Enki et ses nombreux noms dans les mythes et religions

Un peu partout sur Terre, un dieu était aux centres des croyances anciennes. On le retrouve dans quasi tous les mythes et religions du monde. Ce dieu est polyculturel, il présente un certain nombre d’aspects universels et des caractéristiques particulières qui le distingue très clairement d’autres divinités. Ses noms sont aussi nombreux que les facettes d’un diamant. Il a considérablement influencé nos croyances actuelles. Toutes les divinités qui l’ont côtoyé sur des panthéons divins vont dans le sens d’un être unique. Nous appellerons ce dieu Sa’am (signifiant « beau de visage » avec le syllabaire suméro-akkadien). Cet être porte notamment les noms suivants : Enki, Dumuzi, Tammuz, Osiris, Sokar, Ptah, Amon, Khnum, Min, Taténen, Apis, Pan, Nommo, Odin, Aurvandil, Chronos,  Prométhée, Hadès, Azazel. Il existe encore toute une multitude de dieux non considérées dans cet article, tellement le sujet est vaste…

Pour tous ces noms, il existe de grands signes distinctifs communs. Certains sont moins évidents que d’autres et sont parfois très spécifiques mais uniques. Au premier abord, on a l’impression de rencontrer des êtres bien distincts. Il existe en effet une grande variété de différences mais un ensemble de caractéristiques communes très spécifiques, qui combinées entre elles ne laissent pas de doute sur la filiation entre tous ces personnages. L’être universel dont nous allons entrevoir le rôle comporte les particularités suivantes :

1) Une association à la mort :

- dieu des enfers

- vivant dans un royaume souterrain

- être qui meurt et qui ressuscite dans la plupart des cas

2) Créateur/Père divin

- créateur des hommes, de la faune et de la flore

3) D’une grande Sagesse

4) Un ensemble de fonctions associées

- l’agriculture et la nature

- la fertilité

- l’eau de manière générale, ou un cours d’eau

- la médecine

- être de lumière

- l’art, l’artisanat

- créateur de l’écriture

- un être maîtrisant le feu, la métallurgie et qui transmet ses connaissances à l’homme

5) Des traits physiques ou des caractères associés

- barbu

- beau de visage

- les cornes de bélier ou de bouc

- le taureau sacré

- une couleur de peau verte ou bleue

- le serpent

- assis ou couché

6) Une association avec des entités particulières

- un ou plusieurs grand(s) rival(aux)

- un fils solaire et/ou lunaire

- un parèdre principal voire plusieurs entités féminines sacrées

- le chien/loup issu d’un monde souterrain

- 7 sages

7) De grands symboles

- la croix

- un sceptre de pouvoir

- un arbre/pilier

- une barque ou un char solaire

- le soleil

Les dieux égyptiens Ptah, Amon, Khnum, Min sont très souvent assimilés comme étant une seule divinité. Ils sont tous créateur du monde et des hommes. Ils sont des êtres de lumière. Tous ont un trait divin très spécifique : les cornes de bélier/bouc (voir image ci-dessous). Le dieu grec Pan présente aussi cette caractéristique dans sa représentation. Le sukhurmashu est l’attribut d’Enki/Éa combinant à la fois la chèvre et le poisson, devenant par la suite le signe zodiacal du capricorne. Les cornes de bélier/bouc est une particularité peu commune pour signaler le caractère divin d’un être céleste. Par conséquent, cette caractéristique semble être un critère efficace pour considérer un lien entre ces divinités.

Symbolique du bélier divin

1) Ptah, 2) Amon, 3) Khnum, 4) Pan

Sources :

http://alain.guilleux.free.fr/deir_el_medineh/deir_el_medineh_tombe_pashedou.php

http://www.cbx41.com/article-dieu-a-tete-de-belier-amon-re-louvre–38768127.html

http://eu.wikipedia.org/wiki/Fitxategi:SFEC_EGYPT_ESNA_2006-013.JPG

http://www.louvrebible.org/index.php/louvrebible/default/visiteguidee?id_menu=VISGR1&&id_oeuvre=28

Dans le monde, il existe une autre grande caractéristique unique qui se rencontre notamment chez les dieux suivants : Enki (dieu sumérien), Éa (dieu assyro-babylonien), Dumuzi (dieu sumérien), Tammuz (dieu akkadien), Osiris (dieu égyptien), Sokar (dieu égyptien), Hadès (dieu grec), Pluton (dieu romain), Odin (dieu nordique), Aurvandil (dieu nordique), Izanagi (dieu nippon), Yama (dieu indien). En effet, toutes ces divinités ont un rapport évident avec les enfers ou du moins le royaume des morts. Ce royaume souterrain est l’Abzu pour Enki, l’Hadès dans la version grecque, la Duat pour Osiris ou  le Yomi pour Izanagi. Le chien/loup gardien des enfers est Cerbère dans la mythologie grecque. Dans les croyances nordique ou indienne, on retrouve 2 chiens/loups. Pour Enki, certains textes le concernant nous parle d’un « loup dévorant qui écumait comme l’eau à l’avant de son bateau ». En Egypte, Anubis est le chien qui accompagne les dieux dans l’autre monde et qui se trouve à l’avant de la barque solaire. Un mythe aux multiples variantes raconte l’histoire d’une divinité, liée à certains dieux cités ci-dessus, qui descend aux enfers. Il s’agit d’Isthar (akkadienne), d’Inanna (sumérienne), de Perspéphone (grecque), d’Izanami (nipponne), de Yami (indienne),… Toutes ces déesses meurent aux enfers. Une autre constatation intéressante concerne la représentation du diable avec ses cornes, qui découle directement d’autres divinités telles qu’Apis, le taureau égyptien sacrifié qui ressuscite, de Yama le dieu indien des morts, ou de Pan, dieu grec à cornes de bouc. (Voir la représentation ci-dessous). Ces quelques éléments permettent de comprendre que la version chrétienne bien connue de l’enfer n’est pas neuve et n’est finalement qu’un concept emprunté à des croyances beaucoup plus anciennes.

