Le mythe de la déesse Soleil disparue Amaterasu ou Déméter

L’étude des mythes japonais les plus anciens, et notamment compilés dans le Kojiki, peuvent nous entrainer dans un voyage aux détours souvent inattendus. La mythologie japonaise me semblait, avant de finir cet article, relativement autonome et à part des autres mythologies de part le monde. Néanmoins il n’en est rien. Elle présente des points communs évidents avec de nombreuses mythologies. Cet article s’orientera principalement autour du mythe principal du « miroir d’Amaterasu » et son analogue grec « l’hymne homérique à Déméter ». Vous remarquerez un lien évident entre des ces deux mythes qui ont été écrits à la même époque (8ème siècle). J’ai découvert toute une foule de mythes analogues à ceux du Kojiki, néanmoins il me semble important de poursuivre les recherches avant de vous les exposer. Cet article ne serait alors que la partie émergée d’une vaste étude impliquant la majorité des mythologies du monde et qu’il faudrait situer dans un contexte politique et social planétaire.

Chapitre 1er, le Kojiki

Comme base de recherche de cet article, je renvoie au Kojiki terminé en 712 après JC., une commande de l’Impératrice Gemmei qui souhaitait prouver que chaque Impératrice et Empereur du Japon était le descendant direct de la Grande déesse Amaterasu, la déesse du Soleil japonaise. Le compilateur de ce texte est Ôno Yasumaro. Il s’est basé notamment sur les souvenirs d’Hieda no Are, un sage réputé si intelligent qu’il pouvait répéter oralement tout ce qu’il avait entendu ou lu. Trente ans plus tôt, l’Empereur Temmu – considéré comme le principal partisan des Grandes Réformes de l’Etat japonais – réalisait une demande similaire mais elle n’avait pas pu être aboutie. Comme le signale Delmer Brown (cf. sources bibliographiques), la demande de Temmu était dans l’intension d’augmenter son pouvoir aussi vite que possible étant donné la crainte qu’il avait pour d’éventuelles rebellions ou invasions de l’étranger. Même si nous n’avons pas une image complète des motivations de Temmu pour sanctifier sa souveraineté, les enregistrements historiques montrent que lui et ses successeurs ont donné de sérieuses et continuelles attentions pour construire une religion nationale pour la vénération de la Grande déesse Amaterasu. La preuve la plus évidente du support du gouvernement pour la Grande Déesse Shinto a été trouvée dans une mise à jour du code de loi officiel japonais appelé « Engi Shiki ». Les 10 premiers volumes (au total 50 volumes) sont dédiés à la loi Kami qui inclut une très grande quantité de détails concernant l’autel de la Grande Déesse Amaterasu et les rituels à réaliser en son honneur.

Déesse du Soleil Amaterasu sortant d’une grotte. Œuvre réalisée par Shunsai Toshimasa’ (春斎年昌) au 19ème siècle. Source : Wikipédia.

Chapitre 2, le miroir d’Amaterasu

Comme je l’ai précisé plus haut, l’objet de cet article tourne autour de cette déesse essentielle Amaterasu. Comme présenté dans la photo précédente, nous l’apercevons sortant d’une caverne. Le Kojiki raconte qu’elle s’y est enfermée suite à conflit avec son frère appelé le dieu de l’orage Susanoo, né de la purification du nez d’Izanagi. Amaterasu, quant à elle, est née de la purification de l’œil gauche d’Izanagi. Les hostilités de son frère débutent lorsqu’il désire partir pour le pays de sa mère défunte Izanami (que Kagu Tsuchi aurait tué à sa naissance par le feu), alors qu’il est désigné par son père pour régner sur la Mer. Izanagi ne comprend pas les plaintes de son fils et pour le punir il le condamne à régner à Taga dans l’Afumi. Irrité, Susanoo détruit des cultures de riz, et souille le palais de sa sœur en y éparpillant des excréments. Amaterasu semble l’excuser en précisant qu’il s’agirait plutôt de vomissement dû à une consommation excessive d’alcool (noter qu’Indra, le dieu de l’orage hindou, est tout comme lui réputé pour ses nombreux excès). Malgré ses excuses, Susanoo continue ses actions malveillantes et devient de plus en plus violent. Il se rend au Ciel pour voir sa sœur mais il clame qu’il n’a pas d’intension négative. En preuve de sa bonne foi, il échange son sabre (brisé en trois morceaux) contre cinq bijoux d’Amaterasu, chacun étant chargé de transformer ces éléments en divinités. Comme il parvient à créer cinq divinités, son exploit supérieur à celui d’Amaterasu lui monte à la tête et il détruit tout sur son passage. L’outrage ultime est de lancer un cheval fouetté dans le Hall Céleste du tissage, si bien qu’une tisseuse se pique et meurt.

