La déesse de l’amour et de la guerre

N’est-il pas étonnant de retrouver comme attributs principaux l’amour et la guerre pour une des plus influentes déesses du monde ? Cette déesse est un personnage complexe, qui combine des traits de caractères opposés mais complémentaires. L’étude de cette divinité par ses nombreux noms nous permettra de mettre en évidence une histoire étonnante. De la même manière que pour Enki, cet article tentera de dégager des éléments communs pour des divinités apparentées. Cette étude loin d’être exhaustive nous permettra de clairement distinguer la déesse de l’amour et de la guerre d’une autre divinité tout aussi répandue à travers le monde, dont un nom bien connu est Isis. Quels noms pourrait-on donner à cette déesse guerrière dont le désir était sans fin ?

Mythologie perse : Anahita, Qadesh

Mythologie mésopotamienne : Ishtar et Inanna

Mythologie hourrite : Hébat, Shaushga

Mythologie hittite : Hannahanna

Mythologie phénicienne : Astarté, Qadesh, Ashtart, Anat, Atargatis, Shalim, Marie l’Egyptienne

Mythologie arabe : Allat

Mythologie égyptienne : Nephtys (Nebet-Hut), Anat, Qadesh, Marie l’Egyptienne

Mythologie grecque : Athéna, Aphrodite, Ariane, Erigoné

Mythologie nordique : Freya, Morrigane

Mythologie maya : Coyolxauhqui

Mythologie hindoue : Mahishâsuramardinî, Durga, Kali, Lakshmi, Saravastî

Mythologie juive : Oholiba

Mythologie chrétienne : Marie-Madeleine

Remarque : cette liste n’est bien entendu pas complète. Je n’ai pas investigué suffisamment profondément dans toutes les mythologies du monde pour que ce soit le cas. Il me faudrait probablement de nombreuses années pour la compléter et d’ailleurs sans garantir d’y parvenir totalement un jour.

Une des figures la plus connue de la déesse de l’amour et de la guerre se retrouve chez l’Ishtar babylonienne. L’étude des textes anciens et les données archéologiques nous permettent sans aucun doute de l’assimiler à Inanna, une déesse sumérienne. Elle est connue pour ses nombreuses prouesses guerrières et son goût pour la violence. Elle contrebalance ce trait de caractère par un grand instinct maternel et un grand désir d’attraction. L’emprise qu’elle a sur les dieux, les hommes et les animaux est illustrée par son emblème qui est la chouette, oiseau nocturne de proie.

Ishtar babylonienne

Ishtar sur un sceau-cylindre du British Museum. Sources : http://economiedistributive.free.fr/ IMG/jpg/1031_sumer.jpg

Dans l’épopée de Gilgamesh, Ishtar est accusée de provoquer la mort journalière de son époux lion. L’emblème par excellence de cette déesse est le lion. La déesse en surmonte un dans de nombreuses représentations. Le lion est un symbole très régulièrement associé à Vénus. On qualifie Vénus dans de nombreux textes anciens, d’étoile du matin et d’étoile du soir.  Le soleil à son lever fait progressivement disparaître l’éclat de Vénus au matin, celle-ci ne réapparait qu’au soir sous le nom de l’étoile du soir. Ashtart est l’étoile du soir phénicienne, épouse d’Ashtar le dieu lion étoile du matin. Pour prouver que les 2 lions étoiles ne forment qu’un, en Egypte il existe le signe ‘kr qui est un hiéroglyphe où l’on voit les 2 lions soudés entre eux. Ces 2 lions sont le symbole par excellence du nouveau soleil Horus qui renaît en sortant de la colline primordiale. Ashtart est parfois représentée nue tenant des lotus qui sont ses attributs habituels. La déesse a un visage de lionne avec une coiffe hathorique. Dans les textes de Ras Shamra, Shalim est l’étoile du soir.  On raconte que Shahar et Shalim sont associées à la déesse solaire et l’aident à recueillir du venin de serpent pour dissiper les gros nuages qui planent sur Terre. Qadesh, déesse phénicienne, est représentée debout sur un lion dont l’emblème est une croix symbole de Vénus. La version arabe se retrouve chez Allat. Elle est la Grande déesse de la fécondité et la guerre. On la représente accompagnée d’un lion. On retrouve des vestiges liés à cette déesse à Palmyre. Elle apparaît sur des tessères, des stèles babyloniennes. On la représente souvent debout et armée, assise entre 2 lions ou parfois dressée sur un lion comme à Hatra.

Différentes versions de la déesse de l'amour et de la guerre

1) Qadesh au musée du Louvre, 2) double lion égyptien, 3) Durga grotte d'Ellora, 4) Allat temple de Baalshamin à Palmyre 5) Ishtar au British Museum 6) Mahishâsuramardinî grotte de Tamil Nad

Sources des images :

http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20HYPOGEES/VALLEE-DES-ARTISANS/stele-qadesh.jpg
http://egypte.web361.fr/index.php?lettre=a&entree=ay-ay-ai-eje
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000123569.html
http://www.aly-abbara.com/voyages_personnels/syrie/Palmyre/page/Allat_lion.php
http://karma-world.blogspot.com/2008_06_06_archive.html

- SCHMID C., 2003. A propos des premières images de la Tueuse de buffle : déesses et Krishnaïsme ancien. Volume 90, Numéro 90-91. pp. 7-67.

Ces 2 lions sont assimilés parfois à des chats. En effet Freya, la déesse protectrice des passions de l’esprit et de la chair, conduit un char tiré par 2 chats. Seule Frigg la femme d’Odin la dépasse en beauté. Freya est une femme faucon (tout comme Horus) qui réside à Folkvang, le Champ-des-Armées. Elle parcourt les plaines où se sont entre-tués les guerriers. Elle peut emmener la moitié des morts aux combats, l’autre moitié est emmenée par Odin. Son mari l’a quitté pour voyager dans des pays lointains. Ainsi elle pleure sans cesse après lui. Nous voyons ici Freya comme une pleureuse divine, fonction qu’on retrouve également chez Nephtys (appelée aussi Nebet-Hut). C’est une déesse égyptienne qui aide Isis à reconstituer le corps d’Osiris et à l’embaumer. Les 2 déesses vont se transformer en êtres volants au-dessus de la dépouille pour la protéger jusqu’aux funérailles. Ce rôle funéraire est également associé à Hannahanna, la déesse hittite, reine des abeilles. Elle tente maladroitement de retrouver Telepinu en envoyant une abeille à sa recherche (son fils dieu de l’orage participe également). L’abeille doit piquer les pieds et les mains de Telepinu. Elle doit le mettre debout et le purifier avec de la cire et enfin le ramener auprès d’Hannahanna.

Nephtys ailée

Nephtys dans la tombe Khabekhenit. Source : http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20HYPOGEES/VALLEE-DES-ARTISANS/tombe-khabekhenit.jpg.

Marie-Madeleine est également une grande pleureuse. Un passage très intéressant d’elle se trouve en Luc 8:2 où on raconte que plusieurs femmes furent guéries d’esprits mauvais et de maladie : « Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens ». Ce passage fait référence aux 7 portes des enfers que doit passer Ishtar/Inanna. En Luc 7:38, on apprend qu’une pécheresse a arrosé les pieds de Jésus avec ses larmes. Il s’agit de Marie-Madeleine la pleureuse. Tout comme Marie et Marie-Madeleine sont au pied de Jésus lorsqu’il est sur la croix, Isis et Nephtys sont les pleureuses d’Osiris. La punition d’Ereshkigal (la reine du Kigal) envers Ishtar/Inanna a été la mort rituelle pour avoir causé la mort de son époux. Marie-Madeleine est également connue sous son nom de Marie l’Egyptienne. Des textes complémentaires à la Bible nous racontent une histoire  qui semble avoir pris naissance chez les Palestiniens au VIème siècle. Marie l’Egyptienne raconte à un ascète de 54 ans appelé Zosime, qu’elle est tombée dans la débauche et qu’elle a un mal fou à combler ses désirs. Elle a eu une multitude d’amants. Pour vaincre ses désirs, elle a vécu 17 ans dans un désert, avec pour seule nourriture 3 pains. A la fin de sa vie, Zosime découvre son corps près d’une rivière et il demande à un lion de creuser de ses griffes une fosse pour pouvoir l’y enterrer et finalement lui permettre le voyage aux enfers.

Un texte fort connu nous parle la descente d’Ishtar aux enfers. Ce texte fut découvert dans le temple de Ninive. C’est une version écourtée du texte appelé « la descente aux enfers d’Inanna ». Cette déesse décide de se rendre aux enfers, dans le royaume d’Ereshkigal la reine des enfers, pour retrouver son époux Tammuz et le réssusciter. Ishtar descendra aux enfers en passant par 7 portes. Elle est obligée de se dévêtir progressivement en passant les différents niveaux. Il s’agit d’un rite visant à la déesse de s’absoudre de ses pêchés (les 7 péchés capitaux). Au terme de cette descente, Ishtar meurt ce qui provoque l’arrêt des accouplements des hommes et des animaux sur terre. Elle recherchait chaque année son époux aux enfers. On célébrait un mariage sacré entre ces 2 époux. Cette mort provoquée par une autre déesse est la même pour Ariane, fille de Minos le taureau roi des enfers. Ariane est tuée de manière violente par Artémis sous l’investigation de Dionysos. Celui-ci était en fait jaloux de Thésée car il a été l’amant d’Ariane. Elle est la déesse de la croissance printanière. Elle se pend au platane, arbre qu’il lui est consacré, tout comme Odin et également Erigoné qui se pend à un pin. Pour séduire Dionysos, Erigoné se transforme en grappe de raisin. Apprenant la mort de son père, elle se pend de désespoir. Le but est de redonner vie à la végétation. La mort de cette déesse pendue à l’arbre signifie qu’elle meurt et descend aux enfers avant de remonter au printemps.

Le désir charnel et les infidélités qui en découlent font partie intégrante de la déesse grecque Aphrodite. Elle est mariée à Héphaïstos, ce qui ne l’empêche pas de vivre de très nombreuses aventures avec d’autres dieux. L’adultère d’Aphrodite avec Arès (le dieu de la guerre grecque) est révélé par le dieu Hélios, qui sera maudit (ainsi que sa descendance) par la déesse. Héphaistos finira par pardonner les infidélités d’Aphrodite. Celle-ci est également la patronne de la prostitution sacrée. Comme les filles du roi de Chypre refusent de l’honorer, elle les pousse à la prostitution. On célébrait celle-ci notamment à Aphaca qui est l’un des sanctuaires les plus célèbres de Phénitie (à une journée de marche de Byblos). Ce site comprenait un temple renommé d’Aphrodite-Astarté en principe fondé par Kinyras, roi de Chypre. Le site était célèbre pour ses rites de prostitution sacrée. Astarté est la souverraine céleste en Phénicie qui se serait éprise de son gardien divin Kombabos.

