Ninmah (Ninhursag) est l’arbre de la connaissance

Le jardin d’Eden est le verger dans lequel on rencontrait deux arbres extraordinaires : l’arbre de la connaissance et l’arbre de la vie et de la mort. Le premier emblématique de la tentation d’Adam et Eve est une entité féminine. Par le fruit défendu, Adam et Eve accèdent à une connaissance qui n’était réservée qu’à Dieu. Découvrons ici, au travers de ses nombreux noms, qui était cette divinité créatrice qui leur a transmis cette connaissance…

Un peuple de turcs de Sibérie orientale (les Yakoutes) raconte dans une légende (ROUX JP., 1967) que l’homme primordial vivait à côté d’un arbre merveilleux. Sa naissance était récente et il s’interrogeait sur son origine. Une femme dévoilée jusqu’à la ceinture jaillit de l’arbre et lui annonce qu’il sera l’ancêtre du genre humain. Elle va dès lors allaiter l’homme, celui-ci sent dès lors ses forces décupler. On rencontre très souvent ce récit chez les turcs. Dans certaines versions, on explique que « Le roi des arbres […] laisse parfois apparaître […] une déesse âgée, aux cheveux blancs comme neige […], aux seins gros comme deux outres, sortant de sa racine jusqu’à la ceinture ». Cette femme qui est la Grande Mère est appelée Ayisit pour les Yakoutes ou Umay pour les Altaï et les Khirghiz de Turquie.

L’écrit sans titre, un texte copte de la bibliothèque de Nag Hammadi (découvert en Egypte) nous décrit que l’arbre de la connaissance, situé à proximité de l’arbre de vie dans le nord du paradis, est doté de la puissance de Dieu. Cet écrit est étonnant dans ses différences avec la genèse et dans ses révélations concernant la création d’Adam et celles qui concernent sa mère Eve. Le paradis aurait été créé par la Justice au milieu des pierres. Adam a été créé par 7 grands archontes. Il est laissé seul et au bout de 40 jours il commence à se mouvoir sur terre. Eve est celle qui lui permettra de se lever et d’ouvrir les yeux. Adam l’appellera dès lors « Mère des vivants ». Suite à celà, les archanges décident de faire tomber Adam dans un sommeil et de l’instruire dans son sommeil pour qu’il croie qu’il est né de la côte d’Eve. Ils décident également de souiller Eve avec leur semence afin « qu’elle ne puisse plus retourner dans sa lumière ». Eve, puissante, se moque de leur dessein. Elle place un sosie d’elle-même à côté d’Adam et elle rentre dans l’arbre de la connaissance pour y demeurer. Dans la suite du récit, on précise qu’Eve « s’est faite arbre ». Les archontes aveuglés vont éjaculer leur semence dans la sosie d’Eve.

Ils s’approchèrent [d’Adam] et voyant le sosie de celle-là près de lui,
ils se hâtèrent, croyant que c’était la véritable Eve et ils osèrent s’approcher d’elle.
Ils la saisirent et éjaculèrent leur semence en elle.
Ils firent cela avec fourberie ; (la) souillant non seulement selon la nature,
mais abominablement, puisqu’ils souillaient l’empreinte de sa voix qui avait parlé avec eux auparavant en disant : « il y a quelqu’un avant vous ».
(Extrait de l’Ecrit sans titre, PAINCHAUD L., FUNK WP., BRITISH LIBRARY, 1995)

La création de l’homme est également attribuée à Belet-ili (Nintu) dans le poème d’Atraḥasîs. Ce récit a d’abord été connu par une des épaves de la Bibliothèque d’Assurbanipal (version de Kasap-Aya qui est la plus longue). D’autres versions, notamment celle du British Museum, corroborent des pans entiers de ce récit. Belet-ili y est qualifiée de déesse de l’utérus. C’est la sage-femme des dieux. Suite à la révolte des Igigu contre le souverain des dieux Enlil, il est décidé dans l’assemblée des dieux que Belet-ili soit chargée de créer un prototype d’homme pour assurer la corvée des dieux. Elle est accompagnée par Enki notamment qui est le seul capable de purifier tout l’argile. Les différentes versions la qualifient notamment ainsi : Dame des dieux, Dame-de-tous-dieux (Bêlet-kala-îlî), Mammi, Mammi l’experte,…

« Or, une fois rassemblées [les mat]rices, Nintu [se tena]it là :
[Elle co]mptait les mois de prégnance
Jusqu’à ce qu’en la salle-aux-destins on annonçât le dixième.
Ce dixième mois arrivé, elle dédaigna le « bâton » ( ?) et découvrit ( ?) le bas-ventre ( ?) :
Son visage brillait de joie !
Puis elle se couvrit la tête et fit la sage-femme :
Elle se ceignit les lombes, prononça une bénédiction,
Traça un trait-de-farine et mit en place une paroi-de-brique, (en disant) :
‘C’est moi qui l’ai produit, qui l’ai fait de mes mains !
Qu’en la maison de la ‘consacrée, la Sage-femme soit en joie !
Partout où quelque parturiente accouchera,
Ou qu’une jeune-mère se débarrassera d’elle-même,
La paroi-de-brique devra rester en place neuf jours,
Pendant lesquels sera à l’honneur Nintu-la Matrice.’ »
(Poème d’Atraḥasîs, morceau paléo-babylonien du British Museum, BM 92608, traduction provenant de BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993)

Un des tablettes du poème d'Atrahasîs. British Museum. Source : wikipedia.

