Le poème d’Erra

Une des plus belles et des plus riches épopées mésopotamiennes est le poème d’Erra (également appelé le poème d’Irra). La découverte de ce poème datant du 1er millénaire avant Jésus-Christ a été exposée pour la première fois par G. Smith en 1875. Aujourd’hui, les fragments dépassent la cinquantaine. Par les recoupements de ces fragments, nous avons pu reconstruire ce texte qui devait comporter dans son intégralité 700 vers répartis sur 5 tablettes. Cet article se base en grande partie sur la traduction  de Jean Bottéro et de Samuel Kramer que l’on retrouve dans un livre de référence que je conseille très vivement : « Lorsque les dieux faisaient l’homme ». J’ai décidé de vous transmettre ici un résumé de cette histoire agrémentée de commentaires. Le poème d’Erra est déroutant pour beaucoup d’aspects, et mérite qu’on s’y attarde…

Comme son nom l’indique, ce poème se concentre sur le dieu Erra, un dieu guerrier. Il vante ses exploits guerriers et ses relations destructrices à l’encontre de l’humanité et des dieux. Au début du récit, le dieu du ciel An arrête les destins de 7 dieux qu’on nomme « les Sept ». Si le tapage des habitants du monde lui semble pénible, An invite Erra à les utiliser dans son armée pour massacrer les hommes et les animaux. Nous retrouvons ici une raison apparentée à celle qui a provoqué le Déluge. Les Sept tentent de faire sortir Erra de son lit, qui préfère rester allongé à faire l’amour avec sa femme Mammi. Ils l’incitent à la haine, à la gloire et au respect que la guerre peut accorder. Ils font remarquer que le surplus d’animaux est néfaste pour la terre arable. Les bergers l’implorent pour le bétail qui est abattu par des lions et des loups. Après avoir entendu la requête des Sept, Erra décide de partir en guerre.

Išum, son capitaine, tente de le raisonner afin de l’empêcher de faire du mal contre les dieux, de saccager le pays et d’anéantir les populations. Erra invoque le fait que les hommes le méprisent, alors que tous les dieux redoutent sa bellicosité. Comme les ordres de Marduk (le roi des dieux) ne sont pas respectés, Erra se rend en l’Esagil (le palais de l’univers) pour enflammer la colère de Marduk et l’éloigner de sa résidence. Son argumentation s’oriente autour de « sa précieuse image » qui a sa surface encrassée la privant ainsi de son éclat.

Marduk refuse de quitter sa demeure pour plusieurs raisons :

- pour l’avoir déjà fait auparavant, il a provoqué le Déluge occasionnant ainsi une baisse de la production, de la croissance des êtres vivants. Il a dû se charger en personne du réensemencement des êtres vivants et de la reconstruction de son temple pour s’y réinstaller.
- s’il quitte sa demeure, les Anunnaki vont monter des enfers abattre les vivants et qui les repoussera avant que Marduk puisse reprendre ses armes
- à la suite du déluge, sa précieuse image avait son aspect terni. Il est difficile de retrouver les techniciens survivants du Déluge qui ont contribué à la redorer. De plus, les matériaux tels que le bois, l’ambre-jaune, le saphir, les gemmes nécessaires à l’opération sont difficilement disponibles. Finalement Erra parvient à convaincre Marduk. Il lui garantit une bonne gouvernance en son absence et termine son discours par des propos délectables aux oreilles de Marduk : « Et même, dans ce temple, quand tu le réintégreras, Prince Marduk, à gauche et à droite de ta porte, je ferai se tenir accroupir, comme des bœufs, Anu et Enlil ». Cette phrase à elle seule confirme qu’Erra et Marduk sont alliés et opposés à ces 2 divinités.

Une fois accepté la demande d’Erra, Marduk se dirige vers la demeure des Anunnaki. Les mauvais-vents se lèvent et le ciel s’obscurcit causant ainsi la fuite des Igigi au ciel et celle des Annunaki au fond de l’enfer. Nous sommes face probablement à un chaos provoqué par Marduk qui a quitté sa demeure. Les lignes qui suivent sont malheureusement perdues et concernent la restauration de la précieuse-image de Marduk. Dans la suite du récit non détériorée, Erra se décide à partir en campagne afin de ruiner le pays, et tous ses habitants jusqu’au dernier. Il déclare notamment :

- déclencher des hostilités d’une cité à l’autre
- faire dévaler les bêtes de la montagne pour qu’elles saccagent les rues
- introduire un porte-malheur dans le temple des dieux
- pervertir le discours des hommes engendrant ainsi des blasphèmes,
- chasser les travailleurs des campagnes…
En résumé, il décide d’introduire le chaos généralisé dans le pays.

A la vue du sang versé, Enlil a quitté sa résidence sans vouloir y rentrer. Il a juré de ne plus jamais réintégrer l’Ékur (Son temple sacré à Nippur) par dégoût du sang versé. Išum, tente de comprendre pourquoi Erra agit contre les dieux et les hommes. Erra lui rétorque en le rabaissant que le roi des dieux a délaissé son siège et sa couronne, relâchant ainsi la ceinture des dieux et des hommes. Išum semble flatter Erra en rappelant sa suprématie sur la terre, en précisant qui dispose de Šuanna (Babylone) et qu’il commande en l’Esagil. An l’écoute et même Enlil l’obéït. Il précise qu’il a modifié ses apparences divines pour introduire Babylone. Il a provoqué le trouble chez les Babyloniens qui ont commencé à se rebeller et à incendier les édifices sacrés, tandis que l’Imgur-Enlil criait pitié. Ceci était destiné à pousser le capitaine de son armée Išum au pire. En effet, Erra suite à cette ruse, déclare dès lors que les habitants de Babylone ne respectaient aucun dieu. Le texte précise que sous la protection sacrée d’Anu et de Dagan, il a fait tirer les armes en n’épargnant personne. Marduk s’est alors a juré de ne plus jamais réintégrer l’Ésagil par dégoût du sang versé (alors qu’il s’agit plus haut de l’Ékur pour Enlil).

Erra continue ses destructions. Il détruit le rempart de Sippar la ville de Šamaš. Il a mis à la tête d’Uruk, un gouverneur qui a changé les coutumes et supprimé les rites contre le gré d’Ištar. Celle-ci a alors suscité un ennemi à la ville : les Sutéens. Par l’intermédiaire d’Erra, de très nombreuses villes vont s’entredéchirent et Erra souhaite qu’Akkad se relève et les abatte tous. Il termine sa folie meurtrière en présence des Sept en détruisant la montagne de Ḫîḫi. De retour à son siège, les dieux se tiennent respectueusement devant lui. Erra reconnaît s’être irrité et son capitaine a atténué sa colère. Išum souhaite que la population d’Akkad dispersée redevienne nombreuse et terrasse les Sutéens par l’intermédiaire d’Erra et des Sept. Il veut finalement un retour de l’abondance et un renouveau plus sain. Nous apprenons à la fin du récit que c’est le fils de Dâbibu appelé Kati-ilâni-Marduk qui a reçu cette révélation par Išum. Erra à l’écoute de ce récit qui lui était délectable met en garde tout ceux qui n’exalterait pas à l’avenir sa gloire…

Pour compléter ce résumé, nous pouvons donner des renseignements complémentaires sur les 2 divinités principales de cette épopée, qui sont Erra et Marduk. Tout d’abord concentrons-nous sur Marduk dont les qualificatifs de ce texte sont « prince » ou « roi des dieux ». Suivant l’époque, l’appellation Marduk ne désignait pas toujours la même divinité. Dans un premier temps, ce nom est celui d’Enlil bien qu’on ne connaisse pas son origine. Au travers de très nombreux textes (notamment de nombreuses hymnes mésopotamiennes), nous constatons que Marduk et Enlil ont la même famille : Sa première femme est Ninhursag et sa seconde femme est Ninlil. Leur premier fils et Ninurta, un dieu guerrier par excellence. Par la suite Marduk, est appelé Bêl (signifiant seigneur). Ensuite il semble avoir été absorbé par une divinité originaire de la région d’Eridu, dont le nom est Asarluhi (BLACK J.A. et al., 2006). Une hymne dédiée à ce dieu nous apprend qu’il est le fils d’Ea et on le nomme également Marduk. Il est sage comme son père, doué d’entendement, le déluge puissant, d’un beau physique, le plus qualifié des métallurgistes, conseiller, juge, le grand ministre de l’Eridug, le superviseur de la purification des prêtres de l’E-Abzu ; lorsqu’An a divisé les pouvoirs du ciel et de la terre, les incantations sont du ressort d’Asarluhi (BLACK J.A. et al. « A hymn to Asarluhi»).

Le poème d’Erra semble faire la distinction entre Marduk et Enlil. La phrase la plus explicite (que j’ai déjà citée plus haut) est la suivante : « Et même, dans ce temple, quand tu le réintégreras, Prince Marduk, à gauche et à droite de ta porte, je ferai se tenir accroupir, comme des bœufs, Anu et Enlil ». On doute fort pour Marduk que sa propre statue soit mise à ses pieds comme un bœuf. Le texte reste relativement vague sur les relations entre Marduk et Erra. Contrairement à plusieurs auteurs, je ne suis pas certain de voir une hostilité directe entre ces 2 divinités. Plusieurs passages pourraient nous donner plus de renseignements à ce sujet, mais ils sont malheureusement perdus ou abîmés. Dans le texte en IV : 1, nous en avons malgré un tout un bref aperçu :  Isûm dit à Erra : « Même du Prince Marduk, Erra-le-preux, tu n’as point respecté la gloire ». L’hypothèse qui pourrait expliquer la confusion entre ces 2 divinités serait le transfert du titre d’Enlil vers Asarluhi pour des raisons qui restent à élucider.

L’épopée d’Erra peut évoquer un phénomène céleste dans le départ de Marduk et le réveil de sa colère. Celà peut se voir lorsqu’on dit que « pour avoir déjà quitté sa demeure, Marduk a provoqué le déluge, et la position des étoiles a changé sans qu’elles puissent reprendre leurs places ». Lorsqu’Erra parvient à convaincre Marduk de quitter sa demeure, les mauvais-vents se lèvent, le soleil s’obsurcit, les Igigi fuient au ciel et les Annunaki se réfugient au fond de l’Absû (Cette dernière conséquence étant inversée selon les prédictions faites par Marduk plus tôt dans le récit). La suite du texte, pouvant nous renseigner sur le phénomène, est malencontreusement également perdue. Nous sommes en tout cas probablement face à un phénomène apparenté au Déluge. D’autant plus que Marduk dans le récit précise que, pour avoir fui sa résidence, il a provoqué le déluge. Celà risque de se reproduire s’il la quitte à nouveau. Je renvois à l’article « les origines du Déluge » et l’article « le lion, un symbole pour Vénus » pour plus d’informations à ce sujet.

L’autre grande divinité du poème Erra est un dieu guerrier redoutable, qui souhaite être craint tant par les dieux que par les hommes. Nous voyons dans ce texte, le roi des dieux An intervenir. Il autorise la destruction des hommes, s’ils deviennent trop nombreux. Bien que le poème donne Erra pour principal responsable des destructions généralisées, nous pouvons considérer An comme celui qui tire les ficelles. Il donne à Erra Sept guerriers qui l’inciteront à partir en guerre bien que cela ne soit pas ses occupations principales dans le début du récit. Ce changement d’attitude est identique pour le dieu Nahusha du mythe Hindou (voir l’article « le mythe de Nahusha ») dont des pouvoirs très puissants lui sont offerts par Brahmâ (analogue à An ?). Les ŗshis hindous l’inciteront à devenir le nouvel Indra, bien que ses préoccupations premières soient plutôt la chasse, les dés et les femmes.

Le mythe de Nahusha débute par l’absence de souverain. Indra, le souverain des dieux, se cache, car il est responsable de la mort du dieu Vŗtra (sans doute Enki/Osiris). Dans le poème d’Erra, ceci est suggéré par Erra, lorsqu’il semble remettre en cause le règne de Marduk. En effet selon lui, les hommes n’en font qu’à leur tête en dépit des ordres de Marduk ; il se rendra dans la demeure de cette divinité et convaincra de lui laisser le trône en son absence. Une fois au pouvoir, tout comme Nahusha, il a soif de reconnaissance. Il détruit tout et il massacre tout le monde (tant les mauvais que les justes). Le mythe de Nahusha semble compléter le poème d’Erra qui se termine par une glorification à l’extrême d’Erra, même s’il reconnaît s’être emporté. Le geste de Nahusha envers Agastya le Sage est considéré comme un blasphème par Bhŗgu et Nahusha est condamné à ramper sur terre comme un serpent pendant 10000 années. Indra peut regagner sa place de souverrain du ciel et de la terre mais à une condition : il doit vénérer Vishnou (un autre nom pour Enki/Osiris)…

Sources bibliographiques

- BLACK J.A., BLACK J., GREEN A., & RICKARDS T., 1992. Gods, Demons and Symbols of Ancient Mesopotamia : An Illustrated Dictionary. University of Texas Press. 192 p.

- BLACK J.A., CUNNINGHAM G., FLUCKIGER-HAWKER E., ROBSON E. and ZÓLYOMI G., 1998. A hymn to Asarluhi. The Electronic Text Corpus of Sumerian Literature. http://translate.google.be/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=http://www-etcsl.orient.ox.ac.uk/section4/tr4011.htm, Oxford. Consulté le 18/04/2011.

- BODI D., 1991. The Book of Ezekiel and the Poem of Erra. Vandenhoeck & Ruprecht GmbH & Co KG. 324 p.

- BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993. Lorsque les dieux faisaient l’homme. Editions Gallimard. 755 p.

L’enchaînement de Prométhée

Localisation des homologues de Prométhée en Géorgie et dans les régions avoisinantes. Source de la carte : googlemaps.

L’histoire de Prométhée et de son enchaînement est l’objet de cet article. Pour avoir rencontré plusieurs mythes y ressemblant par certains aspects, j’ai décidé de davantage m’y intéresser. Une poignée d’historiens et théologiens ont étudié (dont Georges Charachidzé) les nombreux personnages mythologiques de la région du Caucase qui ont subi le même châtiment que Prométhée. Il existe plus de 200 versions de cette région nous relatant l’enchaînement comme point de repère. La ténacité avec laquelle cet enchaînement est raconté sous de multiples formes nous laisse suggérer qu’il s’agit d’une croyance d’une grande importance. Je dresse un récapitulatif non exhaustif des différentes versions de Prométhée découvertes aux alentours du Caucase (principalement en Géorgie) et mises en évidence par Georges Charachidzé :

Prométhée : version grecque
Pako : version kabarde
Pak°’e : version bjedougue : tcherkesse occidentale
Nesren : version tcherkesse
Givargi : version païenne (forme christianisée Saint-Georges)
Amirani : version géorgienne (de très nombreuses variantes)
Abrskil : version abkhaze
Artawazd : version arménienne
Betken : version svane
Betkil : version svane
Cola : version svane
Aram-Xut’u : version mingrélo-abkhaze
Badur : version géorgienne orientale
Ivane  de Kvarcixe : version géorgienne orientale
Iagora : version géorgienne
Dzhardzhi : version géorgienne

Prométhée est le créateur des hommes grec. Zeus, décide de priver les hommes du feu, pour avoir été dupé par Prométhée pour ne pas avoir reçu la partie noble d’un sacrifice. Prométhée pénètre en Olympe et dérobe le feu dans la forge d’Héphaïstos et le transmet aux hommes. En conséquence de cet acte, il va être enchaîné au sommet du mont Caucase où un aigle viendra chaque jour lui manger le foie. Il sera délivré par Héraklès. L’histoire de Prométhée est connue grâce à un nombre limité de textes : quelques dizaines de vers dans la Théogonie et les Travaux d’Hésiode. Il y a également la tragédie d’Eschyle « Prométhée enchaîné ». Il faut également considérer les très nombreuses représentations du supplice.

Il faut voir l’enchaînement de Prométhée et de ses homologues comme hautement symbolique. Pour chaque version, le héro est lié sur une montagne dont la localisation est dépendante de l’origine du récit (le mont Elbrouz, le mont Kazbek, le mont Ararat, le mont Masis). En conséquence d’un désaccord avec Dieu (celui-ci est tantôt masculin, tantôt féminin et son nom diffère selon les versions), le héro est enchaîné. L’origine du supplice provoqué par Dieu n’est pas le même selon les versions. Prométhée cherche à tromper l’esprit de Dieu, alors qu’Amirani cherche à entrer en lutte avec le dieu suprême. Pour les traditions abkhazes et arméniennes, la royauté sur terre est un véritable enjeu et c’est encore plus ferme pour les Tcherkesses.

Notre protagoniste va être enchaîné à un pieu de fer, un rocher, un arbre selon les versions. Certaines traditions concernant Amirani expliquent qu’il est directement attaché au rocher. C’est également le cas pour les légendes tcherkesses et arméniennes. Amirani peut être également lié à une colonne (un pieu) qui prend appui au centre de la terre et qui rejoint le ciel. D’autres versions (abkhazes et svanes) racontent que le prisonnier est attaché au végétal. Nous pouvons considérer que cette colonne ou cet arbre qui unit le ciel et la terre est synonyme de stabilité sur terre. Les Géorgiens expliquent les tremblements de terre par les secousses que le héro provoque en secouant le pieu. Avant qu’il soit enfermé, certaines versions mettent en évidence le caractère destructeur du Prométhée géorgien (voir le passage ci-dessous concernant Pako). En Arménie, l’analogue prénommé Artawazd (version du VIIème siècle) s’indigne de régner sur un champ de ruines à la mort de son père. Il sera enfermé dans une grotte au sommet du mont Masis. Il ne cessera de tenter de se libérer pour provoquer la destruction du monde.

Pako détestait les Nartes depuis longtemps,
Il imposa sur les Nartes le poids de la malédiction,
Et le temps de la tribulation vint pour les hommes.
Pako envoie ses rigueurs contre leur pays,
Il ploie les chênes comme des roseaux, il abat les maisons,
Il élève les vagues de la mer plus haut que le ciel,
Il prive tout le monde de froment, d’avoine, d’orge,
Il noie la terre sous des pluies incessantes,
Et sèche, par un vent torride, les champs des Nartes.
(CHARACHIDZE G., 1986).

