Généalogie des dieux mésopotamiens, hymnes et prières

Aux personnes reniant la personnalité à part entière des divinités les plus anciennes, je conseille la lecture du livre suivant : « Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie » de Marie-Joseph Seux. L’auteur compile ici des prières et hymnes dédiées aux divinités mésopotamiennes. Cette compilation de textes anciens akkadiens et sumériens est une base d’étude pour celui qui désire mieux comprendre et découvrir les divinités mésopotamiennes.

En synthétisant les informations de ces hymnes et prières et en recoupant les répétitions, on redécouvre de manière assez précise une généalogie de tout un panthéon de divinités. La généalogie de cette famille représentée ci-dessous sous forme synthétique. Le schéma est relativement simple par soucis de clarté. Il reste avant tout un point de départ et il n’est pas forcément juste en réalité sur tous les points. Pour certaines divinités, il reste toujours un certain flou qu’il convient de faire disparaître par davantage de recoupements et vérifications .

Généalogie des dieux mésopotamiens. Les dieux en rouges portent le titre de "roi des cieux et de la terre". An et Ishtar en bleu son parèdres. Merci de mentionner la source de cette image si vous la réutilisez.

Certains personnages ont une place importance dans cette généalogie mais ils ne sont pas représentés pour plusieurs raisons :

-         leur généalogie est incertaine. Ex : Nabû qui est fils d’Asari (Enlil) et à la fois fils héritier de Nudimmud.
-         leur fonction est importante mais on ne  connaît pas ou peu leur filiation dans les textes. Ex : Dumuzi qui est l’amant d’Ishtar et le fils d’Éa, mais les textes compilés dans l’ouvrage de Marie-Joseph Seux ne précisent pas qui est sa mère.

Comme la généalogie présentée ici le dévoile, bon nombre de divinités ont une multitude de noms. Pour certains d’entre eux, je n’ai pas repris la liste complète pour ne pas trop encombrer le schéma. Empiriquement, le nombre de titres est proportionnel à l’importance d’une divinité. On peut s’en rendre compte notamment avec la déesse de l’amour et de la guerre qui présente une liste assez longue de titres et de surnoms. Ils sont d’autant plus nombreux lorsqu’on retrouve les correspondants dans d’autres régions du monde. On peut facilement admettre que les croyances dédiées aux divinités les plus vénérées et les plus « importantes » se soient propagées davantage géographiquement, ce qui peut expliquer leur nouvelle appellation dans d’autres langues.

Lorsqu’on étudie ces textes, on se rend compte de la précision et la fois la complexité de ce panthéon. Chaque dieu a sa place et une histoire qui lui est propre. On va bien au-delà d’une simple dédicace au dieu du soleil comme on pourrait le croire naïvement, notamment avec Shamash le dieu du soleil mésopotamien. On compare bien cette divinité au soleil mais davantage dans un souci glorifique. Ce Dieu roi des cieux et de la terre a une place très précise dans le panthéon. Je cite ici une prière dédiée à Shamash (dieu akkadien) qui illustre la minutie que l’ont peut rencontrer dans les textes découverts en Mésopotamie :

Shamash, fils d’Anu, sou[verain des Igigu],
Shamash, fils héritier, qui illumines les cieux et la terre,
Progéniture de Sin et de Ni[ngal],
Seigneur de Sippar, protecteur de l’Ébabbar,
Aimé d’Aya, la bru qui habite dans les cieux purs,
Shamash, lorsque tu sors des cieux purs,
Lorsque tu franchis la montagne de Cyprès,
Que Bunéné, le ministre, te souhaite un cœur joyeux,
Que Droiture vienne à ta droite,
Que Justice vienne à ta gauche ;
Le premier de tous les pays, c’est toi !
Le Juge éminent, qui assure la justice au pays d’en haut et (au pays) d’en bas, c’est toi !
(Extrait, p 216-p 217).

Ce Dieu solaire est appelé Utu en sumérien. Il est jumeau d’Ishtar. Il portera le même titre « roi des cieux et de la terre », tout comme Enlil son grand-père, laissant suggérer que Shamash est son successeur. Shamash/Utu est incontestablement le dieu de la Justice en Mésopotamie. Notez que lorsqu’on donne pour père Anu, cela ne signifie pas père au sens strict du terme. La fonction solaire de Shamash est probablement liée aux vertus de luminosité, d’abondance, du soleil. De plus il est très courant de comparer les divinités aux astres du ciel. Le soleil est un symbole fort de royauté qui prédominera en Egypte notamment. Cette association au soleil peut compliquer l’identification d’un bon nombre de divinités. A titre d’exemple, Erra (le Râ égyptien) est également un dieu solaire et clairement distinct de Shamash.

