La fin de l’Empire néo-babylonien sous Nabonide

Nabonide est le dernier des souverains de l’Empire néo-babylonien qui a succédé à l’Assyrie ; bien qu’ignoré dans la Bible, plusieurs documents nous confirment son existence. Son règne de 18 ans est atypique par rapport à ses prédécesseurs, notamment en ce qui concerne le culte des divinités majeures. Le règne de Nabonide sera le déclencheur d’une nouvelle réorganisation au Moyen-Orient et permettra l’émergence de l’Empire Perse. Cet article s’attachera à mettre en évidence les particularités de sa vie, au travers des traces écrites, et tentera d’éclaircir certains points de la situation politico-religieuse de cette époque.

Empire néo-babylonien en vert ("le croissant fertile"). Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Empire_neo_babylonien.png

Nabonide est une des plus énigmatiques figures babyloniennes. Il a remagné d’anciennes traditions. On dit qu’il a usurpé le trône de LabašiMarduk, le petit fils de Nabuchodonosor II. (célèbre pour la déportation des Juifs de Jérusalem, celui-ci est un roi babylonien de l’Ancien Testament). Plusieurs textes précisent que Nabonide vénérait le dieu lune Nanna-Sîn (Su’en en Sumérien, Shahar en araméen), à l’instar de la plupart de ses prédécesseurs vouant un culte particulier à Mardouk. Les détails manquent pour retracer précisément sa vie, néanmoins les écrits découverts sont pour la plupart surprenants. Comme base de recherche, les documents principaux que j’ai identifiés sont les suivants :

1) Le cylindre de Nabonide : un cylindre découvert à Sippar précisant les travaux réalisés au temple de Nanna-Sîn à Ur par Nabonide. Le texte se termine par une dédicace à son fils Balthazar.

Cylindre de Nabonide découvert à Sippar. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Nabonidus_cylinder_sippar_bm1.jpg

2) L’autobiographie d’Adad-guppi (une prêtresse vénérant Ningal, Nusku, Sardannunna et tout particulièrement Nanna-Sîn): ce texte contient la plus explicite description concernant l’origine de la famille de Nabonide. Adad-guppi, la mère de Nabonide, aurait introduit son fils après de Nabuchodonosor II et auprès du roi de Babylone Nériglissar, suite à un appel lancé par le dieu Nanna-Sîn. Selon ce récit, Harran aurait été détruit suite à l’abandon de cette ville par Nanna-Sîn.

3) Le cylindre de Cyrus : un cylindre circulaire en limon conservé au British Museum. Ce texte critique violemment Nabonide. Marduk cherche un roi pour le remplacer. Il s’agira de Cyrus II.  L’entrée de Cyrus II dans la ville est décrite comme pacifique. L’auteur de ce document considère Cyrus II comme le roi légitime. Celui-ci est qualifié de bien-aimé de Marduk (l’Enlil des dieux) et le bien-aimé de Nabu, le dieu mésopotamien de l’écriture.

Cylindre de Cyrus. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Cyrus_Cylinder.jpg

4) La chronique de Nabonide : ce texte babylonien conservé au British Museum nous apprend que Nabonide a séjourné dans la cité de Tema (Taima, cf carte ci-dessus) et que son absence à Babylone empêchait la célébration d’un festival annuel appelé akītu. La prise pacifique de Babylone par Cyrus II est également mentionnée. Nabonide sera capturé et les dieux retourneront dans leurs lieux saints.

Chronique de Nabonide. Source : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Nabonidus_chronicle.jpg

5) Verse Account of Nabonidus : cette tablette mal conservée du British Museum décrit les actions et les effets négatifs du règne de Nabonide. En effet, nous apprenons que le commerce a été interrompu car les routes sont bloquées, la joie du peuple a disparu, Nabonide s’est livré à l’impiété. Il a décidé de créer une statue non traditionnelle en l’honneur du dieu Nanna-Sîn à Harran. De plus, la reconstruction du temple Ehulhul (pour abriter cette statue) de Nanna-Sîn à Harran empêche la réalisation d’une fête sacrée : le festival akītu le jour du nouvel An mésopotamien. Nabonide a également placé un taureau sauvage devant ce temple tout comme l’Esagil, le célèbre temple babylonien, ce qui est considéré comme un sacrilège. Tout comme dans l’autobiographie d’Adad-guppi, Nabonide a été désigné par Nanna-Sîn pour exercer la royauté. Il confiera le pouvoir à son fils Balthazar en son absence en Arabie. Il y tuera le prince de la ville de Tema qu’il fortifiera ensuite. Il y construit un temple comparable à celui de Babylone en forçant les habitants à réaliser de grands travaux. Le texte se termine par l’intervention de Cyrus II qui détruit tout ce que Nabonide a construit par les flammes et les habitants de Babylone sont dès lors joyeux. Un passage étrange précise que le dieu Ilte’ri lui aurait montré une vision et lui aurait permis de tout connaître. Il faut peut-être voir cette divinité comme Nanna-Sîn et/ou le dieu lunaire araméen.

