Articles from mars 2011



La tour de Babel a-t-elle existé ?

Prospectus "Turris Babylonica" de la section Cinquantenaire des Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles. Photographie.

Nous connaissons tous le célèbre récit de la tour de Babel qui est responsable de multiplication des langues sur Terre. Mais est-ce juste un mythe ? A-t-il une origine autre que biblique ? Finalement peut-on envisager que ce récit est plus qu’une légende ? Comme toute recherche se basant sur des textes anciens il n’est jamais possible d’être exhaustif, néanmoins au travers de plusieurs textes anciens et notamment mésopotamiens, il nous est possible de corroborer ce fait par de nombreux canaux divers et de découvrir davantage sur l’origine des langues au travers des mythologies et religions.

Le récit de la tour de Babel se trouve dans l’ancien testament (Genèse 11). Le passage n’est pas très long, il est retranscrit ci-dessous :

« Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l’orient, ils trouvèrent une vallée au Pays de Shinéar et ils s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : ‘Allons ! Faisons des briques et cuisons-les aux feu !’ La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : ‘Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons-pas dispersés sur toute la terre !’
Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : ‘Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leur entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres.’ Yahvé les dispersa de là sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre. »
(Bible de Jérusalem, genèse 11 : 1-9)

De tous les textes mésopotamiens, nous n’avons pas retrouvé de retranspositions parfaites de ce passage. Néanmoins certains récits s’y apparentent et le complètent. Citons dans un premier temps un texte découvert dans les vestiges de l’ancienne cité de Babylone. Cette inscription nous décrit la reconstruction de l’Etemenanki par le roi babylonien Nabopolassar (BOST H., 1985). Nous y apprenons que cet Etemenanki, la tour à étage de Babylone, avait été détruite et était en ruines. Sur ordre de Marduk, elle devait être reconstruite par Nabopolassar « pour assurer son fondement dans le sein du monde inférieur et son sommet, et pour la faire semblable au ciel ». Les principaux points communs entre le récit biblique de la Tour de Babel et ce récit de Nabopolassar (BOST H., 1985) :

1) la fabrication de briques et leur cuisson,
2) l’utilisation de bitume pour jointoyer
3) et surtout la mention semblable au ciel qui s’apparente au verset 4 de la genèse : « une tour dont le sommet pénètre les cieux » et parfois traduite selon d’autres traducteurs « et sa tête est dans le ciel ».

Les historiens sont certains que la tour de Babel est bien la ziggourat découverte à Babylone ou du moins ce qu’il en reste et qui portait le nom de Etemenanki (« maison du fondement du ciel et de la terre »). On peut faire la correspondance entre Babel et Babylone, dont le nom fut fut donné par la première fois par les grecs. Babylone porte le nom en sumérien de Ka-Dingir-ra et Bab-ili en akkadien (signifiant « porte de dieu » ou « porte des dieux »). Cette tour était associée à l’Esagil, un sanctuaire dont les vestiges ont été découverts à proximité de ceux de l’Etemenanki.

Une célèbre tablette découverte à Uruk appelée la « Tablette de l’Esagil », écrite en 229 avant notre ère,  décrit très précisément les dimensions de la ziggourat de Babylone : à savoir 3 x 60 coudées par côté ce qui équivaut à environ 90 mètres environ. Ces dimensions confirment les découvertes réalisées par des fouilles allemandes sur les vestiges de Babylone (ISELIN C.). L’Esagil était un temple dont la forme peut faire penser à un L. C’était la demeure de Marduk dont les descriptions lui donnaient notamment le nom de « montagne des contrées » ou de « palais des dieux ». La tablette de l’Esagil précise que le nombre d’étages de cette tour était de 8 (7 selon Hérodote).

Tablette de l'Esagil localisée au Musée du Louvre. Source : http://communaute.louvre.fr/louvre/ tablette-dite-de-lesagil.