Le supplice est d’autant plus douloureux qu’il s’accompagnera dans le mythe grec d’un aigle dévorant quotidiennement le foie de Prométhée. Pour Amirani, la présence du volatile est située exactement là où on l’attend : entre son emprisonnement et sa libération (CHARACHIDZE G., 1986). Mais sa nature est tout à fait différente de l’aigle. Il s’agit en effet de son chien ailé Q’ursha (chiot d’un aigle) qui est à l’opposé un protecteur. Celui-ci réduit ses chaînes en les léchant mais des forgerons empêcheront sa libération en reformant ses chaînes. Dans la légende techerkesse, le volatile le torture différemment : dès que le prisonnier veut s’abreuver, l’aigle boit à sa place. Au regard de ces fonctions opposées entre le volatile persécuteur et le volatile protecteur, il est difficile d’expliquer la symbolique de cet animal dans le mythe…

Dieu va également enfouir notre intéressé sous terre, sous une montagne, dans une grotte, au fond de l’abîme. Dans plusieurs traditions géorgiennes (Iagora, Badur, Dzhardzhi), un chasseur est pendu par la courroie de son mocassin à un rocher ou à un arbuste sauvage et il finira par plonger dans l’abîme. Dieu empêchera Amirani de voir la terre, le ciel et la lumière. Notre Prométhée géorgien est enfoui sous terre dans un lieu qui pourrait s’approcher du Shéol biblique qui est situé dans les profondeurs de l’abîme. Ashtar le dieu phénicien est précipité du ciel par 2 serviteurs du taureau Él. Ne faut-il pas voir ces 2 serviteurs comme Kratos et Bios (dans l’œuvre d’Eschyle), les anges de mains de dieu, qui vont amener Prométhée vers le lieu de son enchaînement ? Il est fort tentant de relier cette grotte, cet abîme du mythe aux enfers des nombreuses mythologies du monde.

Dieu continue son supplice en faisant remonter le prisonnier brièvement à la surface. Un chasseur (parfois un berger) égaré retrouve le héro enchaîné sur la montagne. Celui-ci lui demande de l’aider en lui rapportant son épée qu’il n’arrive pas à atteindre. Comme celle-ci est trop lourde, le chasseur doit aller chercher chez lui un moyen de traction (chaîne du foyer ou courroie d’une charrue). Il perd du temps avec sa femme qui ne comprend pas son acte. De retour en montagne, le prisonnier a disparu : la montagne ou la crevasse s’est refermée. De très nombreuses versions nous racontent qu’il remonte temporairement à la surface et que sa non-libération est garante d’un équilibre sur terre.

Le Prométhée géorgien se voit présenter des caractéristiques, qui à mon sens, le rapprochent de Dionysos. En effet, Amirani ou Abrskil sont nés d’une vierge. Dès sa naissance il va être arraché de sa mère et continuera sa gestation dans un taureau (pour Dionysos sa gestation continue dans la cuisse de Zeus). Amirani meurt et ressuscite tout comme Dionysos. Celui-ci va transmettre des connaissances à Icarios qui lui seront fatales : il va être massacré sous les yeux de sa chienne Maéra et enterré sous un pin. Le chien compagnon d’Amirani est un parfait analogue. Les attributs principaux de Dionysos sont le lierre ou la vigne. Dans les versions concernant Amirani, on ne parle jamais de végétaux nécessitant un support, néanmoins dans les versions mingrélo-abkhaze, Aram-Xut’u ne supportait pas la vigne attachée, ni les ronciers et il les arrachait sur son passage. Ceci peut se comprendre lorsqu’on considère l’enroulement de ces vignes ou ronces comme des symboles de son enchaînement. Une version concernant Amirani raconte que Dieu lui demande (pour qu’il lui prouve sa force) d’enrouler l’hêtre comme un lacet. Celui-ci se transforme dès lors une chaîne fixée au fond de la terre. La symbolique de l’arbre de Dionysos est la même que pour celle de Prométhée et de ses homologues.

Les très nombreuses versions de Prométhée découvertes en Géorgie et dans les régions avoisinantes mettent en évidence l’importance de son enchaînement. Georges Charachidzé évoque un échange envisageable entre cette région du monde avec la Grèce. Il fut probablement de même avec d’autres régions du monde et notamment l’Anatolie d’où les analogies qu’il comporte avec Dionysos. Nous sommes toujours face à un rappel d’une mort, d’un supplice. L’enchaînement de Prométhée cache probablement un évènement plus important et destructeur, ces liens pouvant préfigurer le calme que la terre aurait retrouvé avant le dernier passage d’un astre destructeur. Cet astre a retrouvé une configuration stable lorsque le lien entre la terre et le ciel s’est reformé…

Sources bibliographiques

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

- CHARACHIDZE G., 1986. Prométhée ou le Caucase. Essai de mythologie contrastive. Flammarion. 344 p.

- DESAUTELS J., 1988. La souveraineté de Zeus dans le Prométhée enchaîné d’Eschyle. Dieux et mythes de la Grèce ancienne : la mythologie gréco-romaine. Social Sciences. pp.158-161.

- FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

- LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain, Belgique.

- SMITH P., 1988. CHARACHIDZE G., Prométhée ou le Caucase. L’homme. Volume 28, numéro 106-107. pp. 319-324.

- SOCIETE DES ETUDES EURO-ASIATIQUES, 2003. Forge et le forgeron II. Le merveilleux métallurgique. L’Harmattan. 204 p.

- SERGENT B., 1988. Georges Charachidzé, Prométhée ou le Caucase. Annales, Economies, sociétés, civilisations. Volume 43, numéro 1. pp. 185-189.

Les origines du déluge

Le déluge a fait couler beaucoup d’encre, un bateau et un rescapé ont trouvé écho dans quasi toutes les mythologies du monde. L’un des récits le plus connus est celui de la Genèse, pourtant les très nombreuses versions étudiées dans cet article (pour certaines beaucoup plus anciennes) nous permettent de reconsidérer sous divers angles son récit moralisateur et de redécouvrir les véritables causes du déluge.

En Genèse 6:5-9, Yahvé envoie le déluge car les hommes sont mauvais de nature et il regrette de les avoir créés :

« Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à la longueur de journée. Yahvé se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur. Et Yahvé dit : «  je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés – depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel -, car je me repens de les avoir faits ». (Bible de Jérusalem).

On se rend compte très vite en étudiant les variantes des autres mythologies, que Yavhé est un terme qui regroupent plusieurs divinités. Dans la 11ème tablette de l’épopée de Gilgameš découverte à Ninive en Irak, Uta-napištî lui dévoile le récit du déluge. On apprend qu’un groupe de dieux ont décidé de lancer le déluge :

« Je vais te confier un secret des dieux !
Tu connais la ville de Šuruppak,
Sise [sur le bord] de l’Euphrate,
Vieille cité, et que les dieux hantaient.
C’est là que prit aux grands-dieux l’envie de provoquer le Déluge :
[Les instiga]teurs en étaient Anu, leur père ;
Enlil-le-preux, leur souverain ;
Leur préfet, Ninurta, et Ennugi, leur contremaître. »
(11ème tablette de l’épopée de Gilgameš, traduction de BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993).

D’autres textes découverts toujours dans la Bibliothèque de Ninive nous confirment ce fait. En comparant 3 copies réalisées par des scribes assyriens sur ordre du roi d’Assyrie Assurbanibal (datant du VIIème siècle avant notre ère), on a pu recomposer un poème original dont le héro principal est ‘Hasisadra, un analogue à Noé, qui a obtenu l’immortalité des dieux. Il s’adresse à Izdhubar (Gilgameš) :

« Je veux te révéler, ô Izdhubar, l’histoire de ma conversation et te dire la décision des dieux.
La ville de  Šurippak, une ville que tu connais,
Est située sur l’Euphrate ;
Elle était antique et en elle [on n’honorait] pas les dieux.
[moi seul, j’étais] leur serviteur, aux grands dieux.
[les dieux tinrent conseil sur l’appel d’]Anou.
[Un déluge fut proposé par [Bel]
[et approuvé par Nabou, Nergal et] Ninih. »
(« Le déluge de‘Hasisadra », traduction provenant de LENORMANT F., 2001)

Cette version nous confirme très clairement qu’Anou (An le dieu mésopotamien du ciel) est le dirigeant d’un conseil. Le dieu qui a lancé l’idée est Bel, soit Enlil, le dieu des vents. Le conseil a délibéré et la décision est irrévocable malgré que le fait que le dieu Ea (dieu créateur mésopotamien) ne soit pas d’accord. Ceci est confirmé par un texte sumérien traduit pour la première fois en 1914 par Arno Poebel, dont le héro du récit est Ziusudra (nom qui signifie une fois décomposé : ZI-U-SUD-RÁ = vie de jours prolongés). Selon les listes royales sumériennes, celui-ci régna sur la cité de Šurippak citée plus haut.

«  Le Déluge [va anéantir] les agglomérations et recouvrir leur capitale,
Pour détruire la race humaine : [Ainsi en a-t-il été décidé],
Décision ratifiée par l’assemblée et irrévocable !
Ordre porté par Anu et Enlil, et [inaltérable] :
Le Royaume des Hommes [sera détruit] »
(« Le déluge de Ziusudra », traduction provenant de LENORMANT F., 2001)

Ce Ziusudra se retrouve dans une version attribuée à Bérose, un scribe chaldéen (terme qui qualifie la région située entre les cours inférieurs de l’Euphrate et du Tigre où se sont formés Sumer et Akkad). Son nom est très proche de l’original : Xisouthros. Bérose a réalisé ce récit en se basant sur des livres sacrés de Babylone. L’œuvre est perdue mais on a retrouvé 2 résumés anciens attribués à Alexandre Polyhistor (un grammairien du 1er siècle av. JC ) et à Abydène, (un écrivain de la fin du 1er siècle après JC). Cette version comprend un passage novateur : Cronos (analogue grec d’Enki/Ea) annonce en rêve le déluge à Xisouthros et lui demande d’enfouir les écrits disponibles dans la ville du soleil de Sippara. Cette version reprend des passages biens connus du déluge tels que notamment la construction du navire, le lâcher d’oiseaux, le sacrifice réalisé sur la montagne où fait escale le navire (dans cette version ils arrivent en Arménie). Les compagnons de Xisouthros qui ont survécu vont déterrer les écrits, vont fonder de nombreuses villes, bâtir des temples et reconstituer Babylone.

Toujours dans la période qui précède le déluge, divers textes nous renseignent sur les catastrophes précédant le déluge. Dans le Poème akkadien d’Atras-Hasis, un des textes les plus anciens du déluge, on apprend qu’Enlil a décidé de mettre fin à l’humanité car elle était trop bruyante. Dans les premiers temps, Enlil envoie d’abord plusieurs fléaux tels que des épidémies et une grande sécheresse mais Enki est toujours présent pour aider l’humanité. Il s’en suivra le déluge provoqué par Ninurta le fils d’Enlil qui va laisser déborder les barrages célestes et Nergal (assimilé à Osiris/Horus vengeur) qui va arracher les étais des vannes d’en haut. Le déluge des Celtes se retrouve dans un texte qui s’appelle les Triades (poésie bardiques des Cymris du pays de Galles). On compte 3 catastrophes terribles de l’île de Prydain ou de Bretagne. Une correspond à la dévastation par le feu, l’autre une grande sécheresse et la dernière une grande inondation. Seul Dwyfan et Dwyfach vont survivre grâce à un vaisseau sans agrès et vont repeupler l’île de Prydain. Divers textes de par le monde nous signalent également des de tremblements de terre et d’une obscurité généralisée à toute la terre. On peut citer à titre d’exemple le livre ses secrets de Jean un des écrits de Nag Hammadi (NH II, 1 ; IV, 1) ou le livre de Popol-vuch qui est un recueil de traditions mythologiques des indigènes du Guatemala. Dans ce livre on raconte que la terre est secouée d’un terrible tremblement de terre. Le dieu de l’orage Hourakan fait pleuvoir sur la terre une résine enflammée. On peut considérer qu’il s’agit de chutes de météorites et des effets du passage à proximité de la terre d’un astre bruyant :

«  Les eaux, soulevées par le Cœur du Ciel Houracan, bouillonnèrent et un grand déluge s’étendit à tout le créé… De la résine enflammée tombait du ciel, la face de la terre devint noire, une pluie noire tombait jour et nuit ; et il y avait dans le ciel comme le bruit d’un feu tumultueux. Les gens couraient, s’écrasaient, grimpaient sur le toit des maisons, mais celles-ci s’écroulaient sous eux ; ils grimpaient aux arbres, mais ceux-ci les secouaient ; ils se cachaient dans les cavernes, mais celles-ci les écrasaient. L’eau et le feu détruisaient tout ».
(Traduction provenant de MEREJKOVSKI D., 1995)

« Dès l’aurore, il chut des petits-pains, et des averses de grains-de-froment au crépuscule ».
(11ème tablette de l’épopée de Gilgameš, traduction de BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993).

Quelques textes sont assez précis quand à la succession des destructions qui ont abouti au déluge universel. Citons le codex Vaticanus (un codex maya) qui est conservé à la bibliothèque du Vatican. Ce document distingue 4 grands évènements :

1) Tlatonatiuh (« soleil de terre ») : ce sont les géants ou les Quinamés les premiers habitants de l’Anahuac qui meurent de famine.
2) Tlétonatiuh (« soleil de feu ») : période qui correspond à la descente du dieu Xiuhteuctli. En aztèque Xiuhitl signifie météore. Ce dieu du feu, parfois représenté avec un oiseau turquoise au-dessus de sa tête et associé aux météores. Les hommes vont échapper au feu destructeur en se transformant en oiseaux. Un couple d’humains trouvent asile dans une caverne et repeuplent l’univers après cette destruction.
3) Ehécatonatiuh (« soleil de vent ») : un ouragan terrible provoqué par le dieu Quetzalcohuatl. Les hommes pour la plupart vont être transformés en singes au milieu de cet ouragan.
4) Atonatiuh (« soleil d’eau ») : Il se termine par une inondation, un déluge universel. Tous les hommes vont être transformés en poisson sauf un couple qui sont sauvés dans un bateau construit dans du cyprès. Sur le Codex on représente les 2 humains préservés du déluge Coxcox et Xochiquetzal. Ils sont assis sur un tronc et ils flottent au milieu de l’eau.

Revenons sur le récit du déluge concernant Ziusudra et attachons-nous à la figure du dieu Enki/Ea : dans ce récit, Enki et Nintu sont obligés d’accepter par un serment la décision de provoquer le Déluge, étant donné qu’ils font partie du conseil. Les textes de Ras Shamra (ancienne cité d’Ugarit) nous on livré également un récit intéressant du déluge, bien qu’il soit fragmentaire. Il nous précise la nature du serment fait par Ea : il est dit qu’ « il s’était engagé à ne rien dire à âme qui vive ». Cette raison peut expliquer dans une certaine mesure pourquoi Enki/Ea/Cronos prévient le Noé du déluge dans un songe. Il prévient en rêve Ziusudra/‘Hasisadra ou Uta-napištî de l’éminence du déluge afin qu’il construise un bateau lui permettant de survivre lui, sa famille, d’autres êtres humains, des animaux et des plantes variées. Ce rôle de poisson, nous le retrouvons notamment dans le Catapata Brâhmana (I, VIII, 1), un texte sacré de l’hindouisme qui évoque également le déluge. Ce texte a été traduit pour la première fois par M. Max Müller. Il nous relate la rencontre de Manu avec un poisson qui lui demande de le protéger en échange d’être sauvé du déluge. Ce poisson qui grandit de jour en jour est placé successivement du vase, à un grand bassin et finalement dans l’océan. Dans l’année même où il aura atteint sa taille maximale, le déluge surviendra. Il demande à Manu de construire un vaisseau et de l’adorer. Une fois le déluge initié, le poisson tire le vaisseau avec ses cornes, permettant ainsi à Manu de passer par-dessus la « montagne du Nord ».

Ce poisson évoque très clairement le serpent aquatique Vritra (voir les Veda) qui fut vaincu par Indra (Enlil/Zeus) et ses compagnons appelés les Marut (au nombre de 49). Vritra tout comme Osiris (Ea/Enki) renaîtra en un serpent céleste. On qualifie Vritra de serpent du ciel, de nuage orageux qui s’allonge en rampant dans les airs. Indra frappe Vritra de son foudre et en le déchirant il donne libre cours aux eaux qui étaient enfermées dans ses flancs. La taille du serpent des airs est déterminante : l’astre orageux et perturbateur s’est rapproché de la terre et une fois suffisamment proche de celle-ci il émerge de l’océan (une image pour expliquer la montée d’un astre dans le ciel à partir de l’horizon) provoquant ainsi un raz-de-marée gigantesque.

Dans l’Edda, un recueil poétique de la mythologie nordique, on retrouve également cette symbolique dans la figure du serpent Jormungand. Le Ragnarök, la grande bataille des dieux nordiques, est annoncé par 3 années de guerre suivies d’un hiver très rude de 3 ans. Il s’en suit un terrible tremblement de terre qui brisera tous les liens. Le loup Fenrir est alors délivré de ses chaînes. Jormungand est le serpent qui provoquera le raz-de-marée sur terre et qui détruira tout. Ce serpent fut jeté dans l’océan lorsqu’il était petit. Après ce déluge, le couple Lif et Lifthrasir donnera naissance à la nouvelle lignée humaine qui repeuplera le monde. Jormungand est un serpent qui enserre Midgard de ses terribles anneaux. Ce reptile croit sans cesse (tout comme le loup Fenrir) et il devient si grand qu’il finit par se mordre la queue et entourer la terre de ses anneaux. Ce serpent vit au fond de la mer. Jormungand grandit aussi vite que son frère Fenrir. Ce dernier est un loup géant. Un des ses fils est un astre destructeur qui détruira l’humanité, comme le démontre très clairement le texte ci-dessous :

(Völuspá 40-41)
« A l’est habite la vieille
Dans la forêt du fer,
Et là elle met au monde
Les enfants de Fenrir.
Parmi eux tous,
L’un deviendra,
Sous la forme d’un monstre,
De l’astre le destructeur.
Il se rassasiera du sang.
Des hommes à la mort voués.
Il rougira de sang pourpre
La demeure des dieux.
Noirs deviendront les rayons du soleil
Tout au long des étés suivants,
Et terribles seront les tempêtes.
En savez-vous davantage, vraiment ? »

(Source : DILLMANN F-X., 1991)

Citons encore le mythe de Labbu (provenant encore d’une autre tablette de la Bibliothèque d’Assurbanipal à Ninive), un monstre aquatique à la fois un serpent et lion qui est chargé de détruire l’humanité sous l’ordre d’Enlil. Ce monstre est tué par Tišpak qui est chargé de sauver la terre et destiné à reprendre les rennes du pouvoir. La queue de Labbu balaye le tiers des étoiles. Ce mythe nous permet de conclure que 2 entités ne font qu’une seule. Il s’agit en fait des 2 visages d’une même entité destructrice : le loup/lion et le poisson/serpent qui provoqueront 2 destructions de nature différentes. Ces 2 entités ne font qu’une seule. Elles donneront naissance à 2 forces destructrices : le loup qui a brisé ses chaînes et qui a libéré sa colère et le serpent qui a atteint sa taille maximale et qui provoque le déluge.

