Le temple principal de Kôm Ombo dédié à Haroëris et à Sobek

A 40 km au Nord d’Assouan, le temple de Kôm Ombo domine la rive droite du Nil. Le nom ancien de ce tertre (« Kôm ») est Nb(j)•t, soit Nebyt. Ce Nom s’est transformé progressivement par l’ajout d’une voyelle ou d’une consonne en Jmb (démotique), en Embw (copte) et en Ombo (grec et latin). Il ne faut pas confondre Nb(j)•t avec la ville de Seth entre la Thèbes occidentale et Denderah qui est mentionnée dans un passage du Texte des Pyramides. Les premiers passages relatifs à Kôm Ombo n’apparaissent qu’à la Première période intermédiaire.

Vue aérienne (via google maps) et schématisation des ruines de Kôm Ombo. Le temple principal est structuré en 3 grandes parties, dont seules les décorations sont datées précisément : le naos ou le temple proprement dit ; le pronaos avec sa grande salle hypostyle délimité par le second mur d’enceinte, six chapelles percent la paroi nord de celle-ci ; la cour entourée du premier mur d’enceinte. Les coordonnées des constructions de ce site sont les suivantes : 24°27'7.87"N, 32°55'42.08"E.

Les temples de Kôm Ombo ont été déblayés par le Service des Antiquités en 1893. Ils datent de l’époque post-pharaonique. L’état de délabrement actuel est dû en partie par les hommes qui ont occupé le lieu et qui s’en sont servis comme carrière. Le Nil a également rongé le plateau détruisant ainsi le montant ouest de la grande porte et une bonne moitié du mammisi.  L’ensemble de Kôm Ombo était entouré à l’origine par un mur ancien de briques, dont il ne reste qu’une infime partie encore intacte. Le mur actuel a été construit après le déblaiement. Le temple principal, dédié à Sobek et à Horus le Grand, est orienté nord-est/sud-ouest. Quelques édifices l’entourent : à l’ouest le mammisi (non visible sur la carte ci-dessus) et la grande porte d’entrée dont seul le montant subsiste ; à droite en passant par cette porte la chapelle d’Hathor ;  au sud les vestiges d’un puits ptolémaïque ; et au nord-ouest le reposoir, deux puits romains avec un bassin, la « porte romaine », des colonnes, la base d’une église copte et un presbytère copte.

Le temple principal présente la particularité d’être divisé en 2 parties parfaitement symétriques. On ne peut malgré tout pas par parler d’un temple double car les textes (principalement des monographies), décrivant le temple majeur de Kôm Ombo, précisent notamment « temple d’Haroéris et Sobek, seigneurs d’Ombo. On retrouve également des restes d’inscriptions associant les 2 divinités. Les sanctuaires présentent la particularité d’associer l’ouest ou l’est à l’une ou l’autre divinité, alors qu’il n’y a pas de partage exclusif sur les parois des autres salles. Certains considèrent que la partie gauche (nord) est dédiée à Haroëris, sa femme Tasenetnéféret et leur fils Penebtaoui, tandis que la partie droite (sud) est dédiée à Sobek, son épouse Hathor et son fils Khonsou. L’état de conservation des salles ne permet pas d’être catégorique.

Façade du temple principal de Kôm Ombo

Photo de la façade se la Grande Salle hypostyle à Kôm Ombo. (prise de vue le 22 novembre 2011).

Haroéris (Transcription grecque de Ḣr-wr, Horus le Grand ou Horus l’ancien) de Kôm Ombo, est un dieu faucon guerrier et purificateur. Un mythe révèle que les 2 yeux d’Haroéris sont le soleil et la lune, tandis que la version héliopolitainne  racontent que les enfants d’Atoum-Rê sont ses enfants-yeux Shou et Tefnout. Un texte assez étonnant, traduit par Adolphe Gutbub, provenant du naos du temple de Kôm Ombo nous précise le caractère guerrier d’Haroéris. Ce récit nous décrit une traque de rebelles qui s’étaient réfugiés dans la butte d’Ombo. Rê, Haroëris, et Harsiesis (Horus le jeune) se rendent dans les temples d’Ombo. Un espion envoyé par Thôt à la demande de Rê trouve 257 ennemis sur la rive du « Grand Lac » (peut-être le Nil). Apparemment ces ennemis émettent des calomnies à l’encontre de leur père (Rê ou Haroëris ?), selon ce que l’espion peut entendre. Rê souhaite qu’un dieu puisse les massacrer tous jusqu’au dernier. Thôt répond alors : « C’est Haroëris, qui réside ici, et (qui est aussi) le dieu Shou, fils de Rê ; il est le maître du massacre de la terre entière ; qu’il aille donc contre eux et qu’il accomplisse un carnage parmi eux ». Le passage se termine ainsi : « On le convoqua en présence de Rê, et Rê lui donna sa force ; il le munit d’armes de combat et de tout équipement de guerre. Le visage d’Haroëris devint cramoisi, sa majesté fut en rage, tous ses membres se mirent à trembler, car il était en fureur, ses couteaux attaquant ces méchants ennemis, être au cœur intrépide pour repousser les rebelles. » (Passages provenant de « Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Égypte, II. Mythes, contes et poésies par  LALOUETTE C., 1987 »). Cet épisode se rencontre également dans le temple d’Esna. Le texte décrit qu’une guerre s’est déclarée à la suite d’un grand bouleversement planétaire. Les rebelles ont entendu un jour les paroles de Rê en amont et à l’ouest de Per-Neter (la maison de dieu), le lieu dans lequel Rê s’est réfugié pour se cacher de ses ennemis. Cet endroit est appelé le « château d’Ombo » dans le texte de Kôm Ombo, ou « le très grand château du dieu caché » pour la version d’Esna.

Scène de purification du pharaon par Horus le Grand (à gauche) par Thôt (à droite), sur la façade de la Grande salle hypostyle du temple principal de Kôm Ombo. Sobek (derrière Horus le Grand) est coiffé ici par 2 plumes recourbées avec présence de cornes de bélier et d’un disque solaire. Photo prise le 22 novembre 2011.