Un texte très connu appelé « Enûma Eliš » décrit la construction de la tour à étage de Babylone dans ses premiers temps. Ce poème babylonien de la création a été découvert à Ninive. Il fait l’éloge de Marduk qui était le roi du ciel et de la terre. Les Dieux Annunaki prennent la décision de créer un sanctuaire dédié en l’honneur de Marduk. Il s’adrèssent à lui :

« ‘Faisons le Sanctuaire dont le Nom a été prononcé par toi !
Tes appartements seront notre étape : nous y prendrons repos !
Jetons-les-bases de ce Sanctuaire, où sera installé notre Divan :
Chaque fois que nous y viendrons, nous y prendrons repos !’
Marduk, lorsqu’il eut ouï cela, ses traits brillèrent infiniment,
Tel le plein-jour : ’Faites donc Babylone, (dit-il),
Puisque vous en voulez assumer le travail !
Que soit apprêté son briquetage, puis dressez son faîtage !’
Les Anunnaki creusèrent le sol de leurs houes,
Et, une année durant, ils moulèrent des briques ;
Puis, à partir de la seconde année,
De l’Esagil, réplique de l’Apsû, ils élevèrent le faîte.
Ils construisirent de même la haute Tour-à-étages de ce nouvel Apsû.
Et ils y aménagèrent un Habitacle pour Anu, Enlil et Éa.
Alors, en majesté, il y vint prendre place devant ces derniers.
Depuis le pied de l’Ešarra. on en pouvait contempler le pinacle !
Une fois parachevée l’œuvre de l’Esagil, tous les Anunnaki
Y aménagèrent leurs propres Lieux-de-culte :
Trois-cents Igigi du Ciel, et six-cents avec ceux de l’Apsû y étaient rassemblés, au total !
Le Seigneur, dans le Lieu-très-auguste qu’ils lui avaient édifiés pour Habitacle,
A son banquet invita les dieux, ses pères »
(BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993)

Un autre texte très ancien est à lier au récit de la Tour de Babel quant à l’origine des langues : « Enmerkar et le seigneur d’Aratta ». Ce texte découvert en 6 exemplaires a été étudié par S. N Kramer et (Lambert M, 1955). Il confirme l’idée selon laquelle le monde était régi dans un premier temps dans une seule langue. Il raconte la lutte de pouvoir entre le Seigneur d’Aratta et Enmerkar. Celui-ci souhaite bâtir divers temples dont le temple d’Abzu de la cité d’Eridu.

« Autrefois, il n’y avait ni serpent ni scorpion,
Il n’y avait ni hyène ni lion,
Il n’y a avait ni chien sauvage ( ?) ni loup,
Il n’y avait ni frayeur ni terreur,
L’homme n’avait pas de rival,
En ces jours, le pays de Shubur et d’Hamazi,
Sumer au langage harmonieux ( ?), le puissant pays des décrets princiers,
Uri, le pays qui a tout ce qu’ul faut ( ?)
Le pays de Martu, reposant en sécurité,
L’univers entier, les peuples à l’unisson ( ?)
A Enlil, en une seule langue…
Alors a-da le seigneur, a-da le prince, a-da le roi
Enki a-da le seigneur, a-da le prince, a-da le roi
A-da le seigneur, a-da le prince, a-da le roi
Enki, le seigneur de l’abondance (dont) les commandements sont dignes de confiance
Le seigneur de la sagesse, qui comprend le pays,
Le chef des dieux, rempli de sagesse, le s(eigneur) d’Eridu,
Changea le discours dans leur bouche, (apporta ( ?) en lui la discorde.
(Enmerkar et le Seigneur d’Aratta, BOST H., 1985).