Comme on le découvre ci-dessus, Belet-îli (Nintu) est la déesse de la matrice et de l’enfantement ; dans le texte « Ligal.e, ou Ninurta et les pierres » il en est de même pour la mère de Ninurta appelée Ninmaḥ. Cette œuvre longue de 729 lignes a été entièrement recomposée grâce à pas loin de deux cent témoins qui sont des tablettes ou des fragments (BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993). Dans ce récit, Ninurta attriste sa mère Ninmah qui avait été l’épouse d’Enlil à cette période. En effet, Ninmah reproche à son fils « d’être passé prestement devant elle lorsqu’il eut triomphé, d’être passé devant elle sans même lui accorder un regard ». Les propos qu’elle tient à l’égard de son fils sont forts :

« Une fois, cependant, il attrista le cœur d’une femme : sa mère, Ninmaḥ, qui en perdit le sommeil, sur sa couche où, se souvenait-elle, elle l’avait conçu !
Son corps vêtu d’une toison de laine, semblant une brebis, une brebis pas encore tendue.
Elle se complaignait aigrement que lui fût fermée la Montagne :
‘Le seigneur (disait-elle), dont la Montagne n’a pu soutenir l’auguste puissance,
Le sublime Champion, que nul ne peut approcher quand sa fureur s’enflamme,
Tempête qui s’abat, déversant tout son venin sur la terre, le Seigneur, le ‘souffle’ d’Enlil, digne de la couronne, le champion trop haut placé pour recevoir des ordres…’ »
(Ligal.e, ou Ninurta et les pierres morceau – ligne 370-375 , traduction provenant de BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993)

Ninurta est à l’opposé plein de bienveillance envers sa mère « qui a voulu gagner la Montagne et le suivre jusque dans la contrée rebelle même au milieu des horreurs de la guerre ». Il lui donne dès lors le titre de la dame des monts (Nin hur. Sag). Ninurta raconte que les montagnes sont la résidence de sa mère et que ses vallonnements produisent des herbes aromatiques et que les franges fournissent du vin et du miel. Sur les pentes des montagnes croissent cèdres, cyprès, genévrier et buis. Ses montagnes sont le berceau d’un jardin produisant de beaux fruits mûrs. Ce jardin peut faire penser au jardin d’Eden et celà se confirme lorsqu’on étudie les tablettes de Kharsaǧ. Ces textes ont été découverts en Irak au 19ème siècle et ils datent du 3ème millénaire avant Jésus-Christ. Anton Parks a confirmé la localisation du jardin d’Eden sur les hauteurs de Turquie (monts KARA-DAĞ dont le nom est très proche de la cité de Ninmah invoquée dans les tablettes de Kharsaǧ). Je cite ici pour référence les traductions françaises des tablettes de Kharsaǧ réalisées par Anton Parks. Elles sont disponibles depuis octobre 2011 dans son étude intitulée : « Eden ». Ninhursaǧ y est dénommée la « Dame serpent » et Enlil « le « splendide serpent aux yeux brillants ». Nous découvrons dans ces tablettes une description très élaborée de ce jardin et les premiers temps de l’humanité qui rampait encore à 4 pattes. Ninhursag est la reine de la cité. Enki est chargé d’appliquer les ordonnances d’Enlil. Il apprend à l’humanité que « le fer ne sert pas à tuer mais à couper du bois ». Je ne peux m’attarder sur cette œuvre extraordinaire tant les passages intéressants sont nombreux. L’étude des tablettes de Kharsag nous confirme le rôle de Ninmah en tant qu’arbre de la connaissance dans le jardin d’Eden, celui-ci étant localisé dans les montagnes du nord de la plaine mésopotamienne.

Ninmah (Ninhursaǧ) a été l’épouse d’Enlil, mais d’autres textes anciens nous apprennent qu’il n’en fut pas toujours ainsi. En effet le poème « Enki et Ninmah » nous raconte qu’Enki fut également l’époux de Ninmah en Dilmun (peut-être les îles de Baḥraïn-Failaka). Le poème « Ligal.e, ou Ninurta et les pierres » n’est y pas contradictoire à cette idée lorsqu’on sait que Ninmah lie l’orgueil de son fils à celui de son père. Ceci est un indice qui peut laisser penser que cette déesse ne fut pas toujours unie à Enlil. Cette idée est confirmée notamment par le poème « Enlil et Ninlil ». Ce poème est connu par une vingtaine de manuscrits fragmentaires retrouvés à Nippur (BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993). Il précise que Ninlil est la Jouvencelle d’Enlil et que Nunbaršegunnu est l’Ancienne d’Enlil. Un jour, Nunbaršegunnu avertit Ninlil encore vierge afin qu’elle ne croise pas le seigneur au regard luisant sous peine d’être mise enceinte (noter l’appellation étonnamment proche du nom donné à Enlil dans les tablettes de Kharsaǧ). Dans un premier temps, elle refuse les avances d’Enlil en expliquant notamment que sa mère et son père ne l’accepteraient pas. A l’aide de son page Nuska qui lui fournit une barque (son architecte de l’Ekur), Enlil parvient à la rejoindre et à la féconder. L’assemblée des dieux vont dès lors le bannir.