Ishtar est également considérée notamment comme l’épouse d’An (la particule AN signifie ciel). On l’appelle justement « la Reine du ciel ». C’est probablement la raison pour laquelle beaucoup de noms de la déesse contiennent cette particule. La déesse reine du ciel et de la terre pour les Hourrites est Hébat (Hépat). Celle-ci est une déesse hourrite femme de Teshub. Ils ont pour fils Sarruma, dieu de l’orage. Hébat est appelée la déesse solaire de la cité d’Arinna. Dans le sanctuaire de Yazĭlĭkaya (à côté de Boǧazköi), on représente Hébat au côté de l’aigle bicéphale. Anat (Hanat), une déesse phénicienne porte aussi un nom similaire : « la maitresse des cieux élevés ». C’est une déesse guerrière qui est la maitresse des aigles parmi lesquels elle plane. Ce caractère la probablement suivie en Grèce où elle est devenue Athéna et cela explique pourquoi son attribut est la chouette, un autre rapace mais cette fois-ci nocturne. L’aigle tient souvent dans son bec un serpent. Ce serpent lui confère l’immortalité qu’il tient dans son bec ou dans ses serres. Le serpent est bien le symbole de l’immortalité qui permet de guérir et on le retrouve dans le caducée de la médecine. Le culte d’Anat était répandu en Syrie et en Palestine mais également en Egypte. Elle persiste jusqu’à l’époque hellénistique dans certains milieux phéniciens. Au début du VIIe siècle, elle n’est vénérée qu’avec certitude à Chypre. La rivalité d’Anat et du dieu Yam n’est qu’une autre version de la lutte entre Athéna et Poséïdon. Le texte bilingue de Lapéthos découvert sur un talon de lance dans un sanctuaire d’Athéna à Idalion prouve qu’Anat et Athéna étaient confondus.

Athéna est également une déesse de l’amour et de la guerre. Elle est représentée debout, le casque en tête, le bouclier dans la main gauche et le bras droit qui brandit une lance. Athéna est connue par sa naissance toute particulière. On raconte que Zeus après avoir avalé Métis sur le point d’accoucher, souffre d’une terrible mal de tête et qu’Héphaïstos lui fend le crâne avec une hache. Il en sort Athéna vêtue d’une armure, d’un casque et prête au combat. On la considère comme la déesse du tissage. Ce rôle est également attribué à la déesse aztèque Coyolxauhqui. Elle est la déesse guerrière sœur de Huitzilopochtli qui a poussé ses frères à décapiter sa mère. Huitzilopochtli sort armé du ventre de sa mère et tue ses frères, sa sœur et tout ceux qui avaient comploté contre sa mère. Cette naissance est céleste et identique pour la déesse guerrière hindoue appelée Kali. Celle-ci sort du front de Durga. Selon le texte Devi-Mahatmya, lors du combat contre Canda et Munda, la déesse Durga qui est assise sur un lion au sommet de l’Himâlaya est tellement en colère que sont teint devient noir et de son front jaillit Kâlî au visage terrible armé d’une épée et d’un lasso. Elle tient à la main un bâton multicolore, orné d’une multitude de crânes. Elle est vêtue d’une peau de lion. Elle est horrible à voir. Elle détruit énormément de démons, d’éléphants, et de chevaux qu’elle avale et déchire à belle dent. Tout comme Athéna, Saravastî sort du front de Bhrama. Elle est considérée comme l’épouse de Brahma. On la réprésente souvent avec le livre pustaka qui contient les formules du Sacrifice. Parmi ses attributs on retrouve notamment la fleur de lotus (padma). Les montures ou véhicules sont un lion, un oiseau l’anser qui est un oiseau aquatique et la monture de Brahma, le bélier ou le paon. Elle porte parfois une calotte crânienne appelée Kapäla. Certains textes remplacent Bhrama par Vishnou ou par Krishna.

Athéna - Musée du Vatican

Athéna - Musée du Vatican. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Athena_in_Vatican.jpg.

La fleur de Lotus semble être un symbole souvent associé à la déesse de l’amour et de la guerre. Lors de la rédaction de cet article, il me semblait que Lakshmi correspondait à l’archétype de la déesse de l’amour et de la guerre, néanmoins plusieurs raisons m’amènent à refuser aujourd’hui cette hypothèse. Je laisse l’ensemble des arguments qui m’avaient amené à tord à cette conclusion : « Lakshmi est une déesse hindoue, femme de Vishnu. D’après la Praçnottaramâlâ, ce sont des fleurs de lotus qui soutiennent Vishnu. Lorsque cette déesse a 2 bras, on la représente avec 2 lotus ou un lotus et un fruit. On a représenté cette déesse également entre 2 éléphants qui l’aspergent. Cette déesse est également vénérée en Indonésie. A Bali, un mythe raconte que Lakshmi à dû se soumettre à l’amour de Vishnou et elle en serait morte. Le riz est alors surgi de son nombril, après que son corps ait été enterré. Un autre partenaire sexuel de cette déesse est Agni Jatavedas (Agni est justement une image d’Horus, le fils d’Osiris). Cette déesse est également associée à Indra le roi des dieux, qui est le dieu responsable des orages et de la pluie. »

En effet aujourd’hui, Lakshmi apparaît à mes yeux comme une divinité distincte. Le principal argument est qu’elle est plus considérée comme la mère de l’humanité et des dieux. Ce rôle ne semble pas être associé généralement à la déesse de l’amour et de la guerre.

Lakshmi, la déesse hindoue au lotus. Source : http://users.skynet.be/lotus/lotus/lotus0-fr.htm

Qadesh également associée au lotus semble quant à elle davantage caractériser la déesse de l’amour. Elle est une déesse (d’origine perse introduite en Egypte) qui symbolise la volupté et le désir charnel. On la représente nue et souvent sur un lion. Elle tient dans ses mains à la fois des serpents et des lotus, attributs de l’érotisme. Le serpent qu’elle peut offrir symbolise l’immortalité confèrée au dieu qui partagera sa couche. Les serpents sont le symbole par excellence de l’immortalité par leur renouvellement de la peau. Les fleurs de lotus symbolisent la vie renouvelée.

La déesse de l’amour et de la guerre est célèbre par sa beauté légendaire qui rendit fou beaucoup d’hommes. L’Anat perse appelé Anahita est d’une envoutante beauté. Dans les textes, les adjectifs pour la qualifier sont les suivants : puissante, brillante, de taille élevée, majestueuse, jeune fille, belle, à la large ceinture, à la taille élancée, noble par son visage brillant, ornée d’un brillant diadème d’or, ornée d’un manteau du plus séduisant aspect couverts d’ornements d’or. On retrouve encore dans sa représentation une association au lion. Cette divinité fut propagée au Proche-Orient par les prêtres zoroastriens. Anahita est assimilée à Nana, une déesse d’origine suméro-akkadienne, qui est également représente flanquée de son lion. Elle fut adoptée par les peuples de Sogdiane. Toutes les déesses abordées plus haut sont toutes d’une beauté prodigieuse.

Au terme de cette étude, nous pouvons retracer une histoire autour de la déesse de l’amour et de la guerre. Celle-ci naîtra sous la forme de l’Athéna guerrière et représentée par l’astre Vénus colérique. Pendant une bonne partie de sa vie, la déesse de l’amour et de la guerre vivra dans la douleur du désir inassouvi, et d’un besoin constant de reconnaissance envers ses pères (An et Seth). Cette soif l’amènera probablement à étendre son influence et entrera en guerre contre d’autres dieux. Ce besoin d’attention se répercutera dans les très nombreux temples construits en son honneur de par le monde. Elle s’éprendra du dieu de la sagesse, de l’agriculture, de l’eau. Ce dieu est alors intiment lié à la déesse des enfers Ereshkigal appelée également Isis, Artémis,…L’union qui en découlera provoquera la mort du dieu et Ishtar devra subir le rituel aux enfers afin de s’absoudre de ces pêchés. Isis et Nephtys (Marie et Marie-Madeleine) seront les 2 grandes pleureuses du dieu mort qui seront gardiennes du corps d’Osiris. Horus naîtra et Nephtys deviendra sa nourrice mais également sa maîtresse. La disparition du taureau soleil survenue au moment de l’apparition de la lionne vénusienne le soir sera une image de ce qu’aura été le couple Enki avec la déesse de l’amour et de la guerre : un instant éphémère.

Voici un résumé des principales caractéristiques de la déesse de l’amour et de la guerre :

1) Une association à la mort :

- déesse qui descend aux enfers

- meurt et ressuscite

2) Un ensemble de fonctions associées

- l’amour

- la guerre

- déesse du tissage

- reine du ciel

3) Des traits physiques ou des caractères associés

- d’une beauté prodigieuse

- lionne

- né en sortant du crâne de son père ou de sa mère

- ailée

4) Une association avec des entités particulières

- 2 lions (chats)

- chevauche un ou deux lions.

- tueuse d’un dieu taureau.

- à la recherche d’un dieu.

- à la fois concurrente mais sœur d’une autre grande déesse.

5) De grands symboles

- la vulve

- un arbre

- Vénus

- le lotus

Sources bibliographiques :

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- FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

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- TSAROÏEVA M., 2005. Anciennes croyances des Ingouches et des Tchétchènes : peuples du Caucase du Nord. Maisonneuve et Larose.

Les abeilles, symboles d’une résurrection et d’une immaculée conception

Les abeilles sont quasi les seuls insectes aux vertus divines répandues dans les mythes et religions du monde. Cet article a pour but d’initier l’étude de ces insectes et de tenter de découvrir pourquoi les abeilles sont sacrées dans les mythes et les religions. La principale qualité de l’abeille concerne le don de produire le miel qui est un ingrédient divin. Les vertus thérapeutiques, aseptiques, nutritives en ont fait un des aliments de référence dans les anciennes civilisations. Outre cet aspect il existe certains mythes très particuliers qui mettent en avant la mort d’un taureau ou d’un lion et le symbole de l’abeille pour les déesses vierges et pour représenter un acte de procréation. Ne ditons pas « La lune de miel » car elle évoque l’union des jeunes mariés et la fécondité ? Etymologiquement le mot apiculteur dérive du latin apicula et du diminutif Apis (bœuf égyptien sacrifié). Etonnant quand on sait que bons nombres de mythes font naître les abeilles du corps d’un bœuf sacrifié.

Dieu égyptien Apis

Fresque du temple d'Edfu du taureau Apis. Source : http://picasaweb.google.com/lh/photo/O2TlJcU1TU1Np9GTn8wdkQ .