Sobek est quant à lui, le dieu crocodile vénéré à Kôm Ombo et également dans la région de Fayoum. On peut également l’identifier au dieu grec Souchos. C’est un dieu des eaux, de la fertilité. Dans les époques les plus récentes, il devient une réplique de Rê sous le nom de Sobek-Rê et se confond avec d’autres dieux tels qu’Horus le Jeune, Osiris, Ptah, Khnum, Amon, Khonsou et Hâpy. Dans les Textes des Pyramides, le papyrus Tebtynis du Fayoum et le papyrus de la Bibliothèque nationale de Strasbourg n°2 et n°7, Sobek est le fils de Neith. Dans ces textes, celle-ci est également appelée Chedit, Mehet-Ouret et Isis. Elle prend les traits d’une vache. On apprend à Kôm Ombo que Sobek est vénéré à Crocodilopolis. Cette ville, appelée Chédit en égyptien, est située au sud-ouest de Menphis dans la région de Fayoum. Selon plusieurs écrits égyptiens (« connaître l’occident », les textes des Pyramides, le texte des Sarcophages,…), Sobek vivrait dans la région de Bakhou. La montagne de Bakhou est originellement la montagne, localisée en Lybie, derrière laquelle se couche le soleil. Néanmoins cette région désigne également au Nouvel Empire la chaîne arabique. Les égyptologues envisagent également, vu le très grand nombre d’inscriptions, un grand centre de culte dans la ville de Sumnu, bien qu’elle ne soit pas encore localisée. Même si le culte de cette divinité a été fort répandu, il semblerait que ce n’était pas toujours le cas comme le suggère le papyrus de la Bibliothèque nationale de Strasbourg n°2 et n°7 qui décrit Sobek comme : « le secret de la vache-ahet, le fils ainé de Mehet-Ouret ». Selon cette description, on pourrait se demander si Sobek n’était pas un des nombreux noms d’Horus. Le papyrus VI du Ramesseum (puits tombal situé derrière le temple de Ramsès II), confirme ce retour au mythe osirien que Sobek semble incarner. La prudence reste de mise, étant donné la constante évolution des la mythologie égyptienne.

Sobek de Chedit, grand chasseur,
Mâle ( ?) des dieux, dont l’attaque est féroce,
Grand […] vigilant, rapide, aux dents aiguës,
Qui saisit grâce à sa puissance, puissant par son baï.
Noun prend soin de toi à l’intérieur du Grand-Bassin.
Isis te guide (vers) l’horizon, […].
Sobek de Chedit se lève dans la région de l’horizon
Vers […] les offrandes de la Double-Vérité.
(Deuxième hymne du papyrus VI de Ramesseum, ligne 71 à 77. Traduction provenant de BARUCQ A. & DAUMAS F., 2009).

 Sobek à Kôm Ombo

Dernier pilier de la colonnade est de la cour du temple principal de Kôm Ombo : Sobek avec l’une de ses coiffes caractéristiques.

Les textes de Kôm Ombo sont très variés : on y retrouve des scènes d’offrandes, des hymnes dédiées à des divinités, des recommandations destinées aux prêtres et souvent localisées sur les montant des portes, des textes dédiés aux pharaons et énumérant les travaux exécutés sous son règne, des textes astronomiques présentes sur le plafond du pronaos, « des hymnes d’exhortation à la crainte divine », des calendriers très précis sur le déroulement de l’année liturgique entre les fêtes. Pour être complet, les récits mythiques décrivant les rapports entre divinités nous précisent notamment : le récit du premier combat et du deuxième combat de Shou contre les ennemis de Rê abordé plus haut, le récit de la création d’Osiris à Kôm Ombo, le mythe de la déesse Tasentnefert (la femme d’Haroéris), le mythe des enfants-yeux de Rê,… Bien que l’ensemble des scènes présentées sont parfois moins élaborées que celles du Nouvel Empire, elles véhiculent des informations importantes qui se recoupent souvent par les Textes de Pyramides.

Un magnifique calendrier, situé dans la salle des offrandes, illustre leur système de numérotation égyptien (voir ci-dessous). Il est réparti sur 12 mois de 30 jours et divisé en 3 grandes saisons : 4 mois d’inondation du Nil, 4 mois de germination et développement des cultures et 4 mois de récoltes. Etonnamment, le calendrier égyptien n’est composé que de 360 jours. Contrairement aux Mayas, les Egyptiens ne représentent pas le zéro. De plus leur système de numération est en base 10 comme nous.

Base de la numération égyptienne

Le système hexadécimal égyptien (voir ci-dessous) est composé comme suit : 1 (bâtonnet), 10 (anse de panier), 100 (rouleau de papyrus), 1000 (fleur de lotus), 10 000 (doigt pointant le ciel), 100 000 (têtard), 1000 000 (dieu agenouillé supportant le ciel), 10 000 0000 (supposition sur ce dernier hiéroglyphe). Ce dernier hiéroglyphe appelé šn est le symbole de l’éternité qui est à l’origine du cartouche des pharaons. Le cercle s’est transformé en ellipse afin d’y accueillir les hiéroglyphes du pharaon en son sein. On peut remarquer que ce symbole est présent dans de très nombreuses mythologies : mythologie nordique avec (Cernunnos), mythologie maya (voir codex de Borbonicus à la planche 14), mythologie assyrienne (voir la stèle d’Ishtar posée sur 2 lions au British Museum), mythologie égyptienne (notamment sur un nombre considérable de sarcophages),…

Calendrier de la salle des Offrandes du temple principal de Kôm Ombo. Sur la droite de l’image, on reconnaît les unités et les dizaines égyptiennes.

Les scènes du temple principal de Kôm Ombo témoignent également de la médecine avancée des égyptiens (voir les instruments de médecine ci-dessous). En effet, cette connaissance proviendrait du dieu scribe Thôt-Djehouty. Celui-ci aurait transmis son savoir aux égyptiens. De nombreux papyri décrivent cette connaissance très élaborée. Je cite comme référence le papyrus d’Edwin Smith qui est un traité de médecine composé de descriptions anatomiques détaillées de nombreuses pathologies. Il aurait été écrit par le célèbre ministre et architecte Imhotep du pharaon Djoser (il serait le fils de Ptah et d’une mortelle selon la mythologie). Les égyptiens pratiquaient depuis plusieurs millénaires avant nous la dentisterie : des momies avec des plombages et des prothèses dentaires ont été découvertes. Le papyrus d’Ebers précise de nombreux remèdes contre les odontalgies, les gingivites, les ulcérations, les abcès et les pulpites. Ce papyrus décrit notamment des préparations de dentifrices destinées à raffermir les gencives. Un couloir de ronde du temple principal de Kôm Ombo est composé d’un magnifique panneau sur lequel figure Isis en position d’accouchement et des instruments de médecines (balances, sondes, pinces, bistouris, cf ci-dessous). Le mécanisme de reproduction était connu au niveau microscopique, compte tenu de certaines fresques sur lesquelles nous pouvons observer des spermatozoïdes et des ovules (voir la photo ci-dessous). Ils ont inventé les tous premiers tests capables de discerner le sexe sur base de l’urine et de préparations à base d’orge ou de blé.

Tombe d'Aménophis II

Représentations d’ovules et de spermatozoïdes à l’intérieur de la tombe d’Aménophis II dans le livre appelé « l’Amdouat ». Ce genre de représentation est notamment rencontré aussi dans la tombe de Ramsès IV. Source : http://tatiana.blogs.com/photos/valle_des_rois_tombe_dame/amenophis_ii_14.html.

Scène du mur interne de l’enceinte extérieure au nord du temple principal de Kôm Ombo, composée d’instruments de médecine au centre. Isis est présentée en position d’accouchement sur la gauche. Source : http://en.wikipedia.org/wiki/File:SFEC-KÔM_OMBO-2010-05-076_(2).JPG.