A la suite de cet évènement, Amaterasu est terrifiée et elle se réfugie dans une caverne. L’absence de sa lumière provoque l’éclaircissement du ciel et la mort de la nature. Les huit-cent myriades de dieux sont affectées par cette disparition. Elles se concertent dans une Assemblée divine et un plan est élaboré. Un miroir est construit et est placé au milieu d’un arbre (appelé cleyera japonica) composé de cinq-cent branches. Dans les branches supérieures, on place des guirlandes de perles et dans les branches inférieures des bandes d’étoffes bleues et blanches. Le tout est positionné à la sortie de la caverne. Toutes les divinités y sont également présentes. La déesse Ame no Uzume danse et chante. Elle réalise un striptease qui provoque l’hilarité générale et Amaterasu intriguée souhaite savoir qui est cette déesse. Ame no Uzume déclare : « nous nous réjouissons et sommes heureux car il y a une déesse plus glorieuse qu’Amaterasu ». Celle-ci intriguée s’avance en direction de la sortie. Le fameux miroir est positionné au dehors de la caverne. Il suscite la curiosité d’Amaterasu qui s’approche progressivement de la sortie. Le dieu « Ame-no-ta-jikara-wo-kami » (le dieu-à-la-Puissante-Main-Céleste) l’attrape par la main et la fait sortir de sa caverne. La lumière est ainsi restaurée sur le monde provoquant le renouveau de la nature.

Chapitre 3, l’enlèvement de Perséphone

L’absence de la déesse Amaterasu et la manière dont elle attirée à l’extérieur de son refuge est lié intimement à un mythe grec impliquant la déesse Déméter : « l’enlèvement de Perséphone ». Par soucis de clarté je résume ci-dessous ce mythe : Pérséphone, fille de Démeter est enlevée par Hadès, régnant sur le royaume des morts, par la volonté de Zeus. Sa mère entend ses cris d’appels à l’aide et elle cherche alors sa fille sur la terre et sur la mer accompagnée d’Hékaté qui tient dans ses mains des torches ardentes avant de rejoindre Hélios. Celui-ci lui apprend à Déméter que sa fille a été donnée en mariage à Hadès par Zeus. Quand elle découvre la raison de la disparition de sa fille, elle dérobe sa beauté et sa jeunesse. Elle devient ainsi méconnaissable. Elle quitte l’Olympe et se rend vers les villes des hommes. Les quatre filles de Kéléos, nourrisson de Zeus, l’aperçoivent sous un olivier à proximité du puits où elles viennent prélever de l’eau mais elles ne la reconnaissent pas comme une déesse. Elle se dit être Déo et elle aurait été enlevée par des pirates mais elle aurait réussi à s’enfuir. Se déclarant être une excellente nourrisse et bonne, elle se sent prête à vivre dans la demeure d’un homme ou d’une femme qui pourrait lui donner ces rôles. Les filles de Kélos lui apprennent que sa mère Métaneirè a donné naissance à un jeune enfant malgré qu’elle soit âgée. Métaneirè accepte de la recevoir pour lui proposer un rôle de nourrice. Une fois dans la maison de Kéléos, la lumière resplendissante de la déesse saisit Métaneirè de respect et de terreur. Celle-ci lui propose alors son siège éclatant qu’elle refuse. La sage Lambé approche alors un siège recouvert d’une peau blanche et Déméter accepte dès lors de s’asseoir. Cette sage Lambé réussit à l’amuser par des plaisanteries et change ainsi son état d’esprit. Déméter accepte le rôle de nourrice que lui propose Métaneirè. Démeter oint le nourrisson avec de l’ambroisie et l’entoure d’un feu durant la nuit. Métaneirè découvre horrifiée son enfant entouré de grandes flammes. Déméter entre alors dans une terrible colère déclarant qu’elle aurait mis à l’abri de la vieillesse son fils, néanmoins il resterait toujours honoré car il a dormi dans ses bras. Elle fait part de son envie d’être honorée comme il se doit notamment par la construction d’un temple en son honneur. La déesse quitte la demeure en changeant de stature et de forme (« en rejetant la vieillesse ») et la lumière jaillit de son corps. La demeure s’emplit de splendeur et Déméter s’en va. Métaneirè est complètement affecté par ce qui vient de se passer et ses nourrices informent Kéléos qui décide de construire un temple magnifique en l’honneur de Déméter. Celle-ci toujours affligée dans sa peine par la disparition de sa fille affecte la terre et les hommes par une profonde famine (Déméter ayant caché toutes les semences de la terre). Zeus envoie de nombreux dieux avec d’innombrables présents en son honneur mais son cœur ne fléchit pas. Il décide donc de flatter Hadès, via son messager Hermès, afin de laisser revenir à la lumière la fille de Déméter. Le souverain des enfers accepte de laisser partir Perséphone mais il la force à manger des grains de grenade. Ayant gouté à la nourriture de l’enfer et condamnée dès lors à vivre aux enfers selon la loi de ce royaume, Déméter lui propose de retourner un tiers de l’année dans le royaume d’Hadès. La retrouvaille de cette déesse avec sa fille est heureuse. La tendresse de  la déesse Hékatè envers Perséphone est également évoquée (nombreuses caresses) car celle-ci « l’avait accompagnée et suivie ». Zeus envoya Rhéia afin de ramener Déméter parmi les dieux lui promettant tous les honneurs et également que sa fille ne resterait qu’un tiers de l’année dans le royaume souterrain. Rhéia tente d’apaiser par ses propos Déméter (le récit précise que Déméter est irritée contre Zeus), qui accepte à la fin du récit d’initier plusieurs rois aux rites sacrés.

