Ebla, ville antique de Syrie

Tell-Mardikh (Ebla) est la meilleure source de renseignements pour étudier la civilisation ancienne de la Syrie du nord. Cette ville a permis de réveler la preuve de l’unité de la civilisation à l’ouest de la Mésopotamie, que l’on peut appeler « civilisation amorrhéenne ». Les découvertes les plus étonnantes en Syrie ont également eu lieu à Tell Hariri (l’ancienne Mari) dans la partie la plus orientale de la Syrie  et à Ras Shamra (Ugarit) sur la côté méditérannéenne.

Les fouilles archélologiques de la cité d’Ebla ont été spectaculaires. On y a découvert des constructions d’un haut niveau architectural, une bibliothèque composée de plus  de 17000 tablettes d’argiles dans « le Palais royal G » (voir ci-dessous). Les tablettes sont une source colossale d’informations qui permet de donner un autre regard sur la partie occidentale du Proche Orient. Dans le palais royal, on a découvert une extraordinaire quantité de lapis-lazuli bruts provenant du lointain Badakhshan en Afghanistan, preuve de relations avec des contrées lointaines. Le palais royal, les tombes royales et l’enceinte fortifiée sont tant d’éléments qui attestent de la puissance de cette cité.

Palais royal d'Ebla

Palais royal G d'Ebla. Sources : http://www.homsonline.com/EN/Citeis/slides/Ebla_RealPalace.htm.

Concernant la composition des tablettes des archives d’Ebla, la grosse majorité des écrits est un ensemble d’enregistrements d’opérations administratives (mouvements d’entrées et de sortie de denrées et de biens, inventaire des magasins). Environ 4 % sont des textes relatifs à l’apprentissage et à l’exercice de l’écriture. On y retrouve notamment d’étonnantes tablettes qui sont des répertoires dans lesquels on dresse du vocabulaire sumérien à côté du vocabulaire éblaïte. Une centaine de lettres sont des lettres de caractères administratifs tels que des décrets, des sentences, des accords économiques entre les états. Le nombre de textes mythologiques et magiques est malheureusement très réduit (quelques dizaines).

A Ebla, le système d’écriture cunéiforme fut importé de Mésopotamie et il fut codifié par des scribes qui ont sélectionné une série de graphèmes capables de transcrire leur langue sémitique. Des lettres et des accords diplomatiques retrouvés dans les archives royales d’Ebla prouvent que ce système fut transmis à d’autres centres syriens occidentaux. L’étude de la phonétique éblaïte montre que cette langue a fortement conservé la structure d’un système commun auquel se réfèrent toutes les langues de la famille sémitique.

Dans les tablettes d’argile d’Ebla, on répertorie une centaine de divinités. La plupart des informations proviennent de textes d’offrandes sacrificielles ou à but rituel et de documents administratifs ou judiciaires. Tout comme les grandes religions de Mésopotamie, la religion d’Ebla se présente généralement comme un polythéisme structuré. Dans les textes qui montrent l’intervention directe, actuelle ou mythique des divinités, on a des documents dans lesquels on demande ou on loue les dieux pour surveiller activement les accords établis. On retrouve notamment l’intervention du dieu Utu (dieu solaire) et d’Ada (plus tard Haddu/Hadad). La figure principale du panthéon éblaïte est Dagan (un dieu agricole). La liste est longue et bons nombre de noms peuvent être des épithètes d’autres dieux. On retrouve dans ces tablettes la présence d’Enlil, Tiamat, Enki, Ninki, des divinités primordiales dans la mythologie sumérienne. En comparant la liste de divinités de la ville d’Ebla avec Ugarit, on atteste de l’importance des divinités suivantes : El, Baal, Ada, Dagan, Ashtar et Ashtart, Malik et Ilam. Toutes les divinités citées ici sont des divinités d’une importance capitale dans la compréhension des mythes de cette région du monde et il feront l’objet d’ articles ultérieurement.

Tablettes d'Ebla, tablettes cunéiformes

Tablettes d'Ebla découvertes dans la partie administrative du palais royal G. Source : Histoire et archéologie : Ebla la retrouvée.