Dans Enmerkar et le Seigneur d’Aratta, c’est Enki qui apporte la discorde entre les peuples du monde, alors que c’est Yavhé qui est traditionnellement considéré comme le responsable dans plusieurs versions du récit de la tour de Babel. Dans le Targum (la traduction de la bible hébraïque en araméen), des anges sont chargés par Dieu de provoquer des tensions entre les peuples en leur apportant chacun une nouvelle langue et une écriture. Un extrait assez évocateur nous explique cette tragédie :

«  Alors Yahvé dit aux soixante-dis anges qui se tiennent devant lui : ’venez donc ! Descendons pour confondre là-bas leur langage pour qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres’. La parole de Yahvé se manifesta sur la ville et avec lui les soixante-dix anges correspondant aux soixante-dix peuples, chacun ayant avec lui la langue de son peuple et dans sa main les caractères de son écriture. Il les dispersa de la surface de la terre en soixante-dix langues : l’un ne pouvait plus savoir ce que l’autre voulait dire et ils se tuaient entre eux et ils cessèrent de bâtir la ville ».
(BOST H., 1985).

D’autres documents juifs décrivent sous de nouveaux aspects la construction et la destruction de la Tour de Babel. Citons un passage du Livre des Jubilés (Jub 10 : 18-27), un pseudépigraphe qui se prétend être la révélation secrète de l’ange de la Divine Présence à Moïse. Le récit biblique de la tour de Babel y est repris en partie mais on y retrouve des modifications, des additions et des développements. La Tour est détruite par l’intervention du Seigneur qui fit souffler un vent puissant contre elle.

Le Talmud qui est un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique évoque également la construction de la tour. Les raisons qui ont poussé à cette édification sont : monter au ciel pour y demeurer, monter au ciel pour y pratiquer l’idolâtrie ou soit pour y faire la guerre à Dieu (étonnant pour un être « non matériel »). Dieu répondra par diverses actions : les hommes vont être dispersés, il va confondre la langue des hommes et pour les derniers ils vont être transformés en singes, en spectres ou en démons. Dans le Midrach (étude approfondie de textes bibliques qui commentent plusieurs versets), l’intervention de Dieu a pour effet d’enfouir un tiers de la tour, d’en détruire un tiers par le haut, et de laisser le tiers central comme vestige. La confusion des langues va engendrer la mésentente, la violence et le meurtre. Ces conséquences sont également invoquées dans des textes plus récents, tel que le IIIème livre des Oracles Sibyllins (lignes 97-110) :

« Or quand ce fut le moment de s’accomplir pour les menaces que le Grand Dieu avait proférées jadis contre les mortels lorsqu’ils avaient entrepris d’édifier une tour au pays d’Assyrie (ils étaient tous de même parler et voulaient s’élever jusqu’au ciel étoilé), l’Immortel aussitôt chargea les souffles de l’air d’une grande violence et ces vents jetèrent à bas la grande tour et excitèrent entre les hommes une mésentente mutuelle : voilà pourquoi les mortels donnèrent le nom de Babylone à la ville.
Lorsque la tour fut tombée et que les langues des hommes furent altérées en parlers de toute espèce, toute la terre se remplit de rois locaux. C’était alors la dixième génération d’hommes sortis du sol, depuis que le déluge s’était abattu sur les premiers humains. Et Cronos, Titan et Japet (père de Prométhée) devinrent rois… »
(BOST H., 1985).

Je terminerai ce petit tour non exhaustif concernant les textes apparentés ou liés à la tour de Babel avec le manuscrit écossais Dumfries N° 4 de 1710. Ce manuscrit franc-maçonnique est daté par le British Museum au début du XVIIIème siècle. Bien qu’il soit très récent, il apporte des informations en concordances avec les récits cités ci-dessus. Nous y apprenons que c’est Nemrod qui va enseigner aux hommes les techniques permettant la construction de la Tour de Babylone. Ce personnage biblique présente des caractéristiques qui le rapprochent selon moi de Thôt ou d’Imhotep. Dans le manuscrit Dumfries N°4, on décrit Nemrod comme suit : « puissant devant le Seigneur ». Avec les particules akkadiennes et sumériennes, on peut également confirmer ce sens : NÈ-EM-RU-UD : « la puissante tempête à la lumière du Seigneur ».

