Posts belonging to Category L’immaculée conception



Les abeilles, symboles d’une résurrection et d’une immaculée conception

Les abeilles sont quasi les seuls insectes aux vertus divines répandues dans les mythes et religions du monde. Cet article a pour but d’initier l’étude de ces insectes et de tenter de découvrir pourquoi les abeilles sont sacrées dans les mythes et les religions. La principale qualité de l’abeille concerne le don de produire le miel qui est un ingrédient divin. Les vertus thérapeutiques, aseptiques, nutritives en ont fait un des aliments de référence dans les anciennes civilisations. Outre cet aspect il existe certains mythes très particuliers qui mettent en avant la mort d’un taureau ou d’un lion et le symbole de l’abeille pour les déesses vierges et pour représenter un acte de procréation. Ne ditons pas « La lune de miel » car elle évoque l’union des jeunes mariés et la fécondité ? Etymologiquement le mot apiculteur dérive du latin apicula et du diminutif Apis (bœuf égyptien sacrifié). Etonnant quand on sait que bons nombres de mythes font naître les abeilles du corps d’un bœuf sacrifié.

Dieu égyptien Apis

Fresque du temple d'Edfu du taureau Apis. Source : http://picasaweb.google.com/lh/photo/O2TlJcU1TU1Np9GTn8wdkQ .

Le miel est très nutritif. Sa composition en glucose et fructose le rend très énergétique. Il est encore très souvent recommandé pour des affections laryngées. Le miel est également un ancien conservateur. Avant d’être brulé, le corps de Patrocle (ami d’Achille dans la mythologie grecque) est immunisé contre la pourriture grâce au nectar et à l’ambroisie dont les narines sont imbibées. La haute teneur en sucre du miel a pour effet de le rendre bactéricide. Il a ainsi des vertus aseptiques. Le miel aide également à la digestion grâce aux vertus de ces enzymes qu’il contient. Le miel est un aliment particulier car il est à la fois végétal et animal et ne produit pas de déjections (on n’en retrouve guère dans les ruches). Tout comme le lait il est une des références en tant qu’aliment naturel. Dans la bible, Yavhé dit en Exode 3:8 : « Je suis descendu pour le délivrer (en parlant du peuple des Juifs) de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel, vers la demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizittes, des Hivites et des Jébuséens ». On peut comparer le miel au lait car ce sont tous les 2 des aliments produits par le corps. Ce sont des aliments spontanés. Le miel est un aliment animal et végétal qui ne produit pas d’effusion sanglante.

Nous rencontrons dans la Bible, à mon sens le passage le plus intéressant, dans l’histoire de Samson. Ce personnage né d’une femme stérile et annoncé par la venue d’un ange (on serait tenté de penser à Marie et à Jésus). Dans le livre des Juges (14:5 à 10), on apprend que Samson arrive avec ses parents près des vignes de Timna chez les Philistins. Il souhaite y voir une fille de Philistins avec qui il souhaiterait se marier. Un jeune lion rugissant vient à sa rencontre. Avec l’aide de Yavhé, Samson déchire le lion tel un chevreau. Du cadavre du lion, il découvre un essaim d’abeilles et du miel. A la suite de cet épisode, Samson lance une énigme aux Philistins : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux ». Les Philistins n’arrivent pas à résoudre l’énigme et sont obligés de pousser la future épouse de Samson à lui soutirer la résolution de l’énigme qui est la suivante : « Qu’y a-t-il de plus doux que le miel, et quoi de plus fort que le lion ». Ce passage a un grand intérêt dans la mort du lion et la naissance d’abeilles. Dans d’autres mythes tel que celui rencontré dans la version hittite, on nous parle de Telepinu, un dieu absent. L’abeille a pour rôle de le ramener auprès de Hannahanna (déesse assimilable à Inanna d’après moi, la déesse sumérienne de l’amour et de la guerre). L’abeille doit retrouver le dieu fugueur, le piquer aux pieds et aux mains, le mettre debout, le nettoyer et le purifier avec de la cire. Les piqures ont pour rôle de sortir le dieu de son sommeil en provoquant une vive douleur. Lorsque Telepinu se réveille, il est fou de rage et détruit tout sur Terre, tel le faucon vengeur et une figure bien connue dans la mythologie d’un astre perturbateur. On peut songer à la vue de ces 2 mythes qu’il y a une trame commune à ces 2 histoires.