Compte tenu de la richesse d’informations rencontrées dans le temple principal de Kôm Ombo, il m’est difficile vous présenter ici une étude exhaustive. Ce temple a été étudié en trautre par l’égyptologue Adolphe Gutbub. Il a compilé et étudié l’ensemble des inscriptions du naos. Son travail a été poursuivi à sa mort en 1987 par notamment Danielle Inconnu-Bocquillon, qui fut l’une de ses élèves. J’aurais voulu m’attarder davantage sur l’étude de ce temple et de ses inscriptions, malheureusement celà m’est aujourd’hui difficile faute d’avoir d’autres priorités de recherches. Je reste néanmoins susceptible de compléter dans l’avenir cet article, dont le travail s’est inspiré principalement du livre suivant : « GUTBUB A., 1995. Kôm Ombo. Institut français d’archéologie orientale. 523 p. ».

Sources bibliographiques

- Visite du site de Kôm Ombo réalisée le 24 novembre 2011.

- BARQUET P., 1964. Parallèle égyptien à la légende d’Antée. Revue de l’histoire des religions. Volume 165, Numéro 165-1. pp. 1-12.

- BARUCQ A. 1962. Giuseppe Botti. La glorificazione di Sobk e del Fayoum in un papiro ieratico da Tebtynis. Revue de l’histoire des religions. Volume 161, numéro 161-2. pp. 243-245.

- BARUCQ A. & DAUMAS F., 2009. Hymnes et prières de l’Egypte ancienne. Les Editions du Cerf. 558 p.

- GRANDET P., 2003. Cours d’égyptien hiéroglyphique. Editions Khéops. 845 p.

- GUTBUB A., 1995. Kôm Ombo. Institut français d’archéologie orientale. 523 p.

- LALOUETTE C., 1987. Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Égypte, II. Mythes, contes et poésies. Editions Gallimard. 311 p.

- LEVÊQUE P., 1996. Recherches égyptologiques : Adolphe Gutbub. Textes édités par Danielle Inconnu-Bocquillon, Kôm Ombo I; Bulletin de liaison du Groupe international d’étude de la céramique égyptienne. ВСЕ XVIII. Dialogues d’histoire ancienne. Volume 22, numéro 22-2. pp. 299.

- QUAEGEBEUR J., 1975. Le dieu égyptien Shaï dans la religion et l’onomastique. Edition Peeters. 350 p.

- SAUNERON S., 1965. L’Egypte. Presses Universitaires de France, 239 p.

Le lion, un symbole de Vénus

Le lion est un animal connu pour sa force et sa puissance ; il est aussi susceptible, belliqueux, voire sanguinaire. Pour ses caractéristiques, le lion fut un symbole de prédilection pour représenter Vénus, planète qui a boulversé la face du monde il y a des millénaires. L’importance du lion dans les mythologies est très ancienne : en sumérien on le désignait par « Urmah », Ur-mah signifiant chien puissant. La naissance de Vénus est très souvent représentée sur les murs des temples ou des tombes égyptiennes par 2 lions qui se font face. La naissance d’Horus le vengeur est symbolisée par un soleil (Vénus) émergeant des collines primordiales et entre 2 lions.

Naissance d'Horus

Double lion égyptien, symbole de l'Etoile du matin et de l'Etoile du soir (Vénus). Cette figure représente la naissance d'Horus.. Localisé au Louvre. Source : http://egypte.web361.fr/index.php?lettre=a&entree=ay-ay-ai-eje.

Une des plus belles métaphores utilisée pour symboliser l’apparition de Vénus dans le ciel nous parle d’un lion Ashtar (dieu phénicien) responsable de la mort d’une antilope symbolisant l’humidité de la nuit. Cette attaque est suivie de la chute d’Ashtar dans les enfers par les 2 serviteurs du taureau Él (très souvent représentés dans les sceaux phéniciens par des griffons). Ce lion mort renaît le soir lorsqu’il tue le Taureau Él et porte le nom d’Ashtart (parèdre d’Ashtar).  Ce mythe symbolise donc l’apparition de Vénus dans le ciel au moment de l’aurore. Elle perd son éclat lors de l’apparition du Soleil (Shapash). Elle renaît le soir lorsque le soleil atteint l’horizon. La tablette III AB, C de Ras Shamra (célèbre cité syrienne appellée Ugarit) nous synthétise la chute d’Ashtar tué par les serviteurs de Él, à l’aurore :

15. [Voici que va paraître] Shapash (déesse du soleil Špš), le flambeau des dieux. Elle s’élève la voix et [crie] (à Ashtar) : ‘Ecoute bien !
16. Il se vengera, le Taureau Él, ton père, à la face du Prince-Mer (le dieu Yam), à la face du Juge-Fleuve (autre nom de Yam).
17-18a. Il ne t’écoutera pas le Taureau Él, ton père : certes, il arrachera le support de ton siège ; certes, il renversera [le trône] de ta royauté ; certes, il brisera le sceptre de ta juridiction’.
Ashtar sait sans doute que l’arrêté de Él est, comme on le lui dit, sans appel, et il s’y soummet immédiatement. Il n’oppose aucune résistance.
18b. Et Ashtar répond :
19. ‘Il m’a saisi, le Taureau Él, mon père. Moi [je n’ai pas] de maison pour moi [comme] les (autres) dieux, de parvis [comme les (autres fils de
20. Qa]desh (Ashérat). En lion, je descendrai dans ma tombe (npš). Les étoiles-Kṯrm disparaissent dans la mai[son du Prince]-
21. Mer, dans le temple du Juge-Fleuve. Il se venge le Taureau Él, son père à la face du Prince-Mer,
22. à la face du Juge-Fleuve.’ Tu n’auras pas de pouvoir pour la royauté, ni de femme pour toi comme les (autres) dieux,
23. ni de servante comme les (autres) fils de Qadesh (Asherat). Et le Prince-Mer [(te) regardera], et le Juge-Fleuve [(t’) observera], et il dira :’Ashtar…’ »

(Traduction provenant de DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands).

Ce texte a sa correspondance exacte dans la Bible en Isaïe 14:12. Le terme utilisé pour qualifier l’Etoile du matin est Heylel en hébreux. Ce porteur de lumière est appelé Lucifer en latin (« Lux » ou « Luci » signifie lumière et « fer » porteur) et Phosphoros en grec.