«  (L’image) est ornée de […] en lapis lazuli, couronné d’une tiare, son apparence est celle de la lune d’éclipse ( ?), le geste de sa main est celui du dieu lugal SHUDU, ses cheveux atteignent le piédestal et devant elle se trouve le Dragon Tempête et le Taureau sauvage ». (Source : LACKENBACHER S., 1992.)

Verse Account of Nabonidus. Source : http://www.britishmuseum.org/research/search_the_collection_database/search_object_image.aspx

6) L’installation d’En-nigaldi-Nanna, fille de Nabonide, comme prêtresse de Nanna à Ur : Texte qui concerne la reconstruction de l’Egipar, le quartier résidentiel de Nanna-Sîn à Ur et l’installation de la fille de Nabonide comme prêtresse de Nanna-Sîn à Ur.

7) La prière de Nabonide : ce texte nous précise la véritable raison du séjour de Nabonide à Tema en Arabie. Celui-ci aurait été malade. Dan’el, un prophète au service de Yavhé lui apprend que sa maladie est une punition de Yavhé. Nabonide confesserait alors ses péchés mais son fils Balthazar serait finalement tué.

8.) Le livre de Daniel : ce texte de l’Ancien Testament est plus qu’énigmatique car il reprend des passages de la vie de Nabonide sans pour autant le citer. Il semblerait que les scribes glorifiant Yavhé auraient omis délibérément de mentionner Nabonide et l’aurait amalgamé dans la vie de Nabuchodonosor II. En effet,  nous retrouvons un passage concernant la construction d’une statue colossale de 60 coudées. De plus Balthazar serait le fils de Nabuchodonosor II et non plus de Nabonide. Le livre de Daniel préciserait la cause de la mort de Balthazar lors de la prise de Babylone : il aurait profané les vases sacrés provenant de Jérusalem.

La royauté de Nabonide est légitimisée par le dieu Nanna-Sîn, une série d’évènements obscurs concernant cette divinité va déclencher la montée au pouvoir de ce nouveau roi. Dans la 16ème année du règne de Nabopolossar (fondateur de l’Empire néo-babylonien), Nanna-Sîn en colère abandonne sa cité Harran et son temple. Il s’envole dès lors pour les cieux. La mère de Nabonide Adad-guppi qui était dévouée à ce roi (par la suite également à Nebuchodonosor II et Nériglissar) mentionne qu’elle a réalisé de maints efforts pour maintenir le culte de Nanna-Sîn et pour apaiser sa colère. Elle vénérait également les divinités suivantes Ningal, Nusku, Sardanunna, Shamash et Ishtar. Sa dévotion pour Nanna-Sîn était telle que ce dieu a entendu ses prières et sa rage était alors apaisée. Nabonide a été appelé par Nanna-Sîn afin qu’il devienne roi.

Bien que les premières années de son règne soient dans la lignée de ses prédécesseurs, Nabonide réalise de profondes réformes. Il rénove dans la 2ème année de son règne l’Egipar, le quartier résidentiel de Nanna à Ur et il installe sa fille En-nigaldi-Nanna comme prêtresse. Nanna-Sîn décide de retourner dans son temple Ehulhul à Harran (ville archéologique localisée dans le sud-est de la Turquie actuelle). Nabonide restaure cette ville. Il sollicite l’aide de Cyrus II, le roi d’Anshan, pour conquérir la ville. Le roi des Mèdes, Astyage, est au courant et tente de convoquer son petit-fils Cyrus II mais il refuse. Harran est finalement conquis. Le texte « Verse Account of Nabonidus » précise le changement de politique de Nabonide par rapport à ses prédécesseurs. Il déplace plusieurs divinités à Babylone, il bloque les routes commerciales ; à Harran, il fait bâtir une statue colossale dédiée à Nanna-Sîn, il force ses habitants à des travaux forcés et il réaménage les plans du temple de l’Ehulhul à sa convenance. Cet ensemble de réformes est très mal perçu car Nabonide modifie considérablement les traditions ancestrales.

Dans la 7ème année de son règne, Nabonide s’exile pour la cité de Tema, tandis que son fils Balthazar et son armée restaient dans le pays d’Akkad. C’est à cette époque que le festival akītu célébré le jour du nouvel An est interrompu par Nabonide. Au cours de cet évènement, Marduk et Nabu étaient célébrés. Le « cylindre de Nabonide » évoque un complot de Nabonide pour empêcher la vénération de Marduk. Malgré le peu de recoupements disponibles, cette idée est plausible. L’absence de célébration de l’akītu devait être vue comme un haut sacrilège par le clergé de Marduk.