Tablette Enki et Ninmah

Tablette sumérienne "Enki et Ninmah" localisée au Musée du Louvre. Source : http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=obj_view_obj&objet=cartel_24697_32848_05-525968.jpg_obj.html&flag=true.

En respectant l’idée selon laquelle les mythologies sont dérivées les unes des autres, nous retrouvons un passage évocateur de l’apparition de la nouvelle épouse d’Enlil dans l’hindouisme. Ninmah y porte le nom de Saravastî (Sâvitrî), celle-ci étant considérée comme la déesse hindoue de la sagesse et de la connaissance. Dans un distique du Matsya Purâna (WILKINS W. J., 2006), on dévoile que Sâvitrî délaisse Brahmâ alors qu’elle est nécessaire pour l’accomplissement de sacrifices afin de préserver la verdure et la vigueur des trois mondes. Un prêtre est chargé d’aller la chercher mais il n’y parvient pas. Pour accomplir les rites, Indra se met à la recherche d’une nouvelle épouse. Il rencontre une laitière appelée Gâyatrî portant un pot de beurre qui était jeune, belle et souriante. Celle-ci devient son épouse. Elle est emmenée dans les appartements de  Sâvitrî pour être parée des plus beaux vêtements et bijoux. C’est alors qu’arrive sur le lieu du sacrifice Sâvitrî. Celle-ci voit la laitière dans ses appartements et les prêtres occupés à réaliser les rites pour le sacrifice et elle rentre dans une colère folle. Il semble que ce récit explique bien des choses et je vous reporte ici la traduction en partie réalisée par WILKINS W. J., 2006 :

« Oh Brahmâ, dit-elle, as-tu toi-même conçu si coupable dessein que tu veuilles me répudier, moi, ta femme légitime ? N’as-tu aucune honte à te laisser pousser, par amour, à un acte aussi condamnable ? Toi que l’on dit père des dieux, des vénérables sages, comment peux-tu agir ouvertement d’une manière qui, n’en doute pas, suscitera la dérision dans les trois mondes ? Mais comment montrer mon visage ou, délaissée par mon époux, me donner le titre d’épouse ? »
Un peu plus loin dans le récit :
« Sâvitrî s’exclama : ‘ ¨Par les pouvoirs que j’ai acquis de la pratique du tapas, puisse Brahmâ ne jamais être adoré en aucun temple ni aucun lieu, si ce n’est un seul jour par an. […] Et quant à toi, Indra, qui menas cette laitière à Brahmâ, tu seras enchaîné par tes ennemis, retenu en terre étrangère, et tes ennemis occuperont la cité’. Elle dit encore s’adressant à Vishnu : ‘Et toi, qui l’as donnée en mariage à Brahmâ, tu naîtras parmi les hommes, par la malédiction de Brhigu, et tu endureras le supplice de voir ta femme ravie par tes ennemis ; longtemps aussi tu erreras, humble gardien des troupeaux !’ »
Encore un peu plus loin dans le texte :
« Après avoir prononcé ces malédictions, Sâvitrî quitta l’assemblée, suivie de Lakshmî et des autres déesses, qui annoncèrent très vite leur intention d’y retourner. Sâvitrî, s’enflammant de colère, leur parla en ces termes : ‘Puisque maintenant, Lakshmî, tu m’abandonnes, puisses-tu ne jamais mener une existence stable et toujours demeurer avec le vil, l’inconstant, le méprisable, le criminel, le cruel, l’insensé, le barbare ! Quant à toi, Indrânî, (autre nom de Gâyatrî) quand Indra se verra accuser d’un meurtre d’un brahmane parce qu’il aura tué le fils de Tvashtri, alors Nahusha obtiendra son royaume et s’écriera, désireux de t’obtenir aussi : ‘Ne suis-je pas Indra ? Pourquoi donc la jeune et la belle Indrânî ne veut-elle pas de moi ? Si je ne l’obtiens pas, j’exterminerai tous les dieux’ ».