Triptolème recevant de Déméter et sa fille Perséphone les céréales pour apprendre l'agriculture à l'humanité. Bas-relief d'Éleusis (440 av. J.-C.) exposé au Musée national d'archéologie d'Athènes. Sources : Wikipédia

Chapitre 4, lien entre le miroir d’Amaterasu et l’enlèvement de Perséphone

On aurait ainsi un parallèle entre Déméter et Amaterasu. Toutes deux sont des déesses de la fertilité en chagrin. Leur rôle sur terre est indispensable et les dieux sont affectés par son absence. Dans les deux mythes, la déesse est triste et semble contrainte à cacher son éclat. Dans le mythe de Déméter, sa lumière se reflétant dans la maison de Kéléos est comparable à celle d’Amaterasu illuminant la caverne dans laquelle elle s’est réfugiée. Nous avons dans ces deux mythes un symbolisme fort concernant le rôle divin d’Amaterasu et de Déméter. La frivolité d’ Ame no Uzume est une des étapes du changement d’état d’esprit d’Ameterasu, tout comme le rôle de Lambé dont les plaisanteries changent l’état d’esprit de Déméter. La nudité n’est pas clairement évoquée dans les Hymnes homériques mais ce n’est pas le cas de toutes les versions de ce mythe grec. En effet, une version de attribuée à Philochore explique que Lambé énonce des frivolités et réalise des gestes futiles. La notion de nudité est également évoquée dans la version de Clément d’Alexandrie lorsqu’il précise que Baubô «  se montre de tout son corps tout ce qu’il y a d’inconvenant ». Notez que Baubô signifie en grec vulve. L’Hymne à Déméter de Philikos (un contemporain de Ptolémée II) nous apporte un élément important : le silence de Déméter est brisé par l’intermédiaire de Lambé qui tient des propos sans retenue et permet ainsi à la déesse de «  se lever d’un rocher nommé sans sourire ». Ce rocher semble évoquer la caverne d’Amaterasu. Outre l’intervention d’une déesse frivole, la symbolique du miroir ou du siège est comparable. Nous y retrouvons un stratagème afin de faire assoir la déesse dans son rôle divin : dans la version japonaise, un miroir est placé au milieu d’un arbre et il est sensé refléter une image d’elle rayonnante ; dans la version grecque, Déméter est assise sur un trône d’or caché par un drap blanc. Ce moment caractérise le changement d’état d’esprit opéré pour les deux déesses qui doivent dévoiler à nouveau leur image lumineuse. On pourrait considérer le siège brillant de Déméter comme une image du reflet de la lumière solaire d’Amaterasu dans le miroir. Le symbolisme va bien plus loin : nous avons également un rappel du péplos bleu de Déméter et du drap blanc posé sur le siège qui se retrouve dans les bandes bleus et blanches suspendues dans l’arbre japonais. Celui-ci se retrouve aussi  dans la version grecque (arbre à feuilles persistantes) lorsque Déméter attend sous celui-ci les filles de Métaneiré avant d’entrer dans la maison de Kéléos. Cela n’est pas un hasard. La grande différence consiste en la précision du mythe grec. Il ajoute notamment la retrouvaille de Déméter avec sa fille et les honneurs auquel elle a droit. Le point final commun de ces deux mythes considère la sortie d’Amaterasu de sa caverne et de Déméter de la maison de Kéléos. Cet évènement s’accompagne dans les deux cas du retour de la lumière sur le monde et que les deux déesses ne semblaient plus assumer.