L’Enlil des dieux, Marduk, est terriblement en colère en entendant les plaintes des habitants (cette colère est clairement décrite dans le « cylindre de Cyrus »). Les dieux ont quitté leurs lieux saints pour être emmenés à Babylone par Nabonide. Marduk cherche à travers tous les pays un roi. Il appelle Cyrus II, le roi d’Anshan, le fils de Cambyse, qui était alors nommé roi de l’univers. Le Pays de Guti et les Mèdes s’inclinent à ses pieds. Ce n’est que le début d’une lutte pour le pouvoir. En l’absence de Nabonide à Babylone, son fils Balthazar assure le maintient de l’ordre et de discipline à sa place.

Nabonide retourne à Babylone au cours de la 17 ème année de son règne. La raison de son départ est mentionnée dans l’écrit apocryphe appelé « la prière à Nabonide ». Il se serait exilé pendant 10 ans à Tema car il était souffrant. Sa raison de sa maladie est, selon ce texte, divine. Il s’agirait d’une punition de Yavhé, le dieu de l’ancien Testament. Dan’el, un prophète, lui explique cette sanction et Nabonide confesse ses pêchés. De retour à Babylone, la fête de l’akītu est à nouveau célébrée. Contrairement aux textes qui ne font que mentionner le retour de cette célébration, « la prière de Nabonide » le justifie. En effet, Nabonide s’est excusé pour son affront envers Yavhé et la fête de l’akītu peut à nouveau être réalisée. Il faut se rendre compte qu’à cette époque les Juifs vénérant Yavhé avaient subi de nombreux troubles. Ce peuple avait été disséminé dans tous le Moyen-Orient notamment à cause de Nabuchodonosor II. Le sort des Juifs était entre les mains de Yavhé qui avait provoqué la destruction de son berceau initial. L’Ancien Testament précise que la population s’était écartée des règles imposées par Yavhé. Le clergé de celui-ci ne voyait certainement pas d’un bon œil le blasphème de Nabonide à son encontre lorsqu’il considéra Nanna-Sîn comme le seul et unique Dieu, modifiant ainsi les traditions séculaires.

Cyrus II légitime aux yeux de Marduk, conquiert Sippar et Babylone de manière pacifique. Il capture Nabonide. La conquête pacifique de Babylone n’est qu’évoqué que dans 3 textes : « La Chronique de Nabonide », The Persian Verse Account » et le « Cylindre de Cyrus ». Ce dernier mentionne l’entrée de Cyrus II dans Babylone grâce à Marduk. Le sort du fils de Nabonide, Balthazar, est tout autre. Il sera tué car son affront envers Yavhé a été intolérable. En effet, le « Livre de Daniel » mentionne qu’il a profané les vases sacrés en provenance de Jérusalem. Les dieux (les statues des dieux) que Nabonide a emportés à Babylone sont replacés dans leurs lieux saints.

Nabonide, bien qu’éphémère à l’échelle de l’histoire du Moyen-Orient, a bouleversé les peuples de cette région. Sa vénération pour le dieu Nanna-Sîn lui a causé sa perte. C’est comme si une autorité suprême (Yavhé) détenait le monopole des décisions et avait décidé de changer la situation politique dans cette région. Le règne de Nabonide a marqué un revirement de la suprématie des villes mésopotamiennes sur cette région. Marduk a donné les règnes du pouvoir à Cyrus II et la Perse sera l’un des plus grands et des plus puissants Empires que le Moyen-Orient n’est jamais connu.

Bibliographie

CHAVALAS M. W., 2006. The Ancient Near East : historical sources in translation. Blackwell Publishing, USA. 445 p.

FERREIRA M., 2011. Le cylindre de Cyrus à Téhéran. http://www.teheran.ir/spip.php?article1325 Consulté le 22 janvier 2012.

LACKENBACHER S., 1992. Un pamphlet contre Nabonide, dernier roi de Babylone. Dialogues d’histoire ancienne. Volume 18, Numéro 18-1. pp 13-28.

PARROT A., 1960. GADD. C. J. The Harran Inscriptions of Nabonide. Extrait d’Anatolian Studies, VIII (1958), pp. 35-92. Syria, Volume 37, Numéro 37-1-2. pp. 194-196

POGNON H., 1907. Inscriptions sémitique de la Syrie, de la Mésopotamie, et de la région de Mossoul. Gabalda, Paris, 277 p.

SCHEIL V., 1895. Une nouvelle inscription de Nabonide. Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Volume 39, Numéro 3. pp. 220-230.

Généalogie des dieux mésopotamiens, hymnes et prières

Aux personnes reniant la personnalité à part entière des divinités les plus anciennes, je conseille la lecture du livre suivant : « Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie » de Marie-Joseph Seux. L’auteur compile ici des prières et hymnes dédiées aux divinités mésopotamiennes. Cette compilation de textes anciens akkadiens et sumériens est une base d’étude pour celui qui désire mieux comprendre et découvrir les divinités mésopotamiennes.

En synthétisant les informations de ces hymnes et prières et en recoupant les répétitions, on redécouvre de manière assez précise une généalogie de tout un panthéon de divinités. La généalogie de cette famille représentée ci-dessous sous forme synthétique. Le schéma est relativement simple par soucis de clarté. Il reste avant tout un point de départ et il n’est pas forcément juste en réalité sur tous les points. Pour certaines divinités, il reste toujours un certain flou qu’il convient de faire disparaître par davantage de recoupements et vérifications .