Le faucon et le phénix sont également les 2 symboles d’un dieu colérique égyptien : Horus. Sous ses 2 aspects il est l’étoile du matin et l’étoile du soir. L’âme d’Osiris voyage à travers l’univers il renaît sous les traits d’Horus le faucon qui apporte la chaleur d’un 2ème soleil. Lorsqu’il retourne vers sa demeure, il est le phénix qui annonce le retour de la pluie. Le premier passage perturbateur aurait provoqué le déluge universel qui aurait détruit l’Atlantide. Une partie des rescapés se seraient réfugiés en Egypte comme le laisse penser le livre des morts égyptiens. Au chapitre 17, Nephtys participe au rapatriement des rescapés du déluge vers l’Egypte :

(ligne 43-48)

« Les générations cadettes sauvées pour repeupler une multitude dans le ‘Lieu du dessus-des-Eaux’ par Dieu à cet effet, les faisant arriver en deux populations meurtries et épuisées sur les terres promises que Dieu avait sauvé de l’eau dans sa Bienveillance à leur intention. Louées soient-elles, ces générations, en leur nom de ‘Survivants du Déluge!’, ainsi qu’en leur deuxième nom de ‘fils de la Triade du Couchant’ qui parviennent en la demeure de l’Alliance ». (Traduction d’Albert Slosman en 1979)

Le serpent destructeur est connu notamment sous le nom de Marduk. Ce dieu est invoqué notamment dans le célèbre poème de l’Enûma Eliŝ, l’Epopée babylonienne de la Création découverte à Ninive. Il dit que Marduk est l’enfant soleil d’Enki. C’est un dieu vengeur (tablette 3 ligne 10) tout comme Horus. Il est responsable du Déluge : il déchaîne les vents (tablette IV, ligne 96-99), qui s’engoufrent dans la bouche de Tiamat. Celle-ci éclate sous l’effet d’une flèche envoyée par Marduk. Il utilise les morceaux du corps de Tiamat pour façonner le monde. Le Poème d’Erra (un poème babylonien) complète le rôle de cette divinité dans le rôle d’un astre perturbateur. Je n’en m’en étais pas rendu compte tout de suite, mais je ce poème est une clé essentielle pour comprendre un pan entier de l’histoire des mythologies. Ce poème décrit d’une manière très précise le départ de Marduk de sa résidence ce qui a pour conséquence de provoquer le déluge. Marduk est le lien de l’univers et s’il quitte à nouveau sa résidence, l’univers se disloquera, ce qui provoquera un nouveau déluge.

« Le roi des dieux, ayant ouvert la bouche, prit la parole
Et adressa ce discours à Erra, le champion des dieux :
«Erra-le-preux, touchant l’opération que tu suggères,
Sache que déjà autrefois, pour avoir quitté ma résidence, à la suite d’une colère, j’ai provoqué le Déluge !
A peine avais-je quitté ma demeure que le lien de l’univers se défit :
Le ciel en ayant été ébranlé, des étoiles célestes la position changea sans qu’elles pussent reprendre leur place ;
L’Irkallu-infernal ayant bronché, le produit des sillons s’amenuisa, rendant désormais difficile la subsistance ;
Le lien de l’univers défait, la nappe-souterraine baissa et le niveau des eaux descendit !
A mon retour je vis comme il était malaisé de tout raccommoder !
Le croît des êtres vivants était tombé, et je ne pus le restaurer
Sans me charger, en personne, comme un paysan, de leur réensemencement !
Je fis donc reconstruire mon temple, pour m’y réinstaller.
Or, ma précieuse-image, maltraitée par le Déluge, avait son aspect terni !
Pour faire rebriller mes traits et nettoyer ma tenue, je recourus au feu.
Lorsqu’il eut achevé son travail et fait (à nouveau) resplendir ma précieuse-image,
Et que, m’étant recoiffé de ma couronne impériale, je fus revenu à ma place,
Mes traits étaient altiers, mon regard fulgurant !
Les hommes qui, échappés au Déluge, ont été les témoins de cette opération,
Te laisserai-je tirer les armes pour en anéantir la descendance ? »
(Le poème d’Erra, traduction provenant de LENORMANT F., 2001)

Marduk prévient Erra qu’autrefois pour avoir quitté sa demeure il a provoqué le déluge. Ce poème est étonnant dans le sens où il précise que le déluge peut se répéter une seconde fois.  Lorsque Marduk remplace Enlil dans l’Esagil, Erra lui promet qu’il peut à nouveau quitter sa demeure sans provoquer de déluge. Marduk le croit et des nouvelles catastrophes naturelles s’abattent sur terre. Le texte décrit les nombreuses destructions des villes de la Mésopotamie. On explique que Babylone est soumise à une révolte de la population « contre le gouverneur ». Nous retrouvons d’une manière très insistante l’arrogance et la violence d’Erra à la suite de ce bouleversement qui se considère alors comme le dieu unique et le maître du monde. Le poème d’Erra n’est pas le seul texte mythologique qui nous dévoile qu’il y a eu plusieurs grandes destructions sur terre. Le Codex mexicain Telleriano Remensis indique que la destruction du monde eu lieu 3 fois.

« Une fois tous les 4 ans, il y a un jeûne de 8 jours, en mémoire de ce que le monde a péri 3 fois. » (LENORMANT F., 2001).

A la vue des différents récits du déluge, on constate qu’ils s’orientent de manière quasi universelle sur la construction d’une embarcation chargée de sauver Noé et une partie des êtres vivants de la terre. Les causes qui sont invoquées telles que la méchanceté de l’homme, le non respect des dieux sont souvent de nature à culpabiliser l’homme. Elles ont tendance également à considérer les récits comme moralisateurs et permettent d’une certaine manière d’écarter les véritables questionnements sur l’origine céleste de cette catastrophe. Il faut probablement lier en partie un oubli de l’humanité sur les récits du déluge, étant donné la quasi destruction de l’espèce humaine. De plus comme le signale les nombreux textes, Noé fut écarté de l’humanité ce qui ne lui permis pas à la nouvelle humanité de comprendre les mécanismes célestes du déluge.

L’implication de Vénus reste encore à l’actuelle une idée nouvelle, peu considérée par les scientifiques. Les raisons traditionnelles pour expliquer le déluge évoquent notamment le volcanisme, la venue sur terre d’un astéroïde gigantesque et encore la précession des équinoxes comme explication des périodes de glaciation et de dégel. Néanmoins la théorie qui implique un changement d’orbite de Vénus et son implication dans plusieurs déluges a pour mérite de reconsidérer les mythologies qui sont encore à l’heure actuelle trop peu envisagées comme piste de recherche, au regard des informations qu’elles contiennent sur nos origines. C’est pour quoi l’étude approfondie des textes anciens combinée à la méthodologie scientifique mérite toute notre attention. Cet article n’a pour effet qu’une pierre lancée dans un vaste océan tant les sources sont nombreuses et variées. Je ne pourrais pas m’attarder ici plus longtemps, le temps me fait défaut, et il y a encore tant d’autres faits importants à éclaircir. Néanmoins il a de fortes chances pour que de nouvelles recherches m’amènent encore à compléter dans de nombreux nouveaux articles cette vision nouvelle, tant les mythes du monde tournent autour de ce cataclysme…

Sources bibliographiques

- ASTER., 2005. Le Déluge et ses récits : points de vue sémiotiques. Presses de l’Université Laval. 190 p.

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni. 320 p.

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- BAUDRY G-H., 2000. Le péché dit originel. Editions Beauchesne. 411 p.

BOMPART-PORTE M., 2009. Si je t’oublie Ô Babylone… Le meurtre de masse du néolithique au monde mésopotamien. Harmattan. 320 p.

- BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993. Lorsque les dieux faisaient l’homme. Editions Gallimard. 755 p.

- CAPART A. et D. 1986. L’homme et les déluges. Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris. Volume 3, Numéro 3-3. pp. 194-196.

- DILLMANN F-X., 1991. L’Edda, récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson. Gallimard, Paris. Pp. 41-42.

- DOMENY DE RIENZI G-L., 1836. Océanie ou 5ème partie du monde : revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie, et de la Mélanésie ; offrant les résultats des voyages et des découvertes de l’auteur et de ses devanciers, ainsi que ses nouvelles classifications et divisions de ces contrées. Volume 2. Firmin Didot, Paris. 447 p.

- DURAND-FOREST J. & SOUSTELLE J., 1995. Mille ans de civilisations mésoaméricaines : Des Mayas aux Aztèques. L’Harmattan. 268 p.

- FAIVRE D., 2007. Mythes de la genèse, genèse des mythes. L’Harmattan. 281 p.

- FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher. 989 p.

- LENORMANT F., 2001. Histoire ancienne de l’Orient jusqu’aux guerres médiques. Tome 1. BookSurge Publishing. 510 p.

- MABIRE J., 1999. La légende de la mythologie nordique. Ancre de Marine, Louviers, France. 277 p.

- MEREJKOVSKI D., 1995. Atlantide-Europe : les mystères de l’Occident. Body, Mind & Spirit. 417 p.

- NOUGAYROL J., 1960. Nouveaux textes accadiens de Ras Shamra. Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et belles-Lettres. Volume 104, Numéro 1. pp. 163-171.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre. 516 p.

Le mythe de la création d’Adam et Eve

La version la plus connue concernant la création de l’homme et de la vie d’Adam et Eve au paradis est celle de la Genèse. Pourtant un nombre considérable de textes hors Bible apportent des éclaircissements à cette histoire. En remontant aux plus vieilles traditions des mythologies, nous apprenons que les hommes ont été créés pour remplacer des dieux. L’Adam est ainsi considéré comme un animal créé au service de Dieu. L’Hypostase des Archontes (texte qui fait partie du codex de Nag Hammadi), raconte qu’on donne le nom d’Adam à l’homme car on l’avait trouvé « rampant sur la terre ». Ceci est d’autant plus vrai qu’Ádam signifie animal en sumérien. Les textes mésopotamiens sont très précis quant à l’origine de la création de l’homme. Un passage du texte mésopotamien « Enki et Ninmah » en est un très bel exemple :

« Alors Nammu, la Mère des origines, la génitrice des dieux, répéta à son fils Enki leurs lamentations : ‘Tu restes couché à dormir sans briser ton sommeil, mais les dieux, tes créatures, celles que tu as formées, te font des reproches ! Quitte ton lit, mon fils applique tes aptitudes avec entendement et fabrique des remplaçants aux dieux pour qu’ils cessent de besogner !’. Enki sort de son lit à la suite de la parole de sa mère Nammu. L’intelligent, le Sage, l’habile, le créateur fabriqua alors une Siensišár qu’il plaça à ses côtés et qu’il examina intensément. Après avoir réfléchi adroitement, Enki, le créateur de la nature, s’adressa à sa mère Nammu : ‘Mère, la créature que tu as évoquée sera prêtre au travail des dieux lorsque tu aura pétri du IM (‘l’argile’). […] Les Siensišár produiront des formes à partir de cet IM. Alors, lorsque tu souhaiteras lui modeler le Medím (‘le façonnement de la charge’ ou ‘du destin’), Ninmah t’assistera ainsi que Ninim’ma, Šuzian’na, Ninmada, Ninbara, Ninmug, Musargaba, Ninguna, [elles] seront toutes tes assistantes. Mère tu arrêteras son Medím [à la créature] et Ninmah lui ordonnera d’oeuvrer pour les dieux’ »
(Traduction provenant d’Adam genesis d’Anton Parks).

Dans un souci de comparaison et d’éclaircissement des textes abordés ici, le récit de la Genèse (création d’Adam jusqu’à l’expulsion d’Adam et Eve) est résumé ci-dessous :

La Genèse nous parle de la création de l’homme et de l’introduction de celui-ci dans le jardin d’Eden, un verger situé en amont des 4 grands fleuves suivants : le Pishôn, le Gihôn, le Tigre et l’Euphrate. Adam est placé en Eden pour le cultiver et le garder. Il peut manger les fruits de chaque arbre du verger sauf celui de l’arbre de la connaissance sous peine de mort. Dieu façonna une femme à partir d’une des côtes d’Adam pour lui venir en aide. Le serpent, l’animal le plus rusé de tout le jardin incite Eve à manger le fruit de l’arbre de la connaissance en lui expliquant qu’ils ne mourront pas et qu’ils pourront discerner le bien et le mal comme des dieux. Eve en mange avant d’en donner à son mari. Cet acte a pour conséquence qu’ils voient qu’ils sont nus. En punition Dieu maudit le serpent, la femme devra enfanter dans la douleur, l’homme est condamné à vivre dans la sueur du travail et « à retourner à la glaise ». Adam et Eve sont expulsés du jardin et les chérubins sont postés à l’entrée pour garder le chemin de l’arbre de vie.


En conséquence, Adam et Eve sont bannis de l’Eden et Dieu les condamne à la souffrance du travail, à la douleur de l’accouchement. La Genèse est précise quant à l’âge qu’aurait eu Adam à sa mort : 930 ans. Notre espérance de vie est dérisoire à côté de la sienne, ceci est lié à une dégénérescence invoquée notamment dans « Le livre d’Adam et Eve (version géorgienne) ». La « nature lumineuse » a été retirée lors de la Création de la nouvelle lignée humaine. Ceci a pour conséquence qu’ils sont soummis à la soif, à la faim, et à la douleur de l’accouchement alors que ce n’était pas le cas avant. Dieu signale que « toute chair qui a besoin de nourriture et d’eau pour exister ne peut être dans le jardin ».

Dans un premier temps, certaines versions nous rapportent qu’Adam et Eve vont tenter de retourner dans le paradis (notamment « le livre d’Adam et Eve, version géorgienne de Vita Adae et Evae »). Leur vie en dehors du paradis est abordée avec des précisions intéressantes dans « le conflit d’Adam et Eve avec Satan ». Cette version est produite en milieu égyptien. Elle est originellement arabe et traduit en éthiopien mais également présent en partie dans le Coran et dans le Talmud. Il nous précise qu’Adam et Eve, une fois expulsés de l’Eden, vont aller habiter à l’ouest dans une caverne d’une montagne rocheuse. Cette caverne correspond au Shéol dont on parle dans la Bible. Dans « le livre des témoins ou des veilleurs » (texte apocryphe de la bible éthiopienne qui remonterait au IVème siècle avant JC), on décrit – en prenant pour référence Jérusalem – qu’à l’occident se trouve des grottes et des cavernes qui abritent l’esprit des morts jusqu’au Jugement. Tous les morts y sont rassemblés jusqu’à l’avènement de Dieu. A l’Orient se trouve le Paradis. Pour ne pas abandonner complètement le couple, Dieu demande à ses anges d’apporter dans la caverne des biens provenant du jardin (or, encens et myrrhe). Dans ce texte cette caverne est appelée la cave aux trésors ou aux secrets. Cette cave est le lieu d’enterrement d’Adam et Eve et plus tard un lieu de recueillement. La vision négative que l’on a des enfers est certainement liée à la punition de Dieu envers le couple d’humains qui sera expulsé de l’Eden et qui vivra et sera enterré aux enfers.

Lorsqu’Adam est sur son lit de mort, « la vie grecque d’Adam et Eve » (ou Apocalypse de Moïse) et « la vie latine d’Adam et Eve » (Vita Adae et Evae) nous apprennent que leur 3ème fils Seth se propose pour retourner en Eden afin d’y chercher un des fruits de vie éternelle. Ce fils est celui qui remplacera Abel tué par son frère Caïn. Adam refuse en expliquant l’expérience tragique du serpent. Il prie néanmoins Eve et Seth de trouver un arbre dont l’huile pourrait le soulager des peines de sa maladie. De retour au Paradis, Eve et Seth vont implorer Dieu. L’huile leur sera finalement transmise par Michael (Dans la vie latine d’Adam et Eve, Michael refuse de donner cette huile mais accepte de donner nard, crocus, calame, cinabre, plantes aromatiques pour la célébration d’un rituel). On réalisera un rituel pour le corps d’Adam en Eden. Ce rituel est celui qui devra être suivi par les humains dans toutes les obsèques. On apprend dans ce texte qu’Eve assume la responsabilité de la faute commise en Eden : « Mon seigneur Adam, donne-moi donc la moitié de ta maladie à assumer, car c’est à cause de moi que tu te trouves dans des peines ». (IX, 2 ; cf X, 2 ; XXXII, 1-2). Elle relativise sa faute en expliquant qu’elle s’est laissée trompée par le Diable qui a pris l’apparence du serpent. Celui-ci va lui-même cueillir le fruit en échange qu’Eve en donne également à son mari. Lorsqu’elle mange le fruit, elle se voit nue (conforme à la Genèse). Mais il est précisé également qu’elle dénudée de la justice dont elle était revêtue. Quand Adam revient, il est dit qu’ « Eve ouvre la bouche mais c’est le diable qui parle » (XXXI, 1).

Pour conclure, dès sa création, Dieu considère l’homme comme un animal. La Bible est construite de manière à culpabiliser l’homme quant à sa condition et le contraint à l’accepter. Néanmoins de nombreux textes complètent cette vision en considérant que la faute est plus celle du plus rusé des animaux de l’Eden, à savoir le serpent. La Bible a contribué à diaboliser cet être, alors qu’une partie des textes abordés ici distinguent très clairement Satan du serpent biblique. Celui-ci étant Enki, le Seigneur de l’entendement ou en d’autres mots l’animal le plus rusé de l’Eden. Je ne peux pas terminer cet article sans insister sur l’importance des textes et des versions parallèles ou antérieures à la Bible pour éclaircir la vision réductrice que l’on peut avoir de ce paradis terrestre. Les tablettes de Kharsağ permettent notamment de confirmer la matérialité de cet Eden et le rôle attribué au serpent Enki et au Satan Enlil.

Sources bibliographiques

- BAUDRY G-H., 2000. Le péché dit originel. Editions Beauchesne. 411 p.

- CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem.