12. « Comment es-tu tombé du ciel,
Étoile du matin (traduction du mot hébreux Heylel), fils de l’aurore ?
As-tu été jeté à terre,
Vainqueur des nations ?
13. Toi qui avais dit dans ton cœur :
‘J’escaladerai les cieux,
au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône,
je siégerai sur la montagne de l’Assemblée,
aux confins du spetentrion.
14. Je monterai au sommet des nuages,
je m’égalerai au Très-Haut.’
15. Mais tu as été précipité au shéol,
dans les profondeurs de l’abîme. »

16. « Est-ce bien toi qui faisait trembler la Terre,
qui ébranlait les Royaumes?
17. Il a réduit le monde en désert,
rasé les villes,
il ne renvoyait pas chez eux les prisonniers.
18. Tous les rois des nations, tous, reposent avec honneur,
chacun chez soi.
19. Toi, on t’a jeté hors de ton sépulcre,
comme un rameau dégoûtant,
au milieu des gens massacrés,
transpercés par l’épée,
jetés sur les pierres de la fosse,
comme une charogne foulée aux pieds. »
20. Tu ne leur seras pas uni dans la tombe,
car tu as ruiné ton pays,
fait périr ton peuple.
Plus jamais on ne prononcera le nom
de la race des méchants.
21. Préparez le massacre de ses fils
pour la faute de leur père.
Qu’ils ne se lèvent plus pour conquérir la terre
Et couvrir de villes la face du monde. »

Tout comme Heylel, Ashtar est soummis à un jugement qui lui fait perdre son sépulcre et l’oblige à descendre en temps que lion dans sans tombe (le Shéol pour Heylel). Le texte d’Isaïe nous permet de constater que ce lion a ruiné son pays, a fait périr son peuple. Ses enfants doivent également rester dans le monde du dessous comme les étoiles-Kṯrm d’Asthar.

Ce terme de « porteur de lumière » est équivalent à celui du dieu phénicien Resheph qu’on qualifie de « portier du soleil » (LIPINSKI E., 1995).  Son nom se retrouve sous différentes formes dans les textes et noms qui accompagnent sa représentation : en phénicien Ršp, en cunéiforme Ra-sa-ap ou Ra-ša-ap, ou Ršp en égyptien. Avec le syllabaire suméro-akkadien nous pouvons traduire Rasaap phonétiquement par RÁ-SÁ-AB : « le père qui guide et qui brille » ou  RÁ-ŠA-AB : « le père brillant qui assèche ». Il est représenté habituellement dans la posture d’un pharaon frappant ses ennemis, le pied gauche en avant, le bras droit brandissant une arme. Resheph est un dieu redoutable et belliqueux, caractère du lion sur lequel on peut parfois le retrouver. Son parèdre peut parfois être représentée dans la même attitude combattante. L’attribut de Resheph est également l’arc comme l’indique une référence de la cité syrienne Ugarit : « Resheph l’archer ». Dans la Bible (Dt, 32:23-24). ce dieu est un génie destructeur au service de Yavhé.

« J’accumulerai sur eux les fléaux,
J’épuiserai contre eux mes flèches.
Une fois consummés par la famine
Et attaqués par Resheph
c’est Qatéb venimeux et la dent des bêtes
que j’enverrai contre eux
avec le venin des reptiles de la terre ».

En Palestine, Resheph est vénéré à Apollonia – Arsūf (nom en arabe), ce qui laisse suggérer que ce dieu est lié à l’Apollon grec. A Chypre, le dieu Resheph dieu-archer a fusionné avec lui. Un des surnoms d’Apollon est Phoebus. Tout comme Heylel il fut banni de la montagne des dieux appelée Olympe dans la mythologie grecque. Il avait comploté contre Zeus.

Marduk nous livre de précieuses informations sur le premier grand passage de Vénus, celui qui a provoqué le grand Déluge. Dans l’Enûma Eliŝ, l’Epopée babylonienne de la Création on dit que Marduk est l’enfant soleil d’Enki. C’est un dieu vengeur (tablette 3 ligne 10) tout comme Horus. Il est responsable du Déluge : il déchaîne les vents (tablette IV, ligne 96-99), qui s’engoufrent dans la bouche de Tiamat. Celle-ci éclate sous l’effet d’une flèche envoyée par Marduk. Il utilise les morceaux du corps de Tiamat pour façonner le monde. Dans le poème d’Erra, nous apprenons qu’Erra va enflammer la colère de Marduk, l’éloigner de sa demeure et détruire les hommes. Marduk va provoquer le Déluge mais également déstabiliser les étoiles. Son apparence va être altérée et il restaurera son image par le feu. En l’absence de Marduk (qui a perdu son éclat), Erra est chargé de combattre Enlil et Anu. Une autre version concernant Marduk est conservée dans le poème d’Erra. Le dieu du Soleil Erra invoque le retour de Vénus, ce qui permet à Erra de devenir le roi des dieux :

«Lorsque Marduk eut entendu les propos d’Erra, ils lui semblèrent délicieux. Il (Marduk) quitta sa demeure impénétrable et il alla vers celle des Anunnaki. Lorsqu’il (toujours Marduk) fut entré et qu’il se tint [face à eux], Šamaš (le soleil) obscurcit ses rayons en le voyant. Sîn (la lune) fixait ailleurs […] Les mauvais vents se soulevèrent, transformant le jour en ténèbres et [bousculant] l’ensemble de la Terre et le tumulte des peuples […] Alors les Igigi (Nungal), terrorisés, s’en furent dans les hauteurs et les Anunnaki se précipitèrent au fond de l’abîme ».

Traduction d’un passage du poème d’Erra par Don Moore.

Dans l’article : « la symbolique du chien et du loup dans les mythologies », j’ai parlé du loup Fenrir, un autre animal sanguinaire qui qualifie cet astre destructeur. Tout comme Marduk, il obsurcit les rayons du soleil. Tout comme les dieux dont j’ai parlé plus haut, le loup Fenrir s’enfonce profondémment dans la terre, où il va être enchaîné. Dans cet épisode Fenrir est attaché à un grand rocher. Au Ragnarök, le loup Fenrir attaque le monde des hommes et des dieux. Le passage ci-dessous confirme clairement que Fenrir est un astre perturbateur :

(Völuspá 40-41)
A l’est habite la vieille
Dans la forêt du fer,
Et là elle met au monde
Les enfants de Fenrir.
Parmi eux tous,
L’un deviendra,
Sous la forme d’un monstre,
De l’astre le destructeur.

Il se rassasiera du sang.
Des hommes à la mort voués.
Il rougira de sang pourpre
La demeure des dieux.
Noirs deviendront les rayons du soleil
Tout au long des étés suivants,
Et terribles seront les tempêtes.
En savez-vous davantage, vraiment ?

(Source : DILLMANN F-X., 1991)

Dans la continuité de cette description, le dieu hittite Hahhima (présent dans « le Mythe de la Disparition du soleil ») est un monstre destructeur de vie sur la terre et au ciel. Son apparition a lieu lorsque le soleil se réfugie au fond de la mer (parallèle évident avec Ashtart, l’étoile du soir qui apparaît quand le soleil se couche). Cette période est caractérisée par l’absence de souverrain des dieux. Vénus est tenu responsable d’une période de grand gel qui immobilise les dieux. Le dieu de l’Orage essaie de lutter contre Hahhima mais en vain. Deux combats héroïques les opposeront. Le dieu de l’Orage appelle le dieu du Soleil qui est introuvable. Seul le retour du Soleil à la place du Gel pourra entraîner la disparition de Hahhima et permettre à la vie de renaître à nouveau.