Généalogie des dieux mésopotamiens. Les dieux en rouges portent le titre de "roi des cieux et de la terre". An et Ishtar en bleu son parèdres. Merci de mentionner la source de cette image si vous la réutilisez.

Certains personnages ont une place importance dans cette généalogie mais ils ne sont pas représentés pour plusieurs raisons :

-         leur généalogie est incertaine. Ex : Nabû qui est fils d’Asari (Enlil) et à la fois fils héritier de Nudimmud.
-         leur fonction est importante mais on ne  connaît pas ou peu leur filiation dans les textes. Ex : Dumuzi qui est l’amant d’Ishtar et le fils d’Éa, mais les textes compilés dans l’ouvrage de Marie-Joseph Seux ne précisent pas qui est sa mère.

Comme la généalogie présentée ici le dévoile, bon nombre de divinités ont une multitude de noms. Pour certains d’entre eux, je n’ai pas repris la liste complète pour ne pas trop encombrer le schéma. Empiriquement, le nombre de titres est proportionnel à l’importance d’une divinité. On peut s’en rendre compte notamment avec la déesse de l’amour et de la guerre qui présente une liste assez longue de titres et de surnoms. Ils sont d’autant plus nombreux lorsqu’on retrouve les correspondants dans d’autres régions du monde. On peut facilement admettre que les croyances dédiées aux divinités les plus vénérées et les plus « importantes » se soient propagées davantage géographiquement, ce qui peut expliquer leur nouvelle appellation dans d’autres langues.

Lorsqu’on étudie ces textes, on se rend compte de la précision et la fois la complexité de ce panthéon. Chaque dieu a sa place et une histoire qui lui est propre. On va bien au-delà d’une simple dédicace au dieu du soleil comme on pourrait le croire naïvement, notamment avec Shamash le dieu du soleil mésopotamien. On compare bien cette divinité au soleil mais davantage dans un souci glorifique. Ce Dieu roi des cieux et de la terre a une place très précise dans le panthéon. Je cite ici une prière dédiée à Shamash (dieu akkadien) qui illustre la minutie que l’ont peut rencontrer dans les textes découverts en Mésopotamie :

Shamash, fils d’Anu, sou[verain des Igigu],
Shamash, fils héritier, qui illumines les cieux et la terre,
Progéniture de Sin et de Ni[ngal],
Seigneur de Sippar, protecteur de l’Ébabbar,
Aimé d’Aya, la bru qui habite dans les cieux purs,
Shamash, lorsque tu sors des cieux purs,
Lorsque tu franchis la montagne de Cyprès,
Que Bunéné, le ministre, te souhaite un cœur joyeux,
Que Droiture vienne à ta droite,
Que Justice vienne à ta gauche ;
Le premier de tous les pays, c’est toi !
Le Juge éminent, qui assure la justice au pays d’en haut et (au pays) d’en bas, c’est toi !
(Extrait, p 216-p 217).

Ce Dieu solaire est appelé Utu en sumérien. Il est jumeau d’Ishtar. Il portera le même titre « roi des cieux et de la terre », tout comme Enlil son grand-père, laissant suggérer que Shamash est son successeur. Shamash/Utu est incontestablement le dieu de la Justice en Mésopotamie. Notez que lorsqu’on donne pour père Anu, cela ne signifie pas père au sens strict du terme. La fonction solaire de Shamash est probablement liée aux vertus de luminosité, d’abondance, du soleil. De plus il est très courant de comparer les divinités aux astres du ciel. Le soleil est un symbole fort de royauté qui prédominera en Egypte notamment. Cette association au soleil peut compliquer l’identification d’un bon nombre de divinités. A titre d’exemple, Erra (le Râ égyptien) est également un dieu solaire et clairement distinct de Shamash.

L’étude des textes anciens reste et restera encore l’une des meilleures méthodes pour redécouvrir les parentés entre les divinités. Les dieux mésopotamiens sont les plus anciens du monde. Leur expansion s’étant propagée à partir du Moyen-Orient et les multitudes de témoignages que nous ont laissés les tablettes d’argile sont de très précieux outils à utiliser sans retenue pour avancer dans ce vaste champ de recherche.

Référence bibliographique

SEUX M.-J., 1976. Hymnes et prières aux dieux de Babylone et d’Assyrie. Littératures anciennes du Proche-Orient. Les éditions du cerf, Paris. 558 p.

La déesse de l’amour et de la guerre

N’est-il pas étonnant de retrouver comme attributs principaux l’amour et la guerre pour une des plus influentes déesses du monde ? Cette déesse est un personnage complexe, qui combine des traits de caractères opposés mais complémentaires. L’étude de cette divinité par ses nombreux noms nous permettra de mettre en évidence une histoire étonnante. De la même manière que pour Enki, cet article tentera de dégager des éléments communs pour des divinités apparentées. Cette étude loin d’être exhaustive nous permettra de clairement distinguer la déesse de l’amour et de la guerre d’une autre divinité tout aussi répandue à travers le monde, dont un nom bien connu est Isis. Quels noms pourrait-on donner à cette déesse guerrière dont le désir était sans fin ?