- DENIS A-M., 1970. Introduction aux pseudépigraphes grecs d’anciens testaments. E.J. Brill, Leiden, Netherlands. 346 p.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre. 516 p.

Le lion, un symbole de Vénus

Le lion est un animal connu pour sa force et sa puissance ; il est aussi susceptible, belliqueux, voire sanguinaire. Pour ses caractéristiques, le lion fut un symbole de prédilection pour représenter Vénus, planète qui a boulversé la face du monde il y a des millénaires. L’importance du lion dans les mythologies est très ancienne : en sumérien on le désignait par « Urmah », Ur-mah signifiant chien puissant. La naissance de Vénus est très souvent représentée sur les murs des temples ou des tombes égyptiennes par 2 lions qui se font face. La naissance d’Horus le vengeur est symbolisée par un soleil (Vénus) émergeant des collines primordiales et entre 2 lions.

Naissance d'Horus

Double lion égyptien, symbole de l'Etoile du matin et de l'Etoile du soir (Vénus). Cette figure représente la naissance d'Horus.. Localisé au Louvre. Source : http://egypte.web361.fr/index.php?lettre=a&entree=ay-ay-ai-eje.

Une des plus belles métaphores utilisée pour symboliser l’apparition de Vénus dans le ciel nous parle d’un lion Ashtar (dieu phénicien) responsable de la mort d’une antilope symbolisant l’humidité de la nuit. Cette attaque est suivie de la chute d’Ashtar dans les enfers par les 2 serviteurs du taureau Él (très souvent représentés dans les sceaux phéniciens par des griffons). Ce lion mort renaît le soir lorsqu’il tue le Taureau Él et porte le nom d’Ashtart (parèdre d’Ashtar).  Ce mythe symbolise donc l’apparition de Vénus dans le ciel au moment de l’aurore. Elle perd son éclat lors de l’apparition du Soleil (Shapash). Elle renaît le soir lorsque le soleil atteint l’horizon. La tablette III AB, C de Ras Shamra (célèbre cité syrienne appellée Ugarit) nous synthétise la chute d’Ashtar tué par les serviteurs de Él, à l’aurore :

15. [Voici que va paraître] Shapash (déesse du soleil Špš), le flambeau des dieux. Elle s’élève la voix et [crie] (à Ashtar) : ‘Ecoute bien !
16. Il se vengera, le Taureau Él, ton père, à la face du Prince-Mer (le dieu Yam), à la face du Juge-Fleuve (autre nom de Yam).
17-18a. Il ne t’écoutera pas le Taureau Él, ton père : certes, il arrachera le support de ton siège ; certes, il renversera [le trône] de ta royauté ; certes, il brisera le sceptre de ta juridiction’.
Ashtar sait sans doute que l’arrêté de Él est, comme on le lui dit, sans appel, et il s’y soummet immédiatement. Il n’oppose aucune résistance.
18b. Et Ashtar répond :
19. ‘Il m’a saisi, le Taureau Él, mon père. Moi [je n’ai pas] de maison pour moi [comme] les (autres) dieux, de parvis [comme les (autres fils de
20. Qa]desh (Ashérat). En lion, je descendrai dans ma tombe (npš). Les étoiles-Kṯrm disparaissent dans la mai[son du Prince]-
21. Mer, dans le temple du Juge-Fleuve. Il se venge le Taureau Él, son père à la face du Prince-Mer,
22. à la face du Juge-Fleuve.’ Tu n’auras pas de pouvoir pour la royauté, ni de femme pour toi comme les (autres) dieux,
23. ni de servante comme les (autres) fils de Qadesh (Asherat). Et le Prince-Mer [(te) regardera], et le Juge-Fleuve [(t’) observera], et il dira :’Ashtar…’ »

(Traduction provenant de DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands).

Ce texte a sa correspondance exacte dans la Bible en Isaïe 14:12. Le terme utilisé pour qualifier l’Etoile du matin est Heylel en hébreux. Ce porteur de lumière est appelé Lucifer en latin (« Lux » ou « Luci » signifie lumière et « fer » porteur) et Phosphoros en grec.

12. « Comment es-tu tombé du ciel,
Étoile du matin (traduction du mot hébreux Heylel), fils de l’aurore ?
As-tu été jeté à terre,
Vainqueur des nations ?
13. Toi qui avais dit dans ton cœur :
‘J’escaladerai les cieux,
au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône,
je siégerai sur la montagne de l’Assemblée,
aux confins du spetentrion.
14. Je monterai au sommet des nuages,
je m’égalerai au Très-Haut.’
15. Mais tu as été précipité au shéol,
dans les profondeurs de l’abîme. »

16. « Est-ce bien toi qui faisait trembler la Terre,
qui ébranlait les Royaumes?
17. Il a réduit le monde en désert,
rasé les villes,
il ne renvoyait pas chez eux les prisonniers.
18. Tous les rois des nations, tous, reposent avec honneur,
chacun chez soi.
19. Toi, on t’a jeté hors de ton sépulcre,
comme un rameau dégoûtant,
au milieu des gens massacrés,
transpercés par l’épée,
jetés sur les pierres de la fosse,
comme une charogne foulée aux pieds. »
20. Tu ne leur seras pas uni dans la tombe,
car tu as ruiné ton pays,
fait périr ton peuple.
Plus jamais on ne prononcera le nom
de la race des méchants.
21. Préparez le massacre de ses fils
pour la faute de leur père.
Qu’ils ne se lèvent plus pour conquérir la terre
Et couvrir de villes la face du monde. »

Tout comme Heylel, Ashtar est soummis à un jugement qui lui fait perdre son sépulcre et l’oblige à descendre en temps que lion dans sans tombe (le Shéol pour Heylel). Le texte d’Isaïe nous permet de constater que ce lion a ruiné son pays, a fait périr son peuple. Ses enfants doivent également rester dans le monde du dessous comme les étoiles-Kṯrm d’Asthar.

Ce terme de « porteur de lumière » est équivalent à celui du dieu phénicien Resheph qu’on qualifie de « portier du soleil » (LIPINSKI E., 1995).  Son nom se retrouve sous différentes formes dans les textes et noms qui accompagnent sa représentation : en phénicien Ršp, en cunéiforme Ra-sa-ap ou Ra-ša-ap, ou Ršp en égyptien. Avec le syllabaire suméro-akkadien nous pouvons traduire Rasaap phonétiquement par RÁ-SÁ-AB : « le père qui guide et qui brille » ou  RÁ-ŠA-AB : « le père brillant qui assèche ». Il est représenté habituellement dans la posture d’un pharaon frappant ses ennemis, le pied gauche en avant, le bras droit brandissant une arme. Resheph est un dieu redoutable et belliqueux, caractère du lion sur lequel on peut parfois le retrouver. Son parèdre peut parfois être représentée dans la même attitude combattante. L’attribut de Resheph est également l’arc comme l’indique une référence de la cité syrienne Ugarit : « Resheph l’archer ». Dans la Bible (Dt, 32:23-24). ce dieu est un génie destructeur au service de Yavhé.

« J’accumulerai sur eux les fléaux,
J’épuiserai contre eux mes flèches.
Une fois consummés par la famine
Et attaqués par Resheph
c’est Qatéb venimeux et la dent des bêtes
que j’enverrai contre eux
avec le venin des reptiles de la terre ».

En Palestine, Resheph est vénéré à Apollonia – Arsūf (nom en arabe), ce qui laisse suggérer que ce dieu est lié à l’Apollon grec. A Chypre, le dieu Resheph dieu-archer a fusionné avec lui. Un des surnoms d’Apollon est Phoebus. Tout comme Heylel il fut banni de la montagne des dieux appelée Olympe dans la mythologie grecque. Il avait comploté contre Zeus.

Marduk nous livre de précieuses informations sur le premier grand passage de Vénus, celui qui a provoqué le grand Déluge. Dans l’Enûma Eliŝ, l’Epopée babylonienne de la Création on dit que Marduk est l’enfant soleil d’Enki. C’est un dieu vengeur (tablette 3 ligne 10) tout comme Horus. Il est responsable du Déluge : il déchaîne les vents (tablette IV, ligne 96-99), qui s’engoufrent dans la bouche de Tiamat. Celle-ci éclate sous l’effet d’une flèche envoyée par Marduk. Il utilise les morceaux du corps de Tiamat pour façonner le monde. Dans le poème d’Erra, nous apprenons qu’Erra va enflammer la colère de Marduk, l’éloigner de sa demeure et détruire les hommes. Marduk va provoquer le Déluge mais également déstabiliser les étoiles. Son apparence va être altérée et il restaurera son image par le feu. En l’absence de Marduk (qui a perdu son éclat), Erra est chargé de combattre Enlil et Anu. Une autre version concernant Marduk est conservée dans le poème d’Erra. Le dieu du Soleil Erra invoque le retour de Vénus, ce qui permet à Erra de devenir le roi des dieux :

«Lorsque Marduk eut entendu les propos d’Erra, ils lui semblèrent délicieux. Il (Marduk) quitta sa demeure impénétrable et il alla vers celle des Anunnaki. Lorsqu’il (toujours Marduk) fut entré et qu’il se tint [face à eux], Šamaš (le soleil) obscurcit ses rayons en le voyant. Sîn (la lune) fixait ailleurs […] Les mauvais vents se soulevèrent, transformant le jour en ténèbres et [bousculant] l’ensemble de la Terre et le tumulte des peuples […] Alors les Igigi (Nungal), terrorisés, s’en furent dans les hauteurs et les Anunnaki se précipitèrent au fond de l’abîme ».

Traduction d’un passage du poème d’Erra par Don Moore.

Dans l’article : « la symbolique du chien et du loup dans les mythologies », j’ai parlé du loup Fenrir, un autre animal sanguinaire qui qualifie cet astre destructeur. Tout comme Marduk, il obsurcit les rayons du soleil. Tout comme les dieux dont j’ai parlé plus haut, le loup Fenrir s’enfonce profondémment dans la terre, où il va être enchaîné. Dans cet épisode Fenrir est attaché à un grand rocher. Au Ragnarök, le loup Fenrir attaque le monde des hommes et des dieux. Le passage ci-dessous confirme clairement que Fenrir est un astre perturbateur :

(Völuspá 40-41)
A l’est habite la vieille
Dans la forêt du fer,
Et là elle met au monde
Les enfants de Fenrir.
Parmi eux tous,
L’un deviendra,
Sous la forme d’un monstre,
De l’astre le destructeur.

Il se rassasiera du sang.
Des hommes à la mort voués.
Il rougira de sang pourpre
La demeure des dieux.
Noirs deviendront les rayons du soleil
Tout au long des étés suivants,
Et terribles seront les tempêtes.
En savez-vous davantage, vraiment ?

(Source : DILLMANN F-X., 1991)

Dans la continuité de cette description, le dieu hittite Hahhima (présent dans « le Mythe de la Disparition du soleil ») est un monstre destructeur de vie sur la terre et au ciel. Son apparition a lieu lorsque le soleil se réfugie au fond de la mer (parallèle évident avec Ashtart, l’étoile du soir qui apparaît quand le soleil se couche). Cette période est caractérisée par l’absence de souverrain des dieux. Vénus est tenu responsable d’une période de grand gel qui immobilise les dieux. Le dieu de l’Orage essaie de lutter contre Hahhima mais en vain. Deux combats héroïques les opposeront. Le dieu de l’Orage appelle le dieu du Soleil qui est introuvable. Seul le retour du Soleil à la place du Gel pourra entraîner la disparition de Hahhima et permettre à la vie de renaître à nouveau.

Un autre dieu hittite appelé Illuyanka est également le réprésentant des forces obscures de la nature. Le mythe d’Illuyanka nous présente 2 versions différentes pour expliquer le retour du dieu de l’Orage au pouvoir. Illuyanka est un serpent qui a vaincu le dieu de l’Orage. Il vit sous terre. En sortant des entrailles de la terre, il menace l’ordre établi par le dieu de l’Orage. Ce mythe tend à relativiser le rôle négatif de cet astre pertubateur. En effet le dieu de l’Orage est présenté comme un adversaire impitoyable, et rusé ; à l’opposé Illuyanka est est généreux à l’image du monde sauvage. Dans la première version du mythe, on apprend que le dieu de l’Orage (via le dieu de la tempête) obtient de l’aide de la fille d’Illuyanka Inara, celle-ci a reçu l’aide d’un mortel (Hupasya) par la séduction. Hupasya capture le serpent avec une corde et le dieu de l’Orage le tue. Dans la deuxième version, le dieu de l’orage agit seul. Il retrouvera ses yeux et son cœur grâce au mariage de son fils qui vivait dans la belle famille. Le dieu de l’orage combat une 2ème fois Illuyanka sur la rive de la mer. Le fils du dieu de l’orage s’est rangé du côté du serpent et demande à son père de l’épargner, mais en vain.

« Quand il fut à nouveau valide dans son corps comme auparavant, il alla de nouveau dans la mer pour livrer bataille. Quand il lui livra bataille, et quand il fut sur le point de vaincre le Serpent, le fils du dieu de l’Orage était avec le serpent et appela son père dans le ciel :

« Inclus-moi avec eux ; n’aie pas pitié de moi » aussi le dieu de l’Orage les tua (tous les deux) le serpent et son propre fils. Et ceci le dieu de l’Orage […]. »

(Deuxième version du mythe de Illuyanka, source : DILLMANN F-X., 1991).

La mort de l’astre destructeur est confirmée dans le mythe de Labbu, dont une tablette endommagée de la bibliothèque d’Aššurbanipal donne de précieuses informations. Dans ce mythe, Enlil charge un autre dieu de tuer Labbu. Celui-ci est un monstre dont l’apparence est celle d’un lion et d’un serpent qui est envoyé par le dieu Enlil pour détruire l’humanité. Il vit dans l’eau. Il est le fils de Tiamat et la « progéniture du Fleuve ». Il a pour but de détruire la Terre et l’humanité. Labbu a une queue qui balaye le tiers des étoiles. Ce monstre doit être tué par Tišpak. Celui-ci est chargé de sauver la terre et prendre les rennes du pouvoir. Lorsque Labbu est tué, il est dit que : « Et pendant trois ans, trois mois et un jour […] coula le sang du Labbu.

« Sa longueur était de cinquante milles,
Et de un mille son [épaisseur ( ?)] ;
Sa gueule mesurait six coudées,
[Et sa langue ( ?)], douze coudées.
Sur douze coudées (s’étendait)
Le périmètre de ses oreilles.
A soixante coudées de distance,
Il [attrapait ( ?)] les oiseaux [de sa langue ( ?)].
S’il se mouvait sous neuf coudées d’eau […],
Il pouvait élever sa queue [jusque…]. »

(Mythe de Labbu, source : DILLMANN F-X., 1991).

Au terme de cette investigation initiée à partir du lion, nous redécouvrons encore ici le drame cosmique qui s’est conservé dans bons nombres de mythes à travers le monde. Un astre pertubateur, dont la naissance est causée par le dieu Enlil, est chargé de détruire l’humanité. Sa taille et sa lumière sont responsables de la montée des eaux, en d’autres mots du Déluge. Après cet épisode qui boulversa la surface de la Terre, la vie a repris son cours. Le monde n’est pour autant pas sain et sauf : Vénus réapparaît à proximité de la terre et cause de nouveaux dégâts. La terre est plongée dans l’obscurité et des tempêtes se déchaînent pendant plusieurs étés successifs. Les hommes et les dieux sont immobilisés. Lors du 2ème passage, un serpent a combattu le dieu de l’Orage et l’a mutilé. Il semble être sanctionné par le dieu Él qui le fait précipiter dans les profondeurs du Shéol.  Le dieu du Soleil est chargé d’assurer le règne sur le monde en l’absence du dieu de l’Orage. Ce règne n’est pas éternel et un nouveau passage de Vénus perturbe à nouveau la vie. A son retour, le Soleil disparaît sous l’horizon et le monde est sans souverrain. Le dieu de l’Orage retrouvera sa place du roi du monde après avoir vaincu le lion-serpent lors d’un dernier grand combat cosmique…

Remarque : pour plus d’information concernant ce drame cosmique, vous pouvez vous réferer à l’article « le mythe de Nahusha ». Il donne de précieux détails concernant le résumé de cette conclusion. Les noms sont différents, mais vous verrez très vite que ce mythe est intimement lié à cette histoire.

Naissance de Nergal

Sceau cylindre sumérien représentant Nergal sortant de la butte primodiale. Il est entouré par Ishtar et par Enki, des symboles représentant l'Etoile du matin apportant la chaleur et l'Etoile du soir apportant l'humidité. Source : http://economiedistributive.free.fr/IMG/jpg/1031_sumer.jpg.

Sources bibliographiques

-  AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni. 320 p.

-  BEYER D., 2001. Emar IV. Les sceaux. Missions archéologique de Meskéné-Emar. Recherche d’Astata. Orbis Biblicus et Orientalis, 20. Series Archaeologica. Editions universitaires, Fribourg, suisse. 490 p.

-  BOISSELIER J., 1993. La sagesse du Bouddha. Gallimard. 191 p.

-  CASSIN E., 1981. Le roi et le lion. Revue de l’histoire des religions. Volume 198. Numéro 198-4. pp. 355-401.

-  CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem.

-  DILLMANN F-X., 1991. L’Edda, récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson. Gallimard, Paris. Pp. 41-42.

-  DU MESNIL DU BUISSON R., 1973. Nouvelles études sur les dieux et les mythes de Canaan. E. J. Brill, Leiden, Nederlands

-  DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands.

-  FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

-  KUNTZMANN R., 1983. Le symbolisme des jumeaux au Proche-Orient ancien. Naissance, fonction et évolution d’un symbole.Beauchesne, Paris.

-  LAROCHE E., 1963. Le dieu anatolien Sarrumma. Syria. Volume 40. Numéro 40-3-4. pp. 277-302.

-  LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain. 536 p.

-  MAZOYER M., 2003. Télépinu, le dieu au marécage : essai sur les mythes fondateurs du royaume hittite. KUBABA, Paris.

-  MAZOYER M. & PEREZ REY G.,2007. Monstres et monstruosités dans le monde ancien. KUBABA, Paris. 302 p.

-  VIEYRA M., 1946. Une stèle hittite de Malatya. Comptes-rendus des scéances de l’année… Académie des inscriptions et belles-lettres. Volume 90, Numéro 1. pp. 130-135.

-  WALTER P., 1999. Le devin maudit. Merlin, Lailoken, Suibhne. Texte et étude. Ellug, Grenoble. 252 p.