Le miel est très nutritif. Sa composition en glucose et fructose le rend très énergétique. Il est encore très souvent recommandé pour des affections laryngées. Le miel est également un ancien conservateur. Avant d’être brulé, le corps de Patrocle (ami d’Achille dans la mythologie grecque) est immunisé contre la pourriture grâce au nectar et à l’ambroisie dont les narines sont imbibées. La haute teneur en sucre du miel a pour effet de le rendre bactéricide. Il a ainsi des vertus aseptiques. Le miel aide également à la digestion grâce aux vertus de ces enzymes qu’il contient. Le miel est un aliment particulier car il est à la fois végétal et animal et ne produit pas de déjections (on n’en retrouve guère dans les ruches). Tout comme le lait il est une des références en tant qu’aliment naturel. Dans la bible, Yavhé dit en Exode 3:8 : « Je suis descendu pour le délivrer (en parlant du peuple des Juifs) de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel, vers la demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizittes, des Hivites et des Jébuséens ». On peut comparer le miel au lait car ce sont tous les 2 des aliments produits par le corps. Ce sont des aliments spontanés. Le miel est un aliment animal et végétal qui ne produit pas d’effusion sanglante.

Nous rencontrons dans la Bible, à mon sens le passage le plus intéressant, dans l’histoire de Samson. Ce personnage né d’une femme stérile et annoncé par la venue d’un ange (on serait tenté de penser à Marie et à Jésus). Dans le livre des Juges (14:5 à 10), on apprend que Samson arrive avec ses parents près des vignes de Timna chez les Philistins. Il souhaite y voir une fille de Philistins avec qui il souhaiterait se marier. Un jeune lion rugissant vient à sa rencontre. Avec l’aide de Yavhé, Samson déchire le lion tel un chevreau. Du cadavre du lion, il découvre un essaim d’abeilles et du miel. A la suite de cet épisode, Samson lance une énigme aux Philistins : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux ». Les Philistins n’arrivent pas à résoudre l’énigme et sont obligés de pousser la future épouse de Samson à lui soutirer la résolution de l’énigme qui est la suivante : « Qu’y a-t-il de plus doux que le miel, et quoi de plus fort que le lion ». Ce passage a un grand intérêt dans la mort du lion et la naissance d’abeilles. Dans d’autres mythes tel que celui rencontré dans la version hittite, on nous parle de Telepinu, un dieu absent. L’abeille a pour rôle de le ramener auprès de Hannahanna (déesse assimilable à Inanna d’après moi, la déesse sumérienne de l’amour et de la guerre). L’abeille doit retrouver le dieu fugueur, le piquer aux pieds et aux mains, le mettre debout, le nettoyer et le purifier avec de la cire. Les piqures ont pour rôle de sortir le dieu de son sommeil en provoquant une vive douleur. Lorsque Telepinu se réveille, il est fou de rage et détruit tout sur Terre, tel le faucon vengeur et une figure bien connue dans la mythologie d’un astre perturbateur. On peut songer à la vue de ces 2 mythes qu’il y a une trame commune à ces 2 histoires.

Peinture de Samson par Paul Rubens

Peinture du Samson biblique par Paul Rubens. Source : http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/GenerateurNotice.php?numnotice=A5578.

La confirmation de la mort d’un dieu taureau et la localisation du corps de celui-ci par des abeilles est également confirmée dans le mythe d’Aristée. Ce personnage est fils de la vierge Cyrène et d’Apollon. Il apprend dans son jeune âge, la médecine, l’élevage des troupeaux, la culture de la vigne par l’intermédiaire de Nymphes qui se sont chargées de son éducation. Outre ces connaissances, on le qualifie comme celui qui a réussit à élever les abeilles dans les ruches. On raconte qu’il fut punit pour avoir voulu abuser Eurydice. Cette punition le contraint à se séparer de ses abeilles et aura pour conséquence que l’humanité en perdra temporairement leurs bienfaits. Il obtiendra de nouveaux essaims en réalisant des sacrifices de taurillons et de génisses immolés non consommés et pourrissant au soleil. Nous pouvons nous  convaincre que la mort d’un dieu est étroitement liée aux abeilles, en étudiant le mythe de Glaucus.

Ce personnage, est un nom référencé plusieurs fois dans la mythologie grecque. Une des versions nous parle de la mort de Glaucus provoquée par Ajax et ressuscité par Asclépios, spécialiste de la médecine tout comme Aristée. Dans cette version, il est le fils de Minos, roi des enfers. On raconte qu’il s’est noyé dans une jarre de miel. Polyidos, le devin consulté retrouve le corps de Glaucus et il est enfermé avec lui dans un tombeau, tant qu’il n’aura pas réussi à lui redonner vie. Grâce à la plante d’un serpent, il réussit à le ressusciter et ils peuvent tous les deux ressortir du tombeau.

Les abeilles sont dotées de caractéristiques particulières qui leur permettent de les associer à des déesses. Sur le mont Ida en Phrygie, Cybèle est la Mère des dieux et la Reine des abeilles. Elle conçut son fils Attis après avoir cueilli la fleur d’amandier jaillie des organes mâles coupés d’Agdistis/Cybèle, qui est née à la fois mâle et femelle, et qui avait été castrée par les dieux. (Dans la Théogonie d’Hésiode, les Nymphes Méliennes sont également nées du sang des testicules d’Ouranos ; ce sont des nymphes du frêne). Quand Attis est devenu adulte, il veut se marier et Cybèle le rend fou par sa jalousie, si bien qu’il se castra et se tua. On considère Cybèle comme la Reine des abeilles et celà a une importante signification : lors du vol nuptial des abeilles, le mâle abandonne ses organes génitaux dans le corps de la femelle. Il se castre et meurt. La future reine est ainsi celle qui a provoqué la castration et la mort de celui avec qui elle s’est unie. Concernant les ouvrières, on peut les comparer à des déesses vierges qui seront à l’origine d’une immaculée conception. En effet, Les abeilles sont capables de se reproduire par parthénogenèse c’est-à-dire sans l’intervention de mâles, et ceci aboutit à la production de mâles qui sont uniquement là pour féconder la reine, pour leur donner des femelles. Les ouvrières sont d’excellentes représentantes pour les déesses vierges. Les abeilles symbolisent admirablement la résurrection car elles sont en repos en hiver et elles renaissent au printemps avec l’arbre qui leur sert de demeure. J’ai démontré dans les articles étudiant l’arbre des mythologies que l’arbre est un symbole par excellence de la résurrection. De nombreuses déesses sont considérées comme des arbres mourant et renaissant tels leurs fruits fermentés ou non ; ces arbres mourants voient leur sève en analogie descendre en hiver dans les racines et remonter au printemps pour redonner vie à la nature tel un dieu voyageant aux enfers et refaisant surface au printemps. Cet arbre sacré est le lieu d’habitation des abeilles tel l’Yggdrazil. Dans un mythe toujours hittite appelé « la disparition du feu », l’abeille, l’aigle et serpent doivent trouver le Feu disparu. Après y être parvenu, ils retrouvent leur lieu d’habitation : un arbre. L’aigle habite la partie supérieure du tronc de l’arbre, l’abeille la partie moyenne et le serpent la partie inférieure. Cette vision est conforme à celle de l’arbre Huluppu du mythe de « la descente aux enfers d’Inanna ».

Une très belle illustration des abeilles dans les mythes concerne la mythologie maya. Il serait amusant de considérer que l’inventeur de Maya l’abeille se serait inspiré d’une représentation maya pour son abeille. Nous retrouvons de nombreuses représentations de cet insecte dans le codex maya de Madrid conservé au Musée des Amériques de Madrid. Le dieu maya créateur et père des abeilles est Itzamnà. Il est également le dieu maya créateur de l’écriture, du calendrier, et de la médecine (encore et toujours les mêmes grandes caractéristiques). On le représente souvent sous les traits d’un vieillard. Son épouse est Ixchel, déesse de la lune. Une fois mariée, elle découvrit qu’elle était stérile (tout comme la mère de Samson) et un jour un cerf apparut et piétina son ventre qui lui permis d’avoir 4 fils les Bacabs. On peut considérer que le dieu du soleil Kinich Ahau comme une deuxième image d’Itzamnà et peut-être également de son fils qui lui permet de revivre. Ce dieu est le soleil lorsqu’il parcourt le ciel pendant la journée et il est un dieu des enfers la nuit.

Codex de Madrid

L'abeille dans le Codex de Madrid. Source : http://www.encyclopedie-universelle.com/abeille1/codex-madrid-tro-cortesianus-musee-des-ameriques-page103.jpg.

En considérant ces mythes, nous pouvons retracer un fait qui est si souvent rencontré sous d’autres formes et d’autres symboles dans les mythes et les religions : la résurrection. En effet, un dieu taureau est sacrifié. Il s’agit plus précisément d’un bœuf. En effet de très nombreux mythes considèrent la mort d’un dieu (universel) après sa castration et causée par l’union avec la déesse de l’amour et de la guerre. Son corps est dépecé et reformé avant de donner naissance à un dieu solaire qui est sa réincarnation. Ce personnage mort et ressuscité a un lien très fort avec les abeilles. D’où l’importance de l’abeille pour les divinités ou personnages suivants : Télépinu, Apis, Samson,  Ak-Mucen-Kab, Itzamnà, Aristée, Bacchus. Les abeilles sont celles qui retrouvent son corps et qui symbolisent sa renaissance par le miel, ingrédient de l’hydromel qui est la boisson source d’immortalité des dieux. La divinité qui renaît sera dans un premier temps colérique est bien illustrée par Horus ou Télépinu. La mort et la renaissance solaire est bien représentée par le célèbre Icare. Pour quitter le labyrinthe de Minos, il s’envole avec des ailes qu’il a pu coller grâce à de la cire d’abeilles. En montant trop près du soleil elle fond et Icare plonge et meurt dans la mer… Espérons que le mal qui touche les abeilles à l’heure actuelle, soient une image de leur propre renaissance.

Abeille et pollen

Abeille recouverte de pollen de pissenlit. Source : http://www.centpourcentnaturel.fr/post/2008/08/01/La-pollinisation.

Sources bibliographiques

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

- MAZOYER M., 2003. Télépinu, le dieu au marécage : essai sur les mythes fondateurs du royaume hittite. KUBABA, Paris.

- TETART G., 2004. Le sang des fleurs : une anthropologie de l’abeille et du miel. Odile Jacob, Paris. 284 p.