Mythologie perse : Anahita, Qadesh

Mythologie mésopotamienne : Ishtar et Inanna

Mythologie hourrite : Hébat, Shaushga

Mythologie hittite : Hannahanna

Mythologie phénicienne : Astarté, Qadesh, Ashtart, Anat, Atargatis, Shalim, Marie l’Egyptienne

Mythologie arabe : Allat

Mythologie égyptienne : Nephtys (Nebet-Hut), Anat, Qadesh, Marie l’Egyptienne

Mythologie grecque : Athéna, Aphrodite, Ariane, Erigoné

Mythologie nordique : Freya, Morrigane

Mythologie maya : Coyolxauhqui

Mythologie hindoue : Mahishâsuramardinî, Durga, Kali, Lakshmi, Saravastî

Mythologie juive : Oholiba

Mythologie chrétienne : Marie-Madeleine

Remarque : cette liste n’est bien entendu pas complète. Je n’ai pas investigué suffisamment profondément dans toutes les mythologies du monde pour que ce soit le cas. Il me faudrait probablement de nombreuses années pour la compléter et d’ailleurs sans garantir d’y parvenir totalement un jour.

Une des figures la plus connue de la déesse de l’amour et de la guerre se retrouve chez l’Ishtar babylonienne. L’étude des textes anciens et les données archéologiques nous permettent sans aucun doute de l’assimiler à Inanna, une déesse sumérienne. Elle est connue pour ses nombreuses prouesses guerrières et son goût pour la violence. Elle contrebalance ce trait de caractère par un grand instinct maternel et un grand désir d’attraction. L’emprise qu’elle a sur les dieux, les hommes et les animaux est illustrée par son emblème qui est la chouette, oiseau nocturne de proie.

Ishtar babylonienne

Ishtar sur un sceau-cylindre du British Museum. Sources : http://economiedistributive.free.fr/ IMG/jpg/1031_sumer.jpg

Dans l’épopée de Gilgamesh, Ishtar est accusée de provoquer la mort journalière de son époux lion. L’emblème par excellence de cette déesse est le lion. La déesse en surmonte un dans de nombreuses représentations. Le lion est un symbole très régulièrement associé à Vénus. On qualifie Vénus dans de nombreux textes anciens, d’étoile du matin et d’étoile du soir.  Le soleil à son lever fait progressivement disparaître l’éclat de Vénus au matin, celle-ci ne réapparait qu’au soir sous le nom de l’étoile du soir. Ashtart est l’étoile du soir phénicienne, épouse d’Ashtar le dieu lion étoile du matin. Pour prouver que les 2 lions étoiles ne forment qu’un, en Egypte il existe le signe ‘kr qui est un hiéroglyphe où l’on voit les 2 lions soudés entre eux. Ces 2 lions sont le symbole par excellence du nouveau soleil Horus qui renaît en sortant de la colline primordiale. Ashtart est parfois représentée nue tenant des lotus qui sont ses attributs habituels. La déesse a un visage de lionne avec une coiffe hathorique. Dans les textes de Ras Shamra, Shalim est l’étoile du soir.  On raconte que Shahar et Shalim sont associées à la déesse solaire et l’aident à recueillir du venin de serpent pour dissiper les gros nuages qui planent sur Terre. Qadesh, déesse phénicienne, est représentée debout sur un lion dont l’emblème est une croix symbole de Vénus. La version arabe se retrouve chez Allat. Elle est la Grande déesse de la fécondité et la guerre. On la représente accompagnée d’un lion. On retrouve des vestiges liés à cette déesse à Palmyre. Elle apparaît sur des tessères, des stèles babyloniennes. On la représente souvent debout et armée, assise entre 2 lions ou parfois dressée sur un lion comme à Hatra.

Différentes versions de la déesse de l'amour et de la guerre

1) Qadesh au musée du Louvre, 2) double lion égyptien, 3) Durga grotte d'Ellora, 4) Allat temple de Baalshamin à Palmyre 5) Ishtar au British Museum 6) Mahishâsuramardinî grotte de Tamil Nad

Sources des images :

http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20HYPOGEES/VALLEE-DES-ARTISANS/stele-qadesh.jpg
http://egypte.web361.fr/index.php?lettre=a&entree=ay-ay-ai-eje
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000123569.html
http://www.aly-abbara.com/voyages_personnels/syrie/Palmyre/page/Allat_lion.php
http://karma-world.blogspot.com/2008_06_06_archive.html

- SCHMID C., 2003. A propos des premières images de la Tueuse de buffle : déesses et Krishnaïsme ancien. Volume 90, Numéro 90-91. pp. 7-67.