L’arbre de la connaissance Ninmah fut l’une des reines du monde avec son époux Enlil. Elle était la mère des Anunnaki. Sous les traits de Ninhursaǧ, elle symbolise une femme attachée aux Montagnes de Kharsag dans lequel fut implanté le jardin d’Eden. Dans ce paradis terrestre, elle a animé l’homme et elle lui a permis de distinguer le bien du mal et d’ainsi ouvrir son intellect. Adam et la nouvelle Eve vont devoir quitter ce paradis. Lorsqu’Enlil s’unit à sa nouvelle épouse, Ninmah est folle de colère mais finit par accepter cette situation. En Dilmun, elle deviendra temporairement l’épouse d’Enki, un grand généticien. Par ses nombreuses tentations et aventures, la confiance que Ninmah lui portait disparaitra. Elle lui retirera ainsi son « regard de vie ». Mais elle finira par lui pardonner ces infidélités en participant notamment à son embaumement sous les traits de Serkit (déesse des naissances) avec Hathor, Nephtys et Neith. Cette déesse matrice restera à tout jamais une des mères de l’humanité et également des dieux.

Sources bibliographiques

- BOTTERO J. & KRAMER S. N., 1993. Lorsque les dieux faisaient l’homme. Editions Gallimard. 755 p.

- DUSCHESNE-GUILLEMIN J., 1986. Origines iraniennes et babyloniennes de la nomenclature astrale. Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Volume 130, numéro 2. pp. 234-250.

- O’BRIEN C & JOY O’BRIEN B., 1999. The genius of the few. Dianthus Publishing Limited, The Pool House, Kemble, Cirencester, England. 372 p.

- PAINCHAUD L., FUNK WP., BRITISH LIBRARY, 1995. L’écrit sans titre. Traité sur l’origine du monde (NH II, 5 et XIII, 2 et Brit. Lib. Or. 4926 [1]). Les presses de l’université Laval, Québec, canada. 622 p.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre. 516 p.

- ROUX JP., 1967. Le lait et le sein dans les traditions turques. L’Homme. Volume 7, numéro 2. pp. 48-63.

- WILKINS W. J., 2006. Mythologie hindoue, védique et pouranique. L’Harmattan. 398 p.

Et un bouquin incontournable qui complète depuis peu (le 26 novembre 2011) cet article :

- PARKS A., 2011. Eden. Editions Nouvelle Terre. 264 p.

La symbolique de l’arbre dans les mythes et les religions

L'arbre dans les mythologies

L'arbre dans les mythologies


En débutant cette recherche sur la symbolique de l’arbre dans les mythologies, je ne m’attendais pas à rencontrer ce végétal d’une manière si soutenue dans tous les mythes du monde. Il existe en effet une multitude de récits très anciens ou non qui nous parlent d’arbres très nettement liées à des divinités. En se lançant dans ce thème, on en ressort convaincu qu’il existe encore ici une preuve que toutes les croyances du monde son liées entre elles. Outre cette constatation, il ne fait pas de doute que thème nous permettra de comprendre quelques grands mystères sacrés universels.

Pour commencer, abordons la symbolique de l’arbre dans la mythologie nordique. Ce mythe peut ne pas vous dire grand-chose à la base, mais vous verrez très vite que le thème présente certaines grandes caractéristiques à travers le monde. L’arbre sacré nordique par excellence est l’Ygdrasil, un arbre de vie. Ses racines croissent à travers tous les mondes. Il présente 3 grandes racines :

1)      La plus grosse racine s’étend vers Asaheim, le séjour des dieux. On y retrouve la fontaine Urdar. Autour de cette fontaine, il y a 3 déesses appelées les Nornes Urd, Vervandi et Skuld.

2)      La plus noueuse racine s’étend vers Jotunheim, le pays des Géants. La fontaine qui jaillit sous le monde des Géants est Mimir. Elle donne l’intelligence et la sagesse à celui qui s’y abreuve avec la corne Gjallar.

3)      La plus puissante racine subit la morsure du gigantesque dragon Nidhug mais cette racine gorgée de sève résiste aux crocs et au venin. Elle abrite la fontaine Hvergelmir.

Cet arbre doit lutter pour étendre ses racines vers le ciel. Des poulains, ou des cerfs sauvages mangent ses bourgeons et des serpents attaquent ses racines. Les Nornes, déesses sacrées puisent l’eau de la fontaine Urdar, et en le mélangeant à la terre elles forment une boue qu’elles répandent sur l’arbre Ygdrasil. Cet arbre reste donc toujours vert et étend son feuillage sur les Neuf mondes. La rosée tombe sur la terre à chaque aurore. Cette rosée est en fait du miel dont se nourrissent cent abeilles. Cet arbre est le symbole de la belle saison, en d’autres mots le symbole de la renaissance par la présence de l’eau et du miel. L’aigle se trouve dans la branche la plus élevée. Entre les yeux de cet aigle se trouve le faucon Vedfolnir. Il existe une lutte entre l’aigle et le serpent, une lutte éternelle entre ces deux êtres. De manière très imagée, le sang versé par l’aigle et le serpent est aussi sacré que l’eau et le miel.