Dionysos et sa résurrection

Une des plus énigmatique figures grecques est le dieu Dionysos. C’est un dieu de la vigne mort et ressuscité tout comme Osiris, Jésus, Quetzalcoatl et encore beaucoup d’autres divinités. Il a pour origine Thrace situé dans la partie la plus au nord de la Grèce ou Phrygie, ancien pays situé dans la partie occidentale de l’Anatolie (approximativement le territoire de la Turquie actuelle). Il s’agit d’une divinité très archaïque. On a découvert le nom Dionysos dans des inscriptions mycéniennes. Mycènes est une cité très ancienne située au sud-ouest de la Grèce, qui doit sa célébrité à ses découvertes archéologiques. L’hypothèse de la propagation de cette figure d’origine phrygienne en Grèce s’explique facilement par les colonisations en provenance de l’Anatolie occidentale.

Carte de la Phrygie

Localisation de la Phrygie et de l'origine de Zagreus. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Carte_Phrygie.png

L’étude de Dionysos nous as permis de constater que ses appellations son variées et correspondent notamment à Zagreus (Zagréos) du Mont Ida et à Zeus Crétagénès du mont Dicté en Crète. Nous retrouvons aussi Sabazios une divinité originaire de Phrygie et de Thrace, Bacchos (Bacchus) le dieu grec du vin, Iakkos (Iacchos) fils de Zeus et de Jupiter. On peut considérer que Dionysos a progressivement intégré divers nouveaux aspects au cours du temps. Cette particularité est très fréquemment rencontrée dans le domaine des mythes et des religions.

La figure la plus ancienne de Dionysos est Zagreus qui a pour origine la Crète ou probablement la mer Egée. On considère qu’il est le fils de Zeus et de Perséphone, déesse des enfers. Pour échapper à la jalousie d’Héra, Zagreus se change successivement en chèvre, en lion, en cheval, en serpent, en tigre et en taureau. Il s’agit de quasi tous les attributs dont on a parlé dans l’article intitulé : «  Enki est ses nombreux noms dans les mythes et les religions ».  Un autre Dionysos est Zabazios. On le considérait comme fils de Cronos et de Cybèle. Il était le dieu de l’orge qui donna aux hommes une sorte de bière. Une autre divinité associée à Dionysos est Bacchos, le dieu du vin. Cette divinité est l’image la plus récente du dieu Dionysos.

Un des grandes caractéristiques de Dionysos est la résurrection. Sous la forme du taureau, Zagreus va être mangé par les Titans. Apollon va enterrer ses restes. Son cœur va être confié par Athéna à Zeus qui va l’avaler et ainsi donner naissance à Dionysos. Zagreus est lui aussi un mangeur de chair crue. Ce cannibalisme est lié aux sacrifices humains. Pour Zagreus on réalisait un sacrifice annuel en Crète d’un jeune enfant qu’on remplaçait par Minos le roi-Taureau. Dans ce rite, cet enfant dansait en imitant la chèvre, le cheval, le serpent et le veau. On le sacrifiait ensuite et on mangeait sa chair sans la faire cuire. Le culte du taureau mort et ressuscité est à lier au dieu Apis, une figure du dieu Osiris. Le sacrifice humain est également une action réalisée à l’encontre de rois dans plusieurs anciens rites du monde. Ce sacrifice avait lieu lorsque le roi ne pouvait plus assumer certains pouvoirs. Citons comme exemple l’histoire de Lycurgue, roi de Lydie (ancien pays situé à l’ouest de la Turquie actuelle), qui fut déchiqueté sur le mont Pangée par des chevaux sauvages sur ordre de Dionysos. Les Lydiens lui avaient demandé d’arrêter la sécheresse. La réalisation des sacrifices est une pratique mondiale et est en rapport évident avec la renaissance et la croissance de la végétation. La résurrection de Dionysos est liée à la renaissance de la vie et de la nature notamment par le rythme des saisons.

Minos, roi des enfers grecs

Minos, le taureau roi de Crètes et des enfers dans une peinture de Michelangelo. Source : http://inklikemunchies.files.wordpress.com/2010/09/michelangelo-minos2.jpg.

La symbolique la plus utilisée pour représenter la mort et la renaissance de Dionysos tourne autour de la végétation. On l’associe très souvent à la vigne (et au vin) mais également au figuier, au myrte, au lierre, à la grenade et au pin. Dans la légende grecque Sémélé est la mère de Dionysos et elle meurt brulée par les flammes (ses autres noms sont notamment Thyoné, Sémélô la déesse phrygienne de la Terre, et Diôné l’épouse de Zeus à Dodone). Le fœtus de Sémélé ne meurt pas car un lierre s’était venu s’intercaler entre lui et le feu céleste. Zeus le récupéra et le plaça dans sa cuisse. Ainsi Dionysos est 2 fois né. Les Titans sous les ordres d’Héra vont le découper en morceaux. Du sang surgit un arbre le grenadier. Rhéa sa grand-mère va reconstituer son corps tout comme Isis l’a fait avec Osiris. Dionysos est également qualifié d’Iakkhos dont l’équivalent latin est Liber. Ce nom signifie écorce d’arbre en latin et également un nom botanique utilisé pour désigner la partie interne et vivante de l’écorce de l’arbre. Dionysos est associé à la vigne et au lierre, des plantes qui ont besoin d’un support pour se former. Le lierre qui est la plante favorite de Dionysos s’enlace contre l’arbre de la même manière que le serpent s’enroule autour du bâton d’Asclépios (dieu grec de la médecine). Dionysos est souvent appelé le « Couronné de lierre ». Les autres dieux consacrés au lierre sont : Perkunas, dieu de la foudre lituanien et Donar dieu du tonnerre germain fils de Jord, la Terre. On peut considérer que c’est le contact de la foudre et de la terre qui a donné le lierre.

Le symbole d'Asclépios est son bâton entouré d'un serpent

Statue d'Asclépios, le dieu de la médecine grecque. Source : http://www.greceantique.net/images-articles/asclepios.jpg

Dans la mythologie grecque, on raconte que Dionysos révélera les propriétés enivrantes de la vigne à Icarios, qui l’accueillit chaleureusement sur son île. Celui-ci transmet ses connaissances à des bergers qui se crurent ensorcelés et a pour conséquence qu’Icarios est massacré sous les yeux de sa chienne Maéra et enterré sous un pin (arbre consacré à Dionysos). Erigoné, la mère d’Icarios se pendit à un pin après avoir découvert son cadavre et le chien d’Icarios se jeta dans un puit. (Ariane fut également pendue, sous un platane et par Artémis). Les assassins d’Icarios furent recherchés à la demande d’Erigoné, retrouvés et aussitôt pendus. D’après moi, cette histoire est un récit analogue à la mort d’Osiris. Nous retrouvons notamment une image de la déesse Ninanna qui meurt et descend aux enfers et du chien gardien des enfers grec Cerbère ou Anubis le chien à l’avant de la barque solaire d’Osiris. Icarios est très proche du célèbre Icare. L’histoire de ce personnage est également imprégnée d’une descente aux enfers. En effet, Icare et son père Dédale sont prisonniers d’un labyrinthe de Minos (un royaume souterrain analogue au royaume des morts du taureau Osiris). Dédale fabriqua des ailes à Icare avec des plumes et de la cire, mais il lui recommanda également de ne pas trop s’approcher du soleil. Celui-ci fait fondre la cire et Icare tombe dans la mer victime de sa folie des grandeurs et de son orgueil. Il s’agit probablement d’une métaphore pour expliquer la mort d’un être céleste disparaissant à l’horizon et qui s’enfonce finalement vers les enfers.

Pourquoi associe-t-on la vigne à Dionysos ? Le vin est une boisson dont la quantité de sucre dépend fortement du soleil. Le vin relibère ainsi l’ardeur solaire captée durant l’été et symbolisée par le taureau solaire. On considère le vin comme le sang des morts car il correspond à la sève, au sang de la vigne qui est en repos en hiver. Le vin est la sève de la vigne qui continue à vivre et à fermenter à l’abri de la lumière dans des tonneaux, image de Dionysos qui meurt et descend dans l’obscurité des enfers. Quand le vin a fermenté, il peut être libéré au printemps et cela correspond à la naissance de Dionysos. Le retour de la vie au printemps est symbolisé également par le pollen. La propagation de celui-ci a pour réputation d’être la plus spectaculaire pour la vigne et le pin, qui sont justement les attributs de Dionysos.

Dionysos et son père adoptif Silène

Dionysos avec son père adoptif Silène à côté d'une vigne. Localisation au Musée du Vatican. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Silenus_Braccio_ Nuovo_Inv2292.jpg

Pour compléter cette description à propos de Dionysos, nous pouvons remarquer que cette divinité est proche des déesses. Lorsqu’il est encore enfant, il est coupé de sa mère. Son éducation est donnée par les Hyades sur un montagne boisée (le mon Dicté pour Zeus Crétagénès) ou par les Courètes (Corybantes) et les Hyades sur le mont Ida ou l’Hélicon pour Dionysos-Zagreus. Dionysos est également très efféminé. En effet, Zeus ordonne à Hermès de confier Dionysos à sa tante Ino (tante maternelle) et de l’élever comme une fille. On peut expliquer cette particularité par le fait que Dionysos est un dieu fort proche des anciennes croyances païennes qui considèrent le féminin comme sacré. Dionysos signifie fils de Nysa, nom d’un mont mystérieux mais également d’une nymphe qui reçut l’enfant d’Hermès et qui le nourrit de miel, nourriture divine. Ne faut-il pas voir dans la figure d’Hermès l’ange Gabriel (Thot pour les Egyptiens) qui permet à Marie d’enfanter Jésus ? Le mythe de Dionysos et l’importance du vin est liée à ce qu’on peut connaître dans la figure de Jésus mort et ressuscité dans une grotte. Le corps de Zagreus va être démembré tout comme celui d’Osiris avant d’être reformé et d’ainsi renaître et permettre le renouveau de la nature. Le symbole de la résurrection est incontestablement lié à l’arbre et au renouveau de la végétation au printemps ; cette symbolique s’est répandue ainsi dans toutes les mythologies du monde.

Sources bibliographiques

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BROSSE J., 2001. Mythologie des arbres. Editions Payot et Rivages, Paris VIème.

- FERRE J., 2003. Dictionnaire des mythes et des symboles. Editions du rocher.

- LIPINSKI E., 1995. Dieux et déesse de l’univers phénicien et punique. Peeters, Louvain, Belgique.

La symbolique de l’arbre dans les mythes et les religions

L'arbre dans les mythologies

L'arbre dans les mythologies


En débutant cette recherche sur la symbolique de l’arbre dans les mythologies, je ne m’attendais pas à rencontrer ce végétal d’une manière si soutenue dans tous les mythes du monde. Il existe en effet une multitude de récits très anciens ou non qui nous parlent d’arbres très nettement liées à des divinités. En se lançant dans ce thème, on en ressort convaincu qu’il existe encore ici une preuve que toutes les croyances du monde son liées entre elles. Outre cette constatation, il ne fait pas de doute que thème nous permettra de comprendre quelques grands mystères sacrés universels.