Ces 2 lions sont assimilés parfois à des chats. En effet Freya, la déesse protectrice des passions de l’esprit et de la chair, conduit un char tiré par 2 chats. Seule Frigg la femme d’Odin la dépasse en beauté. Freya est une femme faucon (tout comme Horus) qui réside à Folkvang, le Champ-des-Armées. Elle parcourt les plaines où se sont entre-tués les guerriers. Elle peut emmener la moitié des morts aux combats, l’autre moitié est emmenée par Odin. Son mari l’a quitté pour voyager dans des pays lointains. Ainsi elle pleure sans cesse après lui. Nous voyons ici Freya comme une pleureuse divine, fonction qu’on retrouve également chez Nephtys (appelée aussi Nebet-Hut). C’est une déesse égyptienne qui aide Isis à reconstituer le corps d’Osiris et à l’embaumer. Les 2 déesses vont se transformer en êtres volants au-dessus de la dépouille pour la protéger jusqu’aux funérailles. Ce rôle funéraire est également associé à Hannahanna, la déesse hittite, reine des abeilles. Elle tente maladroitement de retrouver Telepinu en envoyant une abeille à sa recherche (son fils dieu de l’orage participe également). L’abeille doit piquer les pieds et les mains de Telepinu. Elle doit le mettre debout et le purifier avec de la cire et enfin le ramener auprès d’Hannahanna.

Nephtys ailée

Nephtys dans la tombe Khabekhenit. Source : http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20HYPOGEES/VALLEE-DES-ARTISANS/tombe-khabekhenit.jpg.

Marie-Madeleine est également une grande pleureuse. Un passage très intéressant d’elle se trouve en Luc 8:2 où on raconte que plusieurs femmes furent guéries d’esprits mauvais et de maladie : « Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens ». Ce passage fait référence aux 7 portes des enfers que doit passer Ishtar/Inanna. En Luc 7:38, on apprend qu’une pécheresse a arrosé les pieds de Jésus avec ses larmes. Il s’agit de Marie-Madeleine la pleureuse. Tout comme Marie et Marie-Madeleine sont au pied de Jésus lorsqu’il est sur la croix, Isis et Nephtys sont les pleureuses d’Osiris. La punition d’Ereshkigal (la reine du Kigal) envers Ishtar/Inanna a été la mort rituelle pour avoir causé la mort de son époux. Marie-Madeleine est également connue sous son nom de Marie l’Egyptienne. Des textes complémentaires à la Bible nous racontent une histoire  qui semble avoir pris naissance chez les Palestiniens au VIème siècle. Marie l’Egyptienne raconte à un ascète de 54 ans appelé Zosime, qu’elle est tombée dans la débauche et qu’elle a un mal fou à combler ses désirs. Elle a eu une multitude d’amants. Pour vaincre ses désirs, elle a vécu 17 ans dans un désert, avec pour seule nourriture 3 pains. A la fin de sa vie, Zosime découvre son corps près d’une rivière et il demande à un lion de creuser de ses griffes une fosse pour pouvoir l’y enterrer et finalement lui permettre le voyage aux enfers.

Un texte fort connu nous parle la descente d’Ishtar aux enfers. Ce texte fut découvert dans le temple de Ninive. C’est une version écourtée du texte appelé « la descente aux enfers d’Inanna ». Cette déesse décide de se rendre aux enfers, dans le royaume d’Ereshkigal la reine des enfers, pour retrouver son époux Tammuz et le réssusciter. Ishtar descendra aux enfers en passant par 7 portes. Elle est obligée de se dévêtir progressivement en passant les différents niveaux. Il s’agit d’un rite visant à la déesse de s’absoudre de ses pêchés (les 7 péchés capitaux). Au terme de cette descente, Ishtar meurt ce qui provoque l’arrêt des accouplements des hommes et des animaux sur terre. Elle recherchait chaque année son époux aux enfers. On célébrait un mariage sacré entre ces 2 époux. Cette mort provoquée par une autre déesse est la même pour Ariane, fille de Minos le taureau roi des enfers. Ariane est tuée de manière violente par Artémis sous l’investigation de Dionysos. Celui-ci était en fait jaloux de Thésée car il a été l’amant d’Ariane. Elle est la déesse de la croissance printanière. Elle se pend au platane, arbre qu’il lui est consacré, tout comme Odin et également Erigoné qui se pend à un pin. Pour séduire Dionysos, Erigoné se transforme en grappe de raisin. Apprenant la mort de son père, elle se pend de désespoir. Le but est de redonner vie à la végétation. La mort de cette déesse pendue à l’arbre signifie qu’elle meurt et descend aux enfers avant de remonter au printemps.