-  WILKINS W. J., 2006. Mythologie hindoue, védique et pouranique. L’Harmattan. 398 p.

La déesse de l’amour et de la guerre

N’est-il pas étonnant de retrouver comme attributs principaux l’amour et la guerre pour une des plus influentes déesses du monde ? Cette déesse est un personnage complexe, qui combine des traits de caractères opposés mais complémentaires. L’étude de cette divinité par ses nombreux noms nous permettra de mettre en évidence une histoire étonnante. De la même manière que pour Enki, cet article tentera de dégager des éléments communs pour des divinités apparentées. Cette étude loin d’être exhaustive nous permettra de clairement distinguer la déesse de l’amour et de la guerre d’une autre divinité tout aussi répandue à travers le monde, dont un nom bien connu est Isis. Quels noms pourrait-on donner à cette déesse guerrière dont le désir était sans fin ?

Mythologie perse : Anahita, Qadesh

Mythologie mésopotamienne : Ishtar et Inanna

Mythologie hourrite : Hébat, Shaushga

Mythologie hittite : Hannahanna

Mythologie phénicienne : Astarté, Qadesh, Ashtart, Anat, Atargatis, Shalim, Marie l’Egyptienne

Mythologie arabe : Allat

Mythologie égyptienne : Nephtys (Nebet-Hut), Anat, Qadesh, Marie l’Egyptienne

Mythologie grecque : Athéna, Aphrodite, Ariane, Erigoné

Mythologie nordique : Freya, Morrigane

Mythologie maya : Coyolxauhqui

Mythologie hindoue : Mahishâsuramardinî, Durga, Kali, Lakshmi, Saravastî

Mythologie juive : Oholiba

Mythologie chrétienne : Marie-Madeleine

Remarque : cette liste n’est bien entendu pas complète. Je n’ai pas investigué suffisamment profondément dans toutes les mythologies du monde pour que ce soit le cas. Il me faudrait probablement de nombreuses années pour la compléter et d’ailleurs sans garantir d’y parvenir totalement un jour.

Une des figures la plus connue de la déesse de l’amour et de la guerre se retrouve chez l’Ishtar babylonienne. L’étude des textes anciens et les données archéologiques nous permettent sans aucun doute de l’assimiler à Inanna, une déesse sumérienne. Elle est connue pour ses nombreuses prouesses guerrières et son goût pour la violence. Elle contrebalance ce trait de caractère par un grand instinct maternel et un grand désir d’attraction. L’emprise qu’elle a sur les dieux, les hommes et les animaux est illustrée par son emblème qui est la chouette, oiseau nocturne de proie.

Ishtar babylonienne

Ishtar sur un sceau-cylindre du British Museum. Sources : http://economiedistributive.free.fr/ IMG/jpg/1031_sumer.jpg

Dans l’épopée de Gilgamesh, Ishtar est accusée de provoquer la mort journalière de son époux lion. L’emblème par excellence de cette déesse est le lion. La déesse en surmonte un dans de nombreuses représentations. Le lion est un symbole très régulièrement associé à Vénus. On qualifie Vénus dans de nombreux textes anciens, d’étoile du matin et d’étoile du soir.  Le soleil à son lever fait progressivement disparaître l’éclat de Vénus au matin, celle-ci ne réapparait qu’au soir sous le nom de l’étoile du soir. Ashtart est l’étoile du soir phénicienne, épouse d’Ashtar le dieu lion étoile du matin. Pour prouver que les 2 lions étoiles ne forment qu’un, en Egypte il existe le signe ‘kr qui est un hiéroglyphe où l’on voit les 2 lions soudés entre eux. Ces 2 lions sont le symbole par excellence du nouveau soleil Horus qui renaît en sortant de la colline primordiale. Ashtart est parfois représentée nue tenant des lotus qui sont ses attributs habituels. La déesse a un visage de lionne avec une coiffe hathorique. Dans les textes de Ras Shamra, Shalim est l’étoile du soir.  On raconte que Shahar et Shalim sont associées à la déesse solaire et l’aident à recueillir du venin de serpent pour dissiper les gros nuages qui planent sur Terre. Qadesh, déesse phénicienne, est représentée debout sur un lion dont l’emblème est une croix symbole de Vénus. La version arabe se retrouve chez Allat. Elle est la Grande déesse de la fécondité et la guerre. On la représente accompagnée d’un lion. On retrouve des vestiges liés à cette déesse à Palmyre. Elle apparaît sur des tessères, des stèles babyloniennes. On la représente souvent debout et armée, assise entre 2 lions ou parfois dressée sur un lion comme à Hatra.

Différentes versions de la déesse de l'amour et de la guerre

1) Qadesh au musée du Louvre, 2) double lion égyptien, 3) Durga grotte d'Ellora, 4) Allat temple de Baalshamin à Palmyre 5) Ishtar au British Museum 6) Mahishâsuramardinî grotte de Tamil Nad

Sources des images :

http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20HYPOGEES/VALLEE-DES-ARTISANS/stele-qadesh.jpg
http://egypte.web361.fr/index.php?lettre=a&entree=ay-ay-ai-eje
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000123569.html
http://www.aly-abbara.com/voyages_personnels/syrie/Palmyre/page/Allat_lion.php
http://karma-world.blogspot.com/2008_06_06_archive.html

- SCHMID C., 2003. A propos des premières images de la Tueuse de buffle : déesses et Krishnaïsme ancien. Volume 90, Numéro 90-91. pp. 7-67.

Ces 2 lions sont assimilés parfois à des chats. En effet Freya, la déesse protectrice des passions de l’esprit et de la chair, conduit un char tiré par 2 chats. Seule Frigg la femme d’Odin la dépasse en beauté. Freya est une femme faucon (tout comme Horus) qui réside à Folkvang, le Champ-des-Armées. Elle parcourt les plaines où se sont entre-tués les guerriers. Elle peut emmener la moitié des morts aux combats, l’autre moitié est emmenée par Odin. Son mari l’a quitté pour voyager dans des pays lointains. Ainsi elle pleure sans cesse après lui. Nous voyons ici Freya comme une pleureuse divine, fonction qu’on retrouve également chez Nephtys (appelée aussi Nebet-Hut). C’est une déesse égyptienne qui aide Isis à reconstituer le corps d’Osiris et à l’embaumer. Les 2 déesses vont se transformer en êtres volants au-dessus de la dépouille pour la protéger jusqu’aux funérailles. Ce rôle funéraire est également associé à Hannahanna, la déesse hittite, reine des abeilles. Elle tente maladroitement de retrouver Telepinu en envoyant une abeille à sa recherche (son fils dieu de l’orage participe également). L’abeille doit piquer les pieds et les mains de Telepinu. Elle doit le mettre debout et le purifier avec de la cire et enfin le ramener auprès d’Hannahanna.

Nephtys ailée

Nephtys dans la tombe Khabekhenit. Source : http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20HYPOGEES/VALLEE-DES-ARTISANS/tombe-khabekhenit.jpg.

Marie-Madeleine est également une grande pleureuse. Un passage très intéressant d’elle se trouve en Luc 8:2 où on raconte que plusieurs femmes furent guéries d’esprits mauvais et de maladie : « Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens ». Ce passage fait référence aux 7 portes des enfers que doit passer Ishtar/Inanna. En Luc 7:38, on apprend qu’une pécheresse a arrosé les pieds de Jésus avec ses larmes. Il s’agit de Marie-Madeleine la pleureuse. Tout comme Marie et Marie-Madeleine sont au pied de Jésus lorsqu’il est sur la croix, Isis et Nephtys sont les pleureuses d’Osiris. La punition d’Ereshkigal (la reine du Kigal) envers Ishtar/Inanna a été la mort rituelle pour avoir causé la mort de son époux. Marie-Madeleine est également connue sous son nom de Marie l’Egyptienne. Des textes complémentaires à la Bible nous racontent une histoire  qui semble avoir pris naissance chez les Palestiniens au VIème siècle. Marie l’Egyptienne raconte à un ascète de 54 ans appelé Zosime, qu’elle est tombée dans la débauche et qu’elle a un mal fou à combler ses désirs. Elle a eu une multitude d’amants. Pour vaincre ses désirs, elle a vécu 17 ans dans un désert, avec pour seule nourriture 3 pains. A la fin de sa vie, Zosime découvre son corps près d’une rivière et il demande à un lion de creuser de ses griffes une fosse pour pouvoir l’y enterrer et finalement lui permettre le voyage aux enfers.

Un texte fort connu nous parle la descente d’Ishtar aux enfers. Ce texte fut découvert dans le temple de Ninive. C’est une version écourtée du texte appelé « la descente aux enfers d’Inanna ». Cette déesse décide de se rendre aux enfers, dans le royaume d’Ereshkigal la reine des enfers, pour retrouver son époux Tammuz et le réssusciter. Ishtar descendra aux enfers en passant par 7 portes. Elle est obligée de se dévêtir progressivement en passant les différents niveaux. Il s’agit d’un rite visant à la déesse de s’absoudre de ses pêchés (les 7 péchés capitaux). Au terme de cette descente, Ishtar meurt ce qui provoque l’arrêt des accouplements des hommes et des animaux sur terre. Elle recherchait chaque année son époux aux enfers. On célébrait un mariage sacré entre ces 2 époux. Cette mort provoquée par une autre déesse est la même pour Ariane, fille de Minos le taureau roi des enfers. Ariane est tuée de manière violente par Artémis sous l’investigation de Dionysos. Celui-ci était en fait jaloux de Thésée car il a été l’amant d’Ariane. Elle est la déesse de la croissance printanière. Elle se pend au platane, arbre qu’il lui est consacré, tout comme Odin et également Erigoné qui se pend à un pin. Pour séduire Dionysos, Erigoné se transforme en grappe de raisin. Apprenant la mort de son père, elle se pend de désespoir. Le but est de redonner vie à la végétation. La mort de cette déesse pendue à l’arbre signifie qu’elle meurt et descend aux enfers avant de remonter au printemps.

Le désir charnel et les infidélités qui en découlent font partie intégrante de la déesse grecque Aphrodite. Elle est mariée à Héphaïstos, ce qui ne l’empêche pas de vivre de très nombreuses aventures avec d’autres dieux. L’adultère d’Aphrodite avec Arès (le dieu de la guerre grecque) est révélé par le dieu Hélios, qui sera maudit (ainsi que sa descendance) par la déesse. Héphaistos finira par pardonner les infidélités d’Aphrodite. Celle-ci est également la patronne de la prostitution sacrée. Comme les filles du roi de Chypre refusent de l’honorer, elle les pousse à la prostitution. On célébrait celle-ci notamment à Aphaca qui est l’un des sanctuaires les plus célèbres de Phénitie (à une journée de marche de Byblos). Ce site comprenait un temple renommé d’Aphrodite-Astarté en principe fondé par Kinyras, roi de Chypre. Le site était célèbre pour ses rites de prostitution sacrée. Astarté est la souverraine céleste en Phénicie qui se serait éprise de son gardien divin Kombabos.

Ishtar est également considérée notamment comme l’épouse d’An (la particule AN signifie ciel). On l’appelle justement « la Reine du ciel ». C’est probablement la raison pour laquelle beaucoup de noms de la déesse contiennent cette particule. La déesse reine du ciel et de la terre pour les Hourrites est Hébat (Hépat). Celle-ci est une déesse hourrite femme de Teshub. Ils ont pour fils Sarruma, dieu de l’orage. Hébat est appelée la déesse solaire de la cité d’Arinna. Dans le sanctuaire de Yazĭlĭkaya (à côté de Boǧazköi), on représente Hébat au côté de l’aigle bicéphale. Anat (Hanat), une déesse phénicienne porte aussi un nom similaire : « la maitresse des cieux élevés ». C’est une déesse guerrière qui est la maitresse des aigles parmi lesquels elle plane. Ce caractère la probablement suivie en Grèce où elle est devenue Athéna et cela explique pourquoi son attribut est la chouette, un autre rapace mais cette fois-ci nocturne. L’aigle tient souvent dans son bec un serpent. Ce serpent lui confère l’immortalité qu’il tient dans son bec ou dans ses serres. Le serpent est bien le symbole de l’immortalité qui permet de guérir et on le retrouve dans le caducée de la médecine. Le culte d’Anat était répandu en Syrie et en Palestine mais également en Egypte. Elle persiste jusqu’à l’époque hellénistique dans certains milieux phéniciens. Au début du VIIe siècle, elle n’est vénérée qu’avec certitude à Chypre. La rivalité d’Anat et du dieu Yam n’est qu’une autre version de la lutte entre Athéna et Poséïdon. Le texte bilingue de Lapéthos découvert sur un talon de lance dans un sanctuaire d’Athéna à Idalion prouve qu’Anat et Athéna étaient confondus.

Athéna est également une déesse de l’amour et de la guerre. Elle est représentée debout, le casque en tête, le bouclier dans la main gauche et le bras droit qui brandit une lance. Athéna est connue par sa naissance toute particulière. On raconte que Zeus après avoir avalé Métis sur le point d’accoucher, souffre d’une terrible mal de tête et qu’Héphaïstos lui fend le crâne avec une hache. Il en sort Athéna vêtue d’une armure, d’un casque et prête au combat. On la considère comme la déesse du tissage. Ce rôle est également attribué à la déesse aztèque Coyolxauhqui. Elle est la déesse guerrière sœur de Huitzilopochtli qui a poussé ses frères à décapiter sa mère. Huitzilopochtli sort armé du ventre de sa mère et tue ses frères, sa sœur et tout ceux qui avaient comploté contre sa mère. Cette naissance est céleste et identique pour la déesse guerrière hindoue appelée Kali. Celle-ci sort du front de Durga. Selon le texte Devi-Mahatmya, lors du combat contre Canda et Munda, la déesse Durga qui est assise sur un lion au sommet de l’Himâlaya est tellement en colère que sont teint devient noir et de son front jaillit Kâlî au visage terrible armé d’une épée et d’un lasso. Elle tient à la main un bâton multicolore, orné d’une multitude de crânes. Elle est vêtue d’une peau de lion. Elle est horrible à voir. Elle détruit énormément de démons, d’éléphants, et de chevaux qu’elle avale et déchire à belle dent. Tout comme Athéna, Saravastî sort du front de Bhrama. Elle est considérée comme l’épouse de Brahma. On la réprésente souvent avec le livre pustaka qui contient les formules du Sacrifice. Parmi ses attributs on retrouve notamment la fleur de lotus (padma). Les montures ou véhicules sont un lion, un oiseau l’anser qui est un oiseau aquatique et la monture de Brahma, le bélier ou le paon. Elle porte parfois une calotte crânienne appelée Kapäla. Certains textes remplacent Bhrama par Vishnou ou par Krishna.

Athéna - Musée du Vatican

Athéna - Musée du Vatican. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Athena_in_Vatican.jpg.

La fleur de Lotus semble être un symbole souvent associé à la déesse de l’amour et de la guerre. Lors de la rédaction de cet article, il me semblait que Lakshmi correspondait à l’archétype de la déesse de l’amour et de la guerre, néanmoins plusieurs raisons m’amènent à refuser aujourd’hui cette hypothèse. Je laisse l’ensemble des arguments qui m’avaient amené à tord à cette conclusion : « Lakshmi est une déesse hindoue, femme de Vishnu. D’après la Praçnottaramâlâ, ce sont des fleurs de lotus qui soutiennent Vishnu. Lorsque cette déesse a 2 bras, on la représente avec 2 lotus ou un lotus et un fruit. On a représenté cette déesse également entre 2 éléphants qui l’aspergent. Cette déesse est également vénérée en Indonésie. A Bali, un mythe raconte que Lakshmi à dû se soumettre à l’amour de Vishnou et elle en serait morte. Le riz est alors surgi de son nombril, après que son corps ait été enterré. Un autre partenaire sexuel de cette déesse est Agni Jatavedas (Agni est justement une image d’Horus, le fils d’Osiris). Cette déesse est également associée à Indra le roi des dieux, qui est le dieu responsable des orages et de la pluie. »

En effet aujourd’hui, Lakshmi apparaît à mes yeux comme une divinité distincte. Le principal argument est qu’elle est plus considérée comme la mère de l’humanité et des dieux. Ce rôle ne semble pas être associé généralement à la déesse de l’amour et de la guerre.

Lakshmi, la déesse hindoue au lotus. Source : http://users.skynet.be/lotus/lotus/lotus0-fr.htm

Qadesh également associée au lotus semble quant à elle davantage caractériser la déesse de l’amour. Elle est une déesse (d’origine perse introduite en Egypte) qui symbolise la volupté et le désir charnel. On la représente nue et souvent sur un lion. Elle tient dans ses mains à la fois des serpents et des lotus, attributs de l’érotisme. Le serpent qu’elle peut offrir symbolise l’immortalité confèrée au dieu qui partagera sa couche. Les serpents sont le symbole par excellence de l’immortalité par leur renouvellement de la peau. Les fleurs de lotus symbolisent la vie renouvelée.

La déesse de l’amour et de la guerre est célèbre par sa beauté légendaire qui rendit fou beaucoup d’hommes. L’Anat perse appelé Anahita est d’une envoutante beauté. Dans les textes, les adjectifs pour la qualifier sont les suivants : puissante, brillante, de taille élevée, majestueuse, jeune fille, belle, à la large ceinture, à la taille élancée, noble par son visage brillant, ornée d’un brillant diadème d’or, ornée d’un manteau du plus séduisant aspect couverts d’ornements d’or. On retrouve encore dans sa représentation une association au lion. Cette divinité fut propagée au Proche-Orient par les prêtres zoroastriens. Anahita est assimilée à Nana, une déesse d’origine suméro-akkadienne, qui est également représente flanquée de son lion. Elle fut adoptée par les peuples de Sogdiane. Toutes les déesses abordées plus haut sont toutes d’une beauté prodigieuse.

Au terme de cette étude, nous pouvons retracer une histoire autour de la déesse de l’amour et de la guerre. Celle-ci naîtra sous la forme de l’Athéna guerrière et représentée par l’astre Vénus colérique. Pendant une bonne partie de sa vie, la déesse de l’amour et de la guerre vivra dans la douleur du désir inassouvi, et d’un besoin constant de reconnaissance envers ses pères (An et Seth). Cette soif l’amènera probablement à étendre son influence et entrera en guerre contre d’autres dieux. Ce besoin d’attention se répercutera dans les très nombreux temples construits en son honneur de par le monde. Elle s’éprendra du dieu de la sagesse, de l’agriculture, de l’eau. Ce dieu est alors intiment lié à la déesse des enfers Ereshkigal appelée également Isis, Artémis,…L’union qui en découlera provoquera la mort du dieu et Ishtar devra subir le rituel aux enfers afin de s’absoudre de ces pêchés. Isis et Nephtys (Marie et Marie-Madeleine) seront les 2 grandes pleureuses du dieu mort qui seront gardiennes du corps d’Osiris. Horus naîtra et Nephtys deviendra sa nourrice mais également sa maîtresse. La disparition du taureau soleil survenue au moment de l’apparition de la lionne vénusienne le soir sera une image de ce qu’aura été le couple Enki avec la déesse de l’amour et de la guerre : un instant éphémère.