Pour commencer, abordons la symbolique de l’arbre dans la mythologie nordique. Ce mythe peut ne pas vous dire grand-chose à la base, mais vous verrez très vite que le thème présente certaines grandes caractéristiques à travers le monde. L’arbre sacré nordique par excellence est l’Ygdrasil, un arbre de vie. Ses racines croissent à travers tous les mondes. Il présente 3 grandes racines :

1)      La plus grosse racine s’étend vers Asaheim, le séjour des dieux. On y retrouve la fontaine Urdar. Autour de cette fontaine, il y a 3 déesses appelées les Nornes Urd, Vervandi et Skuld.

2)      La plus noueuse racine s’étend vers Jotunheim, le pays des Géants. La fontaine qui jaillit sous le monde des Géants est Mimir. Elle donne l’intelligence et la sagesse à celui qui s’y abreuve avec la corne Gjallar.

3)      La plus puissante racine subit la morsure du gigantesque dragon Nidhug mais cette racine gorgée de sève résiste aux crocs et au venin. Elle abrite la fontaine Hvergelmir.

Cet arbre doit lutter pour étendre ses racines vers le ciel. Des poulains, ou des cerfs sauvages mangent ses bourgeons et des serpents attaquent ses racines. Les Nornes, déesses sacrées puisent l’eau de la fontaine Urdar, et en le mélangeant à la terre elles forment une boue qu’elles répandent sur l’arbre Ygdrasil. Cet arbre reste donc toujours vert et étend son feuillage sur les Neuf mondes. La rosée tombe sur la terre à chaque aurore. Cette rosée est en fait du miel dont se nourrissent cent abeilles. Cet arbre est le symbole de la belle saison, en d’autres mots le symbole de la renaissance par la présence de l’eau et du miel. L’aigle se trouve dans la branche la plus élevée. Entre les yeux de cet aigle se trouve le faucon Vedfolnir. Il existe une lutte entre l’aigle et le serpent, une lutte éternelle entre ces deux êtres. De manière très imagée, le sang versé par l’aigle et le serpent est aussi sacré que l’eau et le miel.

Par cette description, nous pouvons lier ce mythe à la mythologie mésopotamienne. Notez qu’à la base, nous avons l’impression que ces mythologies sont si différentes, et pourtant… Dans l’épopée de Gilgamesh (12ème tablette). Il existe un récit analogue qui nous parle de l’arbre Huluppu déraciné par Ninanna et replanté à Uruk. La déesse s’y prend mal. Elle le plante seulement avec son pied sans l’arroser. Quelques années plus tard, un serpent avait fait son nid dans les racines. Dans ses branches, c’est l’oiseau tempête qui a fait son nid. Le parallèle des animaux est si clair avec la mythologie nordique qu’il n’y a aucun doute sur la filiation entre ces 2 mythes. Au milieu de l’arbre Huluppu, se trouve la démone Lílitu (Lilith) qui s’était bâti une demeure. Cette déesse au milieu de l’arbre nous indique un fait que l’on peut prouver facilement : la symbolique de l’arbre est à lier sans aucun doute au caractère sacré de la femme mais également à un dieu d’une très grande importance. Pour l’illustrer, il existe plusieurs textes anciens nous parlant du Kiškanû noir dans la mythologie mésopotamienne, et dont les racines s’étendent vers l’Abzu primordial, l’abysse du monde. Cet arbre, brillant d’un éclat de lapis-lazuli, est localisé à Eridu, ville qui est la demeure sacrée d’Enki. Sous ses nombreux autres noms (voir l’article « Enki et ses nombreux autres noms dans le monde »), ce dieu sera un des principaux acteurs dans le domaine de la symbolique de l’arbre avec les déesses qui lui sont associées. Lorsqu’on parle que le ciel et la terre sont uni on fait référence à cet arbre cosmique. Divers mythes nous racontent que les cieux ont été séparés de la terre ; peut-être devons-nous y voir une image de la mort de cet arbre cosmique et finalement la fin d’un être céleste qui est le trait d’union entre les cieux et terre.

Dans la mythologie chinoise, il est également fait mention de lien d’un arbre sacré « avec neuf mondes ». Cet arbre s’appelle le Kien-mou et il relie les neuf sources (séjour des morts) aux neuf cieux. Par lui, montent et descendent les souverains qui sont les médiateurs du ciel et de la terre. Kien-mou est l’arbre de vie qui nait et meurt de nombreuses fois. Cet arbre est entouré de 2 arbres : un pêcher Pa’n-mou dont les fruits confèrent l’immortalité et un autre arbre appelé Jo dont les fleurs rouges lumineuses éclairent le ciel lorsque le soleil n’est pas encore levé. Le Kien-mou associé à 2 autres arbres est une très belle image que l’on a pu donner à Enki, à Nammu et à Ninmah. La figure ci-dessous est la copie de l’empreinte d’un sceau-cylindre découvert à Mari (sud-est de la Syrie). On comprend très clairement que les déesses associées à Enki sont des arbres sacrés. Ces 2 arbres sont connus dans de très nombreux mythes bien connus de tous.

Empreinte d'un sceau sumérien de Mari où l'on voit Ninmah, Enki et Nammu. Source : Adam Genesis d'Anton Parks

L’histoire la plus connue concerne l’Eden biblique. En genèse 2:4, Dieu place dans le jardin d’Eden l’arbre de la Connaissance du Bien et du mal et l’arbre de la Vie au milieu. L’homme peut manger les fruits des arbres de l’Eden sauf celui de ces 2 arbres. Le serpent incite la femme à goûter le fruit de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Dieu a interdit aux hommes d’y gouter pour empêcher qu’ils deviennent leur égal par le discernement du bien et du mal. Ce récit biblique prend sa source en Mésopotamie. A Nippur en Irak ont été découvertes des tablettes d’un étonnant contenu : les tablettes de Kharsağ. Ces tablettes d’argile nous révèlent l’existence d’un Eden construit dans le mont Taurus (nord de la plaine mésopotamienne). La déesse Ninkharsağ (Ninmah) décide qu’on construira pour elle, notamment, un jardin planté d’arbres fruitiers. On décrit dans ces tablettes également la naissance de l’être humain : « Les humains n’avaient pas encore appris à comment manger et comment dormir, ils n’avaient pas appris à faire des vêtements ou des demeures permanantes. L’humanité rampait dans ses demeures à quatre pattes ».

Ce jardin est référencé également dans la mythologie grecque. Il est demandé à Héraclès, le célèbre héro grec d’aller cueillir les pommes dans le jardin des Hespérides, un jardin inconnu de tous. Ces Hespérides sont Aeglé, Erythie et Hespéra. Athéna lui conseille d’aller voir les 3 anciennes divinités créatrices des hommes appelées les Moires. Celles-ci le conseillent d’aller voir Nérée, le dieu de la mer. Après plusieurs péripéties, Héraclès voyage avec la coupe solaire du dieu Hélios (à la manière d’Horus) jusqu’à l’île des Hespérides où pousse l’arbre aux pommes d’or gardées par des serpents. Héraclès demande de l’aide au géant Atlas. Celui-ci a été puni par Zeus pour avoir soutenu les rebelles qui s’opposaient à son trône et il doit soutenir les cieux en punition. Il veut bien  le remplacer un moment. En échange, il doit voler les pommes du jardin des Hespérides. Dans un autre mythe toujours grec, on raconte que les 3 Hespérides sont changées en arbres : Aeglé en saule, Hespéra en peuplier et Erythie en ormeau. Dans les îles Gilbert en Océanie, il existe un mythe appelé «  la malédiction de Nakka ». Nakka, qui est l’ainé des dieux, crée les premiers habitants et ceux-ci vivent sur des îles séparées. L’homme et la femme sont séparés mais sont immortels. Nakka part en voyage et les hommes et les femmes ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas se voir. Le vent apporte l’odeur des fleurs de l’arbre unique de l’île des femmes vers l’île des hommes.  Et ils se retrouvent. Nakka est de retour et les femmes et les hommes nient qu’ils se sont rencontrés en son absence. Nakka leur hôte leur immortalité pour lui avoir désobéi. Il leurs donne malgré tout la possibilité d’emmener avec eux un arbre et ils choisissent l’arbre de l’île des femmes qui leurs sera malgré tout très utile pour se soigner. Le jugement de cette histoire est analogue à celle qu’on rencontre dans la Bible. Yahvé décide d’expulser Adam et Eve de l’Eden et ils seront mortels. Le mythe biblique nous raconte donc l’histoire très ancienne de la création de l’homme et de l’intervention de divinités féminines qui permettent à la fois de discerner le bien et le mal mais également de vivre éternellement.

Peinture grecque

Peinture des Hespérides localisée au British Museum. Source : http://www.theoi.com/Gallery/N14.1.html

On peut davantage comprendre le rôle de l’arbre de vie et de l’arbre de la connaissance dans d’autres mythologies du monde. Attachons-nous maintenant à la mythologie indienne pour nous en rendre compte. L’arbre sacré indien s’appelle l’Açvattha, un figuier sacré. Le nom scientifique de cet arbre est le Ficus religiosa. Cet arbre est particulier car il étend ses racines vers le ciel et ses branches vers la terre entière. Il est tout comme l’Ygdrasil et l’arbre Huluppu le lien entre le ciel et la terre. L’Açvattha repésente le mâle et le Cami représente la femelle. On mélangeant ces 2 plantes, on obtient le feu. On a ici l’image de la création d’un être sacré de feu que l’ont peut appeler en Inde Agni. On attribue à cet Açvattha dans le texte appelé « l’Atharvaveda » des propriétés médicales merveilleuses. Le soma, la boisson des dieux, devait être reçue dans une coupe faite du bois de l’Açvattha. Les Védas sont les branches de cet arbre cosmique. De cet arbre naquit une tige prodigieuse appelée « l’arbre de lait ». Dans le Rigveda (I, 154), il est dit : « deux oiseaux, amis et compagnons, tiennent embrassé un même arbre ; l’un… mange la figue succulente, l’autre ne mange pas et regarde,… ». Dans l’Atharvaveda (X, 4, 3). L’arbre Açvattha produit l’Ambroisie sous le nom de Kustha, ou « fleur de l’Amrita ». Celui qui mange de l’ambroisie devient sage. Cet arbre est l’arbre sous lequel le bouddha va se réfugier et acquière la sagesse.