L’étude des textes anciens reste et restera encore l’une des meilleures méthodes pour redécouvrir les parentés entre les divinités. Les dieux mésopotamiens sont les plus anciens du monde. Leur expansion s’étant propagée à partir du Moyen-Orient et les multitudes de témoignages que nous ont laissés les tablettes d’argile sont de très précieux outils à utiliser sans retenue pour avancer dans ce vaste champ de recherche.

Référence bibliographique

SEUX M.-J., 1976. Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie. Littératures anciennes du Proche-Orient. Les éditions du cerf, Paris. 558 p.

4 commentaires

  1. SelenaNo Gravatar dit :

    Je ne sais pas quelles ont été vos sources pour concevoir cet arbre, mais il comporte trop d’erreurs et de raccourcis sans fondements. Par exemple Ea et Damkina n’ont pas pu engendrés Enlil puisque Enlil est le demi-frère de Enki !!

  2. MythesreligionsNo Gravatar dit :

    Bonjour Selena,

    Comme je le précise dans l’article, je me suis basé sur ce que j’ai pu lire dans cet ensemble d’hymnes dédiées aux dieux mésopotamiens (« Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie »). Je remarque que si je devais établir la véritable filiation à mes yeux, elle différerait sur quelques points (des approfondissements, des éclaircissements et davantage de recoupements sont nécessaires). Je fusionnerais déja Damkina (reine de l’Apsû) avec Nammu, ce qui complique encore plus toute cette histoire… Le schéma présenté ici est trop synthétique et il ne tiens pas compte du facteur temps. De plus la grosse difficulté est de discerner l’époque à laquelle le texte a été écrit et quels sont les auteurs. J’ai en effet parfois repéré des incohérences dans la manière de présenter ces filiations, comme je les aies représentées ici et elle concernent justement Enlil. Ex d’incohérence : On distingue parfois Enlil de Marduk dans certains textes (« Qu’Anu, Enlil et Ea rendent joyeuse ton humeur, qu’ils [te rendent exubérant"), laissant suggérer que Marduk est bien une autre divinité. A l'origine Marduk a bien pour mère Damkina et pour père Ea. Une de mes hypothèses est que ce titre de Marduk a été absorbé par une autre divinité à une certaine époque : Enlil aurait perdu son titre de roi du ciel et de la terre et il aurait été conféré à une autre divinité.

    Il faut savoir qu’Enki et Enlil sont des « enfants » du dieu universel An. Pour répondre à votre remarque sur le lien fraternel d'Enki et Enlil, je dirais qu' Enlil a pu renier dans un premier temps sa filiation directe avec Enki, il considère affectivement plutôt son grand-père An comme son paternel (Ce qui est bien vrai dans le cas d’Enki). De plus leur opposition manifeste peut donner l’impression à tord qu’ils sont frères, mais plusieurs textes vont à l’encontre de cette hypothèse. Notamment plusieurs hymnes et textes mésopotamiens (dont les textes présents dans l’ouvrage pris comme référence dans cet article).
    Si vous lisez l’ensemble de ces hymnes et que vous en faites un résumé, vous arriverez probablement à un schéma très proche de celui de cet article. Je cite pour référence les passages suivants qui sont assez clairs et qui permettent de lier Marduk, Enlil et Assur en une seule divinité :

    1) Hymne dédiée à Enlil (texte n° VII de Dalgish), extrait p 149
    « Que le père qui t’a engendré, Enki, (et) Ninki, te dise une prière en ma faveur ;
    que ton épouse bien-aimée, la grande mère Ninlil, te dise une requête en ma faveur ;
    que ton ministre éminent, le chef de l’assemblée Nusku, te dise une prière en ma faveur ; »

    2) Hymne dédiée à Enlil (p 274) extrait :
    « Seigneur très grand, montagne des I[gigu],
    Prince des Annunaku, Grand réfléchi,
    [Enl]il, Seigneur très grand, montagne des Igigu,
    prince des Annunaku, Grand réfléchi,
    Qui te renouvelles sans cesse, dont ce que dit la bouche est invariable,
    Dont aucun dieu ne révoque ce que disent les lèvres ;
    Seigneurs des seigneurs, rois des rois, père qui a engendré les grands dieux,
    Maître des destins et des normes, qui gouvernes les cieux et la terre,
    Seigneur de tous les pays »