Comparaison entre « le mythe du miroir d’Amaterasu » et l’hymne homérique de Déméter ».
Mythe japonais Mythe grec
Déesse principale du mythe Amaterasu, la déesse du soleil et de l’agriculture Déméter à la belle couronne, déesse de l’agriculture, elle est capable de changer d’apparence et lorsqu’elle reprend son apparence normale une lumière jaillit de son corps.
Cause du départ de la déesse de l’agriculture Susanoo envoie un taureau fouetté dans hall du ciel et une tisseuse de Déméter se tue Zeus demande à Hadès (Aidôneus) son frère, le dieu des enfers, d’enlever Perséphone
Action de la déesse et conséquence sur Terre Fuite dans une caverne obstruée par un rocher, disparition de la lumière du soleil Interruption des activités agricoles de Déméter qui part à la recherche de sa fille, changement d’apparence en une vieille femme sans lumière
Conséquence pour les Dieux Les dieux sont inquiets de l’absence de lumière et se réunissent en un conseil pour trouver une solution Zeus le chef du panthéon grec s’inquiète de la famine des humains
Réticence de la déesse à reprendre sa place divine La déesse est réticente à l’idée de sortir de sa caverne Dans la demeure Kéléos, Déméter est réticente à s’assoir sur le trône de Métaneirè.
Comparaison symbolique des éléments du miroir-arbre et du siège Un arbre aux feuilles persistantes est placé devant la caverne Un peu plus tôt dans le récit grec, la déesse était assise au bord de la route (non loin du puits Parthénien) et un olivier touffu croissait, soit un arbre aux feuilles persistantes, au-dessus d’elle. « Elle était semblable à une vieille femme privée du pouvoir d’enfanter et des dons d’Aphrodite »
On accroche à l’arbre, aux branches supérieures des guirlandes de joyaux, aux branches moyennes un miroir. Noter que plus tard dans le récit, Amaterasu s’empare du miroir et également de la guirlande de joyaux La déesse est invitée à s’assoir sur un siège éclatant (le récit ne le précise pas mais probablement que le siège reflète sa propre lumière tout comme un miroir)
Aux branches inférieures de l’arbre, on place des bandes d’étoffes blanches et bleues La Sage Lambè approche pour la déesse un siège solide qu’elle recouvrit d’une peau blanche. Noter qu’un peu avant d’entrer dans la demeure, Déméter est décrite : « le péplos bleu flottait autour des pieds légers de la déesse »
Déesse dansante Ame no Uzume  danse , chante et dévoile son sexe devant l’Assemblée divine. Amaterasu sort de la caverne intriguée de savoir qui est cette déesse La déesse Lambè (la frivole Baubô), plaisante ce qui fait rire Déméter et réjouît son âme
Conséquence finale du récit Renouveau de la nature. La vérité sur la vraie nature de Déméter est racontée au mari Kéléos et celui-ci convoque la multitude du peuple pour construire un temple dédié à Déméter. Elle reste malgré tout amère et il faudra le retour de sa fille et également tous les honneurs qu’elle désire sur l’Olympe pour qu’elle s’apaise et qu’elle reprenne son rôle dans l’agriculture.