Voici un résumé des principales caractéristiques de la déesse de l’amour et de la guerre :

1) Une association à la mort :

- déesse qui descend aux enfers

- meurt et ressuscite

2) Un ensemble de fonctions associées

- l’amour

- la guerre

- déesse du tissage

- reine du ciel

3) Des traits physiques ou des caractères associés

- d’une beauté prodigieuse

- lionne

- né en sortant du crâne de son père ou de sa mère

- ailée

4) Une association avec des entités particulières

- 2 lions (chats)

- chevauche un ou deux lions.

- tueuse d’un dieu taureau.

- à la recherche d’un dieu.

- à la fois concurrente mais sœur d’une autre grande déesse.

5) De grands symboles

- la vulve

- un arbre

- Vénus

- le lotus

Sources bibliographiques :

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni. 320 p.

-  BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

-  CAIOZZO A., 2003. Image du ciel d’orient au moyen âge : une histoire du zodiaque et de ses représentations dans les manuscrits du Proche-Orient musulman. Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris. 485 p.

- CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem.

- DE GUBERNATIS A., 1879. La mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal. C. Reinwald, Paris.

- DE MALLMANN, 1976. VIII. Un aspect de Saravastï dans le tântrisme bouddhique. Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient. Volume 63. Numéro 63. pp. 369-374.

- DU MENSNIL DU BUISSON R., 1970. Etudes sur les dieux hérités par l’Empire romain. E. J. Brill, Leiden, Netherlands.

- FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

- FREU J. & MAZOYER M., 2009. Les hittites et leur histoire : le déclin et la chute du nouvel empire hittite. L’Harmattan.

- KUNTZMANN R., 1983. Le symbolisme des jumeaux au Proche-Orient ancien. Naissance, fonction et évolution d’un symbole.Beauchesne, Paris.

- LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain. 536 p.

- MABIRE J., 1999. La légende de la mythologie nordique. Ancre de Marine, Louviers, France. 277 p.

- MAZOYER M., 2005. L’oiseau entre ciel et terre. L’Harmattan.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre.

- SAILLEY R., 1999. Les déesses de l’Inde. Cerf.

-   SCHMID C., 2003. A propos des premières images de la Tueuse de buffle : déesses et Krishnaïsme ancien. Volume 90, Numéro 90-91. pp. 7-67.

- TSAROÏEVA M., 2005. Anciennes croyances des Ingouches et des Tchétchènes : peuples du Caucase du Nord. Maisonneuve et Larose.

Les abeilles, symboles d’une résurrection et d’une immaculée conception

Les abeilles sont quasi les seuls insectes aux vertus divines répandues dans les mythes et religions du monde. Cet article a pour but d’initier l’étude de ces insectes et de tenter de découvrir pourquoi les abeilles sont sacrées dans les mythes et les religions. La principale qualité de l’abeille concerne le don de produire le miel qui est un ingrédient divin. Les vertus thérapeutiques, aseptiques, nutritives en ont fait un des aliments de référence dans les anciennes civilisations. Outre cet aspect il existe certains mythes très particuliers qui mettent en avant la mort d’un taureau ou d’un lion et le symbole de l’abeille pour les déesses vierges et pour représenter un acte de procréation. Ne ditons pas « La lune de miel » car elle évoque l’union des jeunes mariés et la fécondité ? Etymologiquement le mot apiculteur dérive du latin apicula et du diminutif Apis (bœuf égyptien sacrifié). Etonnant quand on sait que bons nombres de mythes font naître les abeilles du corps d’un bœuf sacrifié.

Dieu égyptien Apis

Fresque du temple d'Edfu du taureau Apis. Source : http://picasaweb.google.com/lh/photo/O2TlJcU1TU1Np9GTn8wdkQ .

Le miel est très nutritif. Sa composition en glucose et fructose le rend très énergétique. Il est encore très souvent recommandé pour des affections laryngées. Le miel est également un ancien conservateur. Avant d’être brulé, le corps de Patrocle (ami d’Achille dans la mythologie grecque) est immunisé contre la pourriture grâce au nectar et à l’ambroisie dont les narines sont imbibées. La haute teneur en sucre du miel a pour effet de le rendre bactéricide. Il a ainsi des vertus aseptiques. Le miel aide également à la digestion grâce aux vertus de ces enzymes qu’il contient. Le miel est un aliment particulier car il est à la fois végétal et animal et ne produit pas de déjections (on n’en retrouve guère dans les ruches). Tout comme le lait il est une des références en tant qu’aliment naturel. Dans la bible, Yavhé dit en Exode 3:8 : « Je suis descendu pour le délivrer (en parlant du peuple des Juifs) de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel, vers la demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizittes, des Hivites et des Jébuséens ». On peut comparer le miel au lait car ce sont tous les 2 des aliments produits par le corps. Ce sont des aliments spontanés. Le miel est un aliment animal et végétal qui ne produit pas d’effusion sanglante.

Nous rencontrons dans la Bible, à mon sens le passage le plus intéressant, dans l’histoire de Samson. Ce personnage né d’une femme stérile et annoncé par la venue d’un ange (on serait tenté de penser à Marie et à Jésus). Dans le livre des Juges (14:5 à 10), on apprend que Samson arrive avec ses parents près des vignes de Timna chez les Philistins. Il souhaite y voir une fille de Philistins avec qui il souhaiterait se marier. Un jeune lion rugissant vient à sa rencontre. Avec l’aide de Yavhé, Samson déchire le lion tel un chevreau. Du cadavre du lion, il découvre un essaim d’abeilles et du miel. A la suite de cet épisode, Samson lance une énigme aux Philistins : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux ». Les Philistins n’arrivent pas à résoudre l’énigme et sont obligés de pousser la future épouse de Samson à lui soutirer la résolution de l’énigme qui est la suivante : « Qu’y a-t-il de plus doux que le miel, et quoi de plus fort que le lion ». Ce passage a un grand intérêt dans la mort du lion et la naissance d’abeilles. Dans d’autres mythes tel que celui rencontré dans la version hittite, on nous parle de Telepinu, un dieu absent. L’abeille a pour rôle de le ramener auprès de Hannahanna (déesse assimilable à Inanna d’après moi, la déesse sumérienne de l’amour et de la guerre). L’abeille doit retrouver le dieu fugueur, le piquer aux pieds et aux mains, le mettre debout, le nettoyer et le purifier avec de la cire. Les piqures ont pour rôle de sortir le dieu de son sommeil en provoquant une vive douleur. Lorsque Telepinu se réveille, il est fou de rage et détruit tout sur Terre, tel le faucon vengeur et une figure bien connue dans la mythologie d’un astre perturbateur. On peut songer à la vue de ces 2 mythes qu’il y a une trame commune à ces 2 histoires.

Peinture de Samson par Paul Rubens

Peinture du Samson biblique par Paul Rubens. Source : http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/GenerateurNotice.php?numnotice=A5578.

La confirmation de la mort d’un dieu taureau et la localisation du corps de celui-ci par des abeilles est également confirmée dans le mythe d’Aristée. Ce personnage est fils de la vierge Cyrène et d’Apollon. Il apprend dans son jeune âge, la médecine, l’élevage des troupeaux, la culture de la vigne par l’intermédiaire de Nymphes qui se sont chargées de son éducation. Outre ces connaissances, on le qualifie comme celui qui a réussit à élever les abeilles dans les ruches. On raconte qu’il fut punit pour avoir voulu abuser Eurydice. Cette punition le contraint à se séparer de ses abeilles et aura pour conséquence que l’humanité en perdra temporairement leurs bienfaits. Il obtiendra de nouveaux essaims en réalisant des sacrifices de taurillons et de génisses immolés non consommés et pourrissant au soleil. Nous pouvons nous  convaincre que la mort d’un dieu est étroitement liée aux abeilles, en étudiant le mythe de Glaucus.

Ce personnage, est un nom référencé plusieurs fois dans la mythologie grecque. Une des versions nous parle de la mort de Glaucus provoquée par Ajax et ressuscité par Asclépios, spécialiste de la médecine tout comme Aristée. Dans cette version, il est le fils de Minos, roi des enfers. On raconte qu’il s’est noyé dans une jarre de miel. Polyidos, le devin consulté retrouve le corps de Glaucus et il est enfermé avec lui dans un tombeau, tant qu’il n’aura pas réussi à lui redonner vie. Grâce à la plante d’un serpent, il réussit à le ressusciter et ils peuvent tous les deux ressortir du tombeau.

Les abeilles sont dotées de caractéristiques particulières qui leur permettent de les associer à des déesses. Sur le mont Ida en Phrygie, Cybèle est la Mère des dieux et la Reine des abeilles. Elle conçut son fils Attis après avoir cueilli la fleur d’amandier jaillie des organes mâles coupés d’Agdistis/Cybèle, qui est née à la fois mâle et femelle, et qui avait été castrée par les dieux. (Dans la Théogonie d’Hésiode, les Nymphes Méliennes sont également nées du sang des testicules d’Ouranos ; ce sont des nymphes du frêne). Quand Attis est devenu adulte, il veut se marier et Cybèle le rend fou par sa jalousie, si bien qu’il se castra et se tua. On considère Cybèle comme la Reine des abeilles et celà a une importante signification : lors du vol nuptial des abeilles, le mâle abandonne ses organes génitaux dans le corps de la femelle. Il se castre et meurt. La future reine est ainsi celle qui a provoqué la castration et la mort de celui avec qui elle s’est unie. Concernant les ouvrières, on peut les comparer à des déesses vierges qui seront à l’origine d’une immaculée conception. En effet, Les abeilles sont capables de se reproduire par parthénogenèse c’est-à-dire sans l’intervention de mâles, et ceci aboutit à la production de mâles qui sont uniquement là pour féconder la reine, pour leur donner des femelles. Les ouvrières sont d’excellentes représentantes pour les déesses vierges. Les abeilles symbolisent admirablement la résurrection car elles sont en repos en hiver et elles renaissent au printemps avec l’arbre qui leur sert de demeure. J’ai démontré dans les articles étudiant l’arbre des mythologies que l’arbre est un symbole par excellence de la résurrection. De nombreuses déesses sont considérées comme des arbres mourant et renaissant tels leurs fruits fermentés ou non ; ces arbres mourants voient leur sève en analogie descendre en hiver dans les racines et remonter au printemps pour redonner vie à la nature tel un dieu voyageant aux enfers et refaisant surface au printemps. Cet arbre sacré est le lieu d’habitation des abeilles tel l’Yggdrazil. Dans un mythe toujours hittite appelé « la disparition du feu », l’abeille, l’aigle et serpent doivent trouver le Feu disparu. Après y être parvenu, ils retrouvent leur lieu d’habitation : un arbre. L’aigle habite la partie supérieure du tronc de l’arbre, l’abeille la partie moyenne et le serpent la partie inférieure. Cette vision est conforme à celle de l’arbre Huluppu du mythe de « la descente aux enfers d’Inanna ».

Une très belle illustration des abeilles dans les mythes concerne la mythologie maya. Il serait amusant de considérer que l’inventeur de Maya l’abeille se serait inspiré d’une représentation maya pour son abeille. Nous retrouvons de nombreuses représentations de cet insecte dans le codex maya de Madrid conservé au Musée des Amériques de Madrid. Le dieu maya créateur et père des abeilles est Itzamnà. Il est également le dieu maya créateur de l’écriture, du calendrier, et de la médecine (encore et toujours les mêmes grandes caractéristiques). On le représente souvent sous les traits d’un vieillard. Son épouse est Ixchel, déesse de la lune. Une fois mariée, elle découvrit qu’elle était stérile (tout comme la mère de Samson) et un jour un cerf apparut et piétina son ventre qui lui permis d’avoir 4 fils les Bacabs. On peut considérer que le dieu du soleil Kinich Ahau comme une deuxième image d’Itzamnà et peut-être également de son fils qui lui permet de revivre. Ce dieu est le soleil lorsqu’il parcourt le ciel pendant la journée et il est un dieu des enfers la nuit.

Codex de Madrid

L'abeille dans le Codex de Madrid. Source : http://www.encyclopedie-universelle.com/abeille1/codex-madrid-tro-cortesianus-musee-des-ameriques-page103.jpg.

En considérant ces mythes, nous pouvons retracer un fait qui est si souvent rencontré sous d’autres formes et d’autres symboles dans les mythes et les religions : la résurrection. En effet, un dieu taureau est sacrifié. Il s’agit plus précisément d’un bœuf. En effet de très nombreux mythes considèrent la mort d’un dieu (universel) après sa castration et causée par l’union avec la déesse de l’amour et de la guerre. Son corps est dépecé et reformé avant de donner naissance à un dieu solaire qui est sa réincarnation. Ce personnage mort et ressuscité a un lien très fort avec les abeilles. D’où l’importance de l’abeille pour les divinités ou personnages suivants : Télépinu, Apis, Samson,  Ak-Mucen-Kab, Itzamnà, Aristée, Bacchus. Les abeilles sont celles qui retrouvent son corps et qui symbolisent sa renaissance par le miel, ingrédient de l’hydromel qui est la boisson source d’immortalité des dieux. La divinité qui renaît sera dans un premier temps colérique est bien illustrée par Horus ou Télépinu. La mort et la renaissance solaire est bien représentée par le célèbre Icare. Pour quitter le labyrinthe de Minos, il s’envole avec des ailes qu’il a pu coller grâce à de la cire d’abeilles. En montant trop près du soleil elle fond et Icare plonge et meurt dans la mer… Espérons que le mal qui touche les abeilles à l’heure actuelle, soient une image de leur propre renaissance.

Abeille et pollen

Abeille recouverte de pollen de pissenlit. Source : http://www.centpourcentnaturel.fr/post/2008/08/01/La-pollinisation.

Sources bibliographiques

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

- MAZOYER M., 2003. Télépinu, le dieu au marécage : essai sur les mythes fondateurs du royaume hittite. KUBABA, Paris.

- TETART G., 2004. Le sang des fleurs : une anthropologie de l’abeille et du miel. Odile Jacob, Paris. 284 p.

La symbolique de l’arbre dans les mythes et les religions

L'arbre dans les mythologies

L'arbre dans les mythologies


En débutant cette recherche sur la symbolique de l’arbre dans les mythologies, je ne m’attendais pas à rencontrer ce végétal d’une manière si soutenue dans tous les mythes du monde. Il existe en effet une multitude de récits très anciens ou non qui nous parlent d’arbres très nettement liées à des divinités. En se lançant dans ce thème, on en ressort convaincu qu’il existe encore ici une preuve que toutes les croyances du monde son liées entre elles. Outre cette constatation, il ne fait pas de doute que thème nous permettra de comprendre quelques grands mystères sacrés universels.

Pour commencer, abordons la symbolique de l’arbre dans la mythologie nordique. Ce mythe peut ne pas vous dire grand-chose à la base, mais vous verrez très vite que le thème présente certaines grandes caractéristiques à travers le monde. L’arbre sacré nordique par excellence est l’Ygdrasil, un arbre de vie. Ses racines croissent à travers tous les mondes. Il présente 3 grandes racines :

1)      La plus grosse racine s’étend vers Asaheim, le séjour des dieux. On y retrouve la fontaine Urdar. Autour de cette fontaine, il y a 3 déesses appelées les Nornes Urd, Vervandi et Skuld.

2)      La plus noueuse racine s’étend vers Jotunheim, le pays des Géants. La fontaine qui jaillit sous le monde des Géants est Mimir. Elle donne l’intelligence et la sagesse à celui qui s’y abreuve avec la corne Gjallar.

3)      La plus puissante racine subit la morsure du gigantesque dragon Nidhug mais cette racine gorgée de sève résiste aux crocs et au venin. Elle abrite la fontaine Hvergelmir.

Cet arbre doit lutter pour étendre ses racines vers le ciel. Des poulains, ou des cerfs sauvages mangent ses bourgeons et des serpents attaquent ses racines. Les Nornes, déesses sacrées puisent l’eau de la fontaine Urdar, et en le mélangeant à la terre elles forment une boue qu’elles répandent sur l’arbre Ygdrasil. Cet arbre reste donc toujours vert et étend son feuillage sur les Neuf mondes. La rosée tombe sur la terre à chaque aurore. Cette rosée est en fait du miel dont se nourrissent cent abeilles. Cet arbre est le symbole de la belle saison, en d’autres mots le symbole de la renaissance par la présence de l’eau et du miel. L’aigle se trouve dans la branche la plus élevée. Entre les yeux de cet aigle se trouve le faucon Vedfolnir. Il existe une lutte entre l’aigle et le serpent, une lutte éternelle entre ces deux êtres. De manière très imagée, le sang versé par l’aigle et le serpent est aussi sacré que l’eau et le miel.

Par cette description, nous pouvons lier ce mythe à la mythologie mésopotamienne. Notez qu’à la base, nous avons l’impression que ces mythologies sont si différentes, et pourtant… Dans l’épopée de Gilgamesh (12ème tablette). Il existe un récit analogue qui nous parle de l’arbre Huluppu déraciné par Ninanna et replanté à Uruk. La déesse s’y prend mal. Elle le plante seulement avec son pied sans l’arroser. Quelques années plus tard, un serpent avait fait son nid dans les racines. Dans ses branches, c’est l’oiseau tempête qui a fait son nid. Le parallèle des animaux est si clair avec la mythologie nordique qu’il n’y a aucun doute sur la filiation entre ces 2 mythes. Au milieu de l’arbre Huluppu, se trouve la démone Lílitu (Lilith) qui s’était bâti une demeure. Cette déesse au milieu de l’arbre nous indique un fait que l’on peut prouver facilement : la symbolique de l’arbre est à lier sans aucun doute au caractère sacré de la femme mais également à un dieu d’une très grande importance. Pour l’illustrer, il existe plusieurs textes anciens nous parlant du Kiškanû noir dans la mythologie mésopotamienne, et dont les racines s’étendent vers l’Abzu primordial, l’abysse du monde. Cet arbre, brillant d’un éclat de lapis-lazuli, est localisé à Eridu, ville qui est la demeure sacrée d’Enki. Sous ses nombreux autres noms (voir l’article « Enki et ses nombreux autres noms dans le monde »), ce dieu sera un des principaux acteurs dans le domaine de la symbolique de l’arbre avec les déesses qui lui sont associées. Lorsqu’on parle que le ciel et la terre sont uni on fait référence à cet arbre cosmique. Divers mythes nous racontent que les cieux ont été séparés de la terre ; peut-être devons-nous y voir une image de la mort de cet arbre cosmique et finalement la fin d’un être céleste qui est le trait d’union entre les cieux et terre.