Il est n’est pas étonnant de retrouver la symbolique de cet arbre également dans le bouddhisme. Cet arbre est alors appelé le Bodhi qui est aussi consacré à Vishnu ‘encore un autre nom pour enki). Dans les traditions des pélerins bouddhistes de la Chine, on raconte que les dieux ont construit un chemin céleste entre l’arbre Sal et l’arbre Bo. Ce chemin va être parcouru par le Bouddha pendant la nuit avec les Dévâs, les Nagâs et par d’autres êtres divins. Bouddha va également rencontrer d’autres d’arbres tels que Pei-to et l’arbre Midella. Les récits font état d’un lien très étroit entre l’arbre et la vie de Bouddha. Ainsi quand la reine décida d’abattre le Pei-to, Bouddha tombe à terre évanoui. Bouddha va permettre de refaire renaître cet arbre en répandant sur ses racines 100 cruches de lait. Ces mythes ont encore des répercussions récentes dans les croyances de l’Inde où l’on vénérait l’arbre Bodhi. Remarque amusante : ne faut-il pas voir l’origine de mot anglais body dans cet arbre Bodhi intiment lié à bouddha et finalement une image du corps humain ? Cette vision de l’homme arbre est également probablement rencontrée dans la bible lorsque Jean Le Baptiste déclare aux Pharisiens en Matthieu 3:10-11 : « Engeance de vipères, qui vous as suggéré d’échapper à la colère prochaine ? Produisez donc un fruit digne de repentir et ne vous avisez pas  de dire en vous-mêmes : ‘ Nous avons pour père Abraham’. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre qui ne produit pas de bon fruit (le fait que fruit soit au singulier a son importance) va être coupé et jeté au feu ».

Le Ficus religiosa (l’Açvattha) a souvent été confondu dans la mythologie avec le Ficus indica (Vata ou Nyagrodha). Dans la légende de Krishna, on apprend que la déesse Devakî enceinte de Krishna va se réfugier sous l’arbre Vata. Cette déesse craignait que le terrible Kansa mette à mort son enfant. Nous découvrons ici un autre récit pour l’histoire bien connue de la naissance d’Horus et le fait que cette grossesse fut cachée par Isis. Tout comme les oiseaux qui mangent les figues de l’Açvattha, on retrouve des perroquets qui peuplent le Vata. Dans le mythe, il est dit que des gens simples peuvent confondre ces oiseaux avec des perles. Dans la tradition védique, on confond les 2 grandes perles du ciel (le soleil et la lune) avec l’arbre céleste Pippala. La symbolique de l’oiseau est intiment liée à celle de l’arbre.  Un oiseau de la mythologie iranienne présente d’étonnants points communs avec le phénix égyptien. Il vit dans l’arbre de vie Gaokerena et il séjourne dans la terre de la plante Hoama. Les graines de cet arbre permettent de guérir de tout mal. On considère également le Hoama comme une boisson divine tout comme la  boisson indienne (le soma) dont on a parlé plus haut. Dans ce mythe, tout comme dans la mythologie nordique, plusieurs bovidés ou capridés se nourrissent des feuilles d’un arbre sacré. Cet arbre est notamment pour les Iraniens la vigne. On connaît quelques représentations du Dieu Mythra en présence d’une grappe de raisin (parfois apportées par un autre personnage). En Iran, la vigne est considérée dans les mythes comme une plante née du sang du taureau primitif (Il n’est pas nécessaire de démontrer ici que la figure d’Enki/Osiris est sans aucun doute liée au taureau sacré). En occident la vigne a aussi son importance. En effet le vin est primordial dans le symbole de la mort de Jésus. Cette boisson est remplacée par la Haoma en Inde. La vigne est également liée à Pan, le dieu bouc grec qui tient une grappe de raisin dans une main. Ce n’est probablement pas pour rien que le vin est interdit dans la religion musulmane, à cause des pratiques rituelles de ce vin. La mort d’un être divin a également une énorme place dans bons nombre de mythes du monde.

Sceau akkadien et représentation d'un arbre de vie soigné par 2 carpes divines. Au dessus de cet arbre on y voit une sorte de vaisseau en forme d'oiseau. Cette représentation est très courante en Perse notamment. Source : http://www.nouvelordremondial.cc/wp-content/uploads/2008/03/enki-ea.jpg

Dans la mythologie celtique, Ésus est un dieu que l’on peut identifier sur 2 représentations : autel gallo-romain de Paris et sur une stèle de Trèves. Ésus semble abattre un arbre avec un outil de nature rectiligne. Cet arbre cache un taureau et 3 grues à travers ses branches (grues sont sur le bovidé). Ce taureau est appelé Taruos Trigaranus. Les grues sont des animaux échassiers. Le parallèle du vol de ces bovins est un parallèle que l’on peut faire avec Hercule, le héro grec qui vole le troupeau bovin appartenant à Gyréon. Dans une autre légende, Hercule s’attaque à Achéloüs (sous la forme d’un taureau ou d’une anguille avec des cornes bovine), et lui vole la corne d’abondance pour l’offrir à Copia. Dans un mythe gallo-romain, on a le dieu Lug qui vole une corne au serpent Balar. La mort d’un arbre et d’un taureau divin est également attestée dans la mythologie irlandaise. Le héro irlandais Cuchulainn recherche 24 vaches de Cooley et poursuit le conducteur le taureau divin Donn après avoir abattu un chêne. Dans ce mythe la gent corvidée intervient (et non des grues) et avertit le taureau Bonn de l’intention de Cuchulainn. Celui-ci est le fils de Lug dieu de la lumière sublimé en lui. Noter qu’à sa mort Cuchulainn s’attache à un pilier en pierre et meurt debout tout comme Jésus. Plus tard 3 corneilles se percheront sur sa tête. Morrigan, la déesse de la guerre viendra le chercher (déesse assimilable à Ninanna ou Perséphonne). A la mort sacrée du taureau divin qui est si répandue sur Terre, s’ensuit toujours une renaissance d’un être céleste. Cette renaissance est souvent représentée sous la forme d’un arbre d’où émerge un nouveau soleil. Les représentations égyptiennes, syriennes, mésopotamiennes présentant ce mythe sont si nombreuses qu’il serait impossible ici d’en synthétiser tous les aspects.

La renaissance divine et solaire est intiment liée à la symbolique de l’arbre dans le monde. Comme il a été indiqué timidement plus haut, ce thème de mort et de renaissance est à relier à la mort d’Osiris. Celui-ci aurait été attaché à un arbre (sycomore ou tamaris) et aurait fusionné à un arbre sacré lors de sa mort selon « Les Textes des Pyramides, des Sarcophages, papyrus Louvre N 3129 ». Cette naissance se retrouve par exemple dans un mythe grec : Thiéas roi d’Assyrie avait une fille Smyrna. Aphrodite lui inspira un amour passionné pour son père. Smyrna parvient à coucher avec son père et les dieux la transformèrent pour la punir en un arbre appelé Smyrna (arbre à myrrhe). Neuf mois plus tard, l’écorce se fendit et il en sortit Adonis. Un autre mythe, cette fois-ci océanique, existant sous plusieurs versions, raconte l’histoire d’une déesse vierge appelée Hina vivant aux Samoa. Elle s’éprend du dieu Tina, un être anguille qualifié de brillant et clairement associée aux eaux éternelles (similitudes avec le dieu Enki). Cet être va être tué et découpé en morceaux. Hina va faire en sorte d’enterrer la tête de Tina. Au bout de cinq nuits, un arbre va éclore : le cocotier qui produira un fruit qui servira d’abri à l’enfant d’Hina. Les Tahitiens et les Tuamotau incluent cette histoire au cycle de Maui. La renaissance d’un arbre à partir du corps d’un dieu se rencontre aussi dans la mythologie maya. Dans le complexe architectural de Tepantitla, on voit des oiseaux émergeant des branches d’un arbre ou d’une liane tordue qui pousse sur la tête d’une divinité centrale. Dans le temple des inscriptions de Palenque, l’arbre cosmique de la vie a été représenté comme un arbre qui surgit du roi Pascal couronné de l’oiseau mythique. Dans le codex Borgia, il existe une représentation du dieu Mixcoatl d’où surgit un arbre sur lequel est perché un oiseau.

 Naissance d'un oiseau céleste via un arbre de vie

Sceau mésopotamien et naissance d'un oiseau via un arbre de vie. Source : http://motv1q.bay.livefilestore.com/y1p8-HfAhwqWx1gjRH9NgaMGjXnZaFT-iRmaxOI49UXw0lfFQefUJ7ETDFO4-CV2ZXl2UiBm0jppZ-skmSpBe50YQ

En résumé, un grand principe universel associe l’arbre au féminin. Il n’est pas étonnant de retrouver la femme sous la forme imagée d’un arbre. Cet arbre est la source d’une boisson qui permettrait de vivre éternellement pour ceux qui s’en abreuveraient. Cette boisson est formée du fruit de l’arbre, fruit qui permet à la vie de renaître. Il s’agit donc d’une très belle métaphore associée au sexe féminin et aux menstrues. Le fait de se nourrir de menstrues est un grand principe qui nous a longtemps été caché notamment par l’interdit propagé par la figure bien connue de Yavhé. Le sang est un liquide très souvent associé à la mort rituelle, divine et à la renaissance du taureau sacré Osiris que l’on peut retrouver justement dans certains mythes sous un arbre sacré. L’arbre est à la fois le symbole de la renaissance par ses fleurs et ses nouveaux fruits et donc initiée par le féminin, mais de plus un grand symbole de fertilité masculin et très clairement associé au phallus. Voilà pourquoi il si intiment lié à l’image du dieu Enki/Osiris/Ptah et ses nombreux autres noms. Voyez tous les rites que l’on peut retrouver autour d’êtres divins morts sur un arbre ou donnant naissance à un nouvel arbre divin. La renaissance de ce taureau sacrifié est confirmée par la présence d’être célestes tels que les oiseaux et de manière unanime par le phénix. Un oiseau de feu sortirait d’un arbre sacré tant féminin que masculin et se verrait en quête d’une boisson capable de le faire revivre éternellement. L’arbre de vie fournirait ainsi la coupe de sang sacrée et la quête du graal si matérialisée ne serait en fin de compte qu’un leurre pour nous écarter de la véritable source de l’immortalité. Celle-ci ne pourrait être complète qu’en gouttant également à l’arbre du fruit de la connaissance du bien et du mal apportant la sagesse. Ce fruit se trouverait uniquement à l’intérieur de soi-même. Il faut sûrement y voir aussi une quête spirituelle initiée par le Bouddha qui se libère de la condition matérielle sous l’arbre sacré. L’immortalité ne serait pas uniquement biologique mais également psychique et dépendante de l’acquisition d’une grande sagesse…

Renaissance d'un être de feu via l'arbre de la vie

Bas-relief d'un des temples d'Angkor. Danse d'un bouddha sur un arbre de vie. La croix sur le torse est la même que celle qu'on retrouve sur certaines représentations du dieu égyptien Ptah. Source : http://baguettesenlair.blogspot.com/

Sources Bibliographiques :

- AUERBACH L & al., 2004. Encyclopédie de la Mythologie. Parragon Books Ltd, Royaume-Uni.