Par cette description, nous pouvons lier ce mythe à la mythologie mésopotamienne. Notez qu’à la base, nous avons l’impression que ces mythologies sont si différentes, et pourtant… Dans l’épopée de Gilgamesh (12ème tablette). Il existe un récit analogue qui nous parle de l’arbre Huluppu déraciné par Ninanna et replanté à Uruk. La déesse s’y prend mal. Elle le plante seulement avec son pied sans l’arroser. Quelques années plus tard, un serpent avait fait son nid dans les racines. Dans ses branches, c’est l’oiseau tempête qui a fait son nid. Le parallèle des animaux est si clair avec la mythologie nordique qu’il n’y a aucun doute sur la filiation entre ces 2 mythes. Au milieu de l’arbre Huluppu, se trouve la démone Lílitu (Lilith) qui s’était bâti une demeure. Cette déesse au milieu de l’arbre nous indique un fait que l’on peut prouver facilement : la symbolique de l’arbre est à lier sans aucun doute au caractère sacré de la femme mais également à un dieu d’une très grande importance. Pour l’illustrer, il existe plusieurs textes anciens nous parlant du Kiškanû noir dans la mythologie mésopotamienne, et dont les racines s’étendent vers l’Abzu primordial, l’abysse du monde. Cet arbre, brillant d’un éclat de lapis-lazuli, est localisé à Eridu, ville qui est la demeure sacrée d’Enki. Sous ses nombreux autres noms (voir l’article « Enki et ses nombreux autres noms dans le monde »), ce dieu sera un des principaux acteurs dans le domaine de la symbolique de l’arbre avec les déesses qui lui sont associées. Lorsqu’on parle que le ciel et la terre sont uni on fait référence à cet arbre cosmique. Divers mythes nous racontent que les cieux ont été séparés de la terre ; peut-être devons-nous y voir une image de la mort de cet arbre cosmique et finalement la fin d’un être céleste qui est le trait d’union entre les cieux et terre.

Dans la mythologie chinoise, il est également fait mention de lien d’un arbre sacré « avec neuf mondes ». Cet arbre s’appelle le Kien-mou et il relie les neuf sources (séjour des morts) aux neuf cieux. Par lui, montent et descendent les souverains qui sont les médiateurs du ciel et de la terre. Kien-mou est l’arbre de vie qui nait et meurt de nombreuses fois. Cet arbre est entouré de 2 arbres : un pêcher Pa’n-mou dont les fruits confèrent l’immortalité et un autre arbre appelé Jo dont les fleurs rouges lumineuses éclairent le ciel lorsque le soleil n’est pas encore levé. Le Kien-mou associé à 2 autres arbres est une très belle image que l’on a pu donner à Enki, à Nammu et à Ninmah. La figure ci-dessous est la copie de l’empreinte d’un sceau-cylindre découvert à Mari (sud-est de la Syrie). On comprend très clairement que les déesses associées à Enki sont des arbres sacrés. Ces 2 arbres sont connus dans de très nombreux mythes bien connus de tous.

Empreinte d'un sceau sumérien de Mari où l'on voit Ninmah, Enki et Nammu. Source : Adam Genesis d'Anton Parks

L’histoire la plus connue concerne l’Eden biblique. En genèse 2:4, Dieu place dans le jardin d’Eden l’arbre de la Connaissance du Bien et du mal et l’arbre de la Vie au milieu. L’homme peut manger les fruits des arbres de l’Eden sauf celui de ces 2 arbres. Le serpent incite la femme à goûter le fruit de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Dieu a interdit aux hommes d’y gouter pour empêcher qu’ils deviennent leur égal par le discernement du bien et du mal. Ce récit biblique prend sa source en Mésopotamie. A Nippur en Irak ont été découvertes des tablettes d’un étonnant contenu : les tablettes de Kharsağ. Ces tablettes d’argile nous révèlent l’existence d’un Eden construit dans le mont Taurus (nord de la plaine mésopotamienne). La déesse Ninkharsağ (Ninmah) décide qu’on construira pour elle, notamment, un jardin planté d’arbres fruitiers. On décrit dans ces tablettes également la naissance de l’être humain : « Les humains n’avaient pas encore appris à comment manger et comment dormir, ils n’avaient pas appris à faire des vêtements ou des demeures permanantes. L’humanité rampait dans ses demeures à quatre pattes ».