Dans la mythologie chinoise, il est également fait mention de lien d’un arbre sacré « avec neuf mondes ». Cet arbre s’appelle le Kien-mou et il relie les neuf sources (séjour des morts) aux neuf cieux. Par lui, montent et descendent les souverains qui sont les médiateurs du ciel et de la terre. Kien-mou est l’arbre de vie qui nait et meurt de nombreuses fois. Cet arbre est entouré de 2 arbres : un pêcher Pa’n-mou dont les fruits confèrent l’immortalité et un autre arbre appelé Jo dont les fleurs rouges lumineuses éclairent le ciel lorsque le soleil n’est pas encore levé. Le Kien-mou associé à 2 autres arbres est une très belle image que l’on a pu donner à Enki, à Nammu et à Ninmah. La figure ci-dessous est la copie de l’empreinte d’un sceau-cylindre découvert à Mari (sud-est de la Syrie). On comprend très clairement que les déesses associées à Enki sont des arbres sacrés. Ces 2 arbres sont connus dans de très nombreux mythes bien connus de tous.

Empreinte d'un sceau sumérien de Mari où l'on voit Ninmah, Enki et Nammu. Source : Adam Genesis d'Anton Parks

L’histoire la plus connue concerne l’Eden biblique. En genèse 2:4, Dieu place dans le jardin d’Eden l’arbre de la Connaissance du Bien et du mal et l’arbre de la Vie au milieu. L’homme peut manger les fruits des arbres de l’Eden sauf celui de ces 2 arbres. Le serpent incite la femme à goûter le fruit de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Dieu a interdit aux hommes d’y gouter pour empêcher qu’ils deviennent leur égal par le discernement du bien et du mal. Ce récit biblique prend sa source en Mésopotamie. A Nippur en Irak ont été découvertes des tablettes d’un étonnant contenu : les tablettes de Kharsağ. Ces tablettes d’argile nous révèlent l’existence d’un Eden construit dans le mont Taurus (nord de la plaine mésopotamienne). La déesse Ninkharsağ (Ninmah) décide qu’on construira pour elle, notamment, un jardin planté d’arbres fruitiers. On décrit dans ces tablettes également la naissance de l’être humain : « Les humains n’avaient pas encore appris à comment manger et comment dormir, ils n’avaient pas appris à faire des vêtements ou des demeures permanantes. L’humanité rampait dans ses demeures à quatre pattes ».

Ce jardin est référencé également dans la mythologie grecque. Il est demandé à Héraclès, le célèbre héro grec d’aller cueillir les pommes dans le jardin des Hespérides, un jardin inconnu de tous. Ces Hespérides sont Aeglé, Erythie et Hespéra. Athéna lui conseille d’aller voir les 3 anciennes divinités créatrices des hommes appelées les Moires. Celles-ci le conseillent d’aller voir Nérée, le dieu de la mer. Après plusieurs péripéties, Héraclès voyage avec la coupe solaire du dieu Hélios (à la manière d’Horus) jusqu’à l’île des Hespérides où pousse l’arbre aux pommes d’or gardées par des serpents. Héraclès demande de l’aide au géant Atlas. Celui-ci a été puni par Zeus pour avoir soutenu les rebelles qui s’opposaient à son trône et il doit soutenir les cieux en punition. Il veut bien  le remplacer un moment. En échange, il doit voler les pommes du jardin des Hespérides. Dans un autre mythe toujours grec, on raconte que les 3 Hespérides sont changées en arbres : Aeglé en saule, Hespéra en peuplier et Erythie en ormeau. Dans les îles Gilbert en Océanie, il existe un mythe appelé «  la malédiction de Nakka ». Nakka, qui est l’ainé des dieux, crée les premiers habitants et ceux-ci vivent sur des îles séparées. L’homme et la femme sont séparés mais sont immortels. Nakka part en voyage et les hommes et les femmes ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas se voir. Le vent apporte l’odeur des fleurs de l’arbre unique de l’île des femmes vers l’île des hommes.  Et ils se retrouvent. Nakka est de retour et les femmes et les hommes nient qu’ils se sont rencontrés en son absence. Nakka leur hôte leur immortalité pour lui avoir désobéi. Il leurs donne malgré tout la possibilité d’emmener avec eux un arbre et ils choisissent l’arbre de l’île des femmes qui leurs sera malgré tout très utile pour se soigner. Le jugement de cette histoire est analogue à celle qu’on rencontre dans la Bible. Yahvé décide d’expulser Adam et Eve de l’Eden et ils seront mortels. Le mythe biblique nous raconte donc l’histoire très ancienne de la création de l’homme et de l’intervention de divinités féminines qui permettent à la fois de discerner le bien et le mal mais également de vivre éternellement.

Peinture grecque

Peinture des Hespérides localisée au British Museum. Source : http://www.theoi.com/Gallery/N14.1.html

On peut davantage comprendre le rôle de l’arbre de vie et de l’arbre de la connaissance dans d’autres mythologies du monde. Attachons-nous maintenant à la mythologie indienne pour nous en rendre compte. L’arbre sacré indien s’appelle l’Açvattha, un figuier sacré. Le nom scientifique de cet arbre est le Ficus religiosa. Cet arbre est particulier car il étend ses racines vers le ciel et ses branches vers la terre entière. Il est tout comme l’Ygdrasil et l’arbre Huluppu le lien entre le ciel et la terre. L’Açvattha repésente le mâle et le Cami représente la femelle. On mélangeant ces 2 plantes, on obtient le feu. On a ici l’image de la création d’un être sacré de feu que l’ont peut appeler en Inde Agni. On attribue à cet Açvattha dans le texte appelé « l’Atharvaveda » des propriétés médicales merveilleuses. Le soma, la boisson des dieux, devait être reçue dans une coupe faite du bois de l’Açvattha. Les Védas sont les branches de cet arbre cosmique. De cet arbre naquit une tige prodigieuse appelée « l’arbre de lait ». Dans le Rigveda (I, 154), il est dit : « deux oiseaux, amis et compagnons, tiennent embrassé un même arbre ; l’un… mange la figue succulente, l’autre ne mange pas et regarde,… ». Dans l’Atharvaveda (X, 4, 3). L’arbre Açvattha produit l’Ambroisie sous le nom de Kustha, ou « fleur de l’Amrita ». Celui qui mange de l’ambroisie devient sage. Cet arbre est l’arbre sous lequel le bouddha va se réfugier et acquière la sagesse.

Il est n’est pas étonnant de retrouver la symbolique de cet arbre également dans le bouddhisme. Cet arbre est alors appelé le Bodhi qui est aussi consacré à Vishnu ‘encore un autre nom pour enki). Dans les traditions des pélerins bouddhistes de la Chine, on raconte que les dieux ont construit un chemin céleste entre l’arbre Sal et l’arbre Bo. Ce chemin va être parcouru par le Bouddha pendant la nuit avec les Dévâs, les Nagâs et par d’autres êtres divins. Bouddha va également rencontrer d’autres d’arbres tels que Pei-to et l’arbre Midella. Les récits font état d’un lien très étroit entre l’arbre et la vie de Bouddha. Ainsi quand la reine décida d’abattre le Pei-to, Bouddha tombe à terre évanoui. Bouddha va permettre de refaire renaître cet arbre en répandant sur ses racines 100 cruches de lait. Ces mythes ont encore des répercussions récentes dans les croyances de l’Inde où l’on vénérait l’arbre Bodhi. Remarque amusante : ne faut-il pas voir l’origine de mot anglais body dans cet arbre Bodhi intiment lié à bouddha et finalement une image du corps humain ? Cette vision de l’homme arbre est également probablement rencontrée dans la bible lorsque Jean Le Baptiste déclare aux Pharisiens en Matthieu 3:10-11 : « Engeance de vipères, qui vous as suggéré d’échapper à la colère prochaine ? Produisez donc un fruit digne de repentir et ne vous avisez pas  de dire en vous-mêmes : ‘ Nous avons pour père Abraham’. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre qui ne produit pas de bon fruit (le fait que fruit soit au singulier a son importance) va être coupé et jeté au feu ».

Le Ficus religiosa (l’Açvattha) a souvent été confondu dans la mythologie avec le Ficus indica (Vata ou Nyagrodha). Dans la légende de Krishna, on apprend que la déesse Devakî enceinte de Krishna va se réfugier sous l’arbre Vata. Cette déesse craignait que le terrible Kansa mette à mort son enfant. Nous découvrons ici un autre récit pour l’histoire bien connue de la naissance d’Horus et le fait que cette grossesse fut cachée par Isis. Tout comme les oiseaux qui mangent les figues de l’Açvattha, on retrouve des perroquets qui peuplent le Vata. Dans le mythe, il est dit que des gens simples peuvent confondre ces oiseaux avec des perles. Dans la tradition védique, on confond les 2 grandes perles du ciel (le soleil et la lune) avec l’arbre céleste Pippala. La symbolique de l’oiseau est intiment liée à celle de l’arbre.  Un oiseau de la mythologie iranienne présente d’étonnants points communs avec le phénix égyptien. Il vit dans l’arbre de vie Gaokerena et il séjourne dans la terre de la plante Hoama. Les graines de cet arbre permettent de guérir de tout mal. On considère également le Hoama comme une boisson divine tout comme la  boisson indienne (le soma) dont on a parlé plus haut. Dans ce mythe, tout comme dans la mythologie nordique, plusieurs bovidés ou capridés se nourrissent des feuilles d’un arbre sacré. Cet arbre est notamment pour les Iraniens la vigne. On connaît quelques représentations du Dieu Mythra en présence d’une grappe de raisin (parfois apportées par un autre personnage). En Iran, la vigne est considérée dans les mythes comme une plante née du sang du taureau primitif (Il n’est pas nécessaire de démontrer ici que la figure d’Enki/Osiris est sans aucun doute liée au taureau sacré). En occident la vigne a aussi son importance. En effet le vin est primordial dans le symbole de la mort de Jésus. Cette boisson est remplacée par la Haoma en Inde. La vigne est également liée à Pan, le dieu bouc grec qui tient une grappe de raisin dans une main. Ce n’est probablement pas pour rien que le vin est interdit dans la religion musulmane, à cause des pratiques rituelles de ce vin. La mort d’un être divin a également une énorme place dans bons nombre de mythes du monde.

Sceau akkadien et représentation d'un arbre de vie soigné par 2 carpes divines. Au dessus de cet arbre on y voit une sorte de vaisseau en forme d'oiseau. Cette représentation est très courante en Perse notamment. Source : http://www.nouvelordremondial.cc/wp-content/uploads/2008/03/enki-ea.jpg

Dans la mythologie celtique, Ésus est un dieu que l’on peut identifier sur 2 représentations : autel gallo-romain de Paris et sur une stèle de Trèves. Ésus semble abattre un arbre avec un outil de nature rectiligne. Cet arbre cache un taureau et 3 grues à travers ses branches (grues sont sur le bovidé). Ce taureau est appelé Taruos Trigaranus. Les grues sont des animaux échassiers. Le parallèle du vol de ces bovins est un parallèle que l’on peut faire avec Hercule, le héro grec qui vole le troupeau bovin appartenant à Gyréon. Dans une autre légende, Hercule s’attaque à Achéloüs (sous la forme d’un taureau ou d’une anguille avec des cornes bovine), et lui vole la corne d’abondance pour l’offrir à Copia. Dans un mythe gallo-romain, on a le dieu Lug qui vole une corne au serpent Balar. La mort d’un arbre et d’un taureau divin est également attestée dans la mythologie irlandaise. Le héro irlandais Cuchulainn recherche 24 vaches de Cooley et poursuit le conducteur le taureau divin Donn après avoir abattu un chêne. Dans ce mythe la gent corvidée intervient (et non des grues) et avertit le taureau Bonn de l’intention de Cuchulainn. Celui-ci est le fils de Lug dieu de la lumière sublimé en lui. Noter qu’à sa mort Cuchulainn s’attache à un pilier en pierre et meurt debout tout comme Jésus. Plus tard 3 corneilles se percheront sur sa tête. Morrigan, la déesse de la guerre viendra le chercher (déesse assimilable à Ninanna ou Perséphonne). A la mort sacrée du taureau divin qui est si répandue sur Terre, s’ensuit toujours une renaissance d’un être céleste. Cette renaissance est souvent représentée sous la forme d’un arbre d’où émerge un nouveau soleil. Les représentations égyptiennes, syriennes, mésopotamiennes présentant ce mythe sont si nombreuses qu’il serait impossible ici d’en synthétiser tous les aspects.

La renaissance divine et solaire est intiment liée à la symbolique de l’arbre dans le monde. Comme il a été indiqué timidement plus haut, ce thème de mort et de renaissance est à relier à la mort d’Osiris. Celui-ci aurait été attaché à un arbre (sycomore ou tamaris) et aurait fusionné à un arbre sacré lors de sa mort selon « Les Textes des Pyramides, des Sarcophages, papyrus Louvre N 3129 ». Cette naissance se retrouve par exemple dans un mythe grec : Thiéas roi d’Assyrie avait une fille Smyrna. Aphrodite lui inspira un amour passionné pour son père. Smyrna parvient à coucher avec son père et les dieux la transformèrent pour la punir en un arbre appelé Smyrna (arbre à myrrhe). Neuf mois plus tard, l’écorce se fendit et il en sortit Adonis. Un autre mythe, cette fois-ci océanique, existant sous plusieurs versions, raconte l’histoire d’une déesse vierge appelée Hina vivant aux Samoa. Elle s’éprend du dieu Tina, un être anguille qualifié de brillant et clairement associée aux eaux éternelles (similitudes avec le dieu Enki). Cet être va être tué et découpé en morceaux. Hina va faire en sorte d’enterrer la tête de Tina. Au bout de cinq nuits, un arbre va éclore : le cocotier qui produira un fruit qui servira d’abri à l’enfant d’Hina. Les Tahitiens et les Tuamotau incluent cette histoire au cycle de Maui. La renaissance d’un arbre à partir du corps d’un dieu se rencontre aussi dans la mythologie maya. Dans le complexe architectural de Tepantitla, on voit des oiseaux émergeant des branches d’un arbre ou d’une liane tordue qui pousse sur la tête d’une divinité centrale. Dans le temple des inscriptions de Palenque, l’arbre cosmique de la vie a été représenté comme un arbre qui surgit du roi Pascal couronné de l’oiseau mythique. Dans le codex Borgia, il existe une représentation du dieu Mixcoatl d’où surgit un arbre sur lequel est perché un oiseau.

 Naissance d'un oiseau céleste via un arbre de vie

Sceau mésopotamien et naissance d'un oiseau via un arbre de vie. Source : http://motv1q.bay.livefilestore.com/y1p8-HfAhwqWx1gjRH9NgaMGjXnZaFT-iRmaxOI49UXw0lfFQefUJ7ETDFO4-CV2ZXl2UiBm0jppZ-skmSpBe50YQ

En résumé, un grand principe universel associe l’arbre au féminin. Il n’est pas étonnant de retrouver la femme sous la forme imagée d’un arbre. Cet arbre est la source d’une boisson qui permettrait de vivre éternellement pour ceux qui s’en abreuveraient. Cette boisson est formée du fruit de l’arbre, fruit qui permet à la vie de renaître. Il s’agit donc d’une très belle métaphore associée au sexe féminin et aux menstrues. Le fait de se nourrir de menstrues est un grand principe qui nous a longtemps été caché notamment par l’interdit propagé par la figure bien connue de Yavhé. Le sang est un liquide très souvent associé à la mort rituelle, divine et à la renaissance du taureau sacré Osiris que l’on peut retrouver justement dans certains mythes sous un arbre sacré. L’arbre est à la fois le symbole de la renaissance par ses fleurs et ses nouveaux fruits et donc initiée par le féminin, mais de plus un grand symbole de fertilité masculin et très clairement associé au phallus. Voilà pourquoi il si intiment lié à l’image du dieu Enki/Osiris/Ptah et ses nombreux autres noms. Voyez tous les rites que l’on peut retrouver autour d’êtres divins morts sur un arbre ou donnant naissance à un nouvel arbre divin. La renaissance de ce taureau sacrifié est confirmée par la présence d’être célestes tels que les oiseaux et de manière unanime par le phénix. Un oiseau de feu sortirait d’un arbre sacré tant féminin que masculin et se verrait en quête d’une boisson capable de le faire revivre éternellement. L’arbre de vie fournirait ainsi la coupe de sang sacrée et la quête du graal si matérialisée ne serait en fin de compte qu’un leurre pour nous écarter de la véritable source de l’immortalité. Celle-ci ne pourrait être complète qu’en gouttant également à l’arbre du fruit de la connaissance du bien et du mal apportant la sagesse. Ce fruit se trouverait uniquement à l’intérieur de soi-même. Il faut sûrement y voir aussi une quête spirituelle initiée par le Bouddha qui se libère de la condition matérielle sous l’arbre sacré. L’immortalité ne serait pas uniquement biologique mais également psychique et dépendante de l’acquisition d’une grande sagesse…

Renaissance d'un être de feu via l'arbre de la vie

Bas-relief d'un des temples d'Angkor. Danse d'un bouddha sur un arbre de vie. La croix sur le torse est la même que celle qu'on retrouve sur certaines représentations du dieu égyptien Ptah. Source : http://baguettesenlair.blogspot.com/

Sources Bibliographiques :

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- BRAGA C., 2004. Les premières tentatives du retour au paradis interdit. Le paradis interdit au Moyen Age : la quête manquée de l’Eden oriental. L’Harmattan, Paris. pp. 98-110.

- CHARIERRE G., 1966. Le taureau aux trois grues et le bestiaire du héros celtique. Revue de l’histoire des religions. Volume 169. Numéro 169-2. pp. 155 à 192.

- CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem

- DE GUBERNATIS A., 1879. La mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal. C. Reinwald, Paris.