Une symbolique particulière mérite un peu d’attention : l’arbre de vie. On retrouve cet arbre dans la 12ème tablette de l’Epopée de Gilgamesh appelée généralement « Enki aux pays des morts » ou « Inanna et l’arbre Huluppu ». Dans ce texte, l’arbre Huluppu est finalement l’arbre sacré d’Enki, qui est déraciné par Inanna pour être replanté à Uruk. Cet arbre mourant va finalement revivre à Uruk et il se voit infesté par divers animaux. Cet arbre en plus d’être associé à Enki, représente également le pouvoir que Ninanna aura à Uruk. La symbolique de l’arbre est très importante et elle est très souvent associée au féminin. Justement au centre de l’arbre Huluppu, on retrouve la déesse Lílitu. Le corps d’Osiris est souvent entouré de 4 arbres de vie (les 4 grandes déesses sacrées Serkit, Nephtys, Hathor et Neith). Pluton possède également son arbre sacré le Cyprès. Ptah est parfois représenté par deux piliers/arbre appelé Djed. L’un est tenu dans sa main et symbolise son pouvoir, l’autre est situé derrière lui et il le symbolise lui-même. Cet arbre est également un symbole évident de la nature et son étude approfondie permettrait de révéler de très nombreuses nouvelles analogies entre dieux au premier abord distincts.

Les origines du diable

1) Apis, 2) Pan, 3) Yama

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pan_satyre_della_Valle.jpg

http://www.mongolianculture.com/Yama.html

Un animal sacré et très ancien se retrouve associé pour pas mal de dieux étudiés ici. Combiné à l’ensemble des autres caractéristiques communes que l’on peut découvrir, cet animal met en avant le caractère reptilien divin. En effet, nous pouvons remarquer que le serpent est un attribut pour beaucoup de divinités citées plus haut. De nombreux dieux égyptiens présentent une coiffe surmontée d’un serpent (voir l’exemple ci-dessous d’Apis).  Amon est considéré dans les textes égyptiens comme le serpent qui féconde l’œuf primordial. Azazel le bouc émissaire de la Bible qui apporte le métal aux hommes est considéré dans un texte apocryphe (l’Apocalypse d’Abraham) comme un serpent ailé. Ce personnage est étonnamment proche de la version que l’on a du serpent biblique qui a corrompu Adam et Eve. Dans les tablettes de Kharsağ découvertes à Nippur en Irak au 19ème siècle, Enki est qualifié de « splendide serpent aux yeux brillants ». Enki est le seigneur de l’entendement ce qui est conforme à la vision que l’on a du serpent biblique en Genèse 3.1 : « Le serpent est le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits ». On raconte dans la mythologie nordique qu’Odin va se changer en serpent pour atteindre une caverne où était gardé un nectar sacré. En Grèce le célèbre héro Héraclès veut rencontrer aux enfers Déjanine qui est courtisée par un dieu fleuve Achéloos (une divinité qui peut se transformer en taureau et en serpent). Le serpent est un symbole utilisé pour présenter la filiation divine des dieux. Dans le papyrus Heruben, on voit le corps d’Osiris qui est déposé sur l’abysse primordial figuré par le serpent Apophis. Ce serpent primordial est le serpent Leviathan de la Bible. Chez les Mayas et également chez les Egyptiens le serpent est le siège sur lequel repose divers personnages divins. En plus de considérer Sa’am comme un serpent, on peut constater que la naissance de son fils utilise également ce symbole. Le Nommo des Dogons du Mali est un dieu qui va cracher un serpent dans une coupe-bouclier. Cette naissance est équivalente au mythe de la naissance de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, qui naît de l’ouverture de la gueule du serpent igné. Amon va ouvrir l’arbre sacré et libérer le roi vieillissant qui se transforme en serpent ou en faucon. Le symbole du serpent est universel et il n’est pas seulement synonyme d’une peur ancestrale ; en effet, bons nombres de dieux bienfaisants présentent cet attribut.

La symbolique du serpent

1) Apis, 2) Khnum, 3) Faucon solaire, 4) Osiris

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_032008_10.jpg

http://www.flickr.com/photos/dalbera/2081847590/

http://www.spiritweb.us/egypt/egyptian-gods.html

http://www.fauser.edu/fau/egitto/EgittoWebImages/papiro.jpg

Nous pouvons dresser le portrait d’un dieu créateur du monde et des hommes. Il semble avoir 2 parèdres principaux : une déesse-mère qui enfantera un être solaire (Horus notamment) et une autre plus axée sur un mélange entre l’amour et la guerre telle que l’on peut la retrouver sous les traits de l’Ishtar babylonienne. Dans certains mythes, il présente des caractéristiques bienfaisantes mais certains semblent avoir dévié vers un rôle beaucoup plus négatif. Ce dieu aura créé les hommes mais il leurs aura également transmis des connaissances non voulues par d’autres dieux (notamment son principal rival Seth, Zeus, Fenrir, etc… qui sera responsable de sa mort), tels que le feu et la maitrise des métaux. Pour préserver le souvenir de cet être céleste décédé, de nombreux textes de par le monde ont conservé une trame sacrée unique qui peut dans certains cas avoir complètement dévié au profit de ses principaux adversaires. Comme vous avez pu le constater cet article est loin d’être exhaustif sur ce dieu universel. De nombreux autres noms et particularités n’ont pas été abordés ici et ils feront probablement l’objet d’articles ultérieurement.