des dieux.

5) Crépuscule

Retour de Nahusha au ciel par la rencontre qu’il fait avec Bhîma.

Quelles sont les explications de ces évènements à la lumière du jour et de la nuit :

1) Crépuscule

Indra représente le ciel bleu et la lumière du jour. En tuant Vŗtra, il souille le ciel de sang. C’est bien le soleil qui est responsable de l’apparition de la couleur rouge du ciel au crépuscule. Lorsqu’Indra s’enfuit, il est à l’extrémité du monde et sous les eaux. Ceci correspond bien à l’image d’un soleil qui a disparu sous l’horizon.

2) Nuit

Nahusha est doté d’un grand nombre d’étoiles éteincelantes sur son front. Lorsque Nahusha est porté par les étoiles, elles se succèdent. Ceci correspond au déplacement des étoiles durant la nuit.

3) Aube

Lorsque Nahusha, le roi Nocturne, descend du ciel, cela correspond à la perte de l’éclat des étoiles à l’aube. On peut considérer que Nahusha descend du ciel nocturne pour rejoindre le monde souterrain. Sa transformation en serpent symbolise la fuite de l’ombre le matin à la frontière du monde visible sous une forme circulaire et faisant référence au serpent égyptien notamment. Le cercle formé est la frontière entre le jour et la nuit, en d’autres mots entre la vie et la mort. Cette période est antérieure au lever du soleil. Indra ne regagne pas tout de suite son trône. Son épouse Çaci part à sa recherche et est obligée d’aller en Himalaya, les plus hautes chaînes de montagne du monde pour l’apercevoir en tant que soleil. Le sacrifice du cheval doit être accompli avant qu’il regagne le ciel.

4) Jour

Le soleil a retrouvé sa place dans le ciel.

5) Crépuscule

Bhîma est enfermé dans les anneaux du serpent, ce qui signifie que Vénus est encore située au niveau de l’horizon et la libération de Bhîma est l’apparition de la lumière de Vénus au crépuscule.

Nous sommes bien face à une magnifique métaphore expliquant la lutte pour le trône du ciel entre 2 catégories de divinités : les Pândava et les Kaurava. Cette lutte est universelle et oppose toujours le bien au mal, d’une façon parfois fort réductrice…

Pour plus d’informations concernant ce mythe, je vous renvois à l’article « le poème d’Erra » qui complète assez étonnamment  cette histoire.

Sources Bibliographiques :

- ELIADE M., 1947. Le « dieu-lieur » et le symbolisme des noeuds. Revue de l’histoire des religions. Volume 134, numéro 134-1-3. pp. 5-36.

- SCHAUFELBERGER G. & VINCENT G., 1999. Traductions de textes sanskrits tirés du Mahâbhârata et étude de l’œuvre. http://www.utqueant.org/mbh/mbh/resume.html.

- SPEIJER J.S., 1885. Le mythe de Nahusha. Actes du sixième congrès internationnal des orientalistes, tenu en 1883 à Leide. 3ème partie, section 2 : aryenne. pp. 81-117.

- WILKINS W. J., 2006. Mythologie hindoue, védique et pouranique. L’Harmattan. 398 p.

La symbolique du loup et du chien dans les mythologies

Le loup est un animal qui a longtemps été associé à la mort dans les mythes du monde. Il inspire crainte mais également respect. Son régime alimentaire a contribué à lui donner une place importante dans certains textes apocalyptiques où la gueule ouverte il détruit les astres ou des divinités. Son terrier, habitat souterrain, a également contribué à en faire une figure de gardien des enfers. Le loup n’est jamais seul et la meute est une image synthétisant bien la hiérarchie que l’on peut retrouver dans certains groupes divins, c’est-à-dire un loup et une louve dominants et leur descendance.