Le désir charnel et les infidélités qui en découlent font partie intégrante de la déesse grecque Aphrodite. Elle est mariée à Héphaïstos, ce qui ne l’empêche pas de vivre de très nombreuses aventures avec d’autres dieux. L’adultère d’Aphrodite avec Arès (le dieu de la guerre grecque) est révélé par le dieu Hélios, qui sera maudit (ainsi que sa descendance) par la déesse. Héphaistos finira par pardonner les infidélités d’Aphrodite. Celle-ci est également la patronne de la prostitution sacrée. Comme les filles du roi de Chypre refusent de l’honorer, elle les pousse à la prostitution. On célébrait celle-ci notamment à Aphaca qui est l’un des sanctuaires les plus célèbres de Phénitie (à une journée de marche de Byblos). Ce site comprenait un temple renommé d’Aphrodite-Astarté en principe fondé par Kinyras, roi de Chypre. Le site était célèbre pour ses rites de prostitution sacrée. Astarté est la souverraine céleste en Phénicie qui se serait éprise de son gardien divin Kombabos.

Ishtar est également considérée notamment comme l’épouse d’An (la particule AN signifie ciel). On l’appelle justement « la Reine du ciel ». C’est probablement la raison pour laquelle beaucoup de noms de la déesse contiennent cette particule. La déesse reine du ciel et de la terre pour les Hourrites est Hébat (Hépat). Celle-ci est une déesse hourrite femme de Teshub. Ils ont pour fils Sarruma, dieu de l’orage. Hébat est appelée la déesse solaire de la cité d’Arinna. Dans le sanctuaire de Yazĭlĭkaya (à côté de Boǧazköi), on représente Hébat au côté de l’aigle bicéphale. Anat (Hanat), une déesse phénicienne porte aussi un nom similaire : « la maitresse des cieux élevés ». C’est une déesse guerrière qui est la maitresse des aigles parmi lesquels elle plane. Ce caractère la probablement suivie en Grèce où elle est devenue Athéna et cela explique pourquoi son attribut est la chouette, un autre rapace mais cette fois-ci nocturne. L’aigle tient souvent dans son bec un serpent. Ce serpent lui confère l’immortalité qu’il tient dans son bec ou dans ses serres. Le serpent est bien le symbole de l’immortalité qui permet de guérir et on le retrouve dans le caducée de la médecine. Le culte d’Anat était répandu en Syrie et en Palestine mais également en Egypte. Elle persiste jusqu’à l’époque hellénistique dans certains milieux phéniciens. Au début du VIIe siècle, elle n’est vénérée qu’avec certitude à Chypre. La rivalité d’Anat et du dieu Yam n’est qu’une autre version de la lutte entre Athéna et Poséïdon. Le texte bilingue de Lapéthos découvert sur un talon de lance dans un sanctuaire d’Athéna à Idalion prouve qu’Anat et Athéna étaient confondus.

Athéna est également une déesse de l’amour et de la guerre. Elle est représentée debout, le casque en tête, le bouclier dans la main gauche et le bras droit qui brandit une lance. Athéna est connue par sa naissance toute particulière. On raconte que Zeus après avoir avalé Métis sur le point d’accoucher, souffre d’une terrible mal de tête et qu’Héphaïstos lui fend le crâne avec une hache. Il en sort Athéna vêtue d’une armure, d’un casque et prête au combat. On la considère comme la déesse du tissage. Ce rôle est également attribué à la déesse aztèque Coyolxauhqui. Elle est la déesse guerrière sœur de Huitzilopochtli qui a poussé ses frères à décapiter sa mère. Huitzilopochtli sort armé du ventre de sa mère et tue ses frères, sa sœur et tout ceux qui avaient comploté contre sa mère. Cette naissance est céleste et identique pour la déesse guerrière hindoue appelée Kali. Celle-ci sort du front de Durga. Selon le texte Devi-Mahatmya, lors du combat contre Canda et Munda, la déesse Durga qui est assise sur un lion au sommet de l’Himâlaya est tellement en colère que sont teint devient noir et de son front jaillit Kâlî au visage terrible armé d’une épée et d’un lasso. Elle tient à la main un bâton multicolore, orné d’une multitude de crânes. Elle est vêtue d’une peau de lion. Elle est horrible à voir. Elle détruit énormément de démons, d’éléphants, et de chevaux qu’elle avale et déchire à belle dent. Tout comme Athéna, Saravastî sort du front de Bhrama. Elle est considérée comme l’épouse de Brahma. On la réprésente souvent avec le livre pustaka qui contient les formules du Sacrifice. Parmi ses attributs on retrouve notamment la fleur de lotus (padma). Les montures ou véhicules sont un lion, un oiseau l’anser qui est un oiseau aquatique et la monture de Brahma, le bélier ou le paon. Elle porte parfois une calotte crânienne appelée Kapäla. Certains textes remplacent Bhrama par Vishnou ou par Krishna.

Athéna - Musée du Vatican

Athéna - Musée du Vatican. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Athena_in_Vatican.jpg.