Pour d’avantage de précisions concernant l’archéologie japonaise et son lien avec le Kojiki, je vous invite à lire l’article de Rémy Valat  « Le mythe de la création japonais et l’archéologie : à la(re)découverte de la période jômon (16500 ans bp – 900 ans bp) » Merci à lui pour m’avoir mis sur la voie fructueuse de la mythologie japonaise !

Sources bibliographiques

BROWN D. Kojiki. Japanese Historical Text Intiative. University of California at Berkeley. http://sunsite.berkeley.edu/jhti/Kojiki.html. Consulté le 15/10/2012.

CHAMBERLAIN B. H., 1981. The Kojiki. Records of Ancient Matters. Periplus Editions, Boston.

HOMÈRE, 1893. Hymnes homériques. Traduction de Leconte de Lisle. A. Lemerre, pp. 441-456 http://fr.wikisource.org/wiki/Hymnes_hom%C3%A9riques/%C3%80_D%C3%A8m%C3%A8t%C3%A8r_2 Consulté le 17 novembre 2012.

OLENDER M., 1985. Aspects de Baubô. Textes et contextes antiques. Revue de l’histoire des religions. Volume 202, Numéro 202-1. pp. 3-55.

Enki et ses nombreux noms dans les mythes et religions

Un peu partout sur Terre, un dieu était aux centres des croyances anciennes. On le retrouve dans quasi tous les mythes et religions du monde. Ce dieu est polyculturel, il présente un certain nombre d’aspects universels et des caractéristiques particulières qui le distingue très clairement d’autres divinités. Ses noms sont aussi nombreux que les facettes d’un diamant. Il a considérablement influencé nos croyances actuelles. Toutes les divinités qui l’ont côtoyé sur des panthéons divins vont dans le sens d’un être unique. Nous appellerons ce dieu Sa’am (signifiant « beau de visage » avec le syllabaire suméro-akkadien). Cet être porte notamment les noms suivants : Enki, Dumuzi, Tammuz, Osiris, Sokar, Ptah, Amon, Khnum, Min, Taténen, Apis, Pan, Nommo, Odin, Aurvandil, Chronos,  Prométhée, Hadès, Azazel. Il existe encore toute une multitude de dieux non considérées dans cet article, tellement le sujet est vaste…

Pour tous ces noms, il existe de grands signes distinctifs communs. Certains sont moins évidents que d’autres et sont parfois très spécifiques mais uniques. Au premier abord, on a l’impression de rencontrer des êtres bien distincts. Il existe en effet une grande variété de différences mais un ensemble de caractéristiques communes très spécifiques, qui combinées entre elles ne laissent pas de doute sur la filiation entre tous ces personnages. L’être universel dont nous allons entrevoir le rôle comporte les particularités suivantes :

1) Une association à la mort :

- dieu des enfers

- vivant dans un royaume souterrain

- être qui meurt et qui ressuscite dans la plupart des cas

2) Créateur/Père divin

- créateur des hommes, de la faune et de la flore

3) D’une grande Sagesse

4) Un ensemble de fonctions associées

- l’agriculture et la nature

- la fertilité

- l’eau de manière générale, ou un cours d’eau

- la médecine

- être de lumière

- l’art, l’artisanat

- créateur de l’écriture

- un être maîtrisant le feu, la métallurgie et qui transmet ses connaissances à l’homme

5) Des traits physiques ou des caractères associés

- barbu

- beau de visage

- les cornes de bélier ou de bouc

- le taureau sacré

- une couleur de peau verte ou bleue

- le serpent

- assis ou couché

6) Une association avec des entités particulières

- un ou plusieurs grand(s) rival(aux)

- un fils solaire et/ou lunaire

- un parèdre principal voire plusieurs entités féminines sacrées

- le chien/loup issu d’un monde souterrain

- 7 sages

7) De grands symboles

- la croix

- un sceptre de pouvoir

- un arbre/pilier

- une barque ou un char solaire

- le soleil

Les dieux égyptiens Ptah, Amon, Khnum, Min sont très souvent assimilés comme étant une seule divinité. Ils sont tous créateur du monde et des hommes. Ils sont des êtres de lumière. Tous ont un trait divin très spécifique : les cornes de bélier/bouc (voir image ci-dessous). Le dieu grec Pan présente aussi cette caractéristique dans sa représentation. Le sukhurmashu est l’attribut d’Enki/Éa combinant à la fois la chèvre et le poisson, devenant par la suite le signe zodiacal du capricorne. Les cornes de bélier/bouc est une particularité peu commune pour signaler le caractère divin d’un être céleste. Par conséquent, cette caractéristique semble être un critère efficace pour considérer un lien entre ces divinités.