Une prophétie nordique annonçait la destruction du monde par le terrible loup Fenrir. Ce loup, fils de Loki croît quotidiennement d’une manière prodigieuse. Les dieux vont lui fabriquer plusieurs chaînes (appelées Leiding, Dromi) qu’il brise très facilement pour retrouver sa liberté. Les Nains sont dès lors chargés de fabriquer la chaîne Gleipnir. Par sécurité, la chaîne Gelgja, est également utilisée et passée au travers d’un grand rocher nommé Gjol. On pourrait se demander si cet enchaînement n’a pas un lien de parenté avec celui de Prométhée, qui fut attaché à un rocher sur le mont Caucase. Au Ragnarök, la fin des temps nordique, la gueule de Fenrir est grande ouverte. Sa mâchoire inférieure touche la terre tandis que sa mâchoire supérieure touche le ciel. La destruction apocalyptique d’un loup existe également dans la figure du loup Skoll qui poursuit la gueule grande ouverte la déesse du soleil Sol. Celle-ci mourra mais donnera naissance à un nouveau soleil. Le frère de Skoll appelé Hati poursuit, quant à lui, la lune. Tous ces mythes rejoignent la vision que l’on peut avoir du Déluge provoqué par « l’œil du son » égyptien qui a détruit l’A’amenptah, la fameuse Atlantide dont parle Platon. En effet, la croissance quotidienne d’un astre peut être comparée à la croissance de ce loup qui provoque destruction, chaos et morts sur Terre. La chaine chargée de maintenir la trajectoire de cet astre aura été rompue ce qui aura provoqué de terribles bouleversements sur Terre, notamment la disparition du soleil mais heureusement il renaît toujours.

Outre la destruction cataclysmique qu’il provoque, le loup est un gardien des enfers dans de très nombreuses mythologies. Anubis, le dieu embaumeur d’Osiris, est une des figures les plus connues. Un de ses autres noms égyptiens est Upuaut (prononcé Oupouaout). Celui-ci est un dieu à tête de loup invoqué par les Egyptiens pour guider le soleil pendant son séjour nocturne.  Il est appelé « le frayeur des chemins qui guide la barque de Rê ». Il guide le souverain dans le royaume des morts et également les guerriers en territoires ennemis. Comme toujours nous retrouvons facilement un dieu similaire chez les Mayas. Il est appelé Xolotl. C’est un dieu et un chien jaune. A la mort du 4ème soleil, Quetzalcoatl (le serpent à plumes maya) est chargé de créer une nouvelle race d’êtres humains. Xolotl, son frère jumeau, l’accompagne vers Mictlan le monde des morts pour rassembler les ossements des hommes tués par le déluge. L’accompagnement d’un dieu par un loup dans sa barque solaire est également rencontré dans les textes mésopotamiens. En effet, dans le texte « Enki au pays des morts », il est dit que les flots se brisent comme un loup dévorant sur la proue du bateau. Une vision déformée de ce chien gardien des enfers se retrouve dans la mythologie grecque chez Cerbère. Ce chien d’Hadès a 3 têtes. Cerbère est enchaîné à l’entrée des enfers. Il terrorise les morts et ceux-ci doivent l’apaiser en lui offrant des gâteaux de miel. On retrouve toujours ce chien gardien des enfers dans d’anciennes croyances des Caraïbes : Opiel Guabiron est un demi-chien de la mythologie des Caraïbes, mi-homme qui garde le royaume des enfers au niveau de la porte de Coabey.

Dieu chien Xolotl, Codex de Telleriano-Remensis.

Dieu chien Xolotl, Codex de Telleriano-Remensis. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier : Xolotl.jpg.