Un autre dieu hittite appelé Illuyanka est également le réprésentant des forces obscures de la nature. Le mythe d’Illuyanka nous présente 2 versions différentes pour expliquer le retour du dieu de l’Orage au pouvoir. Illuyanka est un serpent qui a vaincu le dieu de l’Orage. Il vit sous terre. En sortant des entrailles de la terre, il menace l’ordre établi par le dieu de l’Orage. Ce mythe tend à relativiser le rôle négatif de cet astre pertubateur. En effet le dieu de l’Orage est présenté comme un adversaire impitoyable, et rusé ; à l’opposé Illuyanka est est généreux à l’image du monde sauvage. Dans la première version du mythe, on apprend que le dieu de l’Orage (via le dieu de la tempête) obtient de l’aide de la fille d’Illuyanka Inara, celle-ci a reçu l’aide d’un mortel (Hupasya) par la séduction. Hupasya capture le serpent avec une corde et le dieu de l’Orage le tue. Dans la deuxième version, le dieu de l’orage agit seul. Il retrouvera ses yeux et son cœur grâce au mariage de son fils qui vivait dans la belle famille. Le dieu de l’orage combat une 2ème fois Illuyanka sur la rive de la mer. Le fils du dieu de l’orage s’est rangé du côté du serpent et demande à son père de l’épargner, mais en vain.

« Quand il fut à nouveau valide dans son corps comme auparavant, il alla de nouveau dans la mer pour livrer bataille. Quand il lui livra bataille, et quand il fut sur le point de vaincre le Serpent, le fils du dieu de l’Orage était avec le serpent et appela son père dans le ciel :

« Inclus-moi avec eux ; n’aie pas pitié de moi » aussi le dieu de l’Orage les tua (tous les deux) le serpent et son propre fils. Et ceci le dieu de l’Orage […]. »

(Deuxième version du mythe de Illuyanka, source : DILLMANN F-X., 1991).

La mort de l’astre destructeur est confirmée dans le mythe de Labbu, dont une tablette endommagée de la bibliothèque d’Aššurbanipal donne de précieuses informations. Dans ce mythe, Enlil charge un autre dieu de tuer Labbu. Celui-ci est un monstre dont l’apparence est celle d’un lion et d’un serpent qui est envoyé par le dieu Enlil pour détruire l’humanité. Il vit dans l’eau. Il est le fils de Tiamat et la « progéniture du Fleuve ». Il a pour but de détruire la Terre et l’humanité. Labbu a une queue qui balaye le tiers des étoiles. Ce monstre doit être tué par Tišpak. Celui-ci est chargé de sauver la terre et prendre les rennes du pouvoir. Lorsque Labbu est tué, il est dit que : « Et pendant trois ans, trois mois et un jour […] coula le sang du Labbu.

« Sa longueur était de cinquante milles,
Et de un mille son [épaisseur ( ?)] ;
Sa gueule mesurait six coudées,
[Et sa langue ( ?)], douze coudées.
Sur douze coudées (s’étendait)
Le périmètre de ses oreilles.
A soixante coudées de distance,
Il [attrapait ( ?)] les oiseaux [de sa langue ( ?)].
S’il se mouvait sous neuf coudées d’eau […],
Il pouvait élever sa queue [jusque…]. »

(Mythe de Labbu, source : DILLMANN F-X., 1991).

Au terme de cette investigation initiée à partir du lion, nous redécouvrons encore ici le drame cosmique qui s’est conservé dans bons nombres de mythes à travers le monde. Un astre pertubateur, dont la naissance est causée par le dieu Enlil, est chargé de détruire l’humanité. Sa taille et sa lumière sont responsables de la montée des eaux, en d’autres mots du Déluge. Après cet épisode qui boulversa la surface de la Terre, la vie a repris son cours. Le monde n’est pour autant pas sain et sauf : Vénus réapparaît à proximité de la terre et cause de nouveaux dégâts. La terre est plongée dans l’obscurité et des tempêtes se déchaînent pendant plusieurs étés successifs. Les hommes et les dieux sont immobilisés. Lors du 2ème passage, un serpent a combattu le dieu de l’Orage et l’a mutilé. Il semble être sanctionné par le dieu Él qui le fait précipiter dans les profondeurs du Shéol.  Le dieu du Soleil est chargé d’assurer le règne sur le monde en l’absence du dieu de l’Orage. Ce règne n’est pas éternel et un nouveau passage de Vénus perturbe à nouveau la vie. A son retour, le Soleil disparaît sous l’horizon et le monde est sans souverrain. Le dieu de l’Orage retrouvera sa place du roi du monde après avoir vaincu le lion-serpent lors d’un dernier grand combat cosmique…

Remarque : pour plus d’information concernant ce drame cosmique, vous pouvez vous réferer à l’article « le mythe de Nahusha ». Il donne de précieux détails concernant le résumé de cette conclusion. Les noms sont différents, mais vous verrez très vite que ce mythe est intimement lié à cette histoire.

Naissance de Nergal

Sceau cylindre sumérien représentant Nergal sortant de la butte primodiale. Il est entouré par Ishtar et par Enki, des symboles représentant l'Etoile du matin apportant la chaleur et l'Etoile du soir apportant l'humidité. Source : http://economiedistributive.free.fr/IMG/jpg/1031_sumer.jpg.

Sources bibliographiques

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-  BEYER D., 2001. Emar IV. Les sceaux. Missions archéologique de Meskéné-Emar. Recherche d’Astata. Orbis Biblicus et Orientalis, 20. Series Archaeologica. Editions universitaires, Fribourg, suisse. 490 p.

-  BOISSELIER J., 1993. La sagesse du Bouddha. Gallimard. 191 p.

-  CASSIN E., 1981. Le roi et le lion. Revue de l’histoire des religions. Volume 198. Numéro 198-4. pp. 355-401.

-  CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem.

-  DILLMANN F-X., 1991. L’Edda, récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson. Gallimard, Paris. Pp. 41-42.

-  DU MESNIL DU BUISSON R., 1973. Nouvelles études sur les dieux et les mythes de Canaan. E. J. Brill, Leiden, Nederlands

-  DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands.

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-  KUNTZMANN R., 1983. Le symbolisme des jumeaux au Proche-Orient ancien. Naissance, fonction et évolution d’un symbole.Beauchesne, Paris.

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-  LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain. 536 p.

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-  MAZOYER M. & PEREZ REY G.,2007. Monstres et monstruosités dans le monde ancien. KUBABA, Paris. 302 p.

-  VIEYRA M., 1946. Une stèle hittite de Malatya. Comptes-rendus des scéances de l’année… Académie des inscriptions et belles-lettres. Volume 90, Numéro 1. pp. 130-135.