La fleur de Lotus semble être un symbole souvent associé à la déesse de l’amour et de la guerre. Lors de la rédaction de cet article, il me semblait que Lakshmi correspondait à l’archétype de la déesse de l’amour et de la guerre, néanmoins plusieurs raisons m’amènent à refuser aujourd’hui cette hypothèse. Je laisse l’ensemble des arguments qui m’avaient amené à tord à cette conclusion : « Lakshmi est une déesse hindoue, femme de Vishnu. D’après la Praçnottaramâlâ, ce sont des fleurs de lotus qui soutiennent Vishnu. Lorsque cette déesse a 2 bras, on la représente avec 2 lotus ou un lotus et un fruit. On a représenté cette déesse également entre 2 éléphants qui l’aspergent. Cette déesse est également vénérée en Indonésie. A Bali, un mythe raconte que Lakshmi à dû se soumettre à l’amour de Vishnou et elle en serait morte. Le riz est alors surgi de son nombril, après que son corps ait été enterré. Un autre partenaire sexuel de cette déesse est Agni Jatavedas (Agni est justement une image d’Horus, le fils d’Osiris). Cette déesse est également associée à Indra le roi des dieux, qui est le dieu responsable des orages et de la pluie. »

En effet aujourd’hui, Lakshmi apparaît à mes yeux comme une divinité distincte. Le principal argument est qu’elle est plus considérée comme la mère de l’humanité et des dieux. Ce rôle ne semble pas être associé généralement à la déesse de l’amour et de la guerre.

Lakshmi, la déesse hindoue au lotus. Source : http://users.skynet.be/lotus/lotus/lotus0-fr.htm

Qadesh également associée au lotus semble quant à elle davantage caractériser la déesse de l’amour. Elle est une déesse (d’origine perse introduite en Egypte) qui symbolise la volupté et le désir charnel. On la représente nue et souvent sur un lion. Elle tient dans ses mains à la fois des serpents et des lotus, attributs de l’érotisme. Le serpent qu’elle peut offrir symbolise l’immortalité confèrée au dieu qui partagera sa couche. Les serpents sont le symbole par excellence de l’immortalité par leur renouvellement de la peau. Les fleurs de lotus symbolisent la vie renouvelée.

La déesse de l’amour et de la guerre est célèbre par sa beauté légendaire qui rendit fou beaucoup d’hommes. L’Anat perse appelé Anahita est d’une envoutante beauté. Dans les textes, les adjectifs pour la qualifier sont les suivants : puissante, brillante, de taille élevée, majestueuse, jeune fille, belle, à la large ceinture, à la taille élancée, noble par son visage brillant, ornée d’un brillant diadème d’or, ornée d’un manteau du plus séduisant aspect couverts d’ornements d’or. On retrouve encore dans sa représentation une association au lion. Cette divinité fut propagée au Proche-Orient par les prêtres zoroastriens. Anahita est assimilée à Nana, une déesse d’origine suméro-akkadienne, qui est également représente flanquée de son lion. Elle fut adoptée par les peuples de Sogdiane. Toutes les déesses abordées plus haut sont toutes d’une beauté prodigieuse.

Au terme de cette étude, nous pouvons retracer une histoire autour de la déesse de l’amour et de la guerre. Celle-ci naîtra sous la forme de l’Athéna guerrière et représentée par l’astre Vénus colérique. Pendant une bonne partie de sa vie, la déesse de l’amour et de la guerre vivra dans la douleur du désir inassouvi, et d’un besoin constant de reconnaissance envers ses pères (An et Seth). Cette soif l’amènera probablement à étendre son influence et entrera en guerre contre d’autres dieux. Ce besoin d’attention se répercutera dans les très nombreux temples construits en son honneur de par le monde. Elle s’éprendra du dieu de la sagesse, de l’agriculture, de l’eau. Ce dieu est alors intiment lié à la déesse des enfers Ereshkigal appelée également Isis, Artémis,…L’union qui en découlera provoquera la mort du dieu et Ishtar devra subir le rituel aux enfers afin de s’absoudre de ces pêchés. Isis et Nephtys (Marie et Marie-Madeleine) seront les 2 grandes pleureuses du dieu mort qui seront gardiennes du corps d’Osiris. Horus naîtra et Nephtys deviendra sa nourrice mais également sa maîtresse. La disparition du taureau soleil survenue au moment de l’apparition de la lionne vénusienne le soir sera une image de ce qu’aura été le couple Enki avec la déesse de l’amour et de la guerre : un instant éphémère.

Voici un résumé des principales caractéristiques de la déesse de l’amour et de la guerre :

1) Une association à la mort :

- déesse qui descend aux enfers

- meurt et ressuscite

2) Un ensemble de fonctions associées

- l’amour

- la guerre

- déesse du tissage

- reine du ciel

3) Des traits physiques ou des caractères associés

- d’une beauté prodigieuse

- lionne

- né en sortant du crâne de son père ou de sa mère

- ailée

4) Une association avec des entités particulières

- 2 lions (chats)

- chevauche un ou deux lions.

- tueuse d’un dieu taureau.

- à la recherche d’un dieu.

- à la fois concurrente mais sœur d’une autre grande déesse.

5) De grands symboles

- la vulve

- un arbre

- Vénus

- le lotus

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