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- BRAGA C., 2004. Les premières tentatives du retour au paradis interdit. Le paradis interdit au Moyen Age : la quête manquée de l’Eden oriental. L’Harmattan, Paris. pp. 98-110.

- CHARIERRE G., 1966. Le taureau aux trois grues et le bestiaire du héros celtique. Revue de l’histoire des religions. Volume 169. Numéro 169-2. pp. 155 à 192.

- CHIFFLOT T-G., 1955. La Bible de Jérusalem. L’Ecole biblique de Jérusalem

- DE GUBERNATIS A., 1879. La mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal. C. Reinwald, Paris.

- DUSSAUD R., 1949. Anciens bronzes du Louristan et cultes iraniens. Syria. Volume 26. Numéro 26-3-4. pp. 196-229.

- HEMOND A. et RAGON P., 2001. L’image au Mexique. Usages, appropriations et transgressions. CEMCA-L’Harmattan, Paris. 273 p.

- MABIRE J., 1999. La légende de la mythologie nordique. Ancre de Marine.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre.

La mythologie hourrite

La mythologie hourrite est encore peu connue car nous n’avons pas encore trouvé les vestiges de la capitale hourrite. Ce peuple s’est installé dans le Sud de l’Anatolie (un autre nom est l’Asie mineure correspondant approximativement au Territoire de la Turquie actuelle). Un très grand nombre de leurs mythes furent repris par les Hittites (peuple qui s’est également développé en Anatolie). Comme nous n’avons pas retrouvé de textes religieux hourrites, la majorité des mythes proviennent des versions mésopotamiennes ou hittites. L’étude des textes anciens vont dans le sens d’un mélange à la fois des mythes hittites, hourrites et mésopotamiens. L’ensemble des textes de la mythologie hourrite sont repris sous l’appellation suivante « Le cycle de Kumarbi ». Ce recueil de textes est composé de 5 grands récits : le chant de Kumarbi, le chant de l’argent personnifié, le chant de Lamma, le chant d’Hedammu et le chant d’Ullikummi.

Localisation de la civilisation hourrite

Localisation de la civilisation hourrite. Source : http://antikforever.com/Cartes/carte_hourrites.gif

Nous pouvons tenter de résumer les textes de la mythologie hourrite en une histoire continue qui est malheureusement incomplète car des fragments de textes sont détruits. Au commencement le dieu Alalu est sur le trône divin. Anu (le dieu du ciel) se tient devant lui. Après neuf années, Anu détrône Alalu qui s’enfuit vers les terres sombres, dans le monde souterrain. Neuf ans plus tard, le dieu Anu ne supporte plus l’éclat du dieu Kumarbi, qui lui est dévoué. Anu s’enfuit comme un oiseau dans le ciel, mais Kumarbi l’en empêche. Il acquière la virilité d’Anu en l’empoignant par les pieds et en lui mordant les testicules. Anu le met en garde car il possède désormais un lourd fardeau, celui d’être imprégné des trois grands dieux suivants Teshub (le dieu de l’orage), Aranzah (le dieu fleuve Tigre) et du grand dieu Tashmishu. Kumarbi veut dévorer Teshub mais celui-ci se change en pierre de basalte et Kumarbi se blesse la bouche et les dents. Fou de colère, il se rend à Nippur. A l’issue d’une bataille (partie du récit manquante) Teshub devient le roi des dieux. Il a été aidé par le dieu du fleuve Tigre et le dieu Tashimushu enfantés par Anu et la Terre.

La suite du récit se retrouve en grande partie dans le chant d’Ullikummi. Kamurbi veut récupérer la royauté divine. Il songe à créer un rival pour contrer Teshub. A cette fin il répand sa semence sur un large rocher qui donne naissance à un monstre de pierre nommé Ullikummi. Celui-ci est chargé de briser Teshub et Tashimushu. Les déesses Irshirra sont chargées de transporter Ullikummi sur les genoux d’Enlil et ensuite sur l’épaule droite d’Upelluri (un analogue hourrite du géant grec Atlas). Le dieu-Soleil découvre le Monstre et informe Teshub, qui part aussitôt l’observer en compagnie d’autres divinités. Ištar tente de séduire Ullikummi mais en vain. Kumarbi fait réunir les dieux lors d’une assemblée car il est inquiet, mais il est déjà trop tard car le géant a atteint une telle taille qu’il est devenu invincible. On le qualifie alors de diorite de neuf mille lieues qui fait trembler la terre et le ciel. Teshub l’affronte mais il échoue. Ullikummi se charge d’abattre le dieu de l’orage mais également l’humanité toute entière (déluge). Ea se voit le défenseur de l’humanité lors de l’assemblée des dieux. Il emprunte aux dieux de la création le couteau qui a permis de séparer les Cieux de la Terre. Il parvient à séparer Ullikummi de l’épaule du géant Upelluri ce qui permet de réduire considérablement sa puissance. La fin de ce récit est indéchiffrable.

Teshub, Hepatu et Sharruma

Fresque à Hattusa du dieu Teshub, de la déesse Hepatu et de leur fils Sharruma. Source : http://www.travelblog.org/Photos/5557033

Ces récits sont très étranges et présentent d’étonnantes analogies avec d’autres mythes. Citons par exemple un mythe analogue en Phyrgie à la naissance d’Ullikummi : Papas (Zeus) fertilise une pierre nommée Agdos et celui-ci engendre un monstre hermaphrodite appelé Agditis. Mais le dieu le châtre en le faisant devenir Cybèle. On voit ici l’histoire d’une lutte entre 2 dieux primordiaux et on reconnaît l’intervention d’un être céleste Ullikummi qui causera le déluge. Sa taille est colossale, l’endroit de sa croissance est le ciel. Ea intervient de manière très symbolique en utilisant le couteau qui a permis de séparer le ciel de la terre (geste faisant référence à la stabilisation du parcours d’un astre dans le ciel). Il existe de nombreux mythes dans le monde qui attestent de la naissance d’astre/dieu colérique qui causera destruction et déluge. Zeus est également le père de cet astre car il l’a engendré. Le mythe de la création d’Athéna a exactement la même signification que celui de la naissance d’Ullikummi. En effet, Zeus avale la déesse qui porte Athéna. Par la suite Zeus souffle d’un terrible mal de crâne qui se fend et donne naissance à Athéna armée et prête au combat. Un autre mythe également grec nous parle d’Héraclès qui sauve Hésioné, la fille de Laomédon. Héraclès s’attaque au serpent des mers envoyés par Poséidon et se retrouve dans son estomac pendant 3 jours, au bout desquels il réussit à en sortir en découpant le monstre de l’intérieur. Il s’agit en fin de compte d’une renaissance attestée dans d’autres croyances telle que la Bible. Jésus dit en Matthieu 12:40 : « De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant 3 jours et 3 nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la Terre durant 3 jours et 3 nuits ». Un autre récit grec nous parle de la naissance de Dionysos. Sa mère Sémélé est morte d’un coup de foudre. Zeus extrait l’enfant des entrailles de Sémélé et le place dans sa cuisse avant qu’il ne naisse une 2ème fois (d’où l’expression « né de la cuisse de Jupiter »). Dionysos aura une course folle et il parcourra le monde et enseignera l’agriculture à l’humanité.

Cette symbolique de l’expulsion d’un corps ou d’une tête est très clairement synonyme de la création d’un être dément, colérique qui parcourt le monde et qui provoque le déluge. Ce mythe est universel. De nombreux dieux présentent l’aspect d’un astre solaire (exemple l’oeil d’Horus) dément, colérique causant de nombreuses destructions et mort sur Terre. Ce thème mérite une très grande attention car il est à la base d’un fait mondialement attesté par les mythologies et pouvant expliquer l’origine du déluge et notamment la destruction de certaines grandes civilisations anciennes. Cet astre perturbateur est Vénus, l’étoile du matin mais également l’étoile du soir. Je ne le prouverais pas dans cet article mais probablement dans une recherche beaucoup plus approfondie. Je terminerai sur ce fait : Vénus est une planète très particulière. C’est le seul astre qui tourne dans un sens inverse à toutes les autres planètes du système solaire. De plus, la durée du jour est plus longue que son année (243 jours terrestres de rotation contre 224 jours terrestres  pour la période de révolution).

Sources principales :

- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

- LAROCHE E., 1963. Le dieu anatolien Sarrumma. Syria. Volume 40. Numéro 40-3-4. pp. 277-302.

Enki et ses nombreux noms dans les mythes et religions

Un peu partout sur Terre, un dieu était aux centres des croyances anciennes. On le retrouve dans quasi tous les mythes et religions du monde. Ce dieu est polyculturel, il présente un certain nombre d’aspects universels et des caractéristiques particulières qui le distingue très clairement d’autres divinités. Ses noms sont aussi nombreux que les facettes d’un diamant. Il a considérablement influencé nos croyances actuelles. Toutes les divinités qui l’ont côtoyé sur des panthéons divins vont dans le sens d’un être unique. Nous appellerons ce dieu Sa’am (signifiant « beau de visage » avec le syllabaire suméro-akkadien). Cet être porte notamment les noms suivants : Enki, Dumuzi, Tammuz, Osiris, Sokar, Ptah, Amon, Khnum, Min, Taténen, Apis, Pan, Nommo, Odin, Aurvandil, Chronos,  Prométhée, Hadès, Azazel. Il existe encore toute une multitude de dieux non considérées dans cet article, tellement le sujet est vaste…

Pour tous ces noms, il existe de grands signes distinctifs communs. Certains sont moins évidents que d’autres et sont parfois très spécifiques mais uniques. Au premier abord, on a l’impression de rencontrer des êtres bien distincts. Il existe en effet une grande variété de différences mais un ensemble de caractéristiques communes très spécifiques, qui combinées entre elles ne laissent pas de doute sur la filiation entre tous ces personnages. L’être universel dont nous allons entrevoir le rôle comporte les particularités suivantes :

1) Une association à la mort :

- dieu des enfers

- vivant dans un royaume souterrain

- être qui meurt et qui ressuscite dans la plupart des cas

2) Créateur/Père divin

- créateur des hommes, de la faune et de la flore

3) D’une grande Sagesse

4) Un ensemble de fonctions associées

- l’agriculture et la nature

- la fertilité

- l’eau de manière générale, ou un cours d’eau

- la médecine

- être de lumière

- l’art, l’artisanat

- créateur de l’écriture

- un être maîtrisant le feu, la métallurgie et qui transmet ses connaissances à l’homme

5) Des traits physiques ou des caractères associés

- barbu

- beau de visage

- les cornes de bélier ou de bouc

- le taureau sacré

- une couleur de peau verte ou bleue

- le serpent

- assis ou couché

6) Une association avec des entités particulières

- un ou plusieurs grand(s) rival(aux)

- un fils solaire et/ou lunaire

- un parèdre principal voire plusieurs entités féminines sacrées

- le chien/loup issu d’un monde souterrain

- 7 sages

7) De grands symboles

- la croix

- un sceptre de pouvoir

- un arbre/pilier

- une barque ou un char solaire

- le soleil

Les dieux égyptiens Ptah, Amon, Khnum, Min sont très souvent assimilés comme étant une seule divinité. Ils sont tous créateur du monde et des hommes. Ils sont des êtres de lumière. Tous ont un trait divin très spécifique : les cornes de bélier/bouc (voir image ci-dessous). Le dieu grec Pan présente aussi cette caractéristique dans sa représentation. Le sukhurmashu est l’attribut d’Enki/Éa combinant à la fois la chèvre et le poisson, devenant par la suite le signe zodiacal du capricorne. Les cornes de bélier/bouc est une particularité peu commune pour signaler le caractère divin d’un être céleste. Par conséquent, cette caractéristique semble être un critère efficace pour considérer un lien entre ces divinités.