Peinture de Samson par Paul Rubens

Peinture du Samson biblique par Paul Rubens. Source : http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/GenerateurNotice.php?numnotice=A5578.

La confirmation de la mort d’un dieu taureau et la localisation du corps de celui-ci par des abeilles est également confirmée dans le mythe d’Aristée. Ce personnage est fils de la vierge Cyrène et d’Apollon. Il apprend dans son jeune âge, la médecine, l’élevage des troupeaux, la culture de la vigne par l’intermédiaire de Nymphes qui se sont chargées de son éducation. Outre ces connaissances, on le qualifie comme celui qui a réussit à élever les abeilles dans les ruches. On raconte qu’il fut punit pour avoir voulu abuser Eurydice. Cette punition le contraint à se séparer de ses abeilles et aura pour conséquence que l’humanité en perdra temporairement leurs bienfaits. Il obtiendra de nouveaux essaims en réalisant des sacrifices de taurillons et de génisses immolés non consommés et pourrissant au soleil. Nous pouvons nous  convaincre que la mort d’un dieu est étroitement liée aux abeilles, en étudiant le mythe de Glaucus.

Ce personnage, est un nom référencé plusieurs fois dans la mythologie grecque. Une des versions nous parle de la mort de Glaucus provoquée par Ajax et ressuscité par Asclépios, spécialiste de la médecine tout comme Aristée. Dans cette version, il est le fils de Minos, roi des enfers. On raconte qu’il s’est noyé dans une jarre de miel. Polyidos, le devin consulté retrouve le corps de Glaucus et il est enfermé avec lui dans un tombeau, tant qu’il n’aura pas réussi à lui redonner vie. Grâce à la plante d’un serpent, il réussit à le ressusciter et ils peuvent tous les deux ressortir du tombeau.

Les abeilles sont dotées de caractéristiques particulières qui leur permettent de les associer à des déesses. Sur le mont Ida en Phrygie, Cybèle est la Mère des dieux et la Reine des abeilles. Elle conçut son fils Attis après avoir cueilli la fleur d’amandier jaillie des organes mâles coupés d’Agdistis/Cybèle, qui est née à la fois mâle et femelle, et qui avait été castrée par les dieux. (Dans la Théogonie d’Hésiode, les Nymphes Méliennes sont également nées du sang des testicules d’Ouranos ; ce sont des nymphes du frêne). Quand Attis est devenu adulte, il veut se marier et Cybèle le rend fou par sa jalousie, si bien qu’il se castra et se tua. On considère Cybèle comme la Reine des abeilles et celà a une importante signification : lors du vol nuptial des abeilles, le mâle abandonne ses organes génitaux dans le corps de la femelle. Il se castre et meurt. La future reine est ainsi celle qui a provoqué la castration et la mort de celui avec qui elle s’est unie. Concernant les ouvrières, on peut les comparer à des déesses vierges qui seront à l’origine d’une immaculée conception. En effet, Les abeilles sont capables de se reproduire par parthénogenèse c’est-à-dire sans l’intervention de mâles, et ceci aboutit à la production de mâles qui sont uniquement là pour féconder la reine, pour leur donner des femelles. Les ouvrières sont d’excellentes représentantes pour les déesses vierges. Les abeilles symbolisent admirablement la résurrection car elles sont en repos en hiver et elles renaissent au printemps avec l’arbre qui leur sert de demeure. J’ai démontré dans les articles étudiant l’arbre des mythologies que l’arbre est un symbole par excellence de la résurrection. De nombreuses déesses sont considérées comme des arbres mourant et renaissant tels leurs fruits fermentés ou non ; ces arbres mourants voient leur sève en analogie descendre en hiver dans les racines et remonter au printemps pour redonner vie à la nature tel un dieu voyageant aux enfers et refaisant surface au printemps. Cet arbre sacré est le lieu d’habitation des abeilles tel l’Yggdrazil. Dans un mythe toujours hittite appelé « la disparition du feu », l’abeille, l’aigle et serpent doivent trouver le Feu disparu. Après y être parvenu, ils retrouvent leur lieu d’habitation : un arbre. L’aigle habite la partie supérieure du tronc de l’arbre, l’abeille la partie moyenne et le serpent la partie inférieure. Cette vision est conforme à celle de l’arbre Huluppu du mythe de « la descente aux enfers d’Inanna ».