-  WALTER P., 1999. Le devin maudit. Merlin, Lailoken, Suibhne. Texte et étude. Ellug, Grenoble. 252 p.

-  WILKINS W. J., 2006. Mythologie hindoue, védique et pouranique. L’Harmattan. 398 p.

La mythologie hourrite

La mythologie hourrite est encore peu connue car nous n’avons pas encore trouvé les vestiges de la capitale hourrite. Ce peuple s’est installé dans le Sud de l’Anatolie (un autre nom est l’Asie mineure correspondant approximativement au Territoire de la Turquie actuelle). Un très grand nombre de leurs mythes furent repris par les Hittites (peuple qui s’est également développé en Anatolie). Comme nous n’avons pas retrouvé de textes religieux hourrites, la majorité des mythes proviennent des versions mésopotamiennes ou hittites. L’étude des textes anciens vont dans le sens d’un mélange à la fois des mythes hittites, hourrites et mésopotamiens. L’ensemble des textes de la mythologie hourrite sont repris sous l’appellation suivante « Le cycle de Kumarbi ». Ce recueil de textes est composé de 5 grands récits : le chant de Kumarbi, le chant de l’argent personnifié, le chant de Lamma, le chant d’Hedammu et le chant d’Ullikummi.

Localisation de la civilisation hourrite

Localisation de la civilisation hourrite. Source : http://antikforever.com/Cartes/carte_hourrites.gif

Nous pouvons tenter de résumer les textes de la mythologie hourrite en une histoire continue qui est malheureusement incomplète car des fragments de textes sont détruits. Au commencement le dieu Alalu est sur le trône divin. Anu (le dieu du ciel) se tient devant lui. Après neuf années, Anu détrône Alalu qui s’enfuit vers les terres sombres, dans le monde souterrain. Neuf ans plus tard, le dieu Anu ne supporte plus l’éclat du dieu Kumarbi, qui lui est dévoué. Anu s’enfuit comme un oiseau dans le ciel, mais Kumarbi l’en empêche. Il acquière la virilité d’Anu en l’empoignant par les pieds et en lui mordant les testicules. Anu le met en garde car il possède désormais un lourd fardeau, celui d’être imprégné des trois grands dieux suivants Teshub (le dieu de l’orage), Aranzah (le dieu fleuve Tigre) et du grand dieu Tashmishu. Kumarbi veut dévorer Teshub mais celui-ci se change en pierre de basalte et Kumarbi se blesse la bouche et les dents. Fou de colère, il se rend à Nippur. A l’issue d’une bataille (partie du récit manquante) Teshub devient le roi des dieux. Il a été aidé par le dieu du fleuve Tigre et le dieu Tashimushu enfantés par Anu et la Terre.

La suite du récit se retrouve en grande partie dans le chant d’Ullikummi. Kamurbi veut récupérer la royauté divine. Il songe à créer un rival pour contrer Teshub. A cette fin il répand sa semence sur un large rocher qui donne naissance à un monstre de pierre nommé Ullikummi. Celui-ci est chargé de briser Teshub et Tashimushu. Les déesses Irshirra sont chargées de transporter Ullikummi sur les genoux d’Enlil et ensuite sur l’épaule droite d’Upelluri (un analogue hourrite du géant grec Atlas). Le dieu-Soleil découvre le Monstre et informe Teshub, qui part aussitôt l’observer en compagnie d’autres divinités. Ištar tente de séduire Ullikummi mais en vain. Kumarbi fait réunir les dieux lors d’une assemblée car il est inquiet, mais il est déjà trop tard car le géant a atteint une telle taille qu’il est devenu invincible. On le qualifie alors de diorite de neuf mille lieues qui fait trembler la terre et le ciel. Teshub l’affronte mais il échoue. Ullikummi se charge d’abattre le dieu de l’orage mais également l’humanité toute entière (déluge). Ea se voit le défenseur de l’humanité lors de l’assemblée des dieux. Il emprunte aux dieux de la création le couteau qui a permis de séparer les Cieux de la Terre. Il parvient à séparer Ullikummi de l’épaule du géant Upelluri ce qui permet de réduire considérablement sa puissance. La fin de ce récit est indéchiffrable.

Teshub, Hepatu et Sharruma

Fresque à Hattusa du dieu Teshub, de la déesse Hepatu et de leur fils Sharruma. Source : http://www.travelblog.org/Photos/5557033

Ces récits sont très étranges et présentent d’étonnantes analogies avec d’autres mythes. Citons par exemple un mythe analogue en Phyrgie à la naissance d’Ullikummi : Papas (Zeus) fertilise une pierre nommée Agdos et celui-ci engendre un monstre hermaphrodite appelé Agditis. Mais le dieu le châtre en le faisant devenir Cybèle. On voit ici l’histoire d’une lutte entre 2 dieux primordiaux et on reconnaît l’intervention d’un être céleste Ullikummi qui causera le déluge. Sa taille est colossale, l’endroit de sa croissance est le ciel. Ea intervient de manière très symbolique en utilisant le couteau qui a permis de séparer le ciel de la terre (geste faisant référence à la stabilisation du parcours d’un astre dans le ciel). Il existe de nombreux mythes dans le monde qui attestent de la naissance d’astre/dieu colérique qui causera destruction et déluge. Zeus est également le père de cet astre car il l’a engendré. Le mythe de la création d’Athéna a exactement la même signification que celui de la naissance d’Ullikummi. En effet, Zeus avale la déesse qui porte Athéna. Par la suite Zeus souffle d’un terrible mal de crâne qui se fend et donne naissance à Athéna armée et prête au combat. Un autre mythe également grec nous parle d’Héraclès qui sauve Hésioné, la fille de Laomédon. Héraclès s’attaque au serpent des mers envoyés par Poséidon et se retrouve dans son estomac pendant 3 jours, au bout desquels il réussit à en sortir en découpant le monstre de l’intérieur. Il s’agit en fin de compte d’une renaissance attestée dans d’autres croyances telle que la Bible. Jésus dit en Matthieu 12:40 : « De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la Terre durant 3 jours et 3 nuits ». Un autre récit grec nous parle de la naissance de Dionysos. Sa mère Sémélé est morte d’un coup de foudre. Zeus extrait l’enfant des entrailles de Sémélé et le place dans sa cuisse avant qu’il ne naisse une 2ème fois (d’où l’expression « né de la cuisse de Jupiter »). Dionysos aura une course folle et il parcourra le monde et enseignera l’agriculture à l’humanité.