    3) Hymne dédiée à Marduk (p 149)
    « [Grand Seigneur] du pays, Seigneur de tous les pays,
    [Fils aî]né d’Éa, qui est hors pair dans les cieux et sur la terre,
    [Marduk], grand seigneur du pays, Seigneur de tous les pays,
    […] dieu des dieux,
    ……………………
    Marduk, roi des cieux et de la terre,
    Roi de Babylone, seigneur de l’Esagil, »

    4) Hymne dédiée à Damkina
    « Damkina, haute reine de tous les dieux,
    Tu es l’épouse guerrière d’Ea,
    Irnina, haute reine de tous les dieux,
    Tu es l’épouse guerrière d’Ea ;
    Tu es très grande parmi les dieux, hautes sont [tes] fonctions.[Da]me de l’E-engurra, la plus honorée de l’a[yakku],
    [Epou]se expérimentée d’Ea, qui habite l’Apsû, Dame des dieux et [de la terre], »

    5) Hymne dédiée à Zarpanitu (p 329) :
    « Très gra[nde], éminente, la plus haute des déesses,
    [Reine] des ishtars, la plus grande des [Igigu],
    [Zarpani]tu( ?), souveraine des dieux, la plus honorée de l’[ayakku],
    [Epou]se de Marduku, le fils violent de Ninsh[iku],
    reine de l’Esagil, le palais des dieux, la montagne [des contrées],
    Dame de Babylone, protectrice de tous les pays,
    Belet-ili, qui aime faire vivre, »

    Ninshiku étant un autre nom pour Enki.

    6) Prière de Tukulti-Ninurta 1er à Assur (p 495) : Extrait
    « De ton pays l’Assyrie, tu es le Seigneur ;
    que tu en sois le fort, le prince vengeur !
    que ton pouvoir suprême soit pour toujours sa protection, qu’il en soulève le combat !
    Seigneur, pour ton pays l’Assyrie ne laisse pas inactif un bras bienfaisant ;
    Assur, grand Seigneur, roi des Annunnaku, l’Assyrie est tienne !
    Enlil assyrien, Seigneur de tous les pays… »

    Comme vous pouvez le constater par ces textes, un ensemble de points communs lient ces divinités (d’ailleurs les assimilations sont parfois bien claires comme pour Assur). En résumant les textes d’ « Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie », le schéma présenté ici est la version la plus cohérente et probable lorsqu’on s’attache aux relations entre les divinités.

    Cordialement,

    L’admin de http://www.mythes-religions.com

  3. YofriNo Gravatar dit :

    Je confirme les dires de Selena. Il y a beaucoup d’erreur dans l’arbre généalogique. Mais je peux comprendre ces erreurs. Je me penche sur la mythologie sumérienne depuis plusieurs mois et malgré les connaissances que j’ai pu acquérir je me tire les rares cheveux qu’il me reste à faire un arbre généalogique convenable. J’ai moi-même fait des erreur et je continue à en faire. Mais c’est de ces erreurs que l’on apprend.

    Il faut, dans la mesure du possible, prendre les informations les plus anciennes qui permettent de se rapprocher plus de la vérité. En effet si tu prends uniquement les écrits babyloniens ou assyriens, des erreurs peuvent apparaître à cause du mélange des cultures à l’époque à Sumer par exemple.

    En plus je pense que les noms donnés aux dieux de l’époque, n’étaient pas des noms mais des titres ou des fonctions (Enki : Seigneur de la Terre).

    Je pense qu’également il faut faire attention avec deux termes quand on parle de cette époque.
    Les termes « Père » ou « Fils » ne désignent pas forcément un lien biologique mais peut avoir la même signification qu’en religion quand on emploi « Mon Père » ou « Mon Fils ». Ce que pourrait expliquer les différences de filiations entre les cultures sumérienne, akkadienne, babylonienne et assyrienne.
    Le terme « unir » qui a pu être traduit ne peut pas forcément signifier dans le sens « union maritale » mais éventuellement dans le sens « faire une alliance » que l’on peut avoir dans un projet commun. L’exemple qui me vient est quand Enki tua son grand-père Ansar. Sa grand-mère Tiamat fit alors une union avec Kingu, son fils (que beaucoup pense être une union maritale), pour pouvoir écraser les forces des autres dieux.

    J’espère avoir été utile dans ma réponse. Bon courage.

  4. AK HTHUGNo Gravatar dit :

    Je te remercie pour ton partage de connaissance voici donc ma trouvaille .

    http://www.loveenki.com

    AK HTHUG LE VRAI VWAYOU D’ENKI

    Damutz972@gmail.com

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