Une très belle illustration des abeilles dans les mythes concerne la mythologie maya. Il serait amusant de considérer que l’inventeur de Maya l’abeille se serait inspiré d’une représentation maya pour son abeille. Nous retrouvons de nombreuses représentations de cet insecte dans le codex maya de Madrid conservé au Musée des Amériques de Madrid. Le dieu maya créateur et père des abeilles est Itzamnà. Il est également le dieu maya créateur de l’écriture, du calendrier, et de la médecine (encore et toujours les mêmes grandes caractéristiques). On le représente souvent sous les traits d’un vieillard. Son épouse est Ixchel, déesse de la lune. Une fois mariée, elle découvrit qu’elle était stérile (tout comme la mère de Samson) et un jour un cerf apparut et piétina son ventre qui lui permis d’avoir 4 fils les Bacabs. On peut considérer que le dieu du soleil Kinich Ahau comme une deuxième image d’Itzamnà et peut-être également de son fils qui lui permet de revivre. Ce dieu est le soleil lorsqu’il parcourt le ciel pendant la journée et il est un dieu des enfers la nuit.

Codex de Madrid

L'abeille dans le Codex de Madrid. Source : http://www.encyclopedie-universelle.com/abeille1/codex-madrid-tro-cortesianus-musee-des-ameriques-page103.jpg.

En considérant ces mythes, nous pouvons retracer un fait qui est si souvent rencontré sous d’autres formes et d’autres symboles dans les mythes et les religions : la résurrection. En effet, un dieu taureau est sacrifié. Il s’agit plus précisément d’un bœuf. En effet de très nombreux mythes considèrent la mort d’un dieu (universel) après sa castration et causée par l’union avec la déesse de l’amour et de la guerre. Son corps est dépecé et reformé avant de donner naissance à un dieu solaire qui est sa réincarnation. Ce personnage mort et ressuscité a un lien très fort avec les abeilles. D’où l’importance de l’abeille pour les divinités ou personnages suivants : Télépinu, Apis, Samson,  Ak-Mucen-Kab, Itzamnà, Aristée, Bacchus. Les abeilles sont celles qui retrouvent son corps et qui symbolisent sa renaissance par le miel, ingrédient de l’hydromel qui est la boisson source d’immortalité des dieux. La divinité qui renaît sera dans un premier temps colérique est bien illustrée par Horus ou Télépinu. La mort et la renaissance solaire est bien représentée par le célèbre Icare. Pour quitter le labyrinthe de Minos, il s’envole avec des ailes qu’il a pu coller grâce à de la cire d’abeilles. En montant trop près du soleil elle fond et Icare plonge et meurt dans la mer… Espérons que le mal qui touche les abeilles à l’heure actuelle, soient une image de leur propre renaissance.

Abeille et pollen

Abeille recouverte de pollen de pissenlit. Source : http://www.centpourcentnaturel.fr/post/2008/08/01/La-pollinisation.

Sources bibliographiques

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

- MAZOYER M., 2003. Télépinu, le dieu au marécage : essai sur les mythes fondateurs du royaume hittite. KUBABA, Paris.

- TETART G., 2004. Le sang des fleurs : une anthropologie de l’abeille et du miel. Odile Jacob, Paris. 284 p.