A Ebla, il est fort probable qu’un puissant royaume s’est développé et qu’une forte influence mésopotamienne s’est excercée sur lui.  Le développement d’Ebla doit être probablement la conséquence d’un essor économique important suite à son rôle dans la circulation des biens dans le monde oriental. Celà est profitable à la Mésopotamie qui eut un grand besoin en bois et en métaux (ceux-ci en provenance d’Anatolie). Ebla fut une cité riche en denrées et en biens. Elle fut le centre d’un monopole sur le bois, le cuivre et l’argent mais également une source importante pour la production de laine et de lin. Cette région était agricole. On cultivait des céréales dans la plaine centrale, la vigne et l’olivier dans les collines de l’ouest. Les vastes pâturages saisonniers des steppes nourrissaient d’immenses troupes de bobins. Tous ces biens sont attestés dans les tablettes de la bibliothèque du palais royal d’Ebla. Il se peut que le monopole d’Ebla sur un grand nombre de biens ait eu pour conséquence sa destruction. Des textes attribuent notamment cette cité à Sargon d’Akkad ou alors à son petit fils Naram-Sin qui s’est autoproclamé vainqueur d’Armanu et d’Ebla, et « roi des 4 Régions de la Terre ».

Les relations qu’entretenaient Ebla avec les régions aux alentours sont notamment confirmées par un ensemble de textes d’origines variées. On mentionne Ebla dans les textes d’Alalakh (ville syrienne au nord-ouest d’Ebla), attestant explicitement un mariage dynastique entre la famille royale d’Alalakh et celle d’Ebla. Ebla entretenait aussi des relations avec Mari et avec d’autres cités. On a notamment retrouvé une lettre de compliments et de recommandations d’Enna-Dagan, le roi de Mari, adressée au roi d’Ebla. D’autres textes mettent en évidence des grandes quantités d’or et d’argent échangées entre ces deux cités. Un autre texte signale un traité entre Ebla et la ville d’Assur (attesté comme étant Abarsal, une région qui doit se situer près de l’Euphrate entre Mari et Ebla). Le rôle commercial d’Ebla est également confirmé dans les archives d’Ebla par des échanges avec des cités relativement éloignées pour des produits tels que les céréales, huiles et vins.

Ebla, Ugarit et Mari

Carte de la Syrie et localisation des cités antiques Ebla, Ugarit et Mari. Sources : Google Maps.

Pour ce qui est de relations avec les égyptiens, les découvertes d’objets égyptiens sont très nombreuses à Ebla : armes, bijoux, vases,… Les découvertes de hiéroglyphes égyptiens sur des objets des fouilles d’Ebla ont fait sensation.  Certains vases portent parfois des cartouches avec les noms des pharaons égyptiens Khéfren et Pepi 1er. Notez que des textes du Moyen-Empire égyptien nous apprennent que l’Egypte recevait des pierres de la Syrie.

Concernant l’art d’Ebla, il est particulier car bien qu’il ait eu des influences clairement mésopotamiennes, il présente également des caractéristiques uniques. En effet, on a retrouvé bon nombres d’objets constitués d’un ensemble variés de matériaux tels que l’or, le lapis-lazuli, l’argent, la pierre (stéatite, calcaire), le bois. Ce mélange entre divers matériaux fut une technique appréciée en Mésopotamie mais cet art n’a pas persisté.

En conclusion, l’étude archéologique d’Ebla  et des sites archéologiques est d’une grande importance pour aboutir à une meilleure compréhension de l’histoire de l’humanité. Les échanges d’Ebla avec les régions voisines telle que l’Egypte, l’Anatolie, la Mésopotamie, l’Afghanistan, et tant d’autres sont tant de raisons qui attestent des relations complexes et variées dans cette région. Contrairement aux idées reçues sur le retard de la civilisation amorrhéenne par rapport à la Mésopotamie, les fouilles archéologiques d’Ebla ont permis de mettre en évidence les connaissances avancées de cette région du monde.