Cette symbolique de l’expulsion d’un corps ou d’une tête est très clairement synonyme de la création d’un être dément, colérique qui parcourt le monde et qui provoque le déluge. Ce mythe est universel. De nombreux dieux présentent l’aspect d’un astre solaire (exemple l’oeil d’Horus) dément, colérique causant de nombreuses destructions et mort sur Terre. Ce thème mérite une très grande attention car il est à la base d’un fait mondialement attesté par les mythologies et pouvant expliquer l’origine du déluge et notamment la destruction de certaines grandes civilisations anciennes. Cet astre perturbateur est Vénus, l’étoile du matin mais également l’étoile du soir. Je ne le prouverais pas dans cet article mais probablement dans une recherche beaucoup plus approfondie. Je terminerai sur ce fait : Vénus est une planète très particulière. C’est le seul astre qui tourne dans un sens inverse à toutes les autres planètes du système solaire. De plus, la durée du jour est plus longue que son année (243 jours terrestres de rotation contre 224 jours terrestres  pour la période de révolution).

Sources principales :

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- LAROCHE E., 1963. Le dieu anatolien Sarrumma. Syria. Volume 40. Numéro 40-3-4. pp. 277-302.

Enki et ses nombreux noms dans les mythes et religions

Un peu partout sur Terre, un dieu était aux centres des croyances anciennes. On le retrouve dans quasi tous les mythes et religions du monde. Ce dieu est polyculturel, il présente un certain nombre d’aspects universels et des caractéristiques particulières qui le distingue très clairement d’autres divinités. Ses noms sont aussi nombreux que les facettes d’un diamant. Il a considérablement influencé nos croyances actuelles. Toutes les divinités qui l’ont côtoyé sur des panthéons divins vont dans le sens d’un être unique. Nous appellerons ce dieu Sa’am (signifiant « beau de visage » avec le syllabaire suméro-akkadien). Cet être porte notamment les noms suivants : Enki, Dumuzi, Tammuz, Osiris, Sokar, Ptah, Amon, Khnum, Min, Taténen, Apis, Pan, Nommo, Odin, Aurvandil, Chronos,  Prométhée, Hadès, Azazel. Il existe encore toute une multitude de dieux non considérées dans cet article, tellement le sujet est vaste…

Pour tous ces noms, il existe de grands signes distinctifs communs. Certains sont moins évidents que d’autres et sont parfois très spécifiques mais uniques. Au premier abord, on a l’impression de rencontrer des êtres bien distincts. Il existe en effet une grande variété de différences mais un ensemble de caractéristiques communes très spécifiques, qui combinées entre elles ne laissent pas de doute sur la filiation entre tous ces personnages. L’être universel dont nous allons entrevoir le rôle comporte les particularités suivantes :

1) Une association à la mort :

- dieu des enfers

- vivant dans un royaume souterrain

- être qui meurt et qui ressuscite dans la plupart des cas

2) Créateur/Père divin

- créateur des hommes, de la faune et de la flore

3) D’une grande Sagesse

4) Un ensemble de fonctions associées

- l’agriculture et la nature

- la fertilité

- l’eau de manière générale, ou un cours d’eau

- la médecine

- être de lumière

- l’art, l’artisanat

- créateur de l’écriture

- un être maîtrisant le feu, la métallurgie et qui transmet ses connaissances à l’homme

5) Des traits physiques ou des caractères associés

- barbu

- beau de visage

- les cornes de bélier ou de bouc

- le taureau sacré

- une couleur de peau verte ou bleue

- le serpent

- assis ou couché

6) Une association avec des entités particulières

- un ou plusieurs grand(s) rival(aux)

- un fils solaire et/ou lunaire

- un parèdre principal voire plusieurs entités féminines sacrées

- le chien/loup issu d’un monde souterrain

- 7 sages

7) De grands symboles

- la croix

- un sceptre de pouvoir

- un arbre/pilier

- une barque ou un char solaire

- le soleil

Les dieux égyptiens Ptah, Amon, Khnum, Min sont très souvent assimilés comme étant une seule divinité. Ils sont tous créateur du monde et des hommes. Ils sont des êtres de lumière. Tous ont un trait divin très spécifique : les cornes de bélier/bouc (voir image ci-dessous). Le dieu grec Pan présente aussi cette caractéristique dans sa représentation. Le sukhurmashu est l’attribut d’Enki/Éa combinant à la fois la chèvre et le poisson, devenant par la suite le signe zodiacal du capricorne. Les cornes de bélier/bouc est une particularité peu commune pour signaler le caractère divin d’un être céleste. Par conséquent, cette caractéristique semble être un critère efficace pour considérer un lien entre ces divinités.

Symbolique du bélier divin

1) Ptah, 2) Amon, 3) Khnum, 4) Pan

Sources :

http://alain.guilleux.free.fr/deir_el_medineh/deir_el_medineh_tombe_pashedou.php

http://www.cbx41.com/article-dieu-a-tete-de-belier-amon-re-louvre–38768127.html

http://eu.wikipedia.org/wiki/Fitxategi:SFEC_EGYPT_ESNA_2006-013.JPG

http://www.louvrebible.org/index.php/louvrebible/default/visiteguidee?id_menu=VISGR1&&id_oeuvre=28

Dans le monde, il existe une autre grande caractéristique unique qui se rencontre notamment chez les dieux suivants : Enki (dieu sumérien), Éa (dieu assyro-babylonien), Dumuzi (dieu sumérien), Tammuz (dieu akkadien), Osiris (dieu égyptien), Sokar (dieu égyptien), Hadès (dieu grec), Pluton (dieu romain), Odin (dieu nordique), Aurvandil (dieu nordique), Izanagi (dieu nippon), Yama (dieu indien). En effet, toutes ces divinités ont un rapport évident avec les enfers ou du moins le royaume des morts. Ce royaume souterrain est l’Abzu pour Enki, l’Hadès dans la version grecque, la Duat pour Osiris ou  le Yomi pour Izanagi. Le chien/loup gardien des enfers est Cerbère dans la mythologie grecque. Dans les croyances nordique ou indienne, on retrouve 2 chiens/loups. Pour Enki, certains textes le concernant nous parle d’un « loup dévorant qui écumait comme l’eau à l’avant de son bateau ». En Egypte, Anubis est le chien qui accompagne les dieux dans l’autre monde et qui se trouve à l’avant de la barque solaire. Un mythe aux multiples variantes raconte l’histoire d’une divinité, liée à certains dieux cités ci-dessus, qui descend aux enfers. Il s’agit d’Isthar (akkadienne), d’Inanna (sumérienne), de Perspéphone (grecque), d’Izanami (nipponne), de Yami (indienne),… Toutes ces déesses meurent aux enfers. Une autre constatation intéressante concerne la représentation du diable avec ses cornes, qui découle directement d’autres divinités telles qu’Apis, le taureau égyptien sacrifié qui ressuscite, de Yama le dieu indien des morts, ou de Pan, dieu grec à cornes de bouc. (Voir la représentation ci-dessous). Ces quelques éléments permettent de comprendre que la version chrétienne bien connue de l’enfer n’est pas neuve et n’est finalement qu’un concept emprunté à des croyances beaucoup plus anciennes.