Symbolique du bélier divin

1) Ptah, 2) Amon, 3) Khnum, 4) Pan

Sources :

http://alain.guilleux.free.fr/deir_el_medineh/deir_el_medineh_tombe_pashedou.php

http://www.cbx41.com/article-dieu-a-tete-de-belier-amon-re-louvre–38768127.html

http://eu.wikipedia.org/wiki/Fitxategi:SFEC_EGYPT_ESNA_2006-013.JPG

http://www.louvrebible.org/index.php/louvrebible/default/visiteguidee?id_menu=VISGR1&&id_oeuvre=28

Dans le monde, il existe une autre grande caractéristique unique qui se rencontre notamment chez les dieux suivants : Enki (dieu sumérien), Éa (dieu assyro-babylonien), Dumuzi (dieu sumérien), Tammuz (dieu akkadien), Osiris (dieu égyptien), Sokar (dieu égyptien), Hadès (dieu grec), Pluton (dieu romain), Odin (dieu nordique), Aurvandil (dieu nordique), Izanagi (dieu nippon), Yama (dieu indien). En effet, toutes ces divinités ont un rapport évident avec les enfers ou du moins le royaume des morts. Ce royaume souterrain est l’Abzu pour Enki, l’Hadès dans la version grecque, la Duat pour Osiris ou  le Yomi pour Izanagi. Le chien/loup gardien des enfers est Cerbère dans la mythologie grecque. Dans les croyances nordique ou indienne, on retrouve 2 chiens/loups. Pour Enki, certains textes le concernant nous parle d’un « loup dévorant qui écumait comme l’eau à l’avant de son bateau ». En Egypte, Anubis est le chien qui accompagne les dieux dans l’autre monde et qui se trouve à l’avant de la barque solaire. Un mythe aux multiples variantes raconte l’histoire d’une divinité, liée à certains dieux cités ci-dessus, qui descend aux enfers. Il s’agit d’Isthar (akkadienne), d’Inanna (sumérienne), de Perspéphone (grecque), d’Izanami (nipponne), de Yami (indienne),… Toutes ces déesses meurent aux enfers. Une autre constatation intéressante concerne la représentation du diable avec ses cornes, qui découle directement d’autres divinités telles qu’Apis, le taureau égyptien sacrifié qui ressuscite, de Yama le dieu indien des morts, ou de Pan, dieu grec à cornes de bouc. (Voir la représentation ci-dessous). Ces quelques éléments permettent de comprendre que la version chrétienne bien connue de l’enfer n’est pas neuve et n’est finalement qu’un concept emprunté à des croyances beaucoup plus anciennes.

Une symbolique particulière mérite un peu d’attention : l’arbre de vie. On retrouve cet arbre dans la 12ème tablette de l’Epopée de Gilgamesh appelée généralement « Enki aux pays des morts » ou « Inanna et l’arbre Huluppu ». Dans ce texte, l’arbre Huluppu est finalement l’arbre sacré d’Enki, qui est déraciné par Inanna pour être replanté à Uruk. Cet arbre mourant va finalement revivre à Uruk et il se voit infesté par divers animaux. Cet arbre en plus d’être associé à Enki, représente également le pouvoir que Ninanna aura à Uruk. La symbolique de l’arbre est très importante et elle est très souvent associée au féminin. Justement au centre de l’arbre Huluppu, on retrouve la déesse Lílitu. Le corps d’Osiris est souvent entouré de 4 arbres de vie (les 4 grandes déesses sacrées Serkit, Nephtys, Hathor et Neith). Pluton possède également son arbre sacré le Cyprès. Ptah est parfois représenté par deux piliers/arbre appelé Djed. L’un est tenu dans sa main et symbolise son pouvoir, l’autre est situé derrière lui et il le symbolise lui-même. Cet arbre est également un symbole évident de la nature et son étude approfondie permettrait de révéler de très nombreuses nouvelles analogies entre dieux au premier abord distincts.