Ce jardin est référencé également dans la mythologie grecque. Il est demandé à Héraclès, le célèbre héro grec d’aller cueillir les pommes dans le jardin des Hespérides, un jardin inconnu de tous. Ces Hespérides sont Aeglé, Erythie et Hespéra. Athéna lui conseille d’aller voir les 3 anciennes divinités créatrices des hommes appelées les Moires. Celles-ci le conseillent d’aller voir Nérée, le dieu de la mer. Après plusieurs péripéties, Héraclès voyage avec la coupe solaire du dieu Hélios (à la manière d’Horus) jusqu’à l’île des Hespérides où pousse l’arbre aux pommes d’or gardées par des serpents. Héraclès demande de l’aide au géant Atlas. Celui-ci a été puni par Zeus pour avoir soutenu les rebelles qui s’opposaient à son trône et il doit soutenir les cieux en punition. Il veut bien  le remplacer un moment. En échange, il doit voler les pommes du jardin des Hespérides. Dans un autre mythe toujours grec, on raconte que les 3 Hespérides sont changées en arbres : Aeglé en saule, Hespéra en peuplier et Erythie en ormeau. Dans les îles Gilbert en Océanie, il existe un mythe appelé «  la malédiction de Nakka ». Nakka, qui est l’ainé des dieux, crée les premiers habitants et ceux-ci vivent sur des îles séparées. L’homme et la femme sont séparés mais sont immortels. Nakka part en voyage et les hommes et les femmes ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas se voir. Le vent apporte l’odeur des fleurs de l’arbre unique de l’île des femmes vers l’île des hommes.  Et ils se retrouvent. Nakka est de retour et les femmes et les hommes nient qu’ils se sont rencontrés en son absence. Nakka leur hôte leur immortalité pour lui avoir désobéi. Il leurs donne malgré tout la possibilité d’emmener avec eux un arbre et ils choisissent l’arbre de l’île des femmes qui leurs sera malgré tout très utile pour se soigner. Le jugement de cette histoire est analogue à celle qu’on rencontre dans la Bible. Yahvé décide d’expulser Adam et Eve de l’Eden et ils seront mortels. Le mythe biblique nous raconte donc l’histoire très ancienne de la création de l’homme et de l’intervention de divinités féminines qui permettent à la fois de discerner le bien et le mal mais également de vivre éternellement.

Peinture grecque

Peinture des Hespérides localisée au British Museum. Source : http://www.theoi.com/Gallery/N14.1.html

On peut davantage comprendre le rôle de l’arbre de vie et de l’arbre de la connaissance dans d’autres mythologies du monde. Attachons-nous maintenant à la mythologie indienne pour nous en rendre compte. L’arbre sacré indien s’appelle l’Açvattha, un figuier sacré. Le nom scientifique de cet arbre est le Ficus religiosa. Cet arbre est particulier car il étend ses racines vers le ciel et ses branches vers la terre entière. Il est tout comme l’Ygdrasil et l’arbre Huluppu le lien entre le ciel et la terre. L’Açvattha repésente le mâle et le Cami représente la femelle. On mélangeant ces 2 plantes, on obtient le feu. On a ici l’image de la création d’un être sacré de feu que l’ont peut appeler en Inde Agni. On attribue à cet Açvattha dans le texte appelé « l’Atharvaveda » des propriétés médicales merveilleuses. Le soma, la boisson des dieux, devait être reçue dans une coupe faite du bois de l’Açvattha. Les Védas sont les branches de cet arbre cosmique. De cet arbre naquit une tige prodigieuse appelée « l’arbre de lait ». Dans le Rigveda (I, 154), il est dit : « deux oiseaux, amis et compagnons, tiennent embrassé un même arbre ; l’un… mange la figue succulente, l’autre ne mange pas et regarde,… ». Dans l’Atharvaveda (X, 4, 3). L’arbre Açvattha produit l’Ambroisie sous le nom de Kustha, ou « fleur de l’Amrita ». Celui qui mange de l’ambroisie devient sage. Cet arbre est l’arbre sous lequel le bouddha va se réfugier et acquière la sagesse.

Il est n’est pas étonnant de retrouver la symbolique de cet arbre également dans le bouddhisme. Cet arbre est alors appelé le Bodhi qui est aussi consacré à Vishnu ‘encore un autre nom pour enki). Dans les traditions des pélerins bouddhistes de la Chine, on raconte que les dieux ont construit un chemin céleste entre l’arbre Sal et l’arbre Bo. Ce chemin va être parcouru par le Bouddha pendant la nuit avec les Dévâs, les Nagâs et par d’autres êtres divins. Bouddha va également rencontrer d’autres d’arbres tels que Pei-to et l’arbre Midella. Les récits font état d’un lien très étroit entre l’arbre et la vie de Bouddha. Ainsi quand la reine décida d’abattre le Pei-to, Bouddha tombe à terre évanoui. Bouddha va permettre de refaire renaître cet arbre en répandant sur ses racines 100 cruches de lait. Ces mythes ont encore des répercussions récentes dans les croyances de l’Inde où l’on vénérait l’arbre Bodhi. Remarque amusante : ne faut-il pas voir l’origine de mot anglais body dans cet arbre Bodhi intiment lié à bouddha et finalement une image du corps humain ? Cette vision de l’homme arbre est également probablement rencontrée dans la bible lorsque Jean Le Baptiste déclare aux Pharisiens en Matthieu 3:10-11 : « Engeance de vipères, qui vous as suggéré d’échapper à la colère prochaine ? Produisez donc un fruit digne de repentir et ne vous avisez pas  de dire en vous-mêmes : ‘ Nous avons pour père Abraham’. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre qui ne produit pas de bon fruit (le fait que fruit soit au singulier a son importance) va être coupé et jeté au feu ».

