Articles from septembre 2011



Pourquoi le 21 décembre 2012 ?

A l’heure actuelle, la date du 21 décembre 2012 fait couler beaucoup d’encre. A mon sens, l’hypothétique fin du monde (mais devrait-on plutôt l’appeler fin de cycle) tire son origine de la datation du début de l’ère maya en l’an 3113 avant notre ère par l’archéologue britannique John Eric Thomson. Celui-ci s’est basé sur les études des spécialistes mayas John T. Goodman and Juan H. Martinez-Hernandez. Aujourd’hui, cette étude est sérieusement remise en cause par la communauté scientifique. L’étude du calendrier maya est un prérequis indispensable pour juger de l’importance de la datation exacte du début de l’ère maya, et de son implication dans le calcul de la fin du grand cycle de 13 baktuns (5125 ans).

Les Mayas avaient élaboré un système permettant de dater avec grande précision n’importe quel jour de l’année. Il était composé principalement de 2 calendriers distincts le tzolkin et le haab.

1) Le tzolkin

Le calendrier le plus répandu était appelé tzolkin. Il s’étendait, sous diverses appellations, à tout le Mexique. Ce calendrier était constitué de 260 jours. Ainsi la date de naissance des Mayas était déterminée sur base de cette année religieuse et non en fonction de l’année solaire comme pour nous.

Ce calendrier était composé de 20 hiéroglyphes différents précédés d’un nombre de 1 à 13 (20 x 13 = 260 jours au total) :

1)    Imix,
2)    Ik,
3)    Akbal,
4)    Kan,
5)    Chiccan,
6)    Cimi,
7)    Manik,
8′)    Lamat,
9)    Muluc,
10)  Oc,
11)  Chuen,
12)  Eb,
13)  Ben,
14)  Ix,
15)  Men,
16)  Cib,
17)  Caban,
18)  Eznab,
19)  Cauac,
20)  Ahau

Comme les chiffres 20 et 13 n’ont pas de commun diviseur, il fallait 259 jours pour qu’un même jour puisse se répéter ;

2) Le haab

L’année civile solaire ou civile est, comme la notre, composée de 365 jours. Ce calendrier comprend 18 mois de 20 jours et 1 mois de 5 jours appelé « uayeb » ou « uayeyab » qui vient s’ajouter en fin de cycle. Les hiéroglyphes de ces 19 mois sont présentés ci-dessous. Ils sont précédés par la numération vigésimale des Mayas (en base 20).

Les 19 mois du calendrier haab (hiéroglyphes). Source : PERET B, 1955. Le livre de Chilám Balám de Chumayel.

3) Le compte calendaire : la combinaison entre le tzolkin et le haab.

On peut positionner le jour du calendrier tzolkin dans le calendrier haab. Un schéma très simple nous permet de comprendre la combinaison entre ces 2 calendriers (cf ci-dessous). Un jour issu de la combinaison entre les 2 calendriers (exemple : 1 imix + 4 Uayeb) ne peut réapparaître qu’uniquement 52 ans plus tard. En effet, le plus petit commun multiple entre 260 et 365 est 18980 et 18980 jours correspond à 52 ans. Il faut donc 52 cycles du calendrier haab et 73 cycles du calendrier tzolkin pour réobtenir la même combinaison.

Combinaison entre le calendrier maya tzolkin et le calendrier haab. Source : http://www.helulf.se/Rongorongo/Objects/A/At106t25.htm

4) Le compte long

Le système numérique maya, apparu selon Morley au IVème ou au IIIème siècle, est d’une grande utilité pour écrire une date en combinant les 2 calendriers présentés ci-dessus. Il est en base 20 (numération vigésimale). Le premier nombre n’est pas un mais le 0 (représenté par un coquillage). Celui-ci apparaît, chez les Mayas, bien avant son transfert de l’Inde vers les Arabes. (Voir ci-dessous).