Symbolique du bélier divin

1) Ptah, 2) Amon, 3) Khnum, 4) Pan

Sources :

http://alain.guilleux.free.fr/deir_el_medineh/deir_el_medineh_tombe_pashedou.php

http://www.cbx41.com/article-dieu-a-tete-de-belier-amon-re-louvre–38768127.html

http://eu.wikipedia.org/wiki/Fitxategi:SFEC_EGYPT_ESNA_2006-013.JPG

http://www.louvrebible.org/index.php/louvrebible/default/visiteguidee?id_menu=VISGR1&&id_oeuvre=28

Dans le monde, il existe une autre grande caractéristique unique qui se rencontre notamment chez les dieux suivants : Enki (dieu sumérien), Éa (dieu assyro-babylonien), Dumuzi (dieu sumérien), Tammuz (dieu akkadien), Osiris (dieu égyptien), Sokar (dieu égyptien), Hadès (dieu grec), Pluton (dieu romain), Odin (dieu nordique), Aurvandil (dieu nordique), Izanagi (dieu nippon), Yama (dieu indien). En effet, toutes ces divinités ont un rapport évident avec les enfers ou du moins le royaume des morts. Ce royaume souterrain est l’Abzu pour Enki, l’Hadès dans la version grecque, la Duat pour Osiris ou  le Yomi pour Izanagi. Le chien/loup gardien des enfers est Cerbère dans la mythologie grecque. Dans les croyances nordique ou indienne, on retrouve 2 chiens/loups. Pour Enki, certains textes le concernant nous parle d’un « loup dévorant qui écumait comme l’eau à l’avant de son bateau ». En Egypte, Anubis est le chien qui accompagne les dieux dans l’autre monde et qui se trouve à l’avant de la barque solaire. Un mythe aux multiples variantes raconte l’histoire d’une divinité, liée à certains dieux cités ci-dessus, qui descend aux enfers. Il s’agit d’Isthar (akkadienne), d’Inanna (sumérienne), de Perspéphone (grecque), d’Izanami (nipponne), de Yami (indienne),… Toutes ces déesses meurent aux enfers. Une autre constatation intéressante concerne la représentation du diable avec ses cornes, qui découle directement d’autres divinités telles qu’Apis, le taureau égyptien sacrifié qui ressuscite, de Yama le dieu indien des morts, ou de Pan, dieu grec à cornes de bouc. (Voir la représentation ci-dessous). Ces quelques éléments permettent de comprendre que la version chrétienne bien connue de l’enfer n’est pas neuve et n’est finalement qu’un concept emprunté à des croyances beaucoup plus anciennes.

Une symbolique particulière mérite un peu d’attention : l’arbre de vie. On retrouve cet arbre dans la 12ème tablette de l’Epopée de Gilgamesh appelée généralement « Enki aux pays des morts » ou « Inanna et l’arbre Huluppu ». Dans ce texte, l’arbre Huluppu est finalement l’arbre sacré d’Enki, qui est déraciné par Inanna pour être replanté à Uruk. Cet arbre mourant va finalement revivre à Uruk et il se voit infesté par divers animaux. Cet arbre en plus d’être associé à Enki, représente également le pouvoir que Ninanna aura à Uruk. La symbolique de l’arbre est très importante et elle est très souvent associée au féminin. Justement au centre de l’arbre Huluppu, on retrouve la déesse Lílitu. Le corps d’Osiris est souvent entouré de 4 arbres de vie (les 4 grandes déesses sacrées Serkit, Nephtys, Hathor et Neith). Pluton possède également son arbre sacré le Cyprès. Ptah est parfois représenté par deux piliers/arbre appelé Djed. L’un est tenu dans sa main et symbolise son pouvoir, l’autre est situé derrière lui et il le symbolise lui-même. Cet arbre est également un symbole évident de la nature et son étude approfondie permettrait de révéler de très nombreuses nouvelles analogies entre dieux au premier abord distincts.

Les origines du diable

1) Apis, 2) Pan, 3) Yama

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pan_satyre_della_Valle.jpg

http://www.mongolianculture.com/Yama.html

Un animal sacré et très ancien se retrouve associé pour pas mal de dieux étudiés ici. Combiné à l’ensemble des autres caractéristiques communes que l’on peut découvrir, cet animal met en avant le caractère reptilien divin. En effet, nous pouvons remarquer que le serpent est un attribut pour beaucoup de divinités citées plus haut. De nombreux dieux égyptiens présentent une coiffe surmontée d’un serpent (voir l’exemple ci-dessous d’Apis).  Amon est considéré dans les textes égyptiens comme le serpent qui féconde l’œuf primordial. Azazel le bouc émissaire de la Bible qui apporte le métal aux hommes est considéré dans un texte apocryphe (l’Apocalypse d’Abraham) comme un serpent ailé. Ce personnage est étonnamment proche de la version que l’on a du serpent biblique qui a corrompu Adam et Eve. Dans les tablettes de Kharsağ découvertes à Nippur en Irak au 19ème siècle, Enki est qualifié de « splendide serpent aux yeux brillants ». Enki est le seigneur de l’entendement ce qui est conforme à la vision que l’on a du serpent biblique en Genèse 3.1 : « Le serpent est le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits ». On raconte dans la mythologie nordique qu’Odin va se changer en serpent pour atteindre une caverne où était gardé un nectar sacré. En Grèce le célèbre héro Héraclès veut rencontrer aux enfers Déjanine qui est courtisée par un dieu fleuve Achéloos (une divinité qui peut se transformer en taureau et en serpent). Le serpent est un symbole utilisé pour présenter la filiation divine des dieux. Dans le papyrus Heruben, on voit le corps d’Osiris qui est déposé sur l’abysse primordial figuré par le serpent Apophis. Ce serpent primordial est le serpent Leviathan de la Bible. Chez les Mayas et également chez les Egyptiens le serpent est le siège sur lequel repose divers personnages divins. En plus de considérer Sa’am comme un serpent, on peut constater que la naissance de son fils utilise également ce symbole. Le Nommo des Dogons du Mali est un dieu qui va cracher un serpent dans une coupe-bouclier. Cette naissance est équivalente au mythe de la naissance de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, qui naît de l’ouverture de la gueule du serpent igné. Amon va ouvrir l’arbre sacré et libérer le roi vieillissant qui se transforme en serpent ou en faucon. Le symbole du serpent est universel et il n’est pas seulement synonyme d’une peur ancestrale ; en effet, bons nombres de dieux bienfaisants présentent cet attribut.

La symbolique du serpent

1) Apis, 2) Khnum, 3) Faucon solaire, 4) Osiris

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://www.flickr.com/photos/dalbera/2081847590/

http://www.spiritweb.us/egypt/egyptian-gods.html

http://www.fauser.edu/fau/egitto/EgittoWebImages/papiro.jpg

Nous pouvons dresser le portrait d’un dieu créateur du monde et des hommes. Il semble avoir 2 parèdres principaux : une déesse-mère qui enfantera un être solaire (Horus notamment) et une autre plus axée sur un mélange entre l’amour et la guerre telle que l’on peut la retrouver sous les traits de l’Ishtar babylonienne. Dans certains mythes, il présente des caractéristiques bienfaisantes mais certains semblent avoir dévié vers un rôle beaucoup plus négatif. Ce dieu aura créé les hommes mais il leurs aura également transmis des connaissances non voulues par d’autres dieux (notamment son principal rival Seth, Zeus, Fenrir, etc… qui sera responsable de sa mort), tels que le feu et la maitrise des métaux. Pour préserver le souvenir de cet être céleste décédé, de nombreux textes de par le monde ont conservé une trame sacrée unique qui peut dans certains cas avoir complètement dévié au profit de ses principaux adversaires. Comme vous avez pu le constater cet article est loin d’être exhaustif sur ce dieu universel. De nombreux autres noms et particularités n’ont pas été abordés ici et ils feront probablement l’objet d’articles ultérieurement.

Introduction aux liens entre les mythes et les religions

La vidéo ci-dessus vous montre que, dans le monde, des croyances à priori si différentes ont quand-même d’étonnants points communs. Cette vidéo ne résume pas les principes à considérer en priorité car il y a en tant d’autres, mais elle donne une des nombreuses manières de procéder pour mieux comprendre d’où nous venons. Le fil conducteur aurait pu s’orienter différemment et de nombreux autres concepts et symboles importants n’ont pas été abordés.

Une vidéo permet de visualiser très rapidement des concepts alors qu’une démarche basée sur les textes peut sembler moins attrayante. Mais les textes donnent de biens meilleurs résultats pour juger du lien entre les mythes et les religions du monde…Cette autre démarche est utilisée dans les articles.

Les mythologies sont universelles, elles ont beaucoup plus en commun qu’on a voulu nous le faire croire dans les cours d’histoire. Les points communs des mythes anciens ont été utilisés politiquement pour réunir des peuples forts différents au cours de l’histoire humaine. Aujourd’hui, les religions divisent plutôt les peuples. On a souvent utilisé les grandes différences et les erreurs d’interprétations des textes pour justifier des guerres, ou pour justifier de se mêler de la politique d’un autre pays…

Découvrir des liens entre toutes les mythologies et croyances du monde implique une critique continue et un recoupement d’informations. Les liens sont souvent très subtiles, cachés. De nombreuses erreurs d’interprétations, confusions, voire « manipulations de l’histoire » compliquent les recherches et ne nous permettent pas d’encore de tout comprendre. Mais chacun peut contribuer à la réécriture de l’histoire de l’humanité !