Le Ficus religiosa (l’Açvattha) a souvent été confondu dans la mythologie avec le Ficus indica (Vata ou Nyagrodha). Dans la légende de Krishna, on apprend que la déesse Devakî enceinte de Krishna va se réfugier sous l’arbre Vata. Cette déesse craignait que le terrible Kansa mette à mort son enfant. Nous découvrons ici un autre récit pour l’histoire bien connue de la naissance d’Horus et le fait que cette grossesse fut cachée par Isis. Tout comme les oiseaux qui mangent les figues de l’Açvattha, on retrouve des perroquets qui peuplent le Vata. Dans le mythe, il est dit que des gens simples peuvent confondre ces oiseaux avec des perles. Dans la tradition védique, on confond les 2 grandes perles du ciel (le soleil et la lune) avec l’arbre céleste Pippala. La symbolique de l’oiseau est intiment liée à celle de l’arbre.  Un oiseau de la mythologie iranienne présente d’étonnants points communs avec le phénix égyptien. Il vit dans l’arbre de vie Gaokerena et il séjourne dans la terre de la plante Hoama. Les graines de cet arbre permettent de guérir de tout mal. On considère également le Hoama comme une boisson divine tout comme la  boisson indienne (le soma) dont on a parlé plus haut. Dans ce mythe, tout comme dans la mythologie nordique, plusieurs bovidés ou capridés se nourrissent des feuilles d’un arbre sacré. Cet arbre est notamment pour les Iraniens la vigne. On connaît quelques représentations du Dieu Mythra en présence d’une grappe de raisin (parfois apportées par un autre personnage). En Iran, la vigne est considérée dans les mythes comme une plante née du sang du taureau primitif (Il n’est pas nécessaire de démontrer ici que la figure d’Enki/Osiris est sans aucun doute liée au taureau sacré). En occident la vigne a aussi son importance. En effet le vin est primordial dans le symbole de la mort de Jésus. Cette boisson est remplacée par la Haoma en Inde. La vigne est également liée à Pan, le dieu bouc grec qui tient une grappe de raisin dans une main. Ce n’est probablement pas pour rien que le vin est interdit dans la religion musulmane, à cause des pratiques rituelles de ce vin. La mort d’un être divin a également une énorme place dans bons nombre de mythes du monde.

Sceau akkadien et représentation d'un arbre de vie soigné par 2 carpes divines. Au dessus de cet arbre on y voit une sorte de vaisseau en forme d'oiseau. Cette représentation est très courante en Perse notamment. Source : http://www.nouvelordremondial.cc/wp-content/uploads/2008/03/enki-ea.jpg

Dans la mythologie celtique, Ésus est un dieu que l’on peut identifier sur 2 représentations : autel gallo-romain de Paris et sur une stèle de Trèves. Ésus semble abattre un arbre avec un outil de nature rectiligne. Cet arbre cache un taureau et 3 grues à travers ses branches (grues sont sur le bovidé). Ce taureau est appelé Taruos Trigaranus. Les grues sont des animaux échassiers. Le parallèle du vol de ces bovins est un parallèle que l’on peut faire avec Hercule, le héro grec qui vole le troupeau bovin appartenant à Gyréon. Dans une autre légende, Hercule s’attaque à Achéloüs (sous la forme d’un taureau ou d’une anguille avec des cornes bovine), et lui vole la corne d’abondance pour l’offrir à Copia. Dans un mythe gallo-romain, on a le dieu Lug qui vole une corne au serpent Balar. La mort d’un arbre et d’un taureau divin est également attestée dans la mythologie irlandaise. Le héro irlandais Cuchulainn recherche 24 vaches de Cooley et poursuit le conducteur le taureau divin Donn après avoir abattu un chêne. Dans ce mythe la gent corvidée intervient (et non des grues) et avertit le taureau Bonn de l’intention de Cuchulainn. Celui-ci est le fils de Lug dieu de la lumière sublimé en lui. Noter qu’à sa mort Cuchulainn s’attache à un pilier en pierre et meurt debout tout comme Jésus. Plus tard 3 corneilles se percheront sur sa tête. Morrigan, la déesse de la guerre viendra le chercher (déesse assimilable à Ninanna ou Perséphonne). A la mort sacrée du taureau divin qui est si répandue sur Terre, s’ensuit toujours une renaissance d’un être céleste. Cette renaissance est souvent représentée sous la forme d’un arbre d’où émerge un nouveau soleil. Les représentations égyptiennes, syriennes, mésopotamiennes présentant ce mythe sont si nombreuses qu’il serait impossible ici d’en synthétiser tous les aspects.