Représentation de la numération maya. Un point correspond à une unité et une barre à 5 unités. Le zéro est représenté par un coquillage. Copyright : http://www.mythes-religions.com

Comment s’écrit une date en Maya ? Une date est composée principalement par l’addition de plusieurs groupes d’hiéroglyphes que l’on peut séparer en 7 catégories du haut vers le bas :

1)      Nombre + hiéroglyphe baktun (20 katuns ou 144 000 jours)
2)      Nombre + hiéroglyphe katún  (20 tuns ou 7 200 jours)
3)      Nombre + hiéroglyphe tun (18 unials ou 360 jours)
4)      Nombre + hiéroglyphe unial (20 kins ou 20 jours)
5)      Nombre + hiéroglyphe kin (jour)
6)      Nom du jour tzolkin (nombre + hiéroglyphe)
7)      Nom du jour haab (nombre + hiéroglyphe)

Cette série de 7 signes est appelée « compte long ». A cet ensemble de signes, on peut rencontrer également des hiéroglyphes supplémentaires (hiéroglyphes A à G) qui décrivent le mois lunaire, la phase de la lune à la date considérée et également d’autres signes divers complémentaires. Ce système était très efficace car il n’était pas possible de retrouver une même date avant 374440 ans.

5) Système simplifié

Ce système permettant d’alléger l’annotation des dates est composé uniquement du katún, du jour du tzolkin et sa position dans le haab.

6) Le « u kahlay katunob » ou « compte des katuns » ou le « compte court »

2 siècles avant l’arrivée des Espagnols, un système simplifié a été créé. Il permettait une exactitude que pour une période de 256 ans (7200 jours x 13). Il ne nécessitait plus qu’un hiéroglyphe correspondait au jour final du katún. En d’autres mots, on considère un cycle composé de 13 katúns ayant chacun une appellation de la sorte : « le katún + Nombre + ahau ». Les katúns ne se succèdaient pas dans l’ordre. En effet, on commençait par le katún « 13 ahau » jusqu’au katun « 1 ahau » ensuite on enchainait avec les nombres pairs : le katun « 12 ahau » jusqu’au katún « 2 ahau ». Les anciens Mayas représentaient cette succession de katúns sous la forme d’une roue ayant l’allure ci-dessous :

Schéma représentant le "compte court" maya sous forme d'une roue composée de 13 katúns. Il s'agit d'un cycle se répétant tous les 256 ans. Copyright : http://www.mythes-religions.com

Au terme de cette synthèse des systèmes de datation maya, il est possible d’entrevoir que la date présumée de la fin du cycle maya est calculée sur base de la datation du début de l’ère maya par John Eric Thomson. En effet, une stèle (la stèle C) découverte à Quirigua au Guatemala précise notamment l’importance du cycle de 13 baktuns (cycle de 5125 ans). Outre cette découverte, les textes mayas précisent que le début de l’ère maya, avec le calendrier calendaire, correspond à la date du 4 ahau 8 cumcú. En nous basant sur l’évaluation de Thomson pour le début de l’ère maya, nous pouvons facilement calculer que (le 4 ahau 8 cumcú) 3113 av JC selon Thomson + 13 baktuns correspond à l’année 2012 (13 baktuns = 1 872000 jours, soit 1872000 divisé par 365,25 jours donne environ 5125 ans). Il est dès lors très facile d’imaginer qu’une toute petite erreur dans la datation du début de l’ère maya au jour près serait catastrophique pour les personnes croyant dur comme fer à la fin du monde le 21 décembre 2012…

Sources Bibliographiques

- ANNEQUIN G., 1980. Chichen Itza ou le chant du cygne de la civilisation maya. Editions Famot, Genève. 125 p.

- PERET B, 1955. Le livre de Chilám Balám de Chumayel. Editions Denoël, Paris. 230 p.

- RACHET G., 1983. Dictionnaire de l’archéologie. Editions Robert Laffont, Paris. 1052 p.