- DUSSAUD R., 1949. Anciens bronzes du Louristan et cultes iraniens. Syria. Volume 26. Numéro 26-3-4. pp. 196-229.

- HEMOND A. et RAGON P., 2001. L’image au Mexique. Usages, appropriations et transgressions. CEMCA-L’Harmattan, Paris. 273 p.

- MABIRE J., 1999. La légende de la mythologie nordique. Ancre de Marine.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre.

Les Géants dans les mythes et les religions

Fresque exposée sur la Grand Place de Louvain-La-Neuve en Belgique.

Une race de Géants légendaires a longtemps été une source d’inspiration pour bon nombre de mythes à travers le monde. Le terme géant vient du grec « Gigas » ou « Gigantes » au pluriel. Ce mot est formé des 2 termes gê et de gaô, ce qui signifie « fils de la Terre (Gaia, déesse grecque) ». Ainsi les géants font référence en mythologie à des êtres nés d’une déesse de la Terre et l’éthymologie du mot géant est à lier au caractère divin de cet être.

Le texte qui relate le mieux leur existence se trouve dans le Livre d’Enoch. Ce livre fait partie des célèbres manuscrits de la mer Morte écrits en araméen découverts à Qumrân en 1976. Ce récit a été considéré comme apocryphe (adjectif qui caractérise un texte qui n’est pas authentique) selon les institutions ecclésiastiques, probablement car il contenait des révélations dérangeantes pour l’Eglise. Bien que ce texte soit délibérément écarté de la Bible, il existe quand-même plusieurs références dans l’ancien Testament à des êtres de grandes tailles (ex la Genèse 6:4, les Nombres 13:33, le Deutéronome 3:3 à 11. Esaïe 14 :9,…).  D’autres récits bien connus nous parlent de géants des glaces vivant à Jötunheim et opposés aux dieux nordiques, des Titans qui affrontèrent les dieux de l’Olympe et encore bien d’autres.

Le Livre I d’Enoch appelé « Le livre de la chute des anges et de l’essomption d’Hénoch  (chapitres 6 à 36) » nous parle très précisément d’anges, d’enfants célestes qui tombèrent amoureux de femmes humaines. Celles-ci enfantèrent les Nephelim, des géants qu’il fut très difficile de rassasier. Le Seigneur (Dieu correspondand à Yavhé) considère ces êtres comme très néfastes. Parallèlement à l’existence de ces demi-dieux, Azazel est jugé coupable d’avoir transmis à l’homme des connaissances divines qui le corrompirent. Le Seigneur demande à l’ange Gabriel d’exterminer ces Nephelim et à Michaël d’annoncer le châtiment des criminels qui se sont unis à des femmes humaines. Pour purifier la Terre de la tyrannie, de l’injustice et du crime, le déluge doit s’abattre sur Terre. Le Seigneur prévoit le retour d’une période prospère où tous les hommes devront l’adorer et lui rendre les honneurs qui lui sont dus. Cette image d’un dieu tyrannique et se considérant comme le seul dieu se rencontre notamment dans la figure de Yavhé de l’ancien Testament ou d’Akhénaton qui se considère comme un dieu vivant qui soit le seul qu’on peut idolâtrer.


En Genèse 6, on retrouve un récit similaire où les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes les convenaient et ils les prirent pour femmes. Ils étaient appelés les Néphilim. De leurs unions avec les femmes humaines sont nés « des héros de jadis de grande renommée ». Ce récit est suivi de peu par la décision de Yavhé d’éradiquer de la surface de la Terre les hommes à l’exception de Noé qui « marchait avec Dieu ».

Un autre récit des manuscrits de la mer Morte appelé «  Le Livre des Géants » nous parle de géants. Ce récit corroboré par d’autres textes similaires (notamment perses) complète l’idée d’un jugement divin envers ces géants. Hahya et Ohya (fils de Šemhazaï, chef des géants veilleurs) ont des visions en rapport avec le déluge, la destruction d’un jardin planté d’arbres (excepté un arbre composé de 3 branches) dont s’occupent plusieurs veilleurs, et le jugement écrit du souverain des cieux. Le géant Mahawaï est le messager qui est chargé de transmettre ces songes à Enoch, le scribe du discernement pour qu’il se charge d’en trouver les significations.

Dans les textes anciens de Ras Shamra (Ugarit), les Rephaim sont un groupe d’êtres au service de Baal et le chef s’appelle Rapha-Baal, terme qu’il faut rapprocher de Raphaël l’un des 7 anges qui se tient près du Seigneur (Ra’af est d’ailleurs un des noms égyptiens d’Horus). Les Rephaïm sont lié à la résurrection d’Aqhat, fils de Dan’el (le dieu du ciel An mésopotamien). Le poème d’Aqhat nous apprend qu’Aqhat a été tué à l’instigation d’Anat lors d’une chasse de la déesse et lors d’un vol d’oiseaux (les oiseaux accompagnent très souvent la résurrection d’Osiris en Horus). Autour de la mort d’Aqhat, les Rephaïm participent à un banquet rituel qui dure 7 jours. Ce texte nous parle de la guérison du dieu Aqhat. Chez les anciens Sémites, la guérison possède un sens beaucoup plus large que celui que nous lui donnons actuellement. Il s’agit d’un dieu qui revient lui-même de la mort à la vie et qui par sa résurrection redonne vie à toute la nature.

La mort d’un dieu et son séjour dans les enfers en compagnie d’êtres divins de grande taille se rencontre également en Isaïe 14:9. On parle de rois de nations qui ont été précipités avec l’étoile du matin, fils de l’aurore dans le Séhol (les profondeurs de l’abîme). Cette étoile du matin est Horus. Ce royaume souterrain fait référence aux enfers. Pour plus d’informations concernant ce royaume, voir l’article « Enki et ses nombreux autres noms dans le monde ».

Après le déluge et la sentence divine, le nombre de géants a fortement diminué et il reste quelques survivants. Dans les Nombres 3:25, Moïse envoie des hommes dans le Pays de Canaan (sous l’ordre de Yavhé). Les hommes reviennent apeurés car ils ont découvert dans cette région un peuple puissant qui vit dans des villes fortifiées, très grandes. Selon eux, ce pays est « un pays qui dévore ses habitants. Toux ceux qu’ils ont vus sont des hommes de grande taille. Ils ont vu aussi des géants (les fils d’Anaq, descendance des Géants). Ils leurs donnaient l’impression d’être des sauterelles.

Dans le Deutéronome 3:3 à 11, on apprend qu’Og est le roi de Bashân et dernier survivant des Rephaim. Son cerceuil est long de 9 coudées (soit environ 4 mètres de longueur). Les Rephaim se retrouvent une douzaine de fois dans l’ancien Testament et ils font référence notamment à une ancienne population de Palestine qui n’a laissé que peu de traces dans la tradition israélite.

De nombreux autres récits mythologiques attestent de l’existence de géants qui furent condamnés par une entité suprême. Ces géants sont étroitement liés à un être solaire, un ange (Horus, Raphaël,…). Ces êtres auraient vécu dans des endroits reculés et bien protégés à l’abri des regards notamment dans les montagnes, forêts,… Afin de détruire l’humanité corrompue par le bouc émissaire Azazel ou le serpent biblique, Yavhé anéantira les hommes et les géants par le déluge. Les mythes nous parlent d’une époque antédiluvienne où les géants étaient encore nombreux, mais également d’une époque plus récente où subsistent encore quelques géants que les dieux combattront et vaincront avec le temps…

Enki et ses nombreux noms dans les mythes et religions

Un peu partout sur Terre, un dieu était aux centres des croyances anciennes. On le retrouve dans quasi tous les mythes et religions du monde. Ce dieu est polyculturel, il présente un certain nombre d’aspects universels et des caractéristiques particulières qui le distingue très clairement d’autres divinités. Ses noms sont aussi nombreux que les facettes d’un diamant. Il a considérablement influencé nos croyances actuelles. Toutes les divinités qui l’ont côtoyé sur des panthéons divins vont dans le sens d’un être unique. Nous appellerons ce dieu Sa’am (signifiant « beau de visage » avec le syllabaire suméro-akkadien). Cet être porte notamment les noms suivants : Enki, Dumuzi, Tammuz, Osiris, Sokar, Ptah, Amon, Khnum, Min, Taténen, Apis, Pan, Nommo, Odin, Aurvandil, Chronos,  Prométhée, Hadès, Azazel. Il existe encore toute une multitude de dieux non considérées dans cet article, tellement le sujet est vaste…

Pour tous ces noms, il existe de grands signes distinctifs communs. Certains sont moins évidents que d’autres et sont parfois très spécifiques mais uniques. Au premier abord, on a l’impression de rencontrer des êtres bien distincts. Il existe en effet une grande variété de différences mais un ensemble de caractéristiques communes très spécifiques, qui combinées entre elles ne laissent pas de doute sur la filiation entre tous ces personnages. L’être universel dont nous allons entrevoir le rôle comporte les particularités suivantes :

1) Une association à la mort :

- dieu des enfers

- vivant dans un royaume souterrain

- être qui meurt et qui ressuscite dans la plupart des cas

2) Créateur/Père divin

- créateur des hommes, de la faune et de la flore

3) D’une grande Sagesse

4) Un ensemble de fonctions associées

- l’agriculture et la nature

- la fertilité

- l’eau de manière générale, ou un cours d’eau

- la médecine

- être de lumière

- l’art, l’artisanat

- créateur de l’écriture

- un être maîtrisant le feu, la métallurgie et qui transmet ses connaissances à l’homme

5) Des traits physiques ou des caractères associés

- barbu

- beau de visage

- les cornes de bélier ou de bouc

- le taureau sacré

- une couleur de peau verte ou bleue

- le serpent

- assis ou couché

6) Une association avec des entités particulières

- un ou plusieurs grand(s) rival(aux)

- un fils solaire et/ou lunaire

- un parèdre principal voire plusieurs entités féminines sacrées

- le chien/loup issu d’un monde souterrain

- 7 sages

7) De grands symboles

- la croix

- un sceptre de pouvoir

- un arbre/pilier

- une barque ou un char solaire

- le soleil

Les dieux égyptiens Ptah, Amon, Khnum, Min sont très souvent assimilés comme étant une seule divinité. Ils sont tous créateur du monde et des hommes. Ils sont des êtres de lumière. Tous ont un trait divin très spécifique : les cornes de bélier/bouc (voir image ci-dessous). Le dieu grec Pan présente aussi cette caractéristique dans sa représentation. Le sukhurmashu est l’attribut d’Enki/Éa combinant à la fois la chèvre et le poisson, devenant par la suite le signe zodiacal du capricorne. Les cornes de bélier/bouc est une particularité peu commune pour signaler le caractère divin d’un être céleste. Par conséquent, cette caractéristique semble être un critère efficace pour considérer un lien entre ces divinités.

Symbolique du bélier divin

1) Ptah, 2) Amon, 3) Khnum, 4) Pan

Sources :

http://alain.guilleux.free.fr/deir_el_medineh/deir_el_medineh_tombe_pashedou.php

http://www.cbx41.com/article-dieu-a-tete-de-belier-amon-re-louvre–38768127.html

http://eu.wikipedia.org/wiki/Fitxategi:SFEC_EGYPT_ESNA_2006-013.JPG

http://www.louvrebible.org/index.php/louvrebible/default/visiteguidee?id_menu=VISGR1&&id_oeuvre=28

Dans le monde, il existe une autre grande caractéristique unique qui se rencontre notamment chez les dieux suivants : Enki (dieu sumérien), Éa (dieu assyro-babylonien), Dumuzi (dieu sumérien), Tammuz (dieu akkadien), Osiris (dieu égyptien), Sokar (dieu égyptien), Hadès (dieu grec), Pluton (dieu romain), Odin (dieu nordique), Aurvandil (dieu nordique), Izanagi (dieu nippon), Yama (dieu indien). En effet, toutes ces divinités ont un rapport évident avec les enfers ou du moins le royaume des morts. Ce royaume souterrain est l’Abzu pour Enki, l’Hadès dans la version grecque, la Duat pour Osiris ou  le Yomi pour Izanagi. Le chien/loup gardien des enfers est Cerbère dans la mythologie grecque. Dans les croyances nordique ou indienne, on retrouve 2 chiens/loups. Pour Enki, certains textes le concernant nous parle d’un « loup dévorant qui écumait comme l’eau à l’avant de son bateau ». En Egypte, Anubis est le chien qui accompagne les dieux dans l’autre monde et qui se trouve à l’avant de la barque solaire. Un mythe aux multiples variantes raconte l’histoire d’une divinité, liée à certains dieux cités ci-dessus, qui descend aux enfers. Il s’agit d’Isthar (akkadienne), d’Inanna (sumérienne), de Perspéphone (grecque), d’Izanami (nipponne), de Yami (indienne),… Toutes ces déesses meurent aux enfers. Une autre constatation intéressante concerne la représentation du diable avec ses cornes, qui découle directement d’autres divinités telles qu’Apis, le taureau égyptien sacrifié qui ressuscite, de Yama le dieu indien des morts, ou de Pan, dieu grec à cornes de bouc. (Voir la représentation ci-dessous). Ces quelques éléments permettent de comprendre que la version chrétienne bien connue de l’enfer n’est pas neuve et n’est finalement qu’un concept emprunté à des croyances beaucoup plus anciennes.

Une symbolique particulière mérite un peu d’attention : l’arbre de vie. On retrouve cet arbre dans la 12ème tablette de l’Epopée de Gilgamesh appelée généralement « Enki aux pays des morts » ou « Inanna et l’arbre Huluppu ». Dans ce texte, l’arbre Huluppu est finalement l’arbre sacré d’Enki, qui est déraciné par Inanna pour être replanté à Uruk. Cet arbre mourant va finalement revivre à Uruk et il se voit infesté par divers animaux. Cet arbre en plus d’être associé à Enki, représente également le pouvoir que Ninanna aura à Uruk. La symbolique de l’arbre est très importante et elle est très souvent associée au féminin. Justement au centre de l’arbre Huluppu, on retrouve la déesse Lílitu. Le corps d’Osiris est souvent entouré de 4 arbres de vie (les 4 grandes déesses sacrées Serkit, Nephtys, Hathor et Neith). Pluton possède également son arbre sacré le Cyprès. Ptah est parfois représenté par deux piliers/arbre appelé Djed. L’un est tenu dans sa main et symbolise son pouvoir, l’autre est situé derrière lui et il le symbolise lui-même. Cet arbre est également un symbole évident de la nature et son étude approfondie permettrait de révéler de très nombreuses nouvelles analogies entre dieux au premier abord distincts.

Les origines du diable

1) Apis, 2) Pan, 3) Yama

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pan_satyre_della_Valle.jpg

http://www.mongolianculture.com/Yama.html

Un animal sacré et très ancien se retrouve associé pour pas mal de dieux étudiés ici. Combiné à l’ensemble des autres caractéristiques communes que l’on peut découvrir, cet animal met en avant le caractère reptilien divin. En effet, nous pouvons remarquer que le serpent est un attribut pour beaucoup de divinités citées plus haut. De nombreux dieux égyptiens présentent une coiffe surmontée d’un serpent (voir l’exemple ci-dessous d’Apis).  Amon est considéré dans les textes égyptiens comme le serpent qui féconde l’œuf primordial. Azazel le bouc émissaire de la Bible qui apporte le métal aux hommes est considéré dans un texte apocryphe (l’Apocalypse d’Abraham) comme un serpent ailé. Ce personnage est étonnamment proche de la version que l’on a du serpent biblique qui a corrompu Adam et Eve. Dans les tablettes de Kharsağ découvertes à Nippur en Irak au 19ème siècle, Enki est qualifié de « splendide serpent aux yeux brillants ». Enki est le seigneur de l’entendement ce qui est conforme à la vision que l’on a du serpent biblique en Genèse 3.1 : « Le serpent est le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits ». On raconte dans la mythologie nordique qu’Odin va se changer en serpent pour atteindre une caverne où était gardé un nectar sacré. En Grèce le célèbre héro Héraclès veut rencontrer aux enfers Déjanine qui est courtisée par un dieu fleuve Achéloos (une divinité qui peut se transformer en taureau et en serpent). Le serpent est un symbole utilisé pour présenter la filiation divine des dieux. Dans le papyrus Heruben, on voit le corps d’Osiris qui est déposé sur l’abysse primordial figuré par le serpent Apophis. Ce serpent primordial est le serpent Leviathan de la Bible. Chez les Mayas et également chez les Egyptiens le serpent est le siège sur lequel repose divers personnages divins. En plus de considérer Sa’am comme un serpent, on peut constater que la naissance de son fils utilise également ce symbole. Le Nommo des Dogons du Mali est un dieu qui va cracher un serpent dans une coupe-bouclier. Cette naissance est équivalente au mythe de la naissance de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, qui naît de l’ouverture de la gueule du serpent igné. Amon va ouvrir l’arbre sacré et libérer le roi vieillissant qui se transforme en serpent ou en faucon. Le symbole du serpent est universel et il n’est pas seulement synonyme d’une peur ancestrale ; en effet, bons nombres de dieux bienfaisants présentent cet attribut.

La symbolique du serpent

1) Apis, 2) Khnum, 3) Faucon solaire, 4) Osiris

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://www.flickr.com/photos/dalbera/2081847590/

http://www.spiritweb.us/egypt/egyptian-gods.html

http://www.fauser.edu/fau/egitto/EgittoWebImages/papiro.jpg

Nous pouvons dresser le portrait d’un dieu créateur du monde et des hommes. Il semble avoir 2 parèdres principaux : une déesse-mère qui enfantera un être solaire (Horus notamment) et une autre plus axée sur un mélange entre l’amour et la guerre telle que l’on peut la retrouver sous les traits de l’Ishtar babylonienne. Dans certains mythes, il présente des caractéristiques bienfaisantes mais certains semblent avoir dévié vers un rôle beaucoup plus négatif. Ce dieu aura créé les hommes mais il leurs aura également transmis des connaissances non voulues par d’autres dieux (notamment son principal rival Seth, Zeus, Fenrir, etc… qui sera responsable de sa mort), tels que le feu et la maitrise des métaux. Pour préserver le souvenir de cet être céleste décédé, de nombreux textes de par le monde ont conservé une trame sacrée unique qui peut dans certains cas avoir complètement dévié au profit de ses principaux adversaires. Comme vous avez pu le constater cet article est loin d’être exhaustif sur ce dieu universel. De nombreux autres noms et particularités n’ont pas été abordés ici et ils feront probablement l’objet d’articles ultérieurement.