La renaissance divine et solaire est intiment liée à la symbolique de l’arbre dans le monde. Comme il a été indiqué timidement plus haut, ce thème de mort et de renaissance est à relier à la mort d’Osiris. Celui-ci aurait été attaché à un arbre (sycomore ou tamaris) et aurait fusionné à un arbre sacré lors de sa mort selon « Les Textes des Pyramides, des Sarcophages, papyrus Louvre N 3129 ». Cette naissance se retrouve par exemple dans un mythe grec : Thiéas roi d’Assyrie avait une fille Smyrna. Aphrodite lui inspira un amour passionné pour son père. Smyrna parvient à coucher avec son père et les dieux la transformèrent pour la punir en un arbre appelé Smyrna (arbre à myrrhe). Neuf mois plus tard, l’écorce se fendit et il en sortit Adonis. Un autre mythe, cette fois-ci océanique, existant sous plusieurs versions, raconte l’histoire d’une déesse vierge appelée Hina vivant aux Samoa. Elle s’éprend du dieu Tina, un être anguille qualifié de brillant et clairement associée aux eaux éternelles (similitudes avec le dieu Enki). Cet être va être tué et découpé en morceaux. Hina va faire en sorte d’enterrer la tête de Tina. Au bout de cinq nuits, un arbre va éclore : le cocotier qui produira un fruit qui servira d’abri à l’enfant d’Hina. Les Tahitiens et les Tuamotau incluent cette histoire au cycle de Maui. La renaissance d’un arbre à partir du corps d’un dieu se rencontre aussi dans la mythologie maya. Dans le complexe architectural de Tepantitla, on voit des oiseaux émergeant des branches d’un arbre ou d’une liane tordue qui pousse sur la tête d’une divinité centrale. Dans le temple des inscriptions de Palenque, l’arbre cosmique de la vie a été représenté comme un arbre qui surgit du roi Pascal couronné de l’oiseau mythique. Dans le codex Borgia, il existe une représentation du dieu Mixcoatl d’où surgit un arbre sur lequel est perché un oiseau.

 Naissance d'un oiseau céleste via un arbre de vie

Sceau mésopotamien et naissance d'un oiseau via un arbre de vie. Source : http://motv1q.bay.livefilestore.com/y1p8-HfAhwqWx1gjRH9NgaMGjXnZaFT-iRmaxOI49UXw0lfFQefUJ7ETDFO4-CV2ZXl2UiBm0jppZ-skmSpBe50YQ

En résumé, un grand principe universel associe l’arbre au féminin. Il n’est pas étonnant de retrouver la femme sous la forme imagée d’un arbre. Cet arbre est la source d’une boisson qui permettrait de vivre éternellement pour ceux qui s’en abreuveraient. Cette boisson est formée du fruit de l’arbre, fruit qui permet à la vie de renaître. Il s’agit donc d’une très belle métaphore associée au sexe féminin et aux menstrues. Le fait de se nourrir de menstrues est un grand principe qui nous a longtemps été caché notamment par l’interdit propagé par la figure bien connue de Yavhé. Le sang est un liquide très souvent associé à la mort rituelle, divine et à la renaissance du taureau sacré Osiris que l’on peut retrouver justement dans certains mythes sous un arbre sacré. L’arbre est à la fois le symbole de la renaissance par ses fleurs et ses nouveaux fruits et donc initiée par le féminin, mais de plus un grand symbole de fertilité masculin et très clairement associé au phallus. Voilà pourquoi il si intiment lié à l’image du dieu Enki/Osiris/Ptah et ses nombreux autres noms. Voyez tous les rites que l’on peut retrouver autour d’êtres divins morts sur un arbre ou donnant naissance à un nouvel arbre divin. La renaissance de ce taureau sacrifié est confirmée par la présence d’être célestes tels que les oiseaux et de manière unanime par le phénix. Un oiseau de feu sortirait d’un arbre sacré tant féminin que masculin et se verrait en quête d’une boisson capable de le faire revivre éternellement. L’arbre de vie fournirait ainsi la coupe de sang sacrée et la quête du graal si matérialisée ne serait en fin de compte qu’un leurre pour nous écarter de la véritable source de l’immortalité. Celle-ci ne pourrait être complète qu’en gouttant également à l’arbre du fruit de la connaissance du bien et du mal apportant la sagesse. Ce fruit se trouverait uniquement à l’intérieur de soi-même. Il faut sûrement y voir aussi une quête spirituelle initiée par le Bouddha qui se libère de la condition matérielle sous l’arbre sacré. L’immortalité ne serait pas uniquement biologique mais également psychique et dépendante de l’acquisition d’une grande sagesse…

Renaissance d'un être de feu via l'arbre de la vie

Bas-relief d'un des temples d'Angkor. Danse d'un bouddha sur un arbre de vie. La croix sur le torse est la même que celle qu'on retrouve sur certaines représentations du dieu égyptien Ptah. Source : http://baguettesenlair.blogspot.com/

Sources Bibliographiques :

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- BAILEY G., CARDEN M., CLARKE P. & al., 2006. Mythologie : mythes et légendes du monde entier. Ed. de Lodi, Paris.

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- CHARIERRE G., 1966. Le taureau aux trois grues et le bestiaire du héros celtique. Revue de l’histoire des religions. Volume 169. Numéro 169-2. pp. 155 à 192.

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- MABIRE J., 1999. La légende de la mythologie nordique. Ancre de Marine.

- PARKS A., 2007. Les chroniques du Gírkù. Ádam Genesis. Editions Nouvelle Terre.