Cette vision de l’âme d’un dieu voyageant, telle la barque solaire d’Horus, nous amène à retrouver la mort d’un dieu d’une grande importance et le rôle de loups/chiens dans sa mort et dans l’accompagnement de son âme dans l’au-delà. Un des qualificatifs d’Odin est « loup de combat » dans la mythologie nordique. Le dieu était une embarcation qui faisait passer les bons du connu à l’inconnu. Ceux qui passaient la gueule du loup entraient dans le Walhall, royaume des morts. Odin est mort tué par le loup Fenrir, nous laissant penser que sa disparition est survenue lors du cataclysme provoqué par un astre errant. Il ne faut voir ce loup géant comme la cause de sa mort mais plutôt une conséquence de l’union avec la déesse de la guerre et de l’amour et l’assassinat par son frère ou son fils selon les mythes. Cette mort se retrouve dans celle d’Actéon. Celui-ci a été transformé par Artémis en cerf avant d’être tué par une meute de 50 chiens appartenant à la déesse (Diane dans la mythologie romaine). Cuchulainn est un héro irlandais qualifié de chien dans les textes. Son nom signifie « chien de Culann ». En Irlande, on ne donne pas de nom au loup (Chu), on le qualifie de « chien sauvage » (D’arbois de Jubainville, 1904). Dans certaines versions de son histoire, Cuchulainn refuse les avances de Morrigane, déesse celtique de la guerre. En conséquence, il meurt sous les traits d’un taureau blanc lors d’une terrible bataille, terrassé par le taureau brun Donn. Dans certaines versions, Cuchulain meurt empoisonné pour avoir mangé de la viande de chien. Dans la mythologie hindoue, Vŗtra est un dieu loup tué par son adversaire Indra. Il fut transpercé, démembré et il renaît tel un nouveau soleil. Sa renaissance est alors annoncée par le renouveau de la nature.

«  Lui dont les pouvoirs magiques
Détournent de la terre les bienfaisantes pluies,
Ennemi attaché à perdre les humains,
Disputant le pouvoir à la race divine,
Lui dont l’armée de démons à toujours
Livré au dieu Indra une guerre incessante,
Lui qui fut tant de fois écrasé, massacré,
Renaît toujours nouveau, et inlassablement
Recommence à la lutte où il perdra la vie. »

(Source : Wilkins W.J., 2006).

Anubis l’embaumeur, tombe de Nebenmâat.

Anubis l’embaumeur, tombe de Nebenmâat. Source : http://jfbradu.free.fr/egypte/LA%20RELIGION/LES%20DIEUX/anubis-maat.jpg

Le loup n’agit pas seul. En meute, il est d’autant plus à craindre. Dans le livre IV d’Enoch, il est dit que des loups persécutent des brebis ainsi que leurs enfants. Ces loups les poursuivent de toutes leurs forces jusqu’à ce que le Seigneur descende auprès des brebis pour les secourir et les conduire vers un autre pays. Les brebis fuient jusqu’à une mer que le Seigneur va couper en 2 avant qu’elle ne se referme sur les loups. Ce passage très intéressant est très clairement une autre version du passage de la mer Rouge par les Juifs. Les égyptiens non juifs qui les poursuivent sont donc des loups. Il n’est pas étonnant de les considérer comme tels lorsqu’on sait que les suivants d’Osiris appelés Shemsu sont des loups. D’ailleurs Khentamentiu, un dieu assimilable à Osiris dont le nom signifie « le premier des Occidentaux » provient de l’A’amenptah. C’est un dieu loup représenté sous la forme d’un chien noir.

Voilà encore un thème qui nous emmène sur la trace de la mort d’un dieu créateur ayant pris la peau du chien/loup. Nous nous retrouvons encore et toujours face à une histoire unique, qui a façonné toutes les croyances du monde. Lors d’un terrible bouleversement céleste, le dieu loup sera tué par des membres de sa famille, par des loups appartenant à sa meute probablement comme conséquence de s’être uni, à regrets par la suite, avec la déesse de l’amour et de la guerre. A sa mort, un chien gardien de son royaume souterrain, le soutiendra dans son voyage dans l’au-delà. Cet évènement qui a marqué tous les mythologies du monde nous parle d’un grand cataclysme provoqué par un astre céleste. Nous pouvons considérer celui-ci comme le symbole de son retour sur Terre…

Sources bibliographiques

-  AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni. 320 p.

-  BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

-  BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

-  BOBBE S., 2002. L’ours et le loup : essai d’anthropologie symbolique. Éditions Quae. 258 p.

-  D’ARBOIS DE JUBAINVILLE H., 1904. Les dieux celtiques à forme d’animaux. Comptes-rendus des séances de l’année. Académie des inscriptions et belles-lettres. Volume 48, Numéro 3. pp. 365-372.

-  PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre.

-  WILKINS W. J., 2006. Mythologie hindoue, védique et pouranique. L’Harmattan. 398 p.