« Après le déluge, le grand Hermorian fils de Cush et Cush était le fils de Cham, second fils de Noé fut appelé ‘le père de la sagesse’, car il trouva ces colonnes après le déluge avec les sciences inscrites dessus : il les enseigna, lors de la construction de la Tour de Babylone, où il fut appelé Nemrod ou ‘puissant chasseur devant le Seigneur’ .
Nemrod pratiqua la maçonnerie à la demande du roi de Ninive son cousin. Il créa des maçons et les recommanda au seigneur du pays pour construire toutes sortes de constructions alors en vogue, et il leur enseigna des signes et des attouchements pour qu’ils puissent se reconnaître. »
(Traduction provenant du site de PRESTON W. : http://wp.logenationalefrancaise.org)

Au regard des croyances anciennes et de l’archéologie, il nous est possible d’admettre que la tour de Babel a bien existé et qu’elle fut localisée à Babylone. Les textes relatant ses dimensions ne sont pas tous unanimes sur la hauteur, nous laissant suggérer que cet édifice n’a peut-être jamais connu la hauteur à la quelle elle devait être construite. La destruction de cette tour est rendue responsable notamment par le passage d’une langue unique à une multitude. Il n’est pas impossible de retrouver dans cette histoire un reflet de la création de nouvelles langues anciennes au départ du sumérien ou de l’akkadien, l’étude des langues anciennes nous confirmant celà.

Sources bibliographiques :

- BOST H., 1985. Babel. Du texte au symbole. Labor et Fides, Genève. 268 p.

- BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993. Lorsque les dieux faisaient l’homme. Editions Gallimard. 755 p.

- CHAVALAS M. W., 2006. The Ancient Near East : historical sources in translation. Blackwell Publishing, USA. 445 p.

- CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem. 2117 p.

- DIEULAFOY M., 1914. Le temple de Bêl Mardouk à Babylone. Note complémentaire. Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Volume 58, numéro 4. pp. 437-444.

- ISELIN C. Tablette dite de l’Esagil. http://communaute.louvre.fr/louvre/tablette-dite-de-lesagil. le 29/03/2011.

- LAMBERT M., 1955. Le jeu d’Enmerkar. Syria. Volume 32, numéro 32-3-4. pp. 212-221.

- PARROT A., 1970. Bible et archéologie ; 1: Déluge et arche de Noé. (4e éd. complétée.), 2. La tour de Babel. (3e éd. complétée). Delachaux & Niestlé, Paris. 123 p.

- PRESTON W. Le manuscrit Dumfries n°4. Loge d’étude et de recherche. http://wp.logenationalefrancaise.org/Documents_Dumfries.htm. le 20/03/2011.

- SEUX M.-J., 1976. Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie. Littératures anciennes du Proche-Orient. Les éditions du cerf, Paris. 558 p.

Généalogie des dieux mésopotamiens, hymnes et prières

Aux personnes reniant la personnalité à part entière des divinités les plus anciennes, je conseille la lecture du livre suivant : « Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie » de Marie-Joseph Seux. L’auteur compile ici des prières et hymnes dédiées aux divinités mésopotamiennes. Cette compilation de textes anciens akkadiens et sumériens est une base d’étude pour celui qui désire mieux comprendre et découvrir les divinités mésopotamiennes.

En synthétisant les informations de ces hymnes et prières et en recoupant les répétitions, on redécouvre de manière assez précise une généalogie de tout un panthéon de divinités. La généalogie de cette famille représentée ci-dessous sous forme synthétique. Le schéma est relativement simple par soucis de clarté. Il reste avant tout un point de départ et il n’est pas forcément juste en réalité sur tous les points. Pour certaines divinités, il reste toujours un certain flou qu’il convient de faire disparaître par davantage de recoupements et vérifications .

Généalogie des dieux mésopotamiens. Les dieux en rouges portent le titre de "roi des cieux et de la terre". An et Ishtar en bleu son parèdres. Merci de mentionner la source de cette image si vous la réutilisez.

Certains personnages ont une place importance dans cette généalogie mais ils ne sont pas représentés pour plusieurs raisons :

-         leur généalogie est incertaine. Ex : Nabû qui est fils d’Asari (Enlil) et à la fois fils héritier de Nudimmud.
-         leur fonction est importante mais on ne  connaît pas ou peu leur filiation dans les textes. Ex : Dumuzi qui est l’amant d’Ishtar et le fils d’Éa, mais les textes compilés dans l’ouvrage de Marie-Joseph Seux ne précisent pas qui est sa mère.

Comme la généalogie présentée ici le dévoile, bon nombre de divinités ont une multitude de noms. Pour certains d’entre eux, je n’ai pas repris la liste complète pour ne pas trop encombrer le schéma. Empiriquement, le nombre de titres est proportionnel à l’importance d’une divinité. On peut s’en rendre compte notamment avec la déesse de l’amour et de la guerre qui présente une liste assez longue de titres et de surnoms. Ils sont d’autant plus nombreux lorsqu’on retrouve les correspondants dans d’autres régions du monde. On peut facilement admettre que les croyances dédiées aux divinités les plus vénérées et les plus « importantes » se soient propagées davantage géographiquement, ce qui peut expliquer leur nouvelle appellation dans d’autres langues.

Lorsqu’on étudie ces textes, on se rend compte de la précision et la fois la complexité de ce panthéon. Chaque dieu a sa place et une histoire qui lui est propre. On va bien au-delà d’une simple dédicace au dieu du soleil comme on pourrait le croire naïvement, notamment avec Shamash le dieu du soleil mésopotamien. On compare bien cette divinité au soleil mais davantage dans un souci glorifique. Ce Dieu roi des cieux et de la terre a une place très précise dans le panthéon. Je cite ici une prière dédiée à Shamash (dieu akkadien) qui illustre la minutie que l’ont peut rencontrer dans les textes découverts en Mésopotamie :

Shamash, fils d’Anu, sou[verain des Igigu],
Shamash, fils héritier, qui illumines les cieux et la terre,
Progéniture de Sin et de Ni[ngal],
Seigneur de Sippar, protecteur de l’Ébabbar,
Aimé d’Aya, la bru qui habite dans les cieux purs,
Shamash, lorsque tu sors des cieux purs,
Lorsque tu franchis la montagne de Cyprès,
Que Bunéné, le ministre, te souhaite un cœur joyeux,
Que Droiture vienne à ta droite,
Que Justice vienne à ta gauche ;
Le premier de tous les pays, c’est toi !
Le Juge éminent, qui assure la justice au pays d’en haut et (au pays) d’en bas, c’est toi !
(Extrait, p 216-p 217).

Ce Dieu solaire est appelé Utu en sumérien. Il est jumeau d’Ishtar. Il portera le même titre « roi des cieux et de la terre », tout comme Enlil son grand-père, laissant suggérer que Shamash est son successeur. Shamash/Utu est incontestablement le dieu de la Justice en Mésopotamie. Notez que lorsqu’on donne pour père Anu, cela ne signifie pas père au sens strict du terme. La fonction solaire de Shamash est probablement liée aux vertus de luminosité, d’abondance, du soleil. De plus il est très courant de comparer les divinités aux astres du ciel. Le soleil est un symbole fort de royauté qui prédominera en Egypte notamment. Cette association au soleil peut compliquer l’identification d’un bon nombre de divinités. A titre d’exemple, Erra (le Râ égyptien) est également un dieu solaire et clairement distinct de Shamash.

L’étude des textes anciens reste et restera encore l’une des meilleures méthodes pour redécouvrir les parentés entre les divinités. Les dieux mésopotamiens sont les plus anciens du monde. Leur expansion s’étant propagée à partir du Moyen-Orient et les multitudes de témoignages que nous ont laissés les tablettes d’argile sont de très précieux outils à utiliser sans retenue pour avancer dans ce vaste champ de recherche.

Référence bibliographique

SEUX M.-J., 1976. Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie. Littératures anciennes du Proche-Orient. Les éditions du cerf, Paris. 558 p.