Les origines du diable

1) Apis, 2) Pan, 3) Yama

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pan_satyre_della_Valle.jpg

http://www.mongolianculture.com/Yama.html

Un animal sacré et très ancien se retrouve associé pour pas mal de dieux étudiés ici. Combiné à l’ensemble des autres caractéristiques communes que l’on peut découvrir, cet animal met en avant le caractère reptilien divin. En effet, nous pouvons remarquer que le serpent est un attribut pour beaucoup de divinités citées plus haut. De nombreux dieux égyptiens présentent une coiffe surmontée d’un serpent (voir l’exemple ci-dessous d’Apis).  Amon est considéré dans les textes égyptiens comme le serpent qui féconde l’œuf primordial. Azazel le bouc émissaire de la Bible qui apporte le métal aux hommes est considéré dans un texte apocryphe (l’Apocalypse d’Abraham) comme un serpent ailé. Ce personnage est étonnamment proche de la version que l’on a du serpent biblique qui a corrompu Adam et Eve. Dans les tablettes de Kharsağ découvertes à Nippur en Irak au 19ème siècle, Enki est qualifié de « splendide serpent aux yeux brillants ». Enki est le seigneur de l’entendement ce qui est conforme à la vision que l’on a du serpent biblique en Genèse 3.1 : « Le serpent est le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits ». On raconte dans la mythologie nordique qu’Odin va se changer en serpent pour atteindre une caverne où était gardé un nectar sacré. En Grèce le célèbre héro Héraclès veut rencontrer aux enfers Déjanine qui est courtisée par un dieu fleuve Achéloos (une divinité qui peut se transformer en taureau et en serpent). Le serpent est un symbole utilisé pour présenter la filiation divine des dieux. Dans le papyrus Heruben, on voit le corps d’Osiris qui est déposé sur l’abysse primordial figuré par le serpent Apophis. Ce serpent primordial est le serpent Leviathan de la Bible. Chez les Mayas et également chez les Egyptiens le serpent est le siège sur lequel repose divers personnages divins. En plus de considérer Sa’am comme un serpent, on peut constater que la naissance de son fils utilise également ce symbole. Le Nommo des Dogons du Mali est un dieu qui va cracher un serpent dans une coupe-bouclier. Cette naissance est équivalente au mythe de la naissance de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, qui naît de l’ouverture de la gueule du serpent igné. Amon va ouvrir l’arbre sacré et libérer le roi vieillissant qui se transforme en serpent ou en faucon. Le symbole du serpent est universel et il n’est pas seulement synonyme d’une peur ancestrale ; en effet, bons nombres de dieux bienfaisants présentent cet attribut.

La symbolique du serpent

1) Apis, 2) Khnum, 3) Faucon solaire, 4) Osiris

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://www.flickr.com/photos/dalbera/2081847590/

http://www.spiritweb.us/egypt/egyptian-gods.html

http://www.fauser.edu/fau/egitto/EgittoWebImages/papiro.jpg

Nous pouvons dresser le portrait d’un dieu créateur du monde et des hommes. Il semble avoir 2 parèdres principaux : une déesse-mère qui enfantera un être solaire (Horus notamment) et une autre plus axée sur un mélange entre l’amour et la guerre telle que l’on peut la retrouver sous les traits de l’Ishtar babylonienne. Dans certains mythes, il présente des caractéristiques bienfaisantes mais certains semblent avoir dévié vers un rôle beaucoup plus négatif. Ce dieu aura créé les hommes mais il leurs aura également transmis des connaissances non voulues par d’autres dieux (notamment son principal rival Seth, Zeus, Fenrir, etc… qui sera responsable de sa mort), tels que le feu et la maitrise des métaux. Pour préserver le souvenir de cet être céleste décédé, de nombreux textes de par le monde ont conservé une trame sacrée unique qui peut dans certains cas avoir complètement dévié au profit de ses principaux adversaires. Comme vous avez pu le constater cet article est loin d’être exhaustif sur ce dieu universel. De nombreux autres noms et particularités n’ont pas été abordés ici et ils feront probablement l’objet d’articles ultérieurement.