Une symbolique particulière mérite un peu d’attention : l’arbre de vie. On retrouve cet arbre dans la 12ème tablette de l’Epopée de Gilgamesh appelée généralement « Enki aux pays des morts » ou « Inanna et l’arbre Huluppu ». Dans ce texte, l’arbre Huluppu est finalement l’arbre sacré d’Enki, qui est déraciné par Inanna pour être replanté à Uruk. Cet arbre mourant va finalement revivre à Uruk et il se voit infesté par divers animaux. Cet arbre en plus d’être associé à Enki, représente également le pouvoir que Ninanna aura à Uruk. La symbolique de l’arbre est très importante et elle est très souvent associée au féminin. Justement au centre de l’arbre Huluppu, on retrouve la déesse Lílitu. Le corps d’Osiris est souvent entouré de 4 arbres de vie (les 4 grandes déesses sacrées Serkit, Nephtys, Hathor et Neith). Pluton possède également son arbre sacré le Cyprès. Ptah est parfois représenté par deux piliers/arbre appelé Djed. L’un est tenu dans sa main et symbolise son pouvoir, l’autre est situé derrière lui et il le symbolise lui-même. Cet arbre est également un symbole évident de la nature et son étude approfondie permettrait de révéler de très nombreuses nouvelles analogies entre dieux au premier abord distincts.

Les origines du diable

1) Apis, 2) Pan, 3) Yama

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pan_satyre_della_Valle.jpg

http://www.mongolianculture.com/Yama.html

Un animal sacré et très ancien se retrouve associé pour pas mal de dieux étudiés ici. Combiné à l’ensemble des autres caractéristiques communes que l’on peut découvrir, cet animal met en avant le caractère reptilien divin. En effet, nous pouvons remarquer que le serpent est un attribut pour beaucoup de divinités citées plus haut. De nombreux dieux égyptiens présentent une coiffe surmontée d’un serpent (voir l’exemple ci-dessous d’Apis).  Amon est considéré dans les textes égyptiens comme le serpent qui féconde l’œuf primordial. Azazel le bouc émissaire de la Bible qui apporte le métal aux hommes est considéré dans un texte apocryphe (l’Apocalypse d’Abraham) comme un serpent ailé. Ce personnage est étonnamment proche de la version que l’on a du serpent biblique qui a corrompu Adam et Eve. Dans les tablettes de Kharsağ découvertes à Nippur en Irak au 19ème siècle, Enki est qualifié de « splendide serpent aux yeux brillants ». Enki est le seigneur de l’entendement ce qui est conforme à la vision que l’on a du serpent biblique en Genèse 3.1 : « Le serpent est le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits ». On raconte dans la mythologie nordique qu’Odin va se changer en serpent pour atteindre une caverne où était gardé un nectar sacré. En Grèce le célèbre héro Héraclès veut rencontrer aux enfers Déjanine qui est courtisée par un dieu fleuve Achéloos (une divinité qui peut se transformer en taureau et en serpent). Le serpent est un symbole utilisé pour présenter la filiation divine des dieux. Dans le papyrus Heruben, on voit le corps d’Osiris qui est déposé sur l’abysse primordial figuré par le serpent Apophis. Ce serpent primordial est le serpent Leviathan de la Bible. Chez les Mayas et également chez les Egyptiens le serpent est le siège sur lequel repose divers personnages divins. En plus de considérer Sa’am comme un serpent, on peut constater que la naissance de son fils utilise également ce symbole. Le Nommo des Dogons du Mali est un dieu qui va cracher un serpent dans une coupe-bouclier. Cette naissance est équivalente au mythe de la naissance de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, qui naît de l’ouverture de la gueule du serpent igné. Amon va ouvrir l’arbre sacré et libérer le roi vieillissant qui se transforme en serpent ou en faucon. Le symbole du serpent est universel et il n’est pas seulement synonyme d’une peur ancestrale ; en effet, bons nombres de dieux bienfaisants présentent cet attribut.

La symbolique du serpent

1) Apis, 2) Khnum, 3) Faucon solaire, 4) Osiris

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://www.flickr.com/photos/dalbera/2081847590/

http://www.spiritweb.us/egypt/egyptian-gods.html

http://www.fauser.edu/fau/egitto/EgittoWebImages/papiro.jpg

Nous pouvons dresser le portrait d’un dieu créateur du monde et des hommes. Il semble avoir 2 parèdres principaux : une déesse-mère qui enfantera un être solaire (Horus notamment) et une autre plus axée sur un mélange entre l’amour et la guerre telle que l’on peut la retrouver sous les traits de l’Ishtar babylonienne. Dans certains mythes, il présente des caractéristiques bienfaisantes mais certains semblent avoir dévié vers un rôle beaucoup plus négatif. Ce dieu aura créé les hommes mais il leurs aura également transmis des connaissances non voulues par d’autres dieux (notamment son principal rival Seth, Zeus, Fenrir, etc… qui sera responsable de sa mort), tels que le feu et la maitrise des métaux. Pour préserver le souvenir de cet être céleste décédé, de nombreux textes de par le monde ont conservé une trame sacrée unique qui peut dans certains cas avoir complètement dévié au profit de ses principaux adversaires. Comme vous avez pu le constater cet article est loin d’être exhaustif sur ce dieu universel. De nombreux autres noms et particularités n’ont pas été abordés ici et ils feront probablement l’objet d’articles ultérieurement.

Introduction aux liens entre les mythes et les religions

La vidéo ci-dessus vous montre que, dans le monde, des croyances à priori si différentes ont quand-même d’étonnants points communs. Cette vidéo ne résume pas les principes à considérer en priorité car il y a en tant d’autres, mais elle donne une des nombreuses manières de procéder pour mieux comprendre d’où nous venons. Le fil conducteur aurait pu s’orienter différemment et de nombreux autres concepts et symboles importants n’ont pas été abordés.

Une vidéo permet de visualiser très rapidement des concepts alors qu’une démarche basée sur les textes peut sembler moins attrayante. Mais les textes donnent de biens meilleurs résultats pour juger du lien entre les mythes et les religions du monde…Cette autre démarche est utilisée dans les articles.

Les mythologies sont universelles, elles ont beaucoup plus en commun qu’on a voulu nous le faire croire dans les cours d’histoire. Les points communs des mythes anciens ont été utilisés politiquement pour réunir des peuples forts différents au cours de l’histoire humaine. Aujourd’hui, les religions divisent plutôt les peuples. On a souvent utilisé les grandes différences et les erreurs d’interprétations des textes pour justifier des guerres, ou pour justifier de se mêler de la politique d’un autre pays…

Découvrir des liens entre toutes les mythologies et croyances du monde implique une critique continue et un recoupement d’informations. Les liens sont souvent très subtiles, cachés. De nombreuses erreurs d’interprétations, confusions, voire « manipulations de l’histoire » compliquent les recherches et ne nous permettent pas d’encore de tout comprendre. Mais chacun peut contribuer à la réécriture de l